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Full text of "Revue des études juives 1909"

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REVUE 



DES 



ETUDES JUIVES 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVUS 



TOME CINQUANTE-HUITIÈME 



PARIS 



A LA LIBRAIRIE DURLACHER ^6?^£ 

JE LA 

4 909 



83 bis , RUE LAFAYETTE 'T^, « ^ 



1 



101 
n.i+5 
t. 58 



LA RÉCITATION DU SCHEMA 

ET DES BÉNÉDICTIONS 

(fin 1 ) 



LES BENEDICTIONS DE LA TORA. 

J 3. — Quand la mischna de Meguilla énumère la lecture de la 
Tora parmi les actes rituels qui exigent la présence de dix fidèles 
§ u 2 , elle a en vue la lecture publique encadrée par des bénédic- 
tions 2 . Aussi Maïmonide développe-t-il ainsi cette disposition : 
rmnabi mob "p^nn^n mira ynyp ab 3 . L'individu peut et doit 
étudier la Loi comme il peut et doit réciter le Schéma; mais les 
bénédictions sont réservées à la communauté et ne peuvent être 
dites qu'en public. La Mischna vise donc les bénédictions de la 
Tora ; rrnna "p-np est un cas inverse de celui de ynv by "poTis : 
la seconde expression porte sur les bénédictions et s'applique au 
Schéma, la première porte sur la Tora et s'applique aux béné- 
dictions. 

Il y a deux bénédictions de la Tora, que l'appelé récite Tune 
avant, l'autre après la lecture de la section. La seconde est même 
pourvue d'une eulogie initiale, la section lue formant interruption, 
à l'inverse du Schéma (§ 24). C'est que, primitivement, c'était le 
premier appelé qui disait la première bénédiction et le dernier la 
seconde '. 

1. Voir Revue des Éludes juives, t. LVII, p. 161. 

2. Masséchet Soferim, xm, 8. Cf. Aboudraham, 29 a-b. 
S. Mischné Tora, nbcn 'n, vm, 4. Cf. Kécef Mischné. 

4. Meguilla, 21 b. Cf. Tossafot Herachot, 46 a, s. v. mD13?1 bs. Une autre 
raisou (;st donnée par Aboudraham, ibid. 

T. LVIII, n° 115. 1 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

La première bénédiction est encore récitée aujourd'hui par 
l'appelé et par les fidèles, comme la première du Schéma, car, 
comme celle-ci, elle est précédée de l'invitation à bénir Dieu. En son 
Tond, elle est identique à la seconde bénédiction du Schéma (§ 20i, 
ce qui est tout naturel, puisque la récitation du. Schéma est un 
succédané de l'étude de la Tora ' . 

La bénédiction de la Tora est donc, par son fond, par sa forme 
et par son mode de récitation, de la même catégorie que les précé- 
dentes. Elle ne développe qu'une idée, celle de l'élection d'Israël 
et de la promulgation de la Loi; mais elle est complétée par les 
bénédictions de la Haftara qui la suivent et que nous avons déjà 
étudiées (§§ 13-14). 



LES BENEDICTIONS DE DEUIL. 

%4. — Après la lecture de la Tora et celle des Prophètes, la 
mischna de Meguilla mentionne les stations (aiûrai *mwa) qui ac- 
compagnent les obsèques 2 , la bénédiction de deuil (û^bstf nsna) et 
les condoléances (o^baa ifcirwn). 

Des stations funèbres, nous ne savons presque rien. La Tossefta 
(Pesahim, n, 44-15, p. 459 Zuckermandel) nous apprend qu'elles 
étaient au nombre de sept et que c'était un usage local; le Yerou- 
schalmi (j. Meg., iv, 4, 75 «, 1. 73), qu'on y employait les formules : 
« Nobles, levez-vous; nobles, asseyez-vous. » Deux baraïtot dans 
le Babli (B. B., 400 b) confirment ces renseignements; la seconde 
nous informe, en outre, que l'usage était pratiqué en Judée. Le 
Babli rapporte qu'un docteur babylonien voulut le suivre et qu'il 
ne commit pas moins de quatre erreurs à cette occasion : il n'au- 
rait dû procéder à la cérémonie qu'en présence des parents delà 
défunte, que le premier jour, qu'au cimetière et que si elle avait été 
usitée dans la région. C'était donc un usage local et rare. Il ne 
semble pas qu'il comportât la récitation de bénédictions, car le 
Babli n'allègue que les convenances pour expliquer la présence 
nécessaire de dix assistants au moins. 

Nous connaissons un peu mieux les bénédictions de deuil, qui 
sont nommées à plusieurs reprises dans la littérature talmudique 3 . 

1. Blau, Revue, XXXI, 180; I. Lévi, ib., LUI, 231. 

2. Pendant le convoi d'après Rascbi, après l'enterrement d'après Raschbam. 

3. T.Der., m, 23-24 ;voir plus loin) ; M. M. A'., m, 7; b. M. K. y 246; Meg., 236 ; Ket., 
8 a en bas, 86 ; j. Meg., iv, 4 (75a en bas). Cf. Zunz, G. V.*, 348, note a; J. Perles, 
dans Monalsschrift, X (1861), 394. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA' ET DES BÉNÉDICTIONS 3 

Dans noire niischna, elles sont associées aux condoléances. Le 
Yeroaschalmi, sur cet endroit, ne cite pas ces dernières; niais il 
les cite dans un autre passage pour les opposer aux bénédictions : 
celles-ci se récilaient à la synagogue, celles-là pendant qu'on for- 
mait la haie 1 . 

La guemara babylonienne de Meguilla explique trbaa rona par 
mm rmn, « bénédiction de la grand'place ». mm désigne en 
effet la place publique 2 , et le repas funèbre offert aux parents en 
deuil était pris sur la place 3 ; on avait alors l'occasion de réciter 
les bénédictions''. D'après le traité de Semahot, i. f., trois des 
coupes de vin qu'on buvait, à la fin du repas, dans la maison de 
deuil correspondaient respectivement à trbaa rom, à trbna ^iron 
et à a-non mbvtt, c'est-à-dire à trois bénédictions. 

On pouvait aussi dire celles-ci au cimetière, comme on le voit 
dans un texte intéressant et trop négligé de la Tossefta de Berachol, 
ni, 23-24 (p. 8, 1. 12 et suiv.) : « Suivant l'usage du lieu, on dit trois 
bénédictions de deuil ou deux ou une seulement. Là où on en dit 
trois, on englobe la première dans la bénédiction de la « résurrec- 
tion » et l'eulogie finale est ainsi conçue : « .. qui fais revivre 5 les 
morts » ; la seconde est englobée dans les « condoléances » 
D^bnx ->Enn3n), avec cette eulogie finale : « ...qui consoles ton 
peuple et ta ville »; la troisième, enfin, dans la bénédiction de 
ûnon r-nbrm, mais sans eulogie finale. Au cimetière, on ne dit pas 
du tout d'eulogie finale » 6 . On dirait que les bénédictions de deuil 
sont insérées dans les « Dix-huit bénédictions >> (Schemoné-Esré) 
ou Teûlla 7 . La première est englobée dans la seconde du 
Schemoné-Esré, qui, parlant de la résurrection des morts, est 
d'un choix heureux pour la circonstance. Mais qu'est-ce que la 
bénédiction de û^aa ^inan et celle de d"Hon mbrm, dans lesquelles 
on insère les deuxième et troisième bénédictions de deuil, et à 
quelles parties de la Teûlla peuvent-elles bien correspondre? 

1. j. Pes., vm, 8 (36 6, 1. 34) = j. M. K., i, 5 (80 d, 1. 12) [dittographié] = j. Sanh., 
vi. 11 (23d, 1. 62). Cf. R. Hananel sur M. K., 8 a, et Sanh., 46 a. 

2. T. Ned., h, 9 (278. 1. 8) ; j. Ned., v, 5 (39 6, l. 30). 

3. Baraïta dans b. M. K., 25a en haut (non 27 6, comme on lit dans Raschi sur 
Ket., 8 6, s. v. mmn, et dans Kohut, MI, 266 b). 

4. Voir la description de Haï (Arouch, s. v. ^12; II, 192 a Kohut) ou Scherira 
(Orhot Hayyim, II, 601 M. N.). 

5. Suivant l'observation de mon maître M. Mayer Lambert, il faut, ici comme dans 
la deuxième bénédiction du Schemoné-Esré, orthographier r^Tll2 ; le piel nTlW 
signifie « conserver en vie ». Comparer nvnnb, où le n a empêché l'erreur. 

6. Sur cette dernière phrase, où nous ne traduisons pas le mot "PC3D73, voir plus 
haut, § 15. 

7. Ainsi l'entend Mùller, Masechet Soferim, 276. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La Tossefta ne peut être comprise que si on la rapproche d'un 
texte curieux du Babli Ketoubot, 8 b). On y cite, comme exemple 
de bénédictions de deuil, celles que R. Hiyya b. Abba, docteur 
palestinien du m c siècle, fit réciter par son metourgueman 
(truchement porte-parole) Juda b. Nahmani, à la mort de son 
élève, le fils de Resch Lakisch 1 . 

Apres une homélie de circonstance, qui correspond peut-être aux 
condoléances D^baa ^irem, l'orateur est invité à rendre hommage 
à Dieu : 

— « [Sois béni, Seigneur, roi de l'univers]*, Dieu grand par le nombre 
de tes exploits, fort et puissant par le nombre de tes prodiges, qui fais 
revivre les morts par ta parole 3 , « auteur de merveilles sans bornes et de 
prodiges sans fin »\ Sois béni, Seigneur, qui fais revivre les morts. » 

— « Console les parents en deuil. » 

— « Mes frères, accablés et terrassés par ce deuil, appliquez-vous à 
méditer sur cette chose 5 . Elle est éternelle cl remonte à la création ; 
beaucoup y ont bu, beaucoup y boiront, et les derniers seront comme les 
premiers. Mes frères, que l'auteur de toute consolation vous console 6 . 
Sois béni, Seigneur, qui consoles les affligés 7 < ... 

— « Remercie les assistants. » 

— « Mes frères, hommes charitables, fils de pères charitables, fidèles à 
l'alliance d'Abraham, notre patriarche 8 , mes frères, que l'auteur de toute 
rémunération vous rémunère de votre bonne œuvre 9 . Sois béni, Sei- 
gneur, qui rémunères les bonnes œuvres. » 

— « Prie pour tout Israël. » 

— « Maître de l'univers, rachète, sauve, délivre, secours ton peuple 
Israël de la peste, de la guerre, du pillage, de la sécheresse, de la con- 
somption et de tous les fléaux qui s'agitent et frappent le monde. Avant 
que nous t'appelions, réponds-nous, [ainsi qu'il est dit : « Avant qu'ils 
m'appellent, je répondrai, ils parleront encore que déjà je les aurai 
exaucés ,0 »]. Sois béni, Seigneur, qui arrêtes les fléaux. » 

1. Cf. Bâcher, Die Agada der palàst. Amor., III, 576-517. 

2. Il faut évidemment ajouter cette eulogie initiale, comme l'observe Raschi, s. v. 

3. Même phrase dans l'abrégé de la Tefilla qui se récite le vendredi soir. 

4. Job, ix, 10. Citation appropriée à cause du livre d'où elle est tirée. 

5. La mort, qu'on évite de nommer. 

6. Ici, il est facile d'insérer un verset de consolation, par exemple Is., lxvi, 13, qui 
figure dans la bénédiction du repas à l'usage des personnes en deuil. 

7. Ici une parenthèse de la Guemara. 

8. Quelques éditions ont ici le verset de Gen., xvui, 19. 

9. Y avait-il un verset ici, ou est-il remplacé par celui qui est signalé dans la note 
précédente? — On sait que les devoirs envers les morts constituent l'œuvre pie par 
excellence. Cf. Masséchet Soferim, xix, 12. 

10. Isaie, lxv, 24. La restitution de cette citation est comme imposée par le contexte. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS S 

Ces bénédictions sont évidemment celles que vise la Tossefta. 
Elles sont récitées non au cimetière, ni à la synagogue, mais à la 
maison mortuaire : la Tossefta ne prescrit pas l'endroit. Elles sont 
au nombre de quatre : la Tossefta parle d'une, deux ou trois; 
l'usage étail donc flottant. De plus, la quatrième est, à la différence 
des précédentes, d'une portée générale; ce n'est pas une béné- 
diction de deuil proprement dite, elle convient à n'importe quelle 
circonstance triste, à un jeûne public par exemple. Elle semble 
ajoutée à la série des trois. On peut supposer aussi que c'est la 
première bénédiction qui est hors série, car elle n'est qu'un doublet 
de la seconde bénédiction delaTefilla, à laquelle elle se substituait. 
L'eulogie finale de cette bénédiction est celle qu'indique la Tossefta ; 
la seconde n'est qu'une variante de celle de la Tossefta. La troisième 
bénédiction, d'après la Tossefta, ne devrait pas avoir d'eulogie 
finale, peut-être parce qu'elle était intercalée dans une bénédiction 
du Schemoné-Esré; mais ce n'était pas le cas pour Juda b. Nah- 
mani, qui pouvait d'autant moins se passer d'eulogie finale dans la 
troisième bénédiction qu'il faisait suivre celle-ci d'une quatrième. 
Quand les bénédictions de deuil étaient insérées dans la Tefilla, la 
première s'emboîtait sans doute dans la seconde de la Tefilla et lui 
empruntait son eulogie finale; les autres suivaient et à la fin on 
rattrapait le Schemoné-Esré. Ce mode de récitation rappelle celui 
que la Mischna de Taanit, n, 4 et suiv., prescrit pour les bénédic- 
tions du jeûne public (circonstance analogue à la nôtre). Celles-ci 
sont insérées dans la Tefilla, où elles sont accrochées à une béné- 
diction, quoiqu'elles formassent d'abord, suivant M. Israël LévP, 
un rituel indépendant, ce qui peut être le cas aussi pour celles de 
deuil. 

Si nous examinons, en effet, ces bénédictions de deuil en elles- 
mêmes, nous constatons qu'elles se ramènent au type que nous étu- 
dions, et qu'il ne faut pas les confondre, comme l'a fait Rapoport-', 
avec les homélies funèbres, de composition libre, qui sont appe- 
lées quelquefois bénédictions. Elles forment, suivant la remarque 
de Raschi, une série régulière, dans laquelle la première seule a une 
eulogie initiale; chacune est pourvue d'une eulogie finale et paraît 
avoir renfermé un verset (§ 12). Pour le reste, le texte en était-il 
fixe? La Tossefta ne détermine que les eulogies finales; le récitant 
avait sans doute toute faculté pour varier la formule. Aussi ne 
pouvaient-elles pas être récitées parle premier venu; elles récla- 



1. Revue, XLVII (19031, 164-166. Cf. Elbogen, Monatsschrifl, XLVI (1902 , 347. 

2. Kérem Ilc'med, III, 45. 



6 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

niaient le concours d'un homme préparé, qui est ici un metour- 
gueman émérite. De fait, le Midrasch les compte parmi celles que 
tous ne connaissaient pas et qu'on faisait apprendre aux étu- 
diants; les autres sont précisément celles du Schéma et de la 
Tefilla, outre celles des noces que nous allons examiner tout à 
l'heure '. 

Tous ces textes nous transportent en Palestine. La Guemara 
babylonienne ne nous fournit aucune donnée nouvelle sur les béné- 
dictions de deuil; l'histoire qu'elle rapporte à ce sujet se passe en 
Palestine. L'usage n'avait donc pas gagné la Babylonie Les Gueonim 
attestent qu'il n'existait pas de leur temps 2 . Il ne faut pas, d'ail- 
leurs, comme l'un deux l'observe 3 , confondre ces bénédictions avec 
la prière qu'on récite dans la maison de deuil après le repas, même 
s'il n'y a pas dix assistants ; elle est simplement une adaptation de la 
prière du repas; on la trouve déjà dans le Siddour de R. Amram 
(55 a). Il ne faut pas les confondre davantage avec diverses for- 
mules de bénédiction qu'on trouve à l'époque des Gueonim, mais 
que ceux-ci déclarent ne pas connaître 4 . Les usages mortuaires 
sont très variables. Gomme nous n'avons conservé en général que 
le rituel babylonien 5 , on comprend que les bénédictions de deuil 
aient disparu et qu'il faille les reconstituer d'après d'anciens 
témoignages. 



LES BÉNÉDICTIONS DE NOCES. 



25. — Tandis que la Synagogue a laissé tomber les bénédictions 
de deuil, elle a conservé — belle occasion de disserter sur l'esprit 
du judaïsme — celles des noces (trsnn t-o-n) 6 , que la mischna de 
Meguilla énumère à côté d'elles et que des baraïtas en rapprochent 

i. C'est le passage de Lévit. r. et Cant. r. déjà étudié (§ 3). 

2. Natronaï (Schaaré Cédek, III, iv, 4; 20 a), Paltoï (Ascheri sur Ketoub., i, 14), 
Scherira-Haï [Schitta sur Ketoub., 8/;), Haï [Aroucli. s. v. ^pa; II, 192 a Kohut), 
un gaon (Nahmanide, Torat haadam, éd. de Venise, 67 />). 

3. V. Ascheri sur Meguilla, m, 8. 

4. Le Siddour de R. Amram en cite une immédiatement avant la prière du repas 
pour les personnes en deuil. Une formule analogue est citée par Paltoï, l. c, comme 
étant récitée à la suite des Grâces. Cf. celles que donne le Talmud, b. Berach., 46 b, et 
Semahot, i. f. Une autre est mentionnée par des consultants comme étant récitée dans 
leur localité après l'enterrement ; le îraon déclare ne pas la connaître (niDI^P 
□">:"l7Dip Û^INa, éd. Casscl, n° 35). Millier confond celle-ci avec la D"V?2N rO"*3 
(op. cit., p. 276, u. 66). 

5. Elbogen, Studien, 1-2. 

6. Appelées aujourd'hui "ptfVUj m3H3 ou n"0"ia 23U). 



LA RÉCITATION DU sr.IlKMA ET DES BÉNÉDICTIONS 7 

sous le rapport de la durée et du nombre d'assistants requis 4 . Elles 
se récitenl encore aujourd'hui telles qu'elles sou! reproduites» dan s 
le même passage de Ketoubot [IbSa] au nom de K. Yehouda. 
En voici la traduction : 

1. « Sois béni, Seigneur, notre Dieu, roi de L'univers, qui crées le fruit 
de la \ igné. 

2. u Sois béni, Seigneur, notre Dieu, roi de l'univers, qui as tout créé 
pour ta gloire. » 

;*. « Sois béni, Seigneur, notre Dieu, roi de l'univers, qui crées l'homme. » 
i. « Sois béni, Seigneur, notre Dieu, roi de L'univers, qui as créé 
L'homme a Ion image, à limage de ta propre ressemblance 2 , et l'as pourvu 
d'un être tiré de lui-même 3 . Sois béni, Seigneur, qui crées l'homme. » 

5. « Comble d'allégresse triomphante l'abandonnée* en réunissant ses 
enfants dans son sein, avec joie. Sois béni, Seigneur, qui réjouis Sion 
dans ses enfants. » 

6. « Daigne réjouir les compagnons affectionnés 5 , comme tu as réjoui 
jadis ta créature dans le jardin d'Eden. Sois béni, Seigneur, qui réjouis le 
fiancé et la tiancée. » 

7. « Sois béni, Seigneur, notre Dieu, roi de l'univers, qui as créé le plaisir 
et la joie, le fiancé et la fiancée, l'allégresse, la liesse, la réjouissance et 
la jubilation, l'amour, la tendresse, le bonheur et l'affection. Puissions- 
nous entendre bientôt, Seigneur, notre Dieu, dans les villes de Juda et 
dans les rues de Jérusalem, les transports du plaisir et de la joie, les 
transports du fiancé et de la fiancée , les transports d'allégresse des fiancés 
sous le dais nuptial et des jeunes gens au milieu des festins et de la 
musique. Sois béni, Seigneur, qui réjouis le fiancé avec la fiancée 7 . » 

Ces bénédictions sont au nombre de sept, en y comptant la pre- 
mière, qui, en réalité, ne fait pas partie de la série et n'est même 
pas citée ici par le Talmud : c'est la bénédiction ordinaire pour le 
vin. Mais ce qui prouve que ce nombre, qui paraît consacré et pri- 
mitif, n'est pas irréductible et a été obtenu après coup, c'est que 
Lévi b. Sissi, assistant au mariage de Simon, fils de Rabbi, récita 
une bénédiction de moins (la troisième de notre numérotation, 
d'après la Guemara et Raschi) 8 . Bien plus, une des divergences 

1 Tos. Meg., iv, 14 (p. 226, 1. 8); b. Meg., 23 b; Keloub., 8a, 8b. 

2. L'anthropomorphisme est moins sensible dans l'hébreu, où la phrase est à la 
troisième personne. 

3. La femme. 

4. Mot à mot a la femme stérile », c'est-à-dire Sion privée de ses enfants. 

5. Le couple nuptial. 

6. Cf. Jérémie, vu, 34. 

7. Variante : « le fiancé et la fiancée », comme dans la précédente. Les commenta- 
teurs, Raschi, Ahoudraham, dissertent sur la variante. 

8. Ketoub., Sa. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

entre les Babyloniens et les Palestiniens aurait consisté en ce que 
les premiers disaient sept bénédictions et les seconds seulement 
trois. Pour retrouver celles-ci, Millier ' écarte la seconde, qui est 
étrangère à la cérémonie proprement dite, la quatrième, dont le 
style serait d'une époque tardive, et la cinquième, parce qu'elle 
contient la mention de Jérusalem désolée 2 . Le noyau primitif se 
composerait donc de la troisième, de la sixième et de la septième 
bénédictions. Cette thèse est insoutenable, ne fût-ce que parce que 
les trois bénédictions ainsi choisies n'entrent pas dans un cadre 
régulier. 

Avec sa perspicacité ordinaire, Raschi a reconnu que les deux 
premières bénédictions (sans parler de celle du vin) sont hors 
cadre 3 . L'une et l'autre appartiennent au type des bénédictions à 
eulogie unique et sont, pour le fond, des doublets de la troisième 
(quatrième). C'est celle-ci qui devrait venir en tête et elle contient 
effectivement deux eulogies, tandis que les suivantes n'ont qu'une 
eulogie finale (§ 12, 2°). Elle célèbre Dieu comme créateur et, puis- 
qu'il s'agit d'un mariage, comme créateur de l'homme et de la 
femme. Elle correspond à la première du Schéma, elle développe le 
même thème fondamental en l'adaptant à la circonstance. La qua- 
trième (cinquième) bénédiction est l'équivalent de la gueoulla (§ 21). 
Elle chante la félicité future de Sion, qu'une image, d'ailleurs usuelle, 
mais particulièrement appropriée lors d'un mariage, compare à une 
femme privée des joies de la maternité. La cinquième (sixième) 
bénédiction célèbre le bonheur des époux. 

La sixième (septième) bénédiction récapitule les précédentes, ou 
plutôt elle les surcharge. Elle n'en a pas l'élégance et la sobriété ; 
remarquer la construction singulière « qui as créé le plaisir et la 
joie, le fiancé et la fiancée », l'accumulation des synonymes pour 
exprimer la joie et le bonheur paisible, le centon de Jérémie, suivi 
d'une phrase prétentieuse : r-nbratt bip. Abondance de mots, pau- 
vreté d'idées, gaucherie du développement : c'est une bénédiction 
de fraîche date 4 . Son eulogie finale répète la précédente et elle a 
une eulogie initiale qui devrait manquer. On l'explique en disant 

1. DMn:72 tpbn, n° 28, p. 27-28. Cf. Masechet Soferim, 276. 

2. Nous croyons qu'à l'époque du second Temple on priait pour la réédification de 
Jérusalem et la restauration de David. On ne comprendrait point sans cela une partie 
des Apocryphes et de la liturgie. Cf. Revue, xxm, 196; xxi, 174; XXXII, 171 et suiv. 

3. Raschi sur Ketoub., 1 b en has; Parties, 24 6 Constantinople ; cf. Tossafot sur 
Pesahim, 104 b, s. v. y in. 

4. R. Ahaï (Schecl/ol, n" 16) ne la cite pas avec les autres ; elle est nommée un 
lieu avant, dans un passage obscur (813 "lttJN Y'K n"3 *N73 jusqu'à fcr^o ÉOrm) 
qui n'est pas à sa place et qui paraît représenter une leçon divergente du Talmud. 



LÀ RÉCITATION DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 9 

qu'elle était récitée seule dans certaines circonstances < ; autant 
dire qu'elle a été composée pour remplacer les autres dans ce cas. 
C'est donc une quatrième bénédiction ajoutée au groupe primitif. 
Nous constaterons le môme phénomène dans les Grâces. 

Les bénédictions de noces forment ainsi une série complète et, 
pour les idées, nous tournons toujours dans le même cercle. Ce qui 
achève la ressemblance, c'est que l'eulogie finale de la seconde 
bénédiction est identique avec celle de la bénédiction correspon- 
dante de la Haftara : « qui réjouis Sion en ses enfants. » Enfin, la 
récitation de ces bénédictions est — on l'a vu dans le Midrasch et 
dans le cas de Lévi ben Sissi 2 — confiée à un docte, comme pour 
celles de deuil. 



LES BENEDICTIONS APRES LE REPAS. 

26. — 11 nous reste la bénédiction après le repas (pT7:n r-ona) 
lorsque, récitée en présence de dix convives (ou, accessoirement, 
de trois) , elle commence par la mention du nom de Dieu 
maa "paTaT»). 

Voici ce début dans nos rituels : 

Le récitant : *paa ^man. 

Les assistants : tobi? Tsn nnsn ^phtt "r\ ûia w. 
Le récitant: ibttJH 'ttbDNia na^nbN "pas ... miDna. 
Les assistants : 13-TI lalûai ibiBE nsbaNia '■p-ia. 

Les premiers mots *pai ^man sont d'origine tardive. Dans le 
Talmud, on trouve la formule Y"o:n ib an, qui a été introduite dans 
quelques livres de prières, mais qui signifie seulement : « Apporte- 
nous (serviteur, une coupe de vin), nous allons dire les Grâces 3 . » 
Si nous éliminons cette phrase, qui ne fait pas partie de la prière, 
celle-ci s ouvre par ûbv w rrn*» *pa:o n tua tp, « Que le nom du 
Seigneur soit béni à tout jamais! », ce qui n'est pas un commen- 
cement. Aussi a-t-on imaginé l'introduction "pas "man. En réalité, 
les mots « Que le nom du Seigneur, etc. » sont un hommage rendu 
au nom de I)ieu\ qui vient d'être prononcé et ont peut-être été 
déplacés parce qu'ils étaient inutiles dans la bénédiction à trois, où 

1. Raschi, l. c.,s. v. n?30 ; Aboudraham, 84c/. 

2. Voir aussi Houltin, 9 a. 

3. Pesahim, 103 b en haut. 

4. Cotte formule de bénédiction sr trouve dans Paauraes, cxm, 2, où elle développe 
l< - deux derniers mots du verset précédent ('n D1ZJ). 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le nom divin n'était pas prononcé. Le véritable début est fias, 
« Nous allons bénir le Seigneur », correspondant à la première 
bénédiction du Schéma: iDia « Bénissez le Seigneur)). D'ailleurs, 
dans certains cas, on introduisait même les Grâces par tots*. 
R. Jacob b. Aha ne se conforma pas à la règle et, questionné à ce 
sujet par un collègue, répondit que le détail est sans importance. 
On n'y regardait pas de si près 2 . 
Nous obtenons de la sorte le début suivant : 

Le récitant : « Bénissons notre Dieu [le Seigneur]. . . » 

Les assistants, interrompant : « Que le nom du Seigneur soit béni à 
tout jamais! » 

Le récitant, poursuivant: « ... qui nous a nourris. » 

Les assistants, répondant : « Béni soit notre Dieu, qui nous a nourris et 
dont la bonté nous fait vivre. » 

On peut même essayer de reconstituer par conjecture la suite de 
la bénédiction, en s'aidant des citations d'anciens auteurs 3 , car le 
texte de cette prière ne s'est définitivement fixé que plus tard. 

Le récitant : « Sois béni, Seigneur, notre Dieu, roi de l'univers, qui 
nourris tout l'univers grâce à ta bonté. » 

Les assistants : « Grâce à sa bonté, il ne nous a jamais laissé et ne nous 
laissera jamais manquer de rien*. » 

Le récitant, reprend et poursuit: « Ainsi qu'il est dit : « Tu ouvres la 
main et rassasies tous les vivants avec amour 5 . » Sois béni, Seigneur, qui 
nourris tout le monde. » 

On voit que l'eulogie finale rejoint le début de la bénédiction 
(§ i% 5°). Elle est précédée d'un verset (§ 12, 6°). Cette citation 
biblique si appropriée, qui manque dans nos textes est donnée 
par Raschi et Maïmonide 6 et elle s'est conservée dans le rite 
sefardi. Elle a disparu de nos textes parce que, suivant l'observa- 
tion des Orhot Hayyïm (35 b, §49), la parole du psalmiste détonne 
comme un anacbronisme dans une prière attribuée à Moïse (§ 27). 

Notre bénédiction célèbre' Dieu comme Providence du monde, 
qu'il nourrit et entretient. Elle correspond donc à la première 

1. Ber., vu, 3. Dans cette mischna, R. Akiba compare les invitatoires des deux prières. 
Cf. Or Zaroua, II, 46. 

2. j. Ber., vu, 3 (11 b, 1. 70 et s.) ; b. Ber., 50 a. 

3. v. m. Bioch, mîpnn rmn nyu) 'o, i, 11-12. 

4. Lire ^sn et "lOtT, avec Raschi, cité par Mordechaï sur Beracfiot, i. f. 

5. Psaumes, cxlv, 16. 

6. Raschi, l. c. ; Mahzor Vitry, §83 (p. 52 M. N.); Maïmonide, Mischné Tora, 

mbsnn -no. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DES BENEDICTIONS 11 

bénédiction du Schéma, qui le célèbre comme créateur de l'uni- 
vers, qu'il éclaire chaque jour. C'est la même idée fondamentale, 
variée 4 suivant la circonstance. La ressemblance n'est pas moins 
frappante dans la forme ; outre le cadre, qui est fixe, comparer la 
phrase r-rwo ma*?: Tttn ûv> bsn tairra imoai avec brun -imum 
■ran obijb "pra "îab nom «bi nsb non Nb TTan ; la construction pléonas- 
tique "unobub . . . TTan a déjà été signalée à propos des bénédic- 
tions du Schéma et de celles de la Haftara (§ 22). Notons tout de 
suite, à ce propos, que le début de la troisième bénédiction des 
Grâces rappelle ceux des bénédictions correspondantes de la 
Haftara § 14 et des noces (§ 25), car Dm égale rraiD. 

Le parallélisme se poursuit et se confirme dans les bénédictions 
suivantes. Ce qui importe dans la seconde, c'est la mention de 
l'alliance et de la Tora, encadrée dans l'éloge de la Terre promise, 
qui a été donnée au peuple élu*. De môme, la seconde bénédiction 
du Schéma remercie Dieu de l'amour qu'il a témoigné à Israël en 
lui donnant la Tora (§19). Dans la prière du repas, il convenait 
d'ajouter des actions de grâces pour la donation du pays fertile 
qui pourvoit ses habitants de nourriture. Le leitmotiv est ainsi 
modifié. Pour développer la même pensée, les mêmes mots se 
présentent; comparer ^b rma et -|b r-irrnb, erm ^pn tnfcbm et 
wrrrrcî ^pn b*i lamwb© ^mm b*. Avant l'eulogie finale, on 
s'attend à un verset, qui s'est conservé cette fois : « Ainsi qu'il est 
dit : « Quand tu auras mangé à satiété, tu béniras le Seigneur ton 
Dieu pour le pays excellent qu'il t'a donné. » Cette citation de 
Deutér., vin, 10, est très heureuse, car elle résume toute la béné- 
diction et en rappelle l'objet vers la fin (§12, 5°). 

Après cet hommage doit venir la prière pour la délivrance et la 
restauration d'Israël. C'est le sujet de la troisième bénédiction du 
Schéma, appelée r/ueoulla, « délivrance » (§ 21), comme de la 
troisième bénédiction du repas, appelée néhama, « consolation » 2 . 
Ces deux termes sont équivalents. Dans la conclusion de la 
néhama, on pouvait invoquer Dieu comme « libérateur d'Israël » 
(bsrroi **OTo) 3 ; inversement la r/ueoulla se terminait, du moins en 

1. Berach., 48 6 en bas : ÏTlttH y-)N lEN Nbv) 53 "WIN nî^btt 'l fiT3ri 

Vis -i?3iN pTn Dîna ira in "H* 1 n^ «b . ..y-iNrs PDnnn rwrni mira 
rmn hd top» *p-is "im« ^ov ,m \ rma m -rama, ne mêmej. Berach., 

i, 9 (3cZ, 1. 70 et suiv.). La bénédiction s'appelle ^liSri rO~n, « bénédiction du 
pays ». 

2. Ber., 48 6. — Sur l'idée de la néhama et sa portée théologique et liturgique, 
voir D. Oppenbeira, dans le Jeschurun de Kobak, IV (1864), p. 57-63 ; cf. Kobler apud 
Kobut. Aruch complelum, Supplément, p. 29. 

3. Berach., 49 a. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Palestine, par une invocation à Dieu, « consolateur de Sion et 
édificateur de Jérusalem ' ». 

La troisième bénédiction du repas ne renferme pas de verset 
biblique, du moins actuellement. L'analogie porte à croire qu'elle 
en avait un primilivement, par exemple Psaumes, cxlvii, 2 : « Le 
Seigneur édifie Jérusalem, il rassemblera les dispersés d'Israël » '-', 
ou Isaïe, lxvi, 13 : « Comme un fils que sa mère console, ainsi je 
vous consolerai et c'est dans Jérusalem que vous serez consolés » 3 . 
En tout cas, le Yerouschalmi a conservé le souvenir de l'insertion, 
dans uue bénédiction eschatologique, du verset d'Isaïe, xn, 6 : 
« Triomphe et exulte, habitante de Sion, car il s'est montré grand 
en toi, le Saint d'Israël! » '' Les commentateurs ne sont pas d'ac- 
cord sur la place de ce verset dans la liturgie : la plupart songent 
à la deuxième des bénédictions de la Haftara, mais aucune d'elles 
n'a de verset. La nôtre conviendrait mieux. 

L'eulogie iinale de la bénédiction est suivie, comme l'est dans le 
rituel sefardi la dernière bénédiction du Schéma du soir, d'un amen 
qui, par une véritable anomalie, fait corps avec la prière, car celle- 
ci n'est pas encore terminée. Il y a une quatrième bénédiction, appe- 
lée rpEToïn mun à cause des mots du début. Elle est pourvue d'une 
eulogie initiale et dépourvue d'une eulogie finale, ce qui serait 
doublement contraire à la règle (§12, 1° et 2°) 5 , si elle n'avait pas 
été ajoutée postérieurement et qu'on n'eût tenu à la distinguer des 
précédentes. 

Les Grâces formaient donc autrefois un triptyque, une série de 
trois bénédictions. Elles portent même souvent ce nom dans le Tal- 
mud (trôna 'y ) 6 . Cette série est parallèle à celle du Schéma et est, 
comme celle-ci, précédée d'une invitation à louer Dieu. L'analogie, 
assez naturelle dans le cadre et la structure, devient frappante 
quand on compare les idées qui sont exprimées dans l'une et 
l'autre et l'ordre dans lequel elles sont développées. Ces ressem- 
blances sont l'indice non équivoque d'une communauté d'origine. 

27. — Elles sont toutes deux fort anciennes. La récitation des 
Grâces est considérée par la tradition comme une institution 



1. Voir I. Lévi, Revue, LUI, 232-234 ; A. Bûchler, J.Q.R., XX, 798 et s. 
' 2. Cf. MaJtzor Vitry, § 84, p. 54 .1/. N. et § 281, p. 248; Orhot Hayyim, II, 601 M. N. 

3. Cf. Ber., I. c. 

4. j. Ber., i, 8 i. f. (3d, 1. 47). 

5. L'exception est notée dans Ber., 46/) en haut, Pes., 1046 en bas. 

6. Par exemple T. Ber., iv, 6 (p. 9, 1. fi); j. Ber., vi, 1 (10a, 1. 64; 106, 1. 7). 
Amram dit : n^ttH 31UH rO^ai ZTOna '3 ^"1373 (•/• Q. R., XIX, 267, 1. 19). 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 4 3 

mosaïque et, d'après R. Nahman, les trois bénédictions remontent 
respectivement à Moïse, Josué et David, ce qui doit signifier qu'elles 
sont d'une haute antiquité sans être néanmoins contemporaines 
Tune de l'autre '. Quant à la quatrième, elle a été composée après 
l'ensevelissement des Juifs tombés à Bétar 2 , nouvelle preuve de sa 
postériorité. D'autre part, la tradition attribue à Moïse l'institution 
des Lectures publiques de la ïora, dont la récitation du Scbema est 
l'équivalent, de sorte qu'on peut supposer un âge reculé à la béné- 
diction y afférente 8 . Une baraïta considère, en effet, la bénédiction 
de la Tora comme d'origine mosaïque et la rapproche, à ce titre, de 
celles du repas*. Un autre passage compare celle-ci au Schéma 
comme étant également mosaïque, par opposition à la Tefilla, qui 
est d'origine rabbinique 5 . Josèphe suit cette tradition en rapportant 
à Moïse l'institution de la récitation du Schéma 6 . La troisième 
bénédiction du repas présente une ressemblance frappante avec 
Sira, xxxvi, 12-14, d'où M. L. Ginzberg conclut à l'ancienneté de 
notre prière 7 . D'autre part, les bénédictions du Schéma offrent 
une parenté indéniable avec un psaume qu'on lit dans le ms. B du 
Sira hébreu 8 ; malheureusement, l'authenticité de ce morceau est 
loin d'être prouvée. 

28. — A présent que nous sommes revenus aux bénédictions du 
Schéma et que nous avons fait le tour de la mischna de Megailla, 
nous pouvons reprendre celle-ci et la traduire ainsi (§ 2) : « On ne 
doit, avec moins de dix fidèles, réciter les bénédictions du Schéma, 
ni celles de la Tefilla, ni celle des prêtres 9 , ni celles de la Tora, ni 
celles de la Haftara, ni celles de deuil, ni celles des noces, ni celles 



1. Mechilta, B6, ch. xvi (19 a Friedmann); b. Berach., 21 a, 48 6; j. Ber., vu, 1 
(lia, 1. 54 et suiv.). Voir, pour le point de vue orthodoxe, M. Bloch, op. cit., I, 9 et 
suiv. ; sur la valeur historique de ces attributions, v. Blau, dans Revue, XXXI, 181, 
n. 1 ; sur le fond, v. Blau, dans Revue, LV, 212, rectifié par Elbogen, ibid., LVI, 224. 

2. b. Ber., 48 6 ; nombreux textes dans le Talmud et le Midrasch. 

3. Bloch, op. cit., I, 6 et s. 

4. Mechilta, l. c; b. Ber., 21 a ; j. Ber., I. c. 

5. b. Ber., 21a : p3TTM HPDn ,NrP"mfin 11T70H rOim 1D"J>. Mais le texte 
d'est pas sûr, v. les commentaires. Quoi qu'il en soit, l'opinion qui considère le Schéma 
comme une institution rabbinique (Friedmann, dans son éd. du Sifré, 72 6, n. 17) 
repose sur des distinctions dialectiques du Talmud. 

6. Antiquités, IV, vin, 13 (Trad. J. Weill, p. 265-266). 

7. Orientalische Studien Th. Nôldeke... gewidmet, p. 624. 

8. Voir le commentaire de M. Israël Lévi, L Ecclésiastique, II, 222, et cf. l'Introduc- 
tion. |). LI. 

9. Nous avons laissé de côté, dans cette étude, les Dix-huit bénédictions et la béné- 
diction sacerdotale, qui appartiennent à d'autres types. 



H REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du repas. » La mischna énumère des bénédictions : nouvelle 
preuve de la signification de aratzi b* ^diid. 

En d'autres termes, ce quorum n'est pas nécessaire pour la réci- 
tation du Schéma ou de la Tora, que chaque israélite est tenu de 
lire pour lui-môme 1 , mais pour celle des bénédictions qui les 
encadrent dans l'office public. Non que ces bénédictions soient 
obligatoires, mais elles constituent des actes de sanctification de 
Dieu et, comme telles, réclament le concours du public, de la 
communauté, qui comprend dix fidèles au minimum. Le Babli rat- 
tache fort justement les dispositions de la mischna au verset du 
Lévitique, xxn, 32 : « Je veux être sanctifié au milieu des enfants 
d'Israël. » 

Sanctifier Dieu, c'est prononcer son nom dans la bénédiction. Il 
est dit : « Ezra bénit le Seigneur, le Dieu grand » (Néh., vin, 6). 
Comment l'a-t-il grandi? En prononçant le nom ineffable, dit un 
rabbin; au moyen d'une bénédiction, opine un autre 2 . Le fonde- 
ment biblique de la bénédiction de la Tora et de celle du Schéma 
est ce verset du Deutéronome, xxxn, 3 : « Je veux invoquer le nom 
du Seigneur, reconnaissez la grandeur à notre Dieu 3 » ; celle du 
repas en commun est rattachée au même verset *. 

Ce culte d'hommages et de bénédictions étant essentiellement 
collectif et public, il est naturel que la communauté le célèbre 
elle-même. Mais comme elle a besoin d'être guidée, elle désigne un 
de ses membres pour lui donner la réplique. Ainsi s'explique la 
récitation dialoguée des bénédictions. La bénédiction ("pa») appelle 
une réponse (rm?), ne fût-ce qu'un simple amen \ 

29. — La littérature talmudique n'aurait-elle conservé aucun 
souvenir de ce mode de récitation des bénédictions? 

On lit dans le Sifré, sur Deut., xxxn, 3 (n° 306 ; p. 132 6 
Friedmann) : i=m -i?:ini no»ïi mm û"Hïïw ■paa -i?3tk -or -n 
*o b"n nsn obirb Tnaatt 's-r-^-m vnna d^ijuj Trntttt 'n tn 
dto ['n na] "imn ^-itt-iab pam . . . nrrrbab b-ja inn topa 'ï-t do 
hDi] t^npN 'il du) ^d b"n iy*\ ûbi^b irrobn tdd do -jm TnnN D^i*. 

1. Même observation pour la Haftara : le Raschba, dans ses Hiddouschim sur 
Meguilla, ad toc, se demande pourquoi sa récitation ne peut se faire qu'en présence 
de dix fidèles. C'est à cause des bénédictions (Moïse Isserlès, Or. Hayy., 284, 1). 

2. j. Meg., m, 8 (74 e, 1. 8); j. Ber., vu, 4 (11 c, 1. 29); b. Yoma, 69 b ; Masséchet 
Soferim, xm, 8. 

3. V. les textes cités p. 33, note 4 et dans la note suiv. 

4. Sifré Deut.,' 306 (1326 Friedmann); b. Ber., 45a. 

5 Comparer ce que Mgr Duchesne dit de la « prière collective » à l'église, Origines 
du culte chrétien, 1" éd., 101 et suiv. 



là récitation du schéma et des bénédictions is 

La seconde partie de ce texte a embarrassé les commentateurs, qui 
ont eu recours soit à des interprétations forcées, soit à des correc- 
tions arbitraires 1 ; l'auteur duYalkouta pris Le parti de la supprimer 
purement et simplement. Il suffit de suppléer, comme nous l'avons 
l'ait, les mois 'n n« qui ont disparu comme disparaît souvent la 
suit» 4 d mu- citation) pour lever toute difficulté. Quand l'ofiiciant 
dit: a Bénissez le Seigneur. . . », les tkkMes interrompent : « Béni 
soit à jamais le nom de sa glorieuse royauté! » Quand l'officiant 
dit : « Bénissez le Seigneur digne de bénédiction », les fidèles 
répondent : « Béni soit le Seigneur digne de bénédiction à tout 
jamais ~l » 

Cette explication est confirmée par un passage parallèle, où le 
même enseignement est rapporté au nom de R. Hanania, neveu de 
R. Josua : anpN 'n dtd *o -it:in arçnrr 'n tin "p (maan) t^ran ,m \ 

ynz Ynrw r^ y im tom «iip Nimim nbi^b ^-nn^rr 'j-i ^p-n 
-isn ûbub imDbTa iidd &id (Mechilta, Bô, ch. 16; 19 6 Fried- 
mann). La première partie de Deulér., xxxn,3 : « Je vais invoquer le 
nom du Seigneur», se rapporte à l'ofiiciant; la seconde: «décernez 
la grandeur à notre Dieu », à ceux qui lui répondent. Que lui 
répondent-ils ? « Béni soit le Seigneur digne de bénédiction à 
jamais. » Et quand l'officiant prononce le nom de Dieu, ils doivent 
répondre : «Béni soit le nom de sa glorieuse royauté à tout jamais. » 
Ce texte ne se rapporte pas à la bénédiction du repas, comme on 
croirait pouvoir l'inférer du contexte, mais à celle du yocer, comme 
il ressort de la comparaison avec le Sifrê. 

30. — Un autre passage, bien plus intéressant, montre qu'on 
pouvait employer l'expression ynv b? ■pOTis à propos de la réci- 
tation dialoguée de la bénédiction du Scbema. 

Les rabbins, qui faisaient de la critique biblique sans le savoir, 
se sont demandé comment le cantique de la mer Rouge avait pu 
être improvisé par tous les Hébreux. Ils admettaient qu'il avait été 
chanté en deux parties, Moïse étant le récitant et les Hébreux for- 
mant le chœur 3 . Cette opinion est rapportée en six endroits, dans 
les deux Mechiltas, dans la Mischna et dans la Tossefta, dans le 



1. Voir Friedmann, ad loc. 

2. Le Sifrê met en tète le répons le plus important. 

3. Cf. F. Perles, Zur althebràischen S/rophik, Vienne, 1897, p. 10. M. Perles a 
voulu trouver dans la tradition juive une confirmation de sa division stropliique du 
cantique, d'ailleurs si heureuse. 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Babli et dans le Yerouschalmi l. M. Elbogen a essayé de reconstituer 
le texte primitif en choisissant parmi les différentes leçons 2 . En 
réalité, c'est la baraïta du Babli qui nous a conservé le texte 
original et complet 3 : ibyia rtyvn t<2^py ^an tzm nva na "-Y'n 
Stj:o rrviz) -n»K ws1 m^i» n»ib orrr* isnD o^n p ^tniz:-> 
m^a tqn ma» d-^-id -i»&n rnrm yvny pi bbnn nN Nnpwn 
tzp-vûia im îinu nN3 ^a 173N ma» 'nb rmujis D"«n)3iN ïïti 'nb 
finpan lapa n»i« ^ban "ot ^an bu: 12a -iTJ^bN "«ai .'i-rb ît-pujn 
n-mas H73N mu 7a n?3iN a-inta ïie ba -p-ina "pau pi bbm ns 
tarirais pi *ii«a ri&tt 13 n?:^ nvn 'r-ib n-pi»« û-ntti» pi 'nb 
r-ioaarj maa 2ra\a b? otibï-ï -isnoa i»in mare \an 4 nw rtaa ->a 
vin» T3i3> pi i-ibTin nms &n?N8. 

Pour plus de symétrie et de clarté, on peut compléter cette baraïta 
par la Tossefta, comme l'observent les Tossafot 5 : irs-no "flabfc... 

'-PIZJI îtf H731N HUÎ72 ^"1331^1 ^ITO l^^ b&Tltfm H^tin nniB Ï-T123» 

banta^ ï-p mran n* "i72iN nia» 'nb n-piaN D'nmK binia-n i-iiara 
tamra-ia benia-n nranbra îa^N 'n -iein nia» îmafin ^ba nt t^-i^nN 
Taia 'rn. 

Ainsi, trois tannaïtes admettent que le cantique de la Mer rouge 
a été chanté en chœur par Moïse et les Hébreux. R. Akiba compare 
la récitation du cantique à celle du Hallel 6 faite par un majeur, 
R. Eliézer b. R. Yosé à celle du Hallel faite par un mineur. Les 
rédacteurs de la Tossefta et du Yerouschalmi ont cru qu'il s'agis- 
sait, dans le second cas, d'un élève qui épelle en classe et dont les 
condisciples répètent tout ce qu'il dit. C'est pourquoi ils ont ajouté 
à la mention du majeur les mots nsaan r-paa, <■ à la synagogue », 
et à celle du mineur nson fc-naa, « à l'école ». M. Elbogen a adopté 
cette interprétation et l'a fait entrer dans son texte reconstitué. 
Elle n'en est pas moins inadmissible. D'abord, la comparaison serait 
boiteuse, les deux récitations pouvant à peine être comparées 
entre elles. En outre, est-ce l'enfant qui « fait lire » à l'école, 

1. Mechilta, sur xv, 1 (35 a Friedmann) ; Mechilta de R. Simon, p. 57 Hoffmann 
M. Sota, v, 4 ; Tossefta, vi, 2, 3 (303, 16 et s. Zuckermandel) ; Babli, 30 b (cf 
Yalkout, nbtfja, § 241); Yerouschalmi, v, 6 (20 c, 1. 7 et s.). 

2. Studien, 6-7. 

o. C'est une opinion assez accréditée, depuis Rapoport et Frankel, que le Yerou- 
schalmi a mieux conservé les anciens textes tannaïtiques que le Babli. Il faudrait en 
rabattre. M. Aptowitzer proteste également contre ce canon dans un travail sur la 
Septante dans la littérature rabbinique, en cours de publication dans Hakedem, II, 12. 

4. Variante de la Tossefta : m mttTï Vf. 

5. Ad /oc, s. v. m?2riD '"). 

6. On appelle ainsi les psaumes qu'on récite aux jours de fête et, subsidiairement 
aux néoménies. 



là récitation du schéma et des bénédictions 17 

n'est-ce pas plutôt le maître? En réalité, il ne s'agit pas d'un 
exercice scolaire, mais d'un acte rituel auquel le mineur peut 
participer. En elTet, on autorisait le mineur à servir d'ofticianl dans 
la récitation du Hallel La Mischna prévoit le cas ' . Mais comme le 
mineur ne peut pas se substituer aux fidèles, ceux-ci sont tenus 
de reprendre tout ce qu'il dit, tandis qu'il leur suffit de répéter les 
premiers mois de chaque verset (û-»p"iD "^tci) 2 quand c'est un 
majeur qui officie 8 . Ce sont ces deux modes de récitation qui sont 
respectivement visés par R. Akiba et R. Eliézer b. R. Yosé 4 , ainsi 
qu'il ressort des exemples qu'ils donnent. 

Quant au troisième opinant, R. Néhémia, il compare la récita- 
tion du cantique à celle du scribe qui « bénit le Schéma » (b* otid 
»»»;, car c'était généralement le scribe qui exerçait les fonctions 
d'officiant, suivant la remarque de M. Blau 5 . Or, comment procède 
l'officiant en la circonstance? « Il commence et les fidèles repren- 
nent. « Et voici l'exemple qui illustre ce mode de récitation : Moïse 
disait : « Alors Moïse chanta » (v. 1 à) et les Israélites disaient : 
« Je veux chanter le Seigneur » (1 b) ; Moïse disait : « Ma force et 
mon triomphe, c'est Dieu » (2 a) et les Israélites répondaient : 
« Voici mon Dieu, que je veux glorifier » (2 b) ; Moïse disait : « Le 
Seigneur est un guerrier » (3 a) et les Israélites disaient : « Le 
Seigneur est son nom » (3 b). C'est exactement comme pour le 
yoccr, dans lequel nous avons vu que les fidèles continuent la 
bénédiction entamée par l'officiant (§ 18). 

Comme R. Néhémia se sert des mots yiy® by cms, il s'ensuit que 
cette expression s'applique aux bénédictions du Schéma. Seule, la 
baraïtadu Rabli a conservé ce terme caractéristique, que les autres 
versions ont remplacé par ynw ns TTip, par quoi il faudrait 
encore entendre les bénédictions, car ce n'est pas le Schéma qui 
sert de terme de comparaison. Pour avoir fait cette confusion, 
M. Elbogen a cru, et M. Rlau lui a accordé, que notre texte prou- 
vait « la récitation verset par verset du Schéma » 6 . On voit qu'il 
n'en est rien. 



1. Soucca, m, 10. 

2. Le mot pic désigne spécialement les divisions d'un psaume. V. Bâcher, Die 
atteste Terminologie.. ., I, 154 ; II, 163, où il faut ajouter notre texte. — La Tossefta 
et le Yerouschulmi ont remplacé ce terme technique par des à peu près, "n"! b'D ?y 

nmi et -pjn y:y br> b*. 

3. V. L. Lovf, Die Lebensaller, p. 222 et suiv. On a ici un nouvel exemple de l'ap- 
titude de l'enfant à officier (§ 16). 

4. La Tossefta et le Yerousclialmi intervertissent leurs opinions. 

5. Revue, LVI, 210-211. 

6. Elbogen, Studien, 7-8: Revue, LVI, 225; Blau, Revue, LV, 211. 

T. LVI1I, is» 115. 2 



18 REVUE DES ETUDES JUIVES 



IV. — Vb'a'a'iD'a 



31. — On pourrait insister et soutenir que le Schéma était, 
comme les bénédictions, récité par « bipartition ». En soi, la pro- 
position est invraisemblable. Il est naturel qu'une bénédiction, qui 
est un hommage de la communauté à Dieu et qui commence par 
une invitation à louer Dieu, réclame le concours d'un officiant et 
d'un chœur qui lui donne la réplique. Mais comment croire que 
l'israélite, qui est tenu de réciter le Schéma pour son compte, 
puisse s'en décharger, pour une partie, sur autrui, car telle serait 
la signification de la récitation du Schéma par versets et répons ■ ? 
Pour nous en convaincre, il faudrait au moins des textes. Nous 
avons enlevé à M. Elbogen et à M. Blau celui de Sota, qui était le 
pivot de leur démonstration. Que leur reste-t-il? 

3 2. — Il leur reste la phrase Tn D3i?birvDb:o ras de "pna, « Béni 
soit le nom de sa glorieuse royauté à jamais ! », qu'on intercale 
entre le premier et le deuxième verset du Schéma. Ce serait là le 
répons, l'unique répons ! D'après M. Blau. l'officiant ayant pro- 
clamé : « Ecoute, Israël : le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est 
un », l'assemblée répond par cette formule d'adhésion. D'après 
M. Elbogen, l'officiant interpelle la communauté en disant : Schéma 
Israël ; la communauté répète ces mots et achève la phrase, après 
quoi l'officiant récite à voix basse le répons 2 . Aucune de ces deux 
explications n'est satisfaisante, la seconde encore moins que la 
première, et il faut convenir que ce « répons » est bien embarras- 
sant, car « il n'y pas d'autre cas où deux versets bibliques soient 
interrompus par un répons ». 

Cette difficulté a déjà retenu le Talmud, qui a cherché la raison 
de cette intercalation. Après avoir cité l'aggada connue qui met la 
phrase en question dans la bouche du patriarche Jacob, il ajoute : 
a Comment faire? s'est-on demandé. Faut-il la dire alors que 
Moïse ne l'a pas dite ? Faut-il ne pas la dire, alors que Jacob l'a 
dite? On a donc pris le parti de la dire, mais à voix basse 3 . » Il est 

1. Aboudraham observe judicieusement : « L'officiant dit à baute voix les bénédic- 
tions du Schéma, car il dispense ainsi ceux qui ne savent pas les dire et qui peuvent 
se contenter de les entendre. Au contraire, il dit le Schéma à voix basse, ne pouvant 
dispenser aucun fidèle de la lecture du Schéma; car il ne suffit pas d'écouter la Tora, 
il faut la lire soi-même 18c). » 

2. Blau, Revue, XXXI. 188; Elbogen, Studien, 8-9; Revue, LVI. 225. 

3. Pesahim. 56 a. 



LA RECITATION DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 19 

clair pour nous que L'aggada a été imaginée pour rendre compte 

d'une insertion exceptionnelle '. 

L-'s savants modernes, tels que Friedmann et M. Buchler, ne se 
tirent pas mieux d'affaire en prétendant que la formule fut imposée 
par les Pharisiens pour protester contre Hérode et l'aristocratie 
i. totale asservis aux Romains et pour affirmer que Dieu seul 
est roi -. Ces savants sont guidés, au fond, par la même idée que le 
Midrasch; ils font descendre a l'époque d'Hérode ce que l'aggada 
transporte a celle de Jacob. Mais l'allusion historique n'est pas une 
meilleure explication que l'allusion préhistorique. La formule 
■:*:':'c'a était déjà usitée au premier siècle avant l'ère vulgaire el 
elle a été si peu imposée aux prêtres qu'elle était d'un emploi cou- 
rant dans le Temple. Et nous voici peut-être sur la piste. 

.'>.'>. — Si l'on considère cette phrase comme un véritable répons, 
il est difficile d'en rendre compte. Mais ce n'est pas un répons. 

Quelle est l'origine et quelle est la signification des mots yrn 
*roVtJ -rzz WD? M. Blau a supposé ingénieusement que -nnr ftB est 
la paraphrase — nous dirions plutôt la périphrase — de 'n tétra- 
gramme et in:r:. ^elle de wib« 3 . Mais comme les trois mots sont 
construits l'un avec l'autre, tandis que "irrrxs'n est une proposition 
où "irrrbN est l'attribut, non l'apposition de 'n. il est plus naturel 
d'y voir une allusion au tétragramme seulement. On a dit d'abord 
ab-ub 'n -p-n Psaumes, lxxxix, 53 . puis ûVub tqtd "fra inscription 
d'Emmaiis. iv e s. av.? : . puis abub vrœ ûtt ^12 Psaumes lxxii, 
19 \ enfin nn oVi*b Yrcbn TD3 tas yrxi. On devenait de plus en 
plus scrupuleux et le respect du nom ineffable accumulait les équi- 
valents et les périphrases . 

Si les mots wtoVe Toa ûffl yra développent le nom de Dieu, ils 
doivent, comme nous l'avons établi pour la première bénédiction 
du Schéma g 18), se placer immédiatement après ce nom. Il en 

1. Le Tanhouma, éd. Buber. D^OYTpi P- 74. donne une autre explication pos- 
tiche. 

2. Friedmann. dans son éd. du >ifré, Deulér.,§ 31 p. 72 6, n. 17 : A. Buchler, Die 
P/Hesfer und der Cultus... Vienne. 1895;. p. 176-178. 

3. Revue. XXXI. 188-189; cf. déjà ibid.. p. 153. 

4. V. Lidxbarski, Handbuch. 1, 147. planche xxi. 7. On ne sait si cette inscription, 
en caractères hébreux archaïques, est juive ou samaritaine. Le dernier savant qui s'en 
est occupé, J.-A. Hontgomery, The Samarilans Philadelphie. 1901 . p. 275, a eu la 
singulière idée de la traduire : i Blessed be the Name even and forever. » 

5. Puur le Schéma, le Targoum Pseudo-Jonathan sur Deutér.. vi, 4 p. 313 Gïds- 
burger . a encore n^— iT^" 1 ZTi' ""IS- 

Sur la tendance à remplacer le tétragramme par dos équivalente, v. Geieer, 
i'rschrift, 2ol et -niv. — V. aussi Yùina. IV, 1. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

était ainsi dans le Temple, le jour du Pardon : la formule était pro- 
noncée par l'assemblée chaque fois que le nom divin était prononcé 
par le grand-prêtre. Les indications de la Mischna de Yoma (m, 8; 
iv, 2; vi, 2) sont précisées par les Abodas (descriptions liturgiques 
du service solennel de Kippourj. « Le grand-prètre se confessait en 
récitant le verset du Lévitique : •< Car en ce jour vous êtes absous 
et purifiés de toutes vos fautes, devant le Seigneur... « A ces mots, 
prêtres et fidèles tombaient à terre et s'écriaient : « Béni soit à 
jamais le nom de sa glorieuse royauté! » Le grand-prêtre, se 
réglant sur eux, achevait : « ...vous devenez purs ». 

Ce rapprochement n'a pas échappé à M. Elbogen ', mais il n'en a 
pas tiré la conclusion qui s'impose : c'est que la formule YV^'aVa 
n'est pas un répons qui s'insèreàlafin de la phrase, mais une inter- 
ruption qui suit immédiatement la mention du nom de Dieu. Il en 
était de même dans le Schéma, où, comme l'a déjà vu Baer 2 , cette 
formule accueille le nom de Dieu prononcé par l'officiant : 

L'officiant : Écoute, Israël: le Seigneur... 

Les fidèles : Béni soit le nom de sa glorieuse royauté à jamais! 

L'officiant : ...est notre Dieu, le Seigneur est un. 

Plus tard, la phrase interruptrice fut déplacée et rejetée à la fin, 
où elle s'est conservée même dans la récitation privée du Schéma, 
alors qu'elle n'avait de raison d'être que dans l'office public. De 
cette époque date l'aggada d'après laquelle les fils de Jacob (ou 
Israël) disent à leur père, inquiet sur leur innocence : « Écoute, 
Israël : le Seigneur est noire Dieu, le Seigneur est un », sur quoi le 
patriarche, rassuré, s'écrie en remerciant Dieu : « Béni soit à 
jamais le nom de sa glorieuse royauté! » Si l'on prenait cette anec- 
dote à la lettre, on en déduirait — et c'est ainsi qu'a raisonné 
M. Elbogen 3 — que la communauté récite le premier verset du 
Schéma et que l'officiant prononce la formule d'adhésion, alors 
que ce devrait être le contraire. En réalité, ce midrasch cherche, 
comme nous l'avons dit, à expliquer la place occupée parla for- 
mule 'Yb'^b'iD'a : son insertion est légitimée du moment qu'elle a été 
prononcée une fois par Jacob. — Le Targoum Yerouschalmi de nos 
éditions (sur Gen., xlix, 2, et sur Deutér., vi, 4) met dans la bouche 
du patriarche la réponse "p^b* ^b^b ^patt aa-i rrau) «m, qui est, 
nous l'avons vu (§18), un doublet de 'Yb'ttb'œ'a . 

1. Studien, p. 8. Vencore Bûchlcr, dans les Mélanges Thwolson, p. 18 et s. 

2. bN-no^ rima* "no, p. 82. 

3. /.. c, p. 9; Revue, LVI, 225. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 21 

Le Schéma ne comporte donc pas de répons, et même si le vorbc 
D"» désignait une récitation alternée, yw b* o*id ne saurait s'ap- 
pliquer au Schéma. 

34. — On peut accorder avec cette explication une mi s chu a 
connue, mais obscure, celle où Ion dit que les gens de Jéricho — 
c'était une classe de prêtres de cette ville, d'après M. Bùchler* — 
repliaient le Schéma (yrzw pn "pDTDp.Deux tannaïtes discutent sur 
la nature de cette pratique. D'après R. Méir, les gens de Jéricho 
récitaient le Schéma sans s'interrompre (à quel endroit ou à quels 
endroits? on ne sait). D'après R. Juda, ils s'interrompaient, mais 
sans dire nn obub vnDbw tqd ou: "f-m 3 . En d'autres termes, ils 
faisaient bien les pauses d'usage, mais omettaient Yb'ttb'iD'a ; c'était, 
pour ainsi dire, une pause vide. Ils se recueillaient un instant, 
après avoir prononcé le nom divin, pour en bien marquer la solen- 
nité ; mais ils ne voulaient pas interrompre le Schéma par une 
phrase étrangère s . Cette phrase est donc bien considérée comme 
une interruption ('ppPODtt). 

De là il résulte qu'il n'y a d'ailleurs aucun rapport entre 
l'expression ynw pn "pdtq et l'expression ynw by 'potid, quoiqu'on 
les ait opposées l'une à l'autre pour les expliquer l'une par l'autre 5 . 
Pour que le rapprochement fût possible, il faudrait que Ton eût 
dit JEU) pn "poiTS, et cette différence même montre encore que, 
tandis que jeib pn "ts-to s'applique au Schéma lui-même, by 'totid 
ynv s'applique aux bénédictions du Schéma. 

55. — Les résultats de notre démonstration, si nous négligeons 
les chaînons intermédiaires, peuvent être ainsi formulés : 

1° L'expression yw by t^dt® [Meguilla, iv, 3, et ailleurs) porte 
non sur le Schéma, mais sur ses bénédictions. 

2° yw by one signifie bénir le Schéma, c'est-à-dire réciter ces 
bénédictions avec le Schéma. 

3° Du reste, ces bénédictions étaient, ainsi que d'autres, dialo- 
guées, récitées alternativement par l'officiant et les fidèles. 

4° Mais le Schéma n'était pas récité de cette manière. 

1. Die Priester..., p. 164 et suiv. 

2. M. Pesahim, iv, S. 

3. T. Pesah., n, 19 (p. 160, 1. 11-13) ; j. Pes., iv, 9 (31 ft, 1. 26-29) ; b. Pet., 56 a; 
Menah. % 71 a. 

4. Le Yerouschalmi [ibid., 1. 30-32) cite une autre version de la même baraïta, 
d'après laquelle la pause se faisait à la fin du premier verset; dans cette version la 
phrase 'Wto'D '"w'3 est supposée à la place qu'elle occupe actuellement. 

5. Elbogen, Studien. 9-iO. 



22 HEVUK DES ÉTUDES JUIVES 

5° Les prières mentionnées dans Meguilla, iv, 3, sont des béné- 
dictions, qui représentent les plus anciennes parties du rituel et 
offrent entre elles de grandes analogies pour le fond et pour la 
forme. Construites sur un cadre commun, elles développent les 
mêmes idées ; le type complet est représenté par une série de 
trois bénédictions, consacrées à trois articles de foi : la création, 
la révélation et le messianisme. 

Si ces conclusions sont fondées, elles éclairent tout un côté de 
l'ancien culte synagogal et de la vieille liturgie juive, écho des 
idées religieuses et des espérances nationales du judaïsme à une 
époque décisive de son histoire. 

Maurice Liber. 



LE SEJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT 

ET LE SINAI 

DANS 

LA RELATION PRIMITIVE, L'ÉVOLUTION DU TEXTE BIBLIQUE 
ET LA TRADITION CHRISTIANO-MODERNE 

(suite et fin ! ) 



INDUCTION HISTORIQUE. 

Moïse, qui a révélé le dieu et conquis les secrets de Fart sacer- 
dotal à Kadesh, est l'ancêtre de ceux dont le maniement de l'oracle 
est l'apanage, et ces prêtres par héritage sont les gens de Lévi : 
tout cela est consigné en peu de mots, très complètement, dans 
Deut., xxxiii, 8, et il est immédiatement clair que c'est parce que 
Moïse est l'ancêtre des prêtres, qui sont Lévi, qu'on fait de lui- 
même, ailleurs (Ex., n, 1), un homme de Lévi. Il est également 
évident que sur cette définition de Lévi comme prêtre de Iahve est 
fondée la conception postérieure et artificielle de la caste sacerdo- 
tale comme une tribu de Lévi, conservatrice des droits du Lévi 
antique; mais ce dont il est capital de se rendre compte, c'est 
que dans le très ancien passage de Deut., xxxm, 8, il n'est nulle- 
ment question de ce Lévi fictif des siècles suivants, mais bien du 
sacerdoce de Kadesh tel qu'on le connaissait à l'époque la plus 
ancienne, alors qu'il était entre les mains du Lévi véritable. Dis- 
parue de bonne heure, cette tribu a laissé des traces historiques 

1. Voir Revue des Études juives, t. LVII, p. 19 et 194. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

certaines, et sa situation géographique n'est pas difficile à induire 
si Ton observe que dans le récit de l'entreprise sur Sichem de 
Gen., xxxiv, on trouve Lévi en relation étroite avec Siméon (v. 25, 
cf. Gen., xlix, 5-7), ce qui montre que le domaine de Lévi était 
dans la môme direction que celui de Siméon, probablement encore 
plus loin du côté du désert; il suffit dès lors d'admettre que ce 
Lévi historique avait son centre à Kadesh môme 1 , pour com- 
prendre que le sanctuaire lui appartînt à l'époque où le gros du 
peuple se vit installé en Palestine. 

L'occupation lévite de Kadesh, au début des temps historiques, 
est le trait qui nous manquait encore pour compléter le tableau du 
Kadesh Israélite que nous présente J 1 reconstitué et expliqué. Ge 
qui ressort essentiellement de tout ce qu'on a vu plus haut, est que 
Kadesh fut le centre du peuple pendant le temps quïl passa, avant 
la conquête, sur les confins méridionaux de la Palestine; c'est là 
qu'Israël se forma, qu'il trouva un dieu, qu'il élabora une législa- 
tion et une organisation, qu'il enracina dans son esprit la convic- 
tion que les territoires fertiles qui s'étendaient au nord lui étaient 
destinés et qu'il fallait les prendre. A Kadesh, d'ailleurs, les con- 
ditions de la vie ne sont pas celles des régions déshéritées du 
désert, et l'endroit convenait merveilleusement aux premières 
expériences d'une éducation nationale. La localité, découverte 
depuis longtemps, est particulièrement bien connue depuis l'im- 
portante relation qu'en donna Trumbull 2 à la suite de sa visite 
de 1881 . Kadesh est Ain Gadis, l'oasis principale du plateau des 
Azazimé, dans une grande vallée encadrée de collines le long de 
laquelle elle s'étend, de l'ouest à l'est, sur la longueur d'une petite 
journée de marche. Le fond de la vallée est large, bien arrosé et 
très fertile ; il est planté en céréales. Le ruisseau coule de l'est à 
l'ouest; il sort du rocher, à l'extrémité orientale de l'oasis, en un 
flot rapide dont l'eau se repose, un peu plus bas, dans plusieurs 
sources captées et bien aménagées qu'entoure une végétation 
luxuriante. G'est là Kadesh, le « Sanctuaire », et ce ruisseau est 
1' « eau du Jugement », auprès de laquelle les prêtres maniaient 
l'oracle et rendaient la justice ; quant au Buisson, résidence pro- 
prement dite du dieu, il n'était probablement pas à grande dis- 
tance. Les maîtres du lieu étaient les gens de Lévi, qui tiraient de 

1. Sur l'étendue du Lévi historique, v. Ed. Meyer, Israeliten, p. 81-82. 

2. H. Clay Trumbull, Kadesh Barnea, ils importance and probable site etc., 
New- York, 1884; v. particulièrement p. 238-275, et cf. H. Guthe, H. Clay Trum- 
bull's Kadesh Barnea, dans ZDPV, VIII (1885), p. 182-232, et Meyer, Israeliten, 
p. 80-81. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 25 

beaui bénéfices sans doute de la piété des nomades du désert envi- 
ronnant et des clans Israélites installés dans la Palestine méridio- 
nale; car la renommée du sanctuaire s'étendait bien au delà des 
Limites du territoire de Lévi. Il en était de Kadesh comme de Beer- 
seha et d'autres sanctuaires du désert, comme plus tard de La 
Mecque, ou comme les lieux sacrés auprès desquels se célébraient 
les fêtes des amphyctionies grecques et qui possédaient, de même, 
des organes de juridiction générale pour les différends qui surgis- 
saient entre les villes. On devine, d'ailleurs, d'après la manière 
dont les choses sont organisées dans tous les cas analogues, qu'il 
y avait une grande fête, un pèlerinage périodique de Iahve de 
Kadesh, et que cette fête était accompagnée d'une foire placée sous 
la protection du dieu de la paix. Les prêtres de Lévi, au cours de 
ce grand rassemblement religieux, commercial et politique, étaient 
tout désignés pour servir de médiateurs et d'arbitres entre les par- 
ticuliers et les tribus, et de bonne heure ils durent arriver à une 
grande perfection dans l'art de rendre des oracles infaillibles et de 
fonder, sur l'usage et le précédent, des décisions satisfaisantes au 
point de vue de la justice. 

Ces Lévites dont Kadesh était la ville étaient-ils réellement appa- 
rentés aux Israélites de Palestine? Il est d'autant plus difficile de 
répondre à celte question qu'on ne sait pas du tout jusqu'à quel 
point il est vrai que les Israélites, pendant leur période de forma- 
tion et d'attente autour de Kadesh, furent les maîtres du sanc- 
tuaire. Dans la tradition élaborée plus tard par le souvenir 
national, il est entendu que Kadesh, autrefois, fut exclusivement 
israélite, et cela implique que Lévi est une fraction d'Israël laissée 
en arrière pour garder le lieu sacré lorsque le peuple quitta l'oasis 
pour entrer en Palestine ; mais cette situation, flatteuse pour l'or- 
gueil national, est extrêmement douteuse et, en somme, impro- 
bable. Lorsque les clans nomades qui devaient plus tard se grou- 
per en Israël vinrent planter leurs tentes auprès de la grande oasis, 
celle-ci n'était point inoccupée ; comme toutes les oasis du désert, 
c'était un lieu de rassemblement et de résidence aussi ancien que 
la circulation humaine, et auprès de la grande source se trouvait 
tout naturellement un lieu de culte; l'oracle fonctionnait proba- 
blement depuis des siècles, et avait fait donner à la place ces noms 
de Massa et de Meriba que les nouveaux venus ne devaient jamais 
comprendre. Les Israélites n'eurent que la peine de se rallier au 
culte du dieu de l'oasis, dont rien d'ailleurs n'empêche de croire 
qu'il portait déjà le nom de Iahve; mais des tribus nombreuses, 
tout à l'entour, avaient le même culte avant eux, et il n'est aucu- 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nement vraisemblable qu'à l'arrivée d'Israël, le sanctuaire ait été 
remis entre ses mains. Les nouveaux venus se tinrent à leur place, 
vécurent en relations paisibles avec leurs voisins, et lentement 
élaborèrent leur organisation sous l'influence du dieu et de 
l'exemple des sédentaires de l'oasis. Plus tard, l'Israël palestinien 
imagina que ses ancêtres avaient découvert le dieu de Kadesh, que 
l'oasis s'était créée pour leur usage et que Lévi, le clan qui tenait 
l'oracle à l'époque historique, était un clan d'Israël à l'époque 
antérieure ; mais vingt tribus dont les ancêtres campèrent autour 
de Kadesh nous en diraient autant si nous avions la fortune de 
posséder leurs souvenirs. 

Parmi les adorateurs de ïahve qui habitaient le désert autour de 
Kadesh à l'époque où s'y trouvait Israël, faut-il, comme on l'a sou- 
vent répété, compter les Kainites chez lesquels on localisa le beau- 
père de Moïse? Il ne paraît pas que nous ayions la moindre indi- 
cation dans ce sens. Si Kain fut choisi pour être le beau-père de 
Moïse, c'est uniquement, nous l'avons vu, parce que Kain-tribu 
passa d'Amaleq à Israël au cours des guerres de Saiïl, et cela n'ac- 
cuse ni relations de connabium à l'époque de Kadesh comme croit 
le comprendre Winckler\ ni communauté de religion auprès de 
Kadesh comme Meyer l'indique 2 ; encore moins peut-on suivre 
Stade 3 et von Gall 4 lorsqu'ils interprètent la parenté de Moïse 
avec le Kainite comme indiquant que Kain possédait la religion de 
Iahve tout d'abord et la transmit à Israël. Comment admettre, non 
pas même cela, mais seulement que Kain était iahviste, c'est-à-dire 
affilié à la confédération de l'oasis, alors que nous savons que 
jusqu'au jour de sa défection il comptait dans les rangs d'Amaleq, 
le Bédouin, l'ennemi-né du berger et du cultivateur de Kadesh, le 
pillard rebelle à tout ordre que visent les imprécations d'Ex., xvn, 
14-16? Et demandons-nous encore ceci : en admettant que Kain, 
effectivement, eût joué un rôle dans la naissance du iahvisme, 
comment se ferait-il que le beau-père de Moïse, dans le seul pas- 
sage indispensable qui le concerne, celui d'Ex., n, soit appelé 
Midianite, et non Kainite? 

Remarquons bien qu'en renonçant à la considération injustifiée 
d'une filiation ou d'une fraternité religieuse originale de Kain à 

1. H. Winckler, Das nordarabische Land Musri etc., dans Altor. Forsch., I 
(1893), p. 39. 

2. Ed. Meyer, Israeliten, p. 91. 

3. B. Stade, Die Entshehung des Volkes Israël (1891), dans Akad. Reden und 
Abh. (1907), p. 106-107. 

4. Von Gall, Altisr. KultslàUen, p. 17-18. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DESERT ET LE SINAI 27 

Israël, nous perdons l'explication la plus simple de la conception 
du beau-père, et sommes renvoyés à l'explication moins évidente, 
mais plus vraie, que nous avons développée longuement plus haut: 
Moïse a un beau-père, prêtre du Sinai) parce que le sanctuaire de 
Kadesh esl une représentation, une émanation filiale de la mon- 
tagne divine. Ce qu'il faut maintenant essayer de comprendre, c'est 
cette singulière notion du lieu divin principal situé hors de la 
portée des hommes. Il n'est peut-être pas impossible de trouver 
une explication de ce Sinai lointain, mais antérieur et supérieur à 
Kadesh. Le Sinai a pour caractère principal d'être une montagne 
de flamme, et nous avons vu que, sans compter Beke, plusieurs 
auteurs modernes, Gunkel en 1903, Gressmann et Ed. Meyer en 
1905-1906, croient reconnaître dans la théophanie sinaïtique la 
description d'une éruption volcanique. Admettons-le ; supposons 
que le spectacle de l'éruption ait été donné aux Israélites, non pen- 
dant le séjour à Kadesh, mais auparavant, alors qu'ils vaguaient 
encore dans le désert méridional : rappelons-nous, avec Gress- 
mann \ qu'il y a des volcans éteints en territoire édomite. Les Israé- 
lites seront alors arrivés à Kadesh avec le souvenir, gravé dans la 
mémoire, de la montagne fumante et flamboyante, et dans l'esprit, 
la conviction qu'un dieu de flamme habitait derrière l'horizon du 
sud. Iahve de Kadesh, cependant, s'empare des nomades de la 
veille, qui se trouvent dans la nécessité de concilier le culte de 
l'oasis avec le souvenir de la divinité redoutable entrevue au 
désert : ils y arrivent en identifiant le dieu proche et le dieu loin- 
tain, et en apparentant le sanctuaire accessible avec le sanctuaire 
mystérieux, vénérable en raison de son éloignement, qu'on aper- 
çut une fois et dont il serait imprudent de chercher à s'approcher 
de nouveau. 

Bien d'autres images divines, sans doute, hantaient l'esprit des 
nomades qui survinrent un jour devant l'oasis et prirent la résolu- 
tion de s'y arrêter. D'où venaient ils? Le rédacteur de J 1 pensait 
savoir qu'ils arrivaient en droite ligne d'Egypte, et certes, il vau- 
drait mieux accepter en toute simplicité la tradition qui régnait à 
ce sujet en Israël au vin e siècle, que de suivre Stade dans les 
extraordinaires combinaisons qu'il forme pour expliquer comment 
Iahve, « dieu des Kainites », peut être appelé dieu des pères et 
envoyer Moïse à la délivrance du peuple 2 . Mais la tradition de J 

i. H. Gressmann, Der Ursprung der Isr.-Judischen Eschatologie, 1905, p. 48. 

2. On se rappelle que Stade (Enlstehung, loc. cit., p. 107-108) croit qu'une partie 
seulement des clans entrés en Gosen était tombée sous le joug égyptien, tandis que le 
reste s'en allait au Sinai (à l'est du golfe Élanitique !) et entrait en relation avec les 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est, en ce qui concerne l'Egypte, des plus sujettes à caution au 
point de vue historique, bien qu'assez habilement composée et très 
informée des choses égyptiennes. On n'a pas de raisons d'affirmer 
absolument que le récit du séjour en Egypte, de l'Exode et du pas- 
sage de la mer Rouge n'a pas de fondement historique, mais les 
faits racontés se heurtent à une sorte d'impossibilité a priori, que 
Winckler a exprimée d'une manière saisissante en disant qu'au- 
cune fraction de ceux qui devaient être plus tard les Bne Israël ne 
fit jamais en Egypte un séjour de durée, car ceux-là ne seraient 
pas revenus*. On connaît, d'ailleurs, l'élégante théorie que 
Winckler a exposée à plusieurs reprises et par laquelle il explique 
l'introduction d'un séjour en Egypte dans la plus ancienne tradi- 
tion israélite qui nous soit parvenue. A l'origine, — longtemps avant 
J 1 , — Misraim des Palestiniens ne désignait pas l'Egypte, mais le 
désert du grand isthme égypto-asiatique qui s'étend, au sud de la 
Palestine, d'un côté vers l'Egypte et de l'autre vers l'Arabie : c'est 
Misr, Musr de la géographie babylonienne, et c'est dans ce pays de 
Misr que les Israélites, tout d'abord, se rappelaient avoir mené la 
vie nomade avant de se fixer à Kadesh. Ensuite, cependant, lorsque 
les anciens Bédouins du désert méridional et de Kadesh furent 
devenus un peuple sédentaire en Palestine et que ses connais- 
sances du monde extérieur se furent développées, le sens de Misr 
s'altéra par extension, conformément à la loi générale qui veut que 
dans la langue d'un peuple, le nom du district immédiatement 
contigu soit étendu, au fur et à mesure des découvertes géogra- 
phiques, à toute la région située dans la même direction et en 
arrière : c'est ainsi, comme nous savons, que chez les Égyptiens du 
Nouvel Empire, les noms de Horou et de Lotanou qui désignent 
la Syrie maritime et la Syrie continentale dans toute leur étendue, 
ne sont que deux anciens noms de tribus seirites, retenus par la 
géographie égyptienne à l'époque où la marche de l'isthme était 
tout ce que les Égyptiens connaissaient de l'Asie, et où l'on n'y 
rencontrait encore que les vieilles populations antérieures à l'in- 
vasion d'Édom et de ses congénères hébreux 2 . De même, pour les 

tribus de la région adonnées au culte de Iahve. Parmi les nomades du Sinai se serait 
formée alors, sous l'égide du dieu, une confédération dont Moïse était l'envoyé, lors- 
qu'il se présenta en Egypte aux asservis. Poursuivant logiquement son idée, Stade 
indique que l'oasis de Kadesh devait être au pouvoir de la confédération du Sinai, 
puisqu'lsraët parvint jusque-là sans avoir à livrer bataille. — Moore (dans Cheyne et 
Black, Enc. Bibl., 1434) accepterait volontiers l'essentiel de cette théorie. 

1. Winckler, loc. cit., dans Altor. Forsch.,l (1893), p. 39. 

2. Voir à ce sujet Is. Lévy, Lotanu Lotan, dans Sphiîix, IX (1905), p. 70-86, et 
Les Horites, Edom et Jacob dans les monuments égyptiens, dans Revue des Études 
Juives, Ll (1906), p. 32 suiv. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 29 

Israélites de Palestine, Misr, qui s'appliquait au désert du sud et 
du sud-ouest, s'étendit aux régions situées au delà de l'isthme de 
Suez lorsque ces régions furent découvertes, et devint ainsi le nom 
de l'Egypte. 

Dans la Bible, continue Winckler, il y a de nombreux endroits 
où le nom désigne indubitablement l'Egypte, telle l'histoire d'Israël 
en Egypte et de l'Exode ; mais il en est d'autres, — à nous de les 
reconnaître, — où le sens primitif et restreint du nom est nette- 
ment conservé dans l'esprit du rédacteur, malgré l'existence du 
sens étendu. Quelques exemples sont particulièrement frappants 
et démonstratifs, comme celui du torrent de Misr, qui ne peut 
être à l'origine le torrent d'Egypte puisque trois jours de marche 
dans le désert le séparent encore de la frontière égyptienne, et 
celui de l'histoire d'Ismaël, le Bédouin le plus caractérisé de toutes 
les généalogies bibliques, dont la mère est une femme de Misr 
et qui épouse une femme de Misr. Pour Winckler, c'est au Misr 
du désert que les Israélites avaient leurs plus anciens souvenirs, 
et c'est de ce pays que leur arrivée à Kadesh était racontée par 
une tradition complètement perdue. Puis, l'extension du terme de 
Misr sur l'Egypte entraîna en Egypte V histoire des origines du 
peuple : cette déformation est déjà accomplie au temps de la tradi- 
tion la plus ancienne qui nous soit parvenue, car dès J\ qui a sur 
l'Egypte de bons renseignements, le séjour du peuple en Egypte 
est raconté en détail, ainsi que la sortie et le miraculeux passage 
de la mer Rouge qui, naturellement, n'existait pas lorsque le 
peuple n'avait pas à franchir la ligne de l'isthme de Suez pour 
arriver à Kadesh. 

On voit que cette ingénieuse théorie a le mérite de concilier le 
témoignage circonstancié de J sur le séjour en Egypte, avec l'im- 
possibilité évidente de ce séjour au point de vue historique. Elle 
paraît gagner en faveur auprès des historiens, et Wellhausen lui- 
même, sans se risquer sur le terrain même de la thèse Misraim- 
Musriy se montre, dans les dernières éditions de sa Geschichte, 
beaucoup moins affirmatif qu'auparavant en ce qui concerne le 
séjour en Egypte et les épisodes qui s'y rattachent 1 . Notons en 
sens contraire, de la part d'Ed. Meyer, non seulement une oppo- 
sition irréductible à la thèse de Winckler 2 , mais encore la convic- 



1. Comparaisons instructives ù faire, ici, entre Wellhausen, Israël ilische und 
judische Geschichte, 1" éd. (1894), p. 9-11, et 5° éd. du même ouvrage (1904), 
p. 11-13. 

2. Meyer, Israeliten, p. 455 suiv. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion que le récit du séjour en Egypte el de la sortie repose sur une 
réalité historique certaine 1 . 

Que le séjour en Egypte soit au point de vue historique une 
impossibilité évidente, cela n'empêche pas d'admettre l'historicité 
du séjour en Gosen, si l'on ohserve que Gosen, très certainement 
situé d'après les documents égyptiens, est un pays de l'extrême 
frontière du Delta oriental et, à l'époque des origines Israélites, 
tout à fait extérieur à l'Egypte propre et encore abandonné aux 
nomades 2 . Dans cette marche désertique du 0. Toumilât, à la 
lisière des champs des sédentaires, les ancêtres d'Israël ont fort 
hien pu mener la vie pastorale pendant longtemps et se retirer 
vers l'est, un jour, lorsque les progrès de la colonisation égyp- 
tienne eurent apporté des entraves insupportables à leur genre de 
vie; dans cette mesure, seulement, on peut admettre que sortirent 
d'Egypte les Bne Israël, qui avaient vu l'Egypte de loin et n'y 
étaient jamais entrés. 

Il semble, cependant, que le mieux soit de ne rien affirmer 
quant aux raisons qui introduisirent les épisodes égyptiens dans 
la narration de J. Mais le séjour en Egypte une fois admis, il n'est 
pas difficile de comprendre comment s'ensuivit le récit de l'enfance 
et de l'éducation de Moïse. Le rôle primitif de Moïse, nous l'avons 
expliqué, consistait seulement à être le révélateur et l'instaurateur 
du culte de Kadesh, et ce fut par une amplification déjà très étran- 
gère à son principe que le personnage fut mêlé à l'histoire de la 
sortie d'Egypte et reçut la mission d'aller délivrer le peuple captif. 
Ceci fait, et toute une série d'actes en toute rigueur inutiles ainsi 
attribués à Moïse, on résolut de compléter sa biographie, et l'on 
imagina le récit d'une enfance passée en Egypte, — il fallait bien 
qu'il naquit dans les rangs du peuple, — et favorisée des cir- 
constances merveilleuses qui convenaient à la haute destinée de 
l'homme. Dans le vieux thème &u prince persécuté > menacé de mort 
dans son enfance et victorieux des puissances mauvaises, le premier 
auteur du conte trouva les éléments de l'histoire de Moïse exposé, 
sauvé et nourri dans le palais du roi, et se les appropria sans souci 
du contraste que devait faire le jeune Moïse princier avec le pâtre 
inculte qui rencontrera Iahve au désert. Ces heureuses incohé- 
rences, nous l'avons déjà remarqué, facilitent la séparation des élé- 

1. Meyer, Israeliten, p. 49-50. 

2. Sur la géographie du Gosen biblique d'après les documents égyptiens, établie 
pour la première fois à la suite des fouilles de Naville à Saft-el-Hinné, près du débou- 
ché occidental du 0. Toumilât, v. le résumé d'is. Lévy dans lievue des Études Juives, 
LI (1906), p. 46 et n. 1. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 31 

ments successivement ajoutés à la légende de Moïse, et dont l'incor- 
poration était achevée avant que l'auteur de J 1 commençât d'écrire. 

Quoi qu'en pensât le vieux rédacteur, il faut reconnaître, en 
somme, que si les ancêtres d'Israël touchèrent jamais la frontière 
égyptienne, du moins nt> sont-ils jamais sortis à proprement parler 
du désert. Ils étaient dans la même situation, à ce point de vue, 
que leurs congénères Moabites, Edomites, Ammonites, de la grande 
famille des Hébreux, qui avaient sur eux le grand avantage d'être 
arrivés plus tôt à l'installation sédentaire, bien que tous fussent 
arrivés en même temps du grand désert oriental, dans le flot qui 
superposa l'élément hébreu à la vieille population seirite du plateau 
égypto-syrien L'arrivée des Edomites en Seir a été étudiée en der- 
nier lieu par Is. Lévy, qui rapproche la date probable fournie parles 
indications bibliques, de la date approximative de l'invasion des 
Hyksôs en Egypte telle qu'elle résulte de la chronologie égyptienne, 
et conclut à une connexité entre les deux mouvements de peuples : 
les Edomites nouveaux venus poussaient en arrière, toute l'an- 
cienne population du Seir s'ébranlait vers l'Occident, et les élé- 
ments que leur position plaçait en avant-garde sur la frontière 
égyptienne pénétrèrent dans le Delta, où ils furent les Hyksôs dont 
le souvenir subit, par la suite, de si singulières amplifications. 
L'épisode, en réalité, n'eut pas grande importance au point de 
vue de l'Egypte, qui absorba sans peine les envahisseurs peu nom- 
breux, mais il dut avoir pour résultat d'épuiser les vieux éléments 
de la population clairsemée du plateau égypto-syrien, et de déter- 
miner ainsi la disparition des anciens Seirites en tant que tribus 
particulières et leur fusion dans la masse des Edomites envahis- 
seurs. Israël, cependant, uni à Édom par les liens de parenté les 
plus étroits, s'était ébranlé vers l'ouest en même temps que lui, 
et en même temps que les Hyksôs se précipitaient en Egypte. Il n'y 
avait parmi les Hyksôs, sans doute, ni Edomites ni Israélites, mais 
si les Israélites furent poussés par le flot de l'invasion jusqu'en 
Gosen, à la porte même de l'Egypte, n'est-ce point parce que leur 
situation géographique, au début du mouvement, était intermé- 
diaire entre celle des bandes avancées qui allaient se perdre dans 
le Delta et celle de l'arrière-garde qui devait former les Edomites 
historiques du Seir? 

Telle est l'ingénieuse hypothèse dis. Lévy, d'après laquelle on 
voit que les Bne Israël seraient « des Hyksôs restés en route et 
sauvés, par la halte qui les arrêta au seuil de l'Egypte, du destin 
fatal qui attendait leurs frères plus téméraires 1 ». Quoi qu'il soit 

1. ls. Lévy, article précité, dans Revue des Études Juives, LI (1906), p. 43-47. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en réalité, d'ailleurs, du pays où Israël plantait sa tente pendant 
que son frère jumeau Édom effectuait la conquête du Seir, il reste 
que l'établissement d'Édom étaiL achevé depuis plusieurs siècles 
au moment ou les Israélites purent arriver à leur tour à l'état 
sédentaire. « Après qu'Édom se fut consolidé, dit Wellhausen \ il 
resta de la matière humaine inemployée, quelque chose comme 
un lambeau qui flotterait sans cohésion avec les parties fermes de 
l'organisme ; certaines familles ne trouvèrent pas de place en Seir, 
ou furent, pour d'autres motifs, exclues de la formation nationale 
d'Édom : c'était Israël, dans son état embryonnaire. » Cette image, 
qui ne préjuge en rien de l'historicité ou de la non-historicité d'un 
séjour sur la frontière égyptienne, est bien celle qu'il faut se faire 
de la situation des nomades qui se fixèrent un jour auprès de 
Kadesh, adoptèrent le dieu de l'oasis, l'identifièrent avec une divi- 
nité de flamme probablement rencontrée dans le désert du sud, 
trouvèrent dans son culte le grand facteur de leur organisation 
nationale et partirent de là, dès qu'ils en eurent la force, pour la 
conquête de la Palestine. 



VI 



Il faut revenir, maintenant, au texte de J 1 tel qu'on l'a reconstitué 
au § iv ci-avant, pour voir comment les remaniements successifs 
bouleversèrent Tordre des faits primitivement si simple du voyage 
au désert. La première perturbation grave consista dans l'interca- 
lalion de l'épisode sinaïtique au début de l'histoire du séjour à 
Kadesh. Nous avons vu, plus haut, comment on arrive, en quelque 
sorte, à jalonner la narration détruite de J 1 par les trois jours de 
route sans eau d'Ex., xv, 22, qui aboutissent à Kadesh où Moïse 
accomplit le miracle de la source, et comment on rétablit en partie 
le texte primitif de celte histoire de la source avec les fragments 
conservés dans Ex , xvn, et quelques lambeaux passés dans Nombr., 
xx ; car à cette dernière place, l'histoire de la source se rencontre 
une deuxième fois, constituée, dans son texte, par de larges élé- 
ments de rédaction postérieure à J, englobant des parcelles de J dont 
certaines figurent également dans Ex., xvn. On reconnaît, d'après 

1. Wellhausen, hraelilische und jùd. Gesc/nchte, 5 1 " éd. (1904), p. 9-10. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE S1NAI 33 

cela, que la version de Nombr., xx, est un doublet postérieur à la 
rédaction primitive, et que cette rédaction primitive est représentée 
par la version d'£i.,zvn, malgré ses altérations; mais les lambeaux 
de -l que h 1 rédacteur du doublet a empruntés à Ex., xvn, n'en sont 
pas moins logiquement à leur place dans Nombr., xx, où l'on est à 
Kadesh et où la suite naturelle des événements reprend, après une 
longue interruption, par les premières tentatives de pénétration en 
Palestine. 

G'esl une continuité très factice, cependant, que celle qu'on pen- 
serait rétablir en supprimant l'énorme bloc de texte qui sépare Ex., 
xvn, de Nombr., xx, el unifiant par la pensée les deux versions de 
l'histoire de la source; car la version primitive n'a pas été coupée 
en deux, et celle de Nombr., xx, est postérieure tout au moins au 
noyau ancien de l'autre. Comme, d'autre part, avec Ex., xvn, on 
arrive à Kadesh, et qu'avec Nombr., xx, on quitte Kadesh, on se 
rend compte que J 1 comprend forcément, dans l'intervalle, la tota- 
lité des épisodes originaux du séjour au désert, de sorte que, pour 
rétablir la contexture de la relation primitive, il faut partir de l'ar- 
rivée à Kadesh et de l'histoire de la source d'Ex., xvn, 1-7, placer 
à distance indéterminée de là les pourparlers avecEdom de Nombr., 
xx, 14 suiv., et supposer dans l'intervalle toutes sortes d'épisodes 
plus ou moins complètement perdus ou altérés par la suite, notam- 
ment ceux relatifs à la législation divine. On peut, sans erreur 
fondamentale, se représenter la composition de J 1 de la manière 
suivante : 

La mer des Roseaux a englouti les Égyptiens qui poursuivaient 
les Israélites. La traversée du désert, très rapidement racontée, 
« ...trois jours de route par le désert sans trouver d'eau... » (Ex., 
xv, 22 b), aboutit à Kadesh, où Moïse fait jaillir la grande source 
importants éléments conservés dans Ex., xvn, v. reconstitution 
plus haut, § iv, B . Installé à Kadesh, près du sanctuaire révélé par 
Moïse, le peuple reçoit, plusieurs fois peut-être, la visite de Ialive 
du Sinai, qui descend dans son Buisson en une colonne de llamme 
et dicte la législation nationale (allusion dans Ex., xv, 25 b). Une 
organisation hiérarchique s'établit (comme dans Ex. , xviu, mais sans 
l'intervention du beau-père); le dieu secourt, à quelque occasion, 
son peuple menacé de famine (comme dans Ex.,xvi, et Nombr. , xi). 
Lorsque l'heure est arrivée de le faire, le dieu donne l'ordre de 
s'ébranler pour la conquête de la terre promise (Ex., xxxni, 1 a : 
« lahve dit à Moïse : Allons! pars d'ici, toi avec le peuple qne tn as 
ramené d'Egypte... » pourrait appartenir à la relation primitive). 
Moïse fait procéder à la reconnaissance du pays (comme dans 

T. LVUI, H» 115. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nombr., xin), et au retour des messagers, on entame des pourpar- 
lers avec Edom (Nombr., xx, 14 suiv.) pour le libre passage sur son 
territoire. 

Ce qui reste de la forme primitive de ces divers épisodes, s'il en 
reste quelque chose, est perdu dans l'énorme masse des législations 
accumulées, afférentes aux diverses couches de E et de P, qui com- 
mencent avec Ex., xx, immédiatement après la théophanie sinaï- 
tique duchap.xix, remplissent toutLévitique et ne finissent qu'avec 
le chap. xix de Nombres. Des fragments de J, en plusieurs endroits 
d'Ex, et de Nombr., manifestent leur présence, mais ils sont pour 
la plupart peu étendus et leurdéfinition précise est souvent difficile, 
les critiques différant gravement en ce qui concerne la séparation 
des sources 1 . Ils tombent d'accord, cependant, sur l'attribution 
particulièrement claire de certains passages, et l'on peut en toute 
sécurité faire remonter à J, à leur suite : 

L'origine de l'histoire de la manne d'Ex., xvi (traces de J recon- 
naissables) ; 

L'origine de l'histoire de l'institution de Juges et d'Anciens d'Ex., 
xvin (traces de J reconnaissables) ; 

L'importante description de la théophanie sinaïtique constituée, 
sans lacune intermédiaire, par les vv. 20 et 18 d'Ex., xix, que le 
compilateur de JE a séparés et intervertis; 

L'invitation au départ pour la terre promise d'Ex., xxxiii, 1, et 
sans doute les éléments primitifs de l'histoire qui suit immédia- 
tement, relative à la demande du nom du dieu et de la vue de la 
ligure divine (très obscur, très déformé et sans doute déplacé 
considérablement) ; 

Un important fragment de code religieux, restitué par Ex., xxxiv, 
14, 17,19 a, 21, 25 et 26 2 ; 

L'épisode connu de Hobab sollicité par Moïse de rester avec le 
peuple au désert pour lui servir de guide (Nombr., x, 29-32 3 ; tronquée 
dans son état actuel l'histoire se terminait, comme nous avons vu 
plus haut (§ m), par Jug., iv, 11, dans sa forme primitive, et le tout 
provenait d'une transposition sur Moïse et Hobab le Kainite de 

1. Désaccord absolu entre Baentsch et Holzinger, IL ce, pour la détermination des 
fragments de J et de E d'Ex., xix, 2, 7, 9, 10-13 (Baentsch, p. 173, Holzinger, 
p. xvn). De même pour le morceau très cohérent d'Ex., xxiv, 1 et 9-11, que Baentsch 
(pp. 213, 216) attribue à E et Holzinger |p. xvm) à J, et pour l'histoire du veau d'or 
d'Ex., xxxn, dont les éléments essentiels proviennent de J d'après Holzinger (p. xix), 
de E d'après Baentsch (p. 268-273). 

2. Suivre de préférence, ici, la séparation des sources de Baentsch, p. 283-284. 

3. Attribué à J 1 par Holzinger, Num., p. xv, mais probablement à descendre jus- 
qu'à la couche postérieure de J ; v. ce qui est dit à ce sujet plus haut, § iv, C. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 35 

l'histoire de l'adhésion de Kain à Israël au temps de Saiil dont 
Jug., i, 16, et ï Sam., xv, w 2-l>, renferment les débris; 

L'origine de l'histoire de la tombée miraculeuse des cailles, 
fragmentée au long de Nombr., xi : ce n'est point un doublet de 
L'histoire de la manne, et dans l'état actuel du texte, considérable- 
ment développée par E, elle s'entremêle avec un doublet de cette 
histoire de manne d'Ex., xvi, et un doublet de l'histoire de l'institu- 
tion des Anciens d'Ex., xvm ' ; 

La reconnaissance du pays de Chanaan de Nombr., xm, 17 suiv. 
vestiges seulement de J). 

On remarque que tous ces épisodes, — sauf un, — sont complè- 
tement étrangers au Sinai et se placent simplement au désert, 
c'est à dire, primitivement, à Kadesh sans nul doute. Aussi est-il 
heureux, au point de vue de l'histoire du texte, que J soit indubi- 
table dans la description précitée de la théophanie sinaïtique, car, 
s'il en était autrement, nous n'aurions pas de moyen de savoir que 
la visite du peuple au Sinai remonte à J même. Mettons sous nos 
yeux ce témoignage décisif de la date de l'interpolation : 

« ...Ex., xix, 20. Alors Iahve descendit sur le mont Sinai, et 
Iahve appela Moïse au sommet de la montagne. Et Moïse monta 
jusqu'en haut. 18. Et le mont Sinai était tout enveloppé de fumée, 
parce que Iahve avait fondu sur lui au milieu du feu, et de la fumée 
s'élevait de lui, pareille à la fumée d'une fournaise, et toute la 
montagne tremblait fortement. » 

C'est J qui conduit ainsi Moïse et le peuple au Sinai, en dépit de 
la version primitive qui les maintenait à Kadesh et faisait, pour 
tous besoins, aller le dieu du Sinai jusqu'au peuple. Telle est la 
raison pour laquelle on distingue, dans cette région du texte, J 1 
et J 2 , en spécifiant que l'intercalation de l'épisode sinaïtique dans 
le récit est l'œuvre de J 2 . L'intention du rédacteur qui conçut et 
introduisit cette nouveauté était sans doute très simple : il lui 
paraissait plus convenable que le peuple se donnât la peine de se 
rendre à la résidence principale du dieu pour recevoir ses comman- 
dements. Mais, comme la montagne divine n'est pas un lieu où le 
peuple puisse facilement revenir ni séjourner longtemps, on peut 
croire que dès lors la révélation de la Loi cessa d'être, ce que com- 
prenait encore J 1 , la lente élaboration de la législation nationale 
pendant les longues années de Kadesh, et se ramassa en boule, si 
l'on peut dire, concentrée tout entière dans la scène d'une entrevue 
du dieu et de Moïse sur la montagne fulgurante. 

1. Sur la manière dont ces doublets ont pris naissance, v. ce qui est dit ci-après, 
§ vin, à propos de la compilation de JE. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans les fragments de J qu'on arrive à extraire du texte qui les 
enserre, on trouve ainsi le peuple au Sinai, mais point de trace 
conservée de la mention du départ pour la montagne sacrée. Indu- 
bitablement, c'est de Kadesh que J 2 faisait partir l'expédition 
sinaïliqne, et à Kadesh qu'il la faisait revenir •, et l'on peut se repré- 
senter l'interpolation comme introduite de la manière la plus simple 
au milieu des épisodes du séjour au désert, quelque peu après 
l'histoire de la source. On sait, d'ailleurs, comment s'effectuait le 
retour du Sinai. « Ils partirent de la montagne de Dieu et mar- 
chèrent pendant trois jours. . . » dit Nombr., x, 33 a. La rédaction 
de ce fragment perdu est de E, mais il ne fait pas de doute que ces 
trois jours de route sont inspirés de ceux, bien connus, du voyage 
d'Egypte à Kadesh, et, par suite, se trouvaient également dans J. On 
croit comprendre que J 2 , par une sorte d'analogie avec le voyage 
précédemment fait, racontait que le peuple avait fait une marche 
de trois jours de Kadesh au Sinai, et une autre marche de trois 
jours pour revenir du Sinai à Kadesh. 

Déjà, pourtant, la physionomie du récit était changée par cette 
scène nouvelle du Sinai, qui tirait à elle tout ce qui était législation 
révélée; ainsi la phrase souvent citée plus haut d'Ex., xv, 25 b, 
relative à la Loi et à Kadesh, perdait sa raison d'être, se déracinait 
et devenait propre à échouer ultérieurement en n'importe quelle 
histoire d'autre provenance. D'autre part, les épisodes qui se 
trouvaient maintenant placés après l'épisode intercalé avaient une 
tendance à se détacher de Kadesh pour se fixer au Sinai, le jour 
où l'on cesserait de comprendre qu'aussitôt après la grande théo- 
phanie, le peuple était rentré à Kadesh immédiatement. Pour ce 
jour-là, enfin, un malentendu plus sérieux était à craindre en deçà 
de l'intercalation, avant l'épisode sinaïtique ; car on s'étonnerait 
immanquablement que le peuple se trouvât à Kadesh avant et après 
le Sinai, et comme il faut bien qu'on soit à Kadesh en dernier lieu, 
puisque c'est le point de départ de la conquête de la Palestine, on 
chercherait à corriger une erreur supposée en effaçant Kadesh du 
récit antérieur à l'arrivée au Sinai. Double péril, en somme, pour le 
souvenir de Kadesh : avantle Sinai intercalé, suppression complète, 
et après l'intercalation, diminution d'importance très accentuée. 
Gomme nous allons voir, ces divers contresens sont déjà commis 
irréparablement dès l'époque de E, qui, reproduisant d'après J 2 la 
mention de la route de trois jours faite à partir de la « montagne 

1. Rappelons encore une fois que le Sinai n'est pas éloigné de Kadesh ; il se cache 
dans le désert immédiatement au sud, et Iahve, de là, venait à son Buisson de Kadesh 
sans peine et sans fatigue. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 37 

de Moïse », omel de dire que cette roule revient à Kadesh, et beau- 
coup plus gravement, supprime le nom de Kadesh du récit du 
premier voyage de frais jours à partir de la frontière égyptienne 
et de l'arrivée au lieu du miracle de la source. 



VII 



LE RECIT DU VOYAGE AU DESERT DANS E. 

Que le rédacteur de E, complètement dérouté par l'épisode de la 
visite du peuple à la montagne divine, n'ait plus la moindre notion 
de l'organisation primitive du récit, cela ressort de ce que dans sa 
narration Iahve, lorsqu'il se manifeste pour la première fois à 
Moïse à la montagne de Dieu, Horeb (Ex., ni, 1), lui donne rendez- 
vous, pour le moment de son retour avec le peuple, non au sanc- 
tuaire de Kadesh, mais sur cette montagne (v. 12) : nous avons, 
plus haut § m, A), reconstitué parallèlement les versions de J et de 
E concernant l'entrevue divine, et il suffit de s'y reporter pour 
constater la différence. Le lieu de la rencontre est devenu la mon- 
tagne sacrée, au lieu du Buisson de J qui est Kadesh, et c'est égale- 
ment à la montagne, et non au Buisson, que le peuple devra se 
rendre lorsqu'il sortira d'Egypte L . La cause de cette substitution 
de la montagne divine à Kadesh est facile à comprendre si l'on 
observe que le rédacteur de E avait sous les yeux le texte définitif 
de J, dans lequel le flamboyant épisode de lathéophanie si naï tique 
avait pris, aux yeux du lecteur, l'importance d'un épisode principal 
et central du voyage, et tel qu'il semblait que les Israélites, en 
quittant l'Egypte, avaient eu pour but le Sinai où Iahve devait 
remettre la Loi à Moïse. E, visiblement, ne sait plus que l'expédition 
au Sinai de J a partait de Kadesh et revenait à Kadesh; l'objectif 
ancien de l'Exode recule dans l'ombre et c'est le Sinai, - le Horeb, 
écrit E, — qui est imposé par le dieu au peuple comme premier 
point d'arrivée. 

E, pour des raisons qui nous échappent, ne veut pas de ce nom 
de Sinai pour désigner la montagne divine, qu'il appelle montagne 

1. Il convient d'attirer l'attention sur l'erreur de Wellhausen, qui croit encore — J 
et E insuffisamment démêlés dans l'histoire de la première manifestation du dieu à 
Moïse — que la fête au désert prescrite par Iahve est corrélative de l'expédition du 
peuple au Siiwii dans la dernière forme de J, parce qu'Ex., in, 12, convoque le peuple 
sur la montagne de Dieu (Wellhausen, Proleg., 5 e éd., p. 349). 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Dieu ou Horeb. Nous avons étudié longuement, plus haut (§ in), 
la localisa Lion de la montagne dans la tradition de J et dans celle 
de E, et nous avons vu que le nom de Ietro, beau-père de Moïse et 
habitant de la montagne, dans E, nous conduit exactement dans le 
môme pays que les noms du Kainite ou du Midianile prêtre du Sinai 
de J, à savoir, le désert immédiatement au sud de Kadesh, qu'on 
lui applique les dénominations de Seir, de Pharan ou de Midian; 
nous avons vu également que, dans l'esprit de tous les rédacteurs 
uniformément, remplacement de la montagne n'est pas déterminé 
avec précision et qu'on la suppose seulement au delà des régions 
connues et à petite distance. C'est dire qu'entre Sinai et Horeb il 
n'y a qu'une différence de nom et point de différence quant à la 
conception de la localité. Pour arriver à cette constatation, il impor- 
tait de se convaincre d'abord que la montagne divine, quel que soit 
son nom, est en Pharan, non loin de Kadesh, et il n'est pas éton- 
nant de voir naître de grosses erreurs, en ce qui concerne les rela- 
tions d'Horeb et de Sinai, chez les partisans de la localisation du 
Sinai sur le bord oriental du golfe d'Akaba, par identification du 
Midian biblique avec le Madian de la géographie arabe. La colla- 
boration de von Gall et d'Ed. Meyer a abouti, à ce sujet, à une 
théorie extraordinaire dont il faut rappeler les termes. 

Von Gall ', nous l'avons vu plus haut (§ n), pense que dans l'es- 
prit du rédacteur de E, l'itinéraire du voyage au sortir d'Egypte 
s'engage dans la péninsule que nous appelons sinaïtique, parce 
que, dit E dans Ex., xm, 17-18, « Dieu ne les conduisit pas par le 
chemin du pays des Philistins, qui eût été le plus court, car Dieu 
pensait que le peuple pourrait éprouver des regrets, s'il venait à y 
avoir bataille, et rentrer en Egypte. C'est pourquoi Dieu fit obliquer 
le peuple par le chemin du désert, dans la direction de la mer des 
Roseaux. » Comme nous l'avons remarqué et comme Baentsch le 
signale déjà en 1900 (Ex.-Lev., p. 139), il n'y a rien en réalité, dans 
ce texte, qui indique une roule dirigée vers le sud; mais von Gall 
le croit, et en conclut que E place dans le sud de la péninsule les 
stations de l'itinéraire qui se développe au sortir de la mer Rouge, 
notamment la montagne de Dieu ou Horeb; il ajoute que cette 
situation du Horeb de E était très différente de celle du Sinai de J, 
qui était en Midian, sur la côte d'Arabie. Or, Ed. Meyer est un par- 
tisan convaincu de la théorie de Midian et de Sinai arabiques, ce 
en quoi il continue simplement de nombreux devanciers depuis 
Wellhausen ; mais en 1905 et 1906 on le voit, en outre, accepter avec 

1. Von Gall, Altisr. Kultstàtten, pp. 3-4, 10-14. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE S1NAI 39 

la plus surprenante facilité les idées de von Gall touchant le Horeb 
deEet sou emplacement dans le sud de la péninsule dite sinaï tique, 
el trouver dans cette thèse l'explication de la substitution de Horeb 
à Sinai, dans E, pour désigner la montagne divine. Lorsque "J 2 , 
dit Meyér 1 , imagina l'expédition de Kadesh au Sinai, il se souciait 
peu de la grande dislance qui séparait Kadesh du Midian de l'est 
du golfe d'Akaba, et faisait simplement revenir le peuple, après 
l'entrevue divine, du Sinai à Kadesh. Mais pour E, le peuple sorti 
d'Egypte a pour objectif, non plus Kadesh, mais la montagne divine, 
de sorte que cette montagne est maintenant une station de l'itiné- 
raire entre l'Egypte et Kadesh; cela oblige à abandonner le Sinai 
de la côte arabique, car il est beaucoup trop excentrique, beaucoup 
trop lointain dans le sud-est pour qu'un itinéraire quelconque 
d'Egypte à Kadesh puisse y passer. E a la notion claire et précise 
de cette impossibilité géographique, et alors il substitue au Sinai 
une montagne dont l'intercalation dans l'itinéraire lui paraît moins 
invraisemblable, et celle montagne est le Horeb de la péninsule. 

Rien n'est exact, nous le savons bien, de tout ce que cette com- 
binaison compliquée suppose. En premier lieu, le Sinai de J n'est 
pas à lest du golfe d'Àkaba, mais en Pharan, quelque part au sud 
de Kadesh, et ce n'était pas un long voyage qu'imaginait J 2 en y 
faisant aller le peuple ; lorsque E vint à perdre de vue que le point 
de départ de l'expédition à la montagne divine avait été Kadesh, il 
n'y eut donc aucune difficulté géographique à lever pour concevoir 
la montagne comme une station du voyage entre l'Egypte et Kadesh. 
Mais, de plus, il n'y a pas de différence essentielle entre Sinai et 
Horeb, car Horeb est localisé exactement de la même manière que 
Sinai et l'on n'a pas la moindre raison de le repousser loin dans le 
sud comme von Gall veut le faire. Pour qui se place, en somme, 
dans l'état d'esprit de E, — passage à la montagne sacrée sur la 
route d'Egypte à Kadesh, — Sinai de J- n'appelle aucune correc- 
tion au point de vue géographique, et une correction eût-elle paru 
nécessaire, que Horeb ne l'aurait pas apportée. 

Il nous faut donc renoncer à savoir pourquoi E possède un autre 
nom que J pour la montagne divine qui est devenue dans sa rela- 
tion le but de l'Exode et la station principale du voyage d'Egypte 
en Palestine. Kadesh s'est complètement dissocié du séjour au 
désert, et ne joue plus d'autre rôle que d'être la porte de la Pales- 
tine, la station où l'on passe à la descente du Sinai lorsqu'on prend 

1. Ed. Meyer, Die Mosesogen und die Lewiten, flans Stzb. d. Kôn. Preuss. Ak. d. 
Wiss., 1905, p. 646, et Die Israeliten etc., 1906, p. 71. 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

— dans Nombr., xm et xx — les premières mesures pour conquérir 
la terre promise. Aussi le rédacteur s'étonne-t-îl des mentions anté- 
rieures de Kadesli qui parsèment encore le texte de J 2 , avant et 
après le passage au Sinai, et tout en empruntant à J 2 , il le corrige 
en effaçant partout la mention malencontreuse et anticipée. Voici, 
par exemple, le récit que donnait J 2 du retour du Sinai à Kadesb; 
E transcrit Je passage (Nombr., x, 33 a) : « Us partirent de la mon- 
tagne de Dieu et marchèrent pendant trois jours... », mais supprime 
le nom de Kadesh qui marquait indubitablement le terme de cette 
route. De manière beaucoup plus caractéristique voici, après les 
trois jours de route faits au sortir d'Egypte, l'arrivée à Kadesh et 
le miracle de la source d'Ex., xvn, 1-7. J 2 , certainement, disait 
encore explicitement que le lieu de la scène est Kadesh; E supprime 
l'indication, nous obligeant à la restituer d'après Massa et Meriba, 
dont il ne sait plus, par bonheur, que ce sont des noms de Kadesh. 
Gela cimentait, pour les siècles futurs, le bloc de malentendus qui 
ne devait être attaqué que par la remise en place de Kadesh dans 
Ex., xvn, 1-7 : le mérite de cette restitution appartient, comme on 
sait, à Wellhausen. 

A la suppression du nom de Kadesh dans ce passage d'Ex., xvn, 
se rapporte un très singulier phénomène, celui de la reduplication 
du récit du miracle de la source dans Nombr., xx, mais cette fois, 
bien placé topographiquement par le narrateur, avec le nom de 
Kadesh dans sa relation ancienne et régulière avec celui de Me 
Meribat (v. 13). Gomment se fait-il que se retrouvent en ordre, dans 
ce doublet de rédaction postérieure, les éléments dispersés plus 
haut et qui ne semblaient pas pouvoir jamais se rejoindre? Le com- 
pilateur de JE n'a pu trouver cette version de l'histoire que dans E, 
car J, de toute évidence, ne possédait encore que celle d'Ex., xvn; 
il faut donc nous demander à quelle idée obéissait E en rétablissant 
de toutes pièces et de manière presque parfaite, à la deuxième 
place, l'épisode de Meribat-Kadesh qu'il défigurait à sa place origi- 
nale. La question une fois posée dans ces termes, il est assez facile 
d'y répondre. C'est précisément parce qu'il mutilait l'histoire de la 
source de Kadesh, dans Ex., xvn, en en retranchant le nom de la 
ville, que le rédacteur de E éprouvait le besoin de la transporter 
intégralement ailleurs, pour ne rien perdre des renseignements 
que J 2 lui apportait. La transporter où? En un endroit où le nom 
de Kadesh, dans sa rédaction, serait conservé; cet endroit fut le 
début de Nombr., xx, du texte actuel, où nous trouvons ainsi une 
version de l'histoire delà source qui complète de manière heureuse 
la version primitive très maltraitée. On serait plus favorisé encore 



LE SEJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 41 

si E avait mieux copié J 2 ; mais le récit est presque entièrement de 
sa façon et l'on y retrouve à peine une ou deux phrases empruntées 
àJ v. la reconstitution du texte primitif de J ci-avant, §iv,B). Dans- 

la version d'Ex., xvn, d'où il enleva le nom de Kadesh, E mit éga- 
lement beaucoup du sien, ce qui entraîna, comme nous avons vu, 
la perte d'intéressants détails que donnait J et auxquels le compi- 
lateur de JE devail préférer ceux de la version la plus récente. 

C'est purement a E, par contre, que doit être attribué 1 l'épisode 
de L'attaque amalécitede Raphidimdans sa forme actuelle (Ex., xvn, 
8-16). Qu'est-ce ([ne Raphidim? De l'ordre des événements dans E 
ressort seulement que le lieu de la bataille se rencontre immédia- 
tement avant d'arriver à la montagne divine, et aussi longtemps 
que l'on crut que le Horeb était situé dans le sud de la péninsule 
dite sinaïtique, ce fut une difficulté pour les commentateurs de 
trouver les Amalécites près de là 2 , car on sait avec précision, 
d'autre part, que le domaine d'Amaleq est aux abords immédiats de 
Kadesh 3 . Cette difficulté a disparu, pour nous, avec la réfutation 
de la théorie de von Gall qu'on a vue plus haut et la certitude 
acquise que Horeb, qui est Sinai sous un autre nom, se trouve dans 
ce même désert des environs de Kadesh, que les Amalécites fré- 
quentent. 11 n'est pas interdit de penser, d'ailleurs, que l'épisode 
de l'attaque des Amalécites figurait déjà, sous une forme dont le 
rédacteur de E n'aura rien laissé subsister, dans la version de J; 
car cette histoire de Bédouins agresseurs, qui fournit l'occasion des 
malédictions des vv. 14 et 15, est extrêmement propre à avoir 
appartenu au cycle de Kadesh. Rappelons encore, à ce propos, que 
la bataille de Raphidim a une sorte de doublet, afférent proba- 
blement à une couche tardive de E, dans le récit de la bataille livrée 
aux Amalécites et aux Chananêens qui fait l'objet de la fin de 
Nombr., xiv : comme on l'a dit plus haut (§ m) à propos de l'his- 
toire d'Amaleq, ce dernier récit est une fusion accidentelle et 
erronée de celui delà bataille de Raphidim et de celui de la bataille 
contre les Chananêens de Nombr., xxi, 1 suiv., qui appartient à J. 

Il est enfin, dans la narration de E, un épisode antérieur à la 
bataille de Raphidim, c'est-à-dire à l'arrivée dans la région de 
Kadesh, et dont l'importante et très singulière signification a été 
mise en évidence, pour la première fois, parla belle analyse d'Ed. 

1. Baeutsch, loc. cil., p. 160-162; Holzinger, Exodus, p. xvn. 

2. Voir, par exemple, Baentsch, p. 158-160. — On sait que l'emplacement tradi- 
tionnel de Raphidim, corrélatif du la situation de Horeb-Siuai dans le massif méridio- 
nal de la péninsule sinaïtique, est celui de l'oasis de Feiran. 

3. Voir ce qui est dit à ce sujet plus haut, g m. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Meyer : nous voulons parler de l'histoire de Mara-Élim f. Si Ton se 
reporte au passage d'Ex., xv, 22-27 (JE), et qu'on retire du texte 
les deux lambeaux de J 1 , plusieurs fois cités plus haut, de 22 6 
et 25 b (cf. notre séparation des sources, d'après Meyer, plus haut, 
§ tv, Bi, il restera ce qui suit : 

« ... 22 a. Et Moïse fit partir Israël de la nier des Roseaux ; et ils 
prirent par le désert de Sur. 23. et arrivèrent à Mara. Et ils ne purent 
boire l'eau à cause de son amertume, ce pourquoi on l'appela (l'en- 
droit) du nom de Mara. 24. Alors le peuple murmura contre Moïse 
et dit : Que boirons-nous? 25 a. Alors il cria vers Iahve, et Iahve 
lui indiqua un bois, qu'il jeta dans l'eau, et l'eau en devint douce. 
26. Et il dit : Si vous entendez la voix de Iahve votre dieu, et faites 
ce qui est bien à ses yeux, et obéissez à ses commandements et 
observez toutes ses règles, je ne ferai point tomber sur toi toutes 
maladies que j'ai jetées sur les Égyptiens; car je suis Iahve, ton mé- 
decin. 27. Après quoi ils vinrent à Élim, où se trouvent 12 sources 
et 70 palmiers; et ils campèrent là près de l'eau. » 

L'idée féconde de Meyer consiste à avoir rapproché, du texte de E 
ainsi isolé, la description que donnent Agatharchide, dans son livre 
De la mer Rouge, et Diodore d'après Agatharchide, d'une grande 
oasis située sur le rivage oriental du golfe; toute pareille, la des- 
cription se trouvait dans Artemidore, à qui Strabon l'a empruntée. 
Vers la pointe nord du golfe Arabique, disent ces différents écri- 
vains 2 , se trouve un Posidium ou Nep.'iiniiim, ainsi nommé d'un 
autel consacré à Neptune par Ariston, lorsqu'il fut envoyé par Pto- 
lémée pour explorer les rives arabiques jusqu'à l'Océan. Au delà 
du Posidium — qui, étant le point de départ d'Arislon, doit se 
trouver vers le fond du golfe — on rencontre, le long du rivage, 
une grande Palmeraie (4>on/ixwv) dont les arbres fournissent des 
dattes excellentes et dont les eaux sont abondantes et fraîches. 
Un autel de pierre très ancien s'élève à cette place, avec une ins- 
cription en caractères inconnus ; un homme et une femme sont 
attachés au culte de la divinité locale. La côte, dans le voisinage de 
ce point, était anciennement la possession des Maranitae, que leurs 
voisins les Garindanei (ou Garindaei, ou Garindanenses) extermi- 
nèrent pour prendre leur place, et conquérir la source miraculeuse 
autour de laquelle les Maranitès se réunissaient tous les cinq ans 
pour célébrer une fête, offrir des sacrifices et puiser de l'eau qu'ils 
rapportaient chez eux pour la boire comme remède. Plus au sud, 



1. Ed. Meyer, priuripalement dans Israeliten, p. 100-103. 

2. Voir bibliogr. plus haut, § i (Rev. des Études Juives, t. LV1I, p. 22, n. 1). 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 43 

on arrive au point de jonction des eaux du golfe avec celles du golfe 
Élanitique venu de la région orientale. 

Or, si Ton passe de cette description au texte de E que nous 
avions sous les yeui tout à L'heure, on verra que tous les éléments 
recueillis par Agatharcliide s'y retrouvent exactement, à six cents 
ans de distance. L'oasis d'Êlim est le Phoinikôn,et le nom d'Élim, 
a les dieux », correspond à xo?ç lv t<2 téjiuvei 8eo?ç de la relation 
grecque. Le nom de Mara est identique à celui des Maranites, et 
à la source miraculeuse du Phoinikôn correspond bien la source 
de Mara, au sujet de laquelle Ialive apparatt inopinément et d'une 
manière si singulière dans un rôle de médecin. Il n'est pas dou- 
teux, comme on voit, que le lieu de l'histoire de Mara-Élim soit 
identique à la Palmeraie d'Agatharchide. Qu'est-ce maintenant 
que cette Palmeraie, à retrouver sur le bord oriental du golfe de 
Suez, entre le fond du golfe et le débouché du golfe d'Akaba? Le 
nom des Garindanes qui expulsèrent les Maranites de l'oasis se 
retrouve dans celui de Gharandel, vallée et ruisseau qui descen- 
dent dans la mer à une centaine de kilomètres de Suez et dont le 
cours inférieur est semé dune chaîne de petites oasis peu impor- 
tantes ; mais cet endroit désert et pauvre, où stationnent seule- 
ment de temps immémorial les caravanes en route le long de la 
Côte occidentale de la péninsule, n'a pas de chances d'être le lieu 
du grand concours de peuple dont parle le géographe grec, et qu'il 
faut reconnaître, bien plutôt, dans la grande oasis côtière située plus 
au sud et auprès de laquelle se trouvent le port et la ville de Tôr. 
Les palmeraies de l'endroit sont vastes et très belles, et l'eau en 
quantité illimitée ; la source guérissante voisine du sanctuaire 
antique existe encore, au Hammam Mousa, dont les eaux sulfu- 
reuses chaudes sont fréquentées par les habitants de la ville. Il 
n'est pas étonnant de voir les Garindanes du texte grec étendre 
leur domaine au sud jusqu'à Tôr; car ce nom de peuple, loin de 
s'appliquer simplement au Gharandel moderne de la côte occiden- 
tale, avait à l'origine une acception beaucoup plus étendue et cou- 
vrait une grande partie des territoires de la péninsule et de ses 
abords septentrionaux : on connaît les ruines importantes d'une 
ville de Gharandel, Arindcla de la période chrétienne, dans la 
région de Petra, et l'on sait, d'autre paît, que le même nom de 
Gharandel est employé par Pline, sous la forme Carandra, pour 
désigner l'ensemble du golfe de Suez 1 . 



1. Pline, Hist \a/., VI, 33. Douze ou quatorze siècles plus tard, Birket Gorondel 
est encore, chez les géographes arabes, une désignation générale du golfe de Suez. 



44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

C'est donc à Tôr, non loin do la pointe méridionale de la pénin- 
sule et sur sa côte occidentale, que le récit de E, de la plus sur- 
prenante manière, nous conduit au sortir de la mer des Roseaux ; 
et Ton voit que le rédacteur a sur la localité des renseignements 
du caractère le plus précis. Quelle est son intention en l'introdui- 
sant ainsi dans le récit du voyage au désert? Meyer s'y est un 
instant trompé, et dans la croyance où il est, à la suite de von Gall, 
que le Horeb est dans le grand massif du sud de la péninsule et 
que E, de propos délibéré, a substitué cette montagne à un Sinai 
tout différent, il a exprimé l'avis que la description de l'oasis de 
Tôr aurait eu pour but d'appuyer l'introduction de ce Horeb pénin- 
sulaire de détails géographiques relatifs à la région voisine 1 . 
Immédiatement après, cependant, Meyer est arrivé à une appré- 
ciation plus vraie des choses 2 , et dès lors, nous pouvons recom- 
mencer à le suivre. 

L'explication véritable réside dans le fait même, d'ailleurs très 
étonnant, que le rédacteur de E connaît l'oasis et le sanctuaire 
lointain des bords de la mer Rouge : chose impossible, évidem- 
ment, si ses concitoyens du vm e siècle n'avaient pas fréquenté la 
localité et ses pèlerinages. Cela montre que dès cette époque loin- 
taine, le grand sanctuaire méridional exerçait son attraction jusque 
sur les populations palestiniennes ; les gens d'Israël et de Juda se 
mettaient périodiquement en route, comme leurs voisins, pour le 
rendez-vous religieux et commercial de l'oasis maritime, et l'on 
arrive ainsi à comprendre que de la part du rédacteur de E, l'inter- 
calation de l'épisode tend simplement à rendre orthodoxe pour les 
Israélites, en l'annexant au iahvisme, un lieu de culte dont on 
n'avait ni les moyens, ni d'ailleurs à cette époque le désir, de leur 
interdire la fréquentation. Puisque les fidèles de Iahve vont cher- 
cher la guérison au sanctuaire de la mer Rouge, qu'ils sachent au 
moins que le dieu de la place est Iahve lui-môme 3 — « Je suis 
lahve Ion médecin », a dit le dieu à Moïse, — et non le génie local 
que suppose l'ignorance des indigènes et des Rarbares. 

Dès l'instant où le rédacteur de E voulait donner une place à 

1. Ed. Meyer, dans Sfzb. d. Kôn. Preuss. Ak. d. Wiss., 1905, p. 646. 

2. Ed. Meyer, Israeliten, p. 102-103. 

3. Comme à Kadesh dans la relation de J l , Iahve manifeste sa présence à Tôr, dans 
E, par un « miracle de source » accompli par la main de Moïse, et l'on entrevoit une 
forme primitive de l'épisode dans laquelle Moïse créait positivement la grande oasis 
en rendant douces les eaux salées, de même qu'il créait l'oasis de Kadesh en faisant 
jaillir la source du rocher. Dans E, d'ailleurs, l'histoire est déjà disloquée; l'oasis 
d'Élim se présente comme distincte de Mava, dont la source miraculeuse était tout 
d'abord celle même auprès de laquelle se trouvait Éli?n, le sanctuaire. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 45 

l'épisode dans l'histoire de Moïse, on comprend qu'il n'eut pas 
grandement le choix de L'endroit où l'intercaler, et fut bien forcé 
de le comprendre dans le récit du voyage an désert. Ainsi le voyage 
d'Egypte à la frontière palestinienne finit de devenir, dans l'esprit 
el sous la main de E, une chose profondément di (Té rente de ce qu'il 
étail dans la tradition primitive de J. Alors <pie dans J\ Moïse et le 
peuple allaient directement de la frontière d'Egypte à Kadesh, où 
ils restaient, le but du voyage est maintenant la montagne divine, 
Sinai-Horeb, quelque part au sud de Kadesh où l'on arrive seule- 
ment à la descente de la montagne, et avant Sinai-Horeb on passe 
d'abord à l'oasis de Mara-Élim (Tôr) * sur les bords de la mer 
Rouge. Ces deux stations que E place ainsi entre l'Egypte et la 
Palestine, Mara-Elim et le Horeb, ont aux yeux du rédacteur exac- 
tement le même caractère de réalité géographique; car le temps est 
loin où la notion du caractère mythologique de la montagne divine 
n'était pas encore perdue. Mais E, observons-le bien, ne parle de 
la montagne que d'après J 2 , qui inventa d'y faire aller le peuple, 
tandis que Mara-Élim, du vivant du rédacteur, est un lieu vérita- 
blement connu, fréquenté, décrit. Sa position sur la rive du golfe 
de Suez, non loin de la pointe méridionale de la péninsule dite 
sinaïtique, oblige l'itinéraire, lorsque nous en transportons les 
points obligés sur nos cartes, à cet énorme crochet dans le sud 
que les modernes, pour d'autres raisons, ont si longtemps consi- 
déré comme historique et véritable, et nous ramène par un singu- 
lier détour à la théorie présentée par von Gall en 1898 : l'attribution 
à E lui-même de la déviation de l'itinéraire par le sud de la péninsule. 
Seulement, tandis que von Gall supposait, presque à la manière 
d'an axiome, que l'itinéraire de E après la mer Rouge infléchissait 
vers le sud, où l'on trouvait Élim au 0. Gharandel et Horeb dans 
le grand massif péninsulaire, c'est tout à fait indépendamment de 
Horeb et d'une direction présupposée de l'itinéraire que nous arri- 
vons, de notre côté, à retrouver Élim à Tôr, c'est-à-dire plus au 
sud qu'aucune des stations de la route telle que von Gall la recons- 
titue : n'aboutissons-nous pas, ainsi, à une confirmation et même 
à une aggravation de X itinéraire péninsulaire de E dont nous 
montrions, plus haut, l'invraisemblance? 



1. Il est curieux de remarquer que la tradition monacale de Sainte-Catherine, qui 
met Élim à Tôr au lieu de l'identifier avec Gliarandel conformément à la tradition des 
voyageurs européens, se rencoutre en cela avec E. C'est toutefois une simple coïnci- 
dence, due au désir ancien des moines de concentrer dans un petit périmètre autour 
de Sainte-Catherine le plus grand nombre possible des souvenirs bibliques du séjour 
au désert. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il est facile de se rendre compte qu'aucun résultat de cette sorte 
n'est à craindre. En introduisant Mara-Élim dans l'itinéraire du 
voyage, E n'a pas la moindre intention géographique, mais seule- 
ment l'idée d'orthodoxie iahviste que nous expliquions tout à 
l'heure; il faut qu'il insère l'histoire du sanctuaire de la mer Rouge 
créé par Moïse, et il l'insère à cette place parce qu'il lui serait diffi- 
cile de la mettre ailleurs qu'au cours du voyage au désert. Mainte- 
nant, le rédacteur a-t-il envisagé les difficultés d'ordre topogra- 
phique qui pourraient résulter de l'intercalation?Un tel souci, chez 
l'Israélite du vm e siècle, est à peine vraisemblable ; mais en admet- 
tant même que la question fût posée, elle ne devait pas arrêter 
longtemps l'écrivain, pour qui toutes les localités- du désert au sud 
de la Palestine se projetaient sur la ligne du même horizon, et qui 
trouvait certainement naturel d'intercaler sur cette ligne, entre le 
Horeb et le passage de la mer Rouge, un autre point du même 
rivage maritime. Le rédacteur de E, en réalité, ne savait pas où 
Mara-Élim était situé, et ne faisait pas de différence entre l'éloi- 
gnement de Kadesh et l'éloignement de Tôr dans la direction du 
sud. Cette ignorance est bien naturelle lorsqu'on se rappelle com- 
bien tardivement, au cours des temps modernes, les connaissances 
géographiques arrivent à prendre une précision relative ; jusqu'à 
la fin du xvi e siècle les cartographes ne savent pas qu'il existe 
au fond de la mer Rouge une grande péninsule, et la bifurcation 
terminale du golfe n'est soupçonnée avant cette époque que par 
instants, une fois dans la Table de Peutinger et, plus tard, dans 
les belles cartes catalanes du xiv e siècle dont on connaît des spéci- 
mens assez nombreux. L'antique rédacteur palestinien, de toute 
évidence, n'était pas plus instruit que les cartographes chrétiens et 
arabes du moyen âge; il ignore que tout près de Tôr de hauts 
massifs montagneux se dressent dans la pointe de la péninsule, il 
ignore que Tôr est dans une péninsule dessinée par deux branches 
terminales du golfe, et il aligne, en quelque sorte, le fond du golfe 
de Suez, Tôr, le Horeb et Kadesh sur l'horizon méridional du 
monde connu de ses compatriotes. Dans le prolongement de la 
même ligne se plaçait encore, pour eux, le fond du golfe d'Akaba, 
Eziongaber, connu des Israélites de la période royale de la même 
manière que Tôr, c'est-à-dire sans le plus vague repèrement géo- 
graphique, et seulement comme un autre point d'embarquement 
sur le rivage de la mer Rouge; mais ce qu'était le dessin de ce 
rivage, du fond du golfe de Suez à Tôr et de Tôr au fond du golfe 
d'Akaba, nul pendant de longs siècles ne devait essayer de s'en 
rendre compte. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 47 



vin 



LA COMPILATION DE JE. 

Il est sans difficulté, maintenant, de se rendre compte de la 
manière dont le compilateur de JE traita, pour les Tondre, les deux 
rédactions qu'il avait entre les mains. De la sortie de la mer Rouge 
au premier récit du miracle de la source de Massa-Meriba (arrivée 
à Kadesh dans J'), le texte de E était beaucoup plus étendu que 
celui de J ; le compilateur l'adopta, tout d'abord, en ce qui con- 
cerne le départ de la mer des Roseaux et l'histoire de Mara-Élim 
qui forme la substance d'Ex., xv, 22-27, en y intercalant, en 22 6 
et 25 6, les courtes phrases de J extraites et longuement étudiées 
plus haut. Arrêtons-nous une dernière fois sur le fragment 256, 
où est évoqué l'un des noms de Massa-Meriba et qui avait primiti- 
vement rapport, comme nous savons, à la législation divine reçue 
à Kadesh : « ...là il lui donna une loi et une règle et là il 
l'éprouva. . . » Dans l'esprit du compilateur, qui travaille en har- 
monie d'idées avec E, le fragment est aussi complètement détaché 
de Kadesh, où Ion n'arrivera qu'après le Sinai-Horeb, que de la 
révélation de la Loi, qui sera reçue à la montagne divine ; c'est un 
lambeau flottant, qu'il utilise en l'intercalant dans l'histoire de 
Mara, où il sert assez convenablement d'introduction aux paroles 
de Iahve qui suivent : « Et il dit : Si tu obéis à la voix de Iahve, 
ton dieu, etc. » 

Vient ensuite l'histoire de la manne qui remplit tout le chap. xvi, 
et que JE mettait certainement à celte place. Des lambeaux indu- 
bitables de J s'y rencontrent, mais dans J, l'épisode appartient au 
cycle de Kadesh et se trouvait raconté, par suite, après l'arrivée 
dans cette localité, c'est-à dire après le miracle de la source de 
Massa-Meriba; si JE le place en avant, c'est qu'il était déjà fait 
ainsi dans la narration de E, qui a emprunté l'épisode à J, l'a 
rédigé à sa manière avec incorporation de lambeaux du texte 
ancien, et utilisé en le plaçant, à la suite de l'épisode de Mara- 
Élim, sur la route du Sinai. Quant à la version primitive de J, à sa 
place originale, le compilateur ne devait pas la laisser perdre, et l'on 
en retrouve quelques débris dans l'amalgame complexe deNombr., 
xi (tv. 7-9). 
Après l'histoire de la manne dans E, le compilateur trouvait, dans 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lune et l'autre des deux versions, l'histoire de Massa-Meriba que E 
avait empruntée à J en y supprimant, comme nous lavons expliqué, 
le nom de Kadesh. La compilation Ex., xvn, 1-7) suit naturellement, 
en ceci, la manière de comprendre de E, pour qui Kadesh, à cette 
place, était un non-sens, et reproduit de préférence le texte de E ; 
mais elle utilise en même temps des lambeaux de Jque E avait laissé 
tomber comme incompatibles avec sa narration, notamment ceux 
d'où il ressort (vv. 5 a, 6 b p) que dans J, Moïse avait accompli le 
miracle par un procédé autre que celui du bâton. La juxtaposition 
des deux rédactions se manifeste, en outre, par le doublet évident 
que forment, ensemble, les vv. 2 et 3. 

L'épisode de l'attaque des Amalécites à Raphidim qui vient ensuite 
(Ex., xvn, 8-16) est tout entier de la main de E, qui le mettait cer- 
tainement à cette place, c'est-à-dire, comme nous l'avons expliqué, 
non loin avant l'arrivée à la montagne divine, proche elle-même de 
Kadesh et du domaine des Amalécites. Peut-être E n'eut-il que la 
peine d'emprunter l'épisode à J et de l'insérer sans transposition, 
car J, s'il le possédait, le plaçait à Kadesh, après l'histoire delà 
source, c'est-à-dire à l'endroit même où le compilateur l'a trouvé 
dans l'autre document. 

Une chose plus certaine est que J racontait, ensuite, toujours 
comme se passant à Kadesh, l'histoire de l'institution de Juges et 
d'Anciens qui fait l'objet du chap. xvm; mais seules quelques traces 
de la rédaction primitive sont conservées dans le texte actuel à cette 
place. E, en effet, reprit la narration de fond en comble, la com- 
pliqua d'une intervention du beau-père de Moïse, et c'est sa version 
prolixe qui fut adoptée par le compilateur avec élimination de la 
version primitive. Cette dernière se retrouve, cependant, grâce 
au souci qu'avait le rédacteur de ne rien laisser perdre de ce que 
lui apportaient ses sources; elle forme la substance des vv. 16-17, 
24-25 de ce singulier chapitre Nombr., xi, que nous citions plus 
haut, et où il semble que JE ait rejeté tout ce qui lui restait de 
doubles en provenance de J, une fois utilisé E pour tout ce qui 
concernait le séjour au désert. 

Après l'épisode des Juges et Anciens le compilateur arrivait, dans 
l'une et l'autre source, à la montagne divine : nous avons longue- 
ment expliqué comment pour J 2 , qui a imaginé le voyage du peuple 
à la montagne, ce n'était qu'une pointe poussée de Kadesh avec 
retour à Kadesh, et comment E, hypnotisé, en quelque sorte, par le 
caractère grandiose de la scène et l'importance de la révélation de la 
Loi transportée tout entière en cet instant, fit de la montagne le 
but principal du voyage, méconnut Kadesh et effaça le nom de 



LE SÉJOUR DES ISIUKLITKS AU DÉSERT ET LE SlKAl 49 

Kadesb partout où il se rencontrait avant le Sinai-Horeb. Dans la 
scène de la théophanie qui l'ail l'objel d'Ex., \i\. I* 1 texte de Ea été 
adopté par le compilateur, comme dans le pins grand nombre des 
cas, à L'exclusion presque complète de celui de J, de sorte que nous 
ne savons rien de la manière dont l'arrivée à la montagne étail 
racontée dans reii» 4 source ancienne. Nous avons signalé cependant, 
parmi les plus caractéristiques des lambeaux de J admis en inter- 
calation dans E, celui que restituent les vv.20 et 18 du chapitre, que 
le compilateur sépara et intervertit sans grand bénéfice pour la 
logique de l'ensemble. 

A l'épisode sinaïtique était rattaché, dans J 2 déjà et naturellement 
dans E, tout ce qui concernait lalégislation reçue du dieu au désert. 
Dans JE, l'ensemble des prescriptions de toute nature formait un 
code déjà très étendu, et qui devait s'amplifier, par les additions des 
diverses couches de P, jusqu'à former l'énorme bloc de texte qui 
s'étend presque sans interruption jusqu'à la fin de Nombr., xix. La 
détermination du code de JE, et dans l'intérieur de ce dernier, du 
code de E et des éléments subsistants de J, sort du domaine de la 
présente étude 1 . Nous passerons donc sous silence la fin d'Exode, 
— ainsi que le Lévitique entier et les neuf premiers chapitres de 
Nombres auxquels JE est absolument étranger, — pour arriver à la 
fin de Nombr., x, où l'on retrouve JE dans la section 29-33. Cet 
épisode de Hobab sollicité par Moïse de resteravec le peuple (vv. 21)- 
32) a été étudié et expliqué plus haut (§ ni) ; il appartient à J, qui le 
plaçait à Kadesh, et nous avons vu comment la fin de l'histoire, 
comprenant l'acquiescement duKainite, se retrouve, détachée et 
employée à un autre usage, dans Jug., iv, 11. Une rupture de celle 
espèce n'est pas attribuable à l'initiative de JE, et ne peut s'expliquer 
qu'en admettant que la version de J, antérieurement à la compila- 
lion, avait subi en cet endroit des bouleversements graves. Peut- 
être est-il nécessaire de distinguer ici, outre un J 2 dont la version 
perturbée fut recueillie par JE, un J 1 comprenant deux périodes 
successives : J'a où l'histoire de Hobab n'existe pas encore, — c'est 
le J' du prêtre de Mïdian de l'histoire d'Ex., n, — et J 1 p où l'épisode 
dont on retrouve les éléments dans Nombr., x, 29-32, et Jug., iv, 11, 
est.encore intact dans la forme que nous avons reconstituée plus 
haut. 

A E, par contre, appartient le fragment Nombr., x, 33 a : « Ils par- 
tirent de la montagne de Dieu et marchèrent pendanL trois jours...», 

1. Nous nous bornerons à renvoyer à ce qui a été dit plus haut. § VI, des fragments 
de législation religieuse, afférents à J, qu'on trouve dans Ex., xxxiw 1 \. 17, 19a, 21, 
25 et 26. 

T. LMII, x- 115. 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que E, évidemment, avait emprunté à J, et qui faisait partie du récit 
du retour du Sinai à Kadesh créé par J 2 . Comment ce fragment 
perdu de E se trouve- l-il à cette place, soudé au fragment perdu de 
J que constituent les vv. 29-32? E ne peut être tenu responsable de 
cet enchaînement, car Hobab lui est étranger, et il se serait gardé 
d'emprunter à J, avec le nom de Hobab, un épisode où le person- 
nage figure; c'est donc le compilateur de JE qui arrangea ainsi les 
différents fragments, peut-être pour utiliser un lambeau de E 
détaché de son contexte; on voudrait seulement savoir quel était le 
contexte, et pour quel motif le détachement fut effectué. 

Nombr., xi, appartient tout entier à JE, mais comme on le signalait 
un peu plus haut, c'est un singulier mélange. On y trouve trois 
histoires enchevêtrées : une histoire de tombée miraculeuse de 
cailles non rencontrée encore et qui appartient, du moins dans l'état 
du texte qu'elle présente, à E (vv. 4-5, 18-23, 31-32); un doublet 
fragmentaire (vv. 7-9) de l'histoire de la manne d'Ex., xvi, et un 
doublet de l'histoire de l'organisation du peuple sous des Anciens, 
d'Ex., xvin (ici, vv. 14-17, 24-25). Comme nous l'avons dit, ces deux 
derniers éléments semblent provenir de J, — tandis que les histoires 
correspondantes d'Ex , xvi et xvm, sont de E, d'après J, — et avoir 
été réunis à la place où nous les trouvons par un compilateur sou- 
cieux de ne rien perdre. 

Nombr., xm renferme l'important épisode de la reconnaissance 
du pays de Chanaan dont les éléments sérieux (vv. 17£-21«, 26-30) 
appartiennent à JE, sans qu'on puisse facilement séparer les élé- 
ments des deux sources. Quel est le lieu de la scène? Pour J, de 
toute évidence, c'était Kadesh; chez JE, c'est Kadesh encore, 
comme on voit par le v. 27, où le nom de la place s'est gardé 
malgré les tentatives ultérieures d'oblitération dont nous parlerons 
un peu plus loin. On se rend compte, ainsi, que dans E c'est égale- 
ment de Kadesh que les messagers étaient envoyés, car autrement 
le compilateur de JE, d'accord avec E pour biffer le nom de la ville 
dans tous les endroits antérieurs où J le mentionne, ne l'aurait 
jamais enregistré à cette place. Au moment de cet épisode de 
Nombr., xm, la narration de E est donc arrivée à Kadesh, comme 
nous l'indiquions plus haut (§ vu) dans notre esquisse du récit de 
cette source. 

A JE, de même, appartient l'épisode de la bataille désastreuse 
livrée aux Amalécites et aux Chananéens, qui remplit la fin du 
chap. xiv ; le récit n'est pas antérieur à la couche la plus récente 
de E et résulte, comme on le rappelait plus haut (§ vu), d'une sorte 
de fusion entre le récit de la bataille contre les Chananéens de 



LE SÉJOUR DES ISRAELITES AU DESERT ET LE SÎNAI M 

Nombr., \\i, I suiv., qui est de J, et le récit de l'attaque amalécite à 
Raphidimd'Ex., \xu, S suiv., qui est de E. JE est encore pour quelque 
chose, peul être, dans certains fragments de Nombr., xvi, mais n'a 
rien de commun avec \\, \vn, xvm el \i\, qui forment la suite des 
interminables législations sacerdotales, d'époque postérieure, de 
Lév. el de Nombr., i-\ ; ees législations remplissent encore la plus 
grande partie de la lin de Nombr. (xxvi suiv.) et du Deutéronome. 
Avant d'arriver là, cependant, on rencontre dans le texte actuel 
une suite de six chapitres \\-\w où la part de JE est prépondé- 
rante, et qui commence par le second récit du miracle delà source 
de Massa-Mefiba, doublet du récit d'Ex., xvn, 1-7; le nom de 
Kadesb, effacé de la version primitive, se retrouve ici comme il 
convient à côté du nom de Meriba. Nous avons expliqué plus haut 
§ vin la genèse de ce doublet par lequel E, qui mutilait la version 
primitive de l'histoire de Meriba, en la débarrassant du nom de 
Kadesb devenu incompréhensible, la reconstituait ailleurs avec le 
nom supprimé la première fois, à l'endroit du récit où il entendait 
que le peuple, à la descente du Horeb, était effectivement arrivé à 
Kadesb. Dans le texte de E se rencontrent, comme on sait, des 
lambeaux empruntés à la version primitive de J (vv. 1 a p, 3 «a), et 
qui ne doivent point donner lieu de croire à un doublet constitué 
à l'intérieur de J même. 

L'histoire, qui vient ensuite (vv. 14-21), des négociations infruc- 
tueuses avec Edom pour le passage sur son territoire, appartient 
à JE, de même que le récit des victoires sur les Ghananéens qui 
forme la partie ancienne du cbap. xxi. Dans xx, 14-21, il n'est point 
aisé de séparer les sources. Au point où nous sommes arrivés, 
cependant, le récit quitte définitivement le désert pour suivre le 
peuple dans la conquête de la Palestine que raconteront Josué et 
Juges, et qui sort des limites imposées à la présente analyse. Il 
nous suffit d'avoir montré ce qu'était, depuis le passage de la mer 
Rouge jusqu'à l'entrée en Palestine, le récit de JE, qui forme la 
trame intacte du texte actuel parce que ses divers éléments n'eurent 
plus jamais à subir ni permutations, ni coupures, et que les rédac- 
teurs successifs de P se bornèrent à le bourrer d'intercalations 
grandes ou petites, mais presque toujours, par bonheur, extrême- 
ment évidentes. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



IX 



P, SES RETOUCHES ET SON IDEE DU VOYAGE AU DESERT. 
EXTINCTION DE TOUTE TRADITION GÉOGRAPHIQUE. 

Il est des cas, cependant, on le rédacteur sacerdotal de la fin du 
v e siècle éprouva le besoin de corriger le récit qu'il avait entre les 
mains. Des mentions subsistantes de Kadesh le gênaient. Bien que 
son rôle primitif dans l'histoire du séjour au désert, méconnu par 
E et à sa suite par JE, fût devenu impossible à comprendre et que 
Kadesh ne fût plus que la station où s'arrêtait un instant le peuple, 
à la descente de la montagne divine, avant de se mettre en route 
pour la Palestine, ce lieu sacré tenait encore trop de place dans le 
récit pour ne pas inquiéter la rigoureuse orthodoxie biérosolymite 
de cette époque, qui avait peut-être à lutter, en ce qui concerne 
Kadesh, contre l'influence de rédactions d'une autre forme, non 
encore disparues et dérivées de la version de J. En tout cas, le souci 
du rédacteur sacerdotal de rejeter Kadesh à l'arrière-plan, démontre 
qu'au v e siècle le vieux sanctuaire du sud n'avait pas encore perdu 
sa puissance d'attraction, et qu'on cherchait à la détruire. 

Le procédé employé se manifeste le mieux dans Nombr., xm et 
xx. La première place est celle de l'histoire des éclaireurs envoyés 
pour reconnaître Ghanaan ; dans JE, encore, le lieu delà scène est 
Kadesh (xm, 27) ; P ne le veut point, superpose à l'indication de 
Kadesh celle du désert de Pharan (même v.), et afin de la rendre 
plus formelle, spécifie dans l'introduction dont il fait précéder l'his- 
toire, que le peuple était dans le désert de Pharan et que c'est de 
là que les messagers furent envoyés (xm, 1-4). Dans Nombr., xx, 
de même, où JE place à Kadesh, d'après E, la seconde version de 
l'histoire de la source de Meriba (xx, I), P corrige cette indication 
de lieu en superposant au nom de Kadesh celui du désert de Sin 
(même v.), mais veut bien admettre, pour la première fois, que le 
peuple se trouve à Kadesh lorsque Moïse, ensuite, envoie ses am- 
bassadeurs aux Edomites (xx,14, 16,22). Les deux noms de Kadesh 
et de désert de Sin qui subsistent côte à côte ainsi, dans ce 
chap. xx, sont d'ailleurs synonymes, car pour P, le désert de Sin 
est Kadesh, comme il est dit dans la liste détaillée des stations qui 
fait l'objet de Nombr., xxxiii (v. 36); de même il est parlé de 
Me Meribat, à Kadesh au désert de Sin, dans le singulier passage 
deux fois répété (Nombr., xxvn, 12-14; Deut., xxxn, 48-52), où 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE 5INA1 



sâ 



lahve reproche a Moïse une impiété à 1 a < 1 1 1 * ' 1 1 e les traditions anté- 
rieures ne faisaienl point allusion. Il est d'ailleurs très étonnant de 
constater, Sin étanl Kadesh, que dans la version de I* le nom de 
Sin est déjà utilisé plus haut dans le récit du voyage au désert et 
intercalé entre Élira et Raphidim: «Ex.,xvi,l. Ils partirent d'Élim, 
tout le peuple des Une Israël, el arrivèrent au désert de Sin ' ... 
\mi. t. Puis tout le peuple des Bne Israël partit du désert de Sin, 
et ils marchèrent par ('tapes, suivant l'ordre de lahve, et campè- 
rent à Raphidim 2 ». On voit que dans l'intention de P, le peuple 
retrouve une seconde fois le désert de Sin après Raphidim et le 
Sinai, et qu'alors seulement ce désert de Sin est Kadesh ; mais ce 
retour de la route en une localité déjà nommée n'est pas pour cela 
moins bizarre. L'ordonnance du récit de P, cependant, ne fait pas 
de doute ici, et elle est confirmée parla liste détaillée des stations 
qui lui appartient et qu'on trouve dans Nombr., xxxm. 

La partie de cette liste qui nous intéresse va du v. 8 au v. 37 du 
chapitre. Il n'est pas sans importance de la rapprocher de la narra- 
tion d'Ex, et de Nombr., dans sa forme finale : 



Nombr., xxxm, 8. Après la traversée de la 

mer :") ...Ayant marché trois jours par 

le désert d'Etham, ils campèrent à Mara. 

. 9. De Mara ils vinrent à Elim, où il y a 

12 sources et 70 palmiers. 

10. De là ils allèrent camper près de la 
mer des Roseaux. 

il. Delà, dans le désert de Sin. 

12-13. Stations de Daphca et d'Alus. 



1 \. Arrivée à Raphidim, où le peuple ne 
trouve point d'eau à boire. 

15. Arrivée au Sinai. 

16. Arrivée à Kibroth Ifattaava. 

17-:r.). Dix-neuf stations, dont la dernière 

est Eziongaber. 
36. Arrivée au désert de Sin, qui est Ka- 

desh. 
M. De Kadesh, arrivée à la montagne de 

Moi-, sur la frontière d'Edom. 



D'après Ex., xv, 22-23 a, avec 
substitution du nomd'Elham 
à celui de Sur. 

D'après ib:, 23-27. 

D'après ib., 27 b (voir détails 
plus bas). 

D'après Ex., xvi, t. 

Inconnues par ailleurs, mais 
correspondant au terme « par 
étapes » employé dans Ex., 
xvu, 1, pour décrire la route 
de Sin à Raphidim. 

D'après Ex., xvu, 1-7, 8. 

D'après Ex., xix, 1. 
D'après Nombr., xi, 34. 
Complètement inconnues par 

ailleurs. 
D'après Nombr., xx, 1. 

D'après ib., 22. 



1. Introduction à l'histoire de la manne qui fait l'objet du chapitre. 

•2. On P place, par conséquent, la première histoire de la source des w. 1 6-7 ; le 

nom <le Raphidim e»t emprunté par P à JE (d'après E), qui au v. 8 appelle Raphidim 
le lieu de l'attaque des Amaléeites. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On voit que cette liste de Nombr., xxxiii, qui est considérée en 
général comme appartenant à une couche tardive de P, est partout 
d'accord avec les détails acceptés ou introduits parP et donnés par 
lui d'autre part, et que toute son originalité consiste dansl'interca- 
lation d'un nombre considérable de stations que le récit antérieur 
ne connaît pas. Il est inutile de dire que tonte tentative de localisa- 
tion géographique, ici, serait absurde ; le rédacteur qui inscrivait 
ces noms ta la file avait de tout autres préoccupations que celles de 
savoir s'ils correspondaient à une réalité quelconque. Une des men- 
tions nouvelles qu'il introduit pourrait, cependant, être troublante, 
celle de la station près de la mer des Roseaux, qui, pour peu 
qu'elle soit voulue et que le rédacteur ait la moindre intelligence 
de ce qu'il écrit, indique une route de cinq ou six étapes le long du 
rivage oriental de la mer Rouge à partir du fond du golfe. Cela 
aurait pour résultat d'entraîner au sud les stations suivantes, et 
avec elles le Sinai, de sorte que la montagne divine quitterait les 
environs de Kadesh où la plaçaient les traditions anciennes de J et 
de E, et reculerait à grande distance au fond de l'horizon méridio- 
nal. Tel est exactement le raisonnement de von Gall, qui conclut 1 
que le rédacteur de P est partisan du Sinai péninsulaire, et croit 
d'ailleurs, en outre, que la relégation de la montagne dans le sud 
de la péninsule remonte à E lui-même : il a été parlé de cela lon- 
guement plus liant. En ce qui concerne P, cependant, Winckler est 
très disposé à accepter les conclusions de von Gall; car la concep- 
tion du Sinai lointain n'est pas invraisemblable au début du 
iv e siècle, après l'arrachement du sol national et l'exil, qui durent 
singulièrement élargir le monde connu des Juifs de Palestine : 
la montagne sacrée, dont c'est le propre d'être invisible et inacces- 
sible, ne pouvait que reculer à mesure que progressaient les con- 
naissances géographiques 2 . 

Pour ingénieuse qu'elle soit, cette théorie a le défaut grave de 
supposer que le rédacteur sacerdotal a des préoccupations géogra- 
phiques. Il n'a pas le moindre souci, en réalité, d'orientation ni de 
localisation, et l'illusion créée, en cela, par la mention de la mer 
des Roseaux dans son itinéraire s'évanouit, lorsqu'on se rend 
compte à un examen attentif que cette mention résulte d'une mala- 
droite correction, tardivement introduite dans le texte hébreu qui 
nous est parvenu et dont la version grecque, par chance, est 
restée indemne dans certains exemplaires. Rapprochons, en effet, 



1. Von Gall, Altisr. KulistàtLen, p. 1-2. 

2. H. Winckler, Sinai, dans Enc. BibL, 4643. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE S1NAI 55 

du texte hébreu, les formes diverses eu cet endroit de la version 
grecque : 







il Km; h 


GREC 

VERSION COURANTE 


ci; kg 

VERSION DE l.l CIEN * 




Nombr.. xwiii. 9 


. .Elim, où il s avail 


...Klini, mi il v avail 


...Elim, où il y avail 






u sources el 70 pal- 


12 sonnes et 70 pal- 


12 sources et 70 pal- 






miers : et ils v cam- 


miers: et ils v cam- 


miers ; et ils y cam- 






pèrent. 


pèrent près de l'eau. 


pèrent. 




lh. 10 


De là ils allèrent dres- 


7T<xpa to uowp. 

Delà ils allèrent dres- 


De là ils allèrent dres- 






ser leurs tentes sur la 


ser lents tentes près de 


ser leurs tentes près de 






mer des Roseaux, iam 


la mer Rouge. 


l'eau, 7rapà xà ûoaxa. 






souph. 







On voit que dans la version la plus répandue de Septante, le v. 9 
reproduit exactement le texte d'Ex., xv, 27, cl qu'il représente, par 
conséquent, la forme primitive de la relation de P à cette place. Un 
premier stade de déformation, à partir de là, a sa trace conservée 
dans la version de Lucien, où les derniers mots du texte précédent 
ont été séparés el interprétés comme se référant à une station dif- 
férente de celle d'Élim, une station près de Veau qui fait l'objet du 
v. 10. Le verset ainsi créé est défiguré partout ailleurs que chez 
Lucien car dès l'époque des rédactions hébraïques, un correcteur 
inconscient et néfaste interprétait « les eaux » comme désignant la 
mer Rouge, et rédigeait son texte en conséquence; et sous cette 
forme, la seule qui nous soit parvenue dans l'hébreu, le verset pas- 
sait également dans la presque totalité des exemplaires de la ver- 
sion grecque. Ayant acquis, grâce à la version de Lucien, le moyen 
de mettre en lumière cette bizarre superposition de malentendus, 
nous pouvons maintenant supprimer, purement et simplement, le 
verset parasite avec son indication malheureuse de iam souph-mer 
Rouge, en restituant le texte primitif de P, d'après la version 
grecque courante dans le v. 9, comme identique à celui d'Ex., xv, 27. 

Ainsi disparaît la seule raison qu'on pouvait avoir de supposer 
chez P des connaissances géographiques et une théorie de la géo- 
graphie du voyage au désert 2 . Le rédacteur sacerdotal ne s'est 



1. P. de Lagarde, Vet. Test, graec, d'après la recension de Lucien. 

2. Ainsi disparaît, également, toute raison d'admettre la présence d'éléments anciens 
dans la liste des stations de Nombr., xxxiii, comme il a été supposé à diverses 

reprises. 



S6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

jamais demandé où étaient situés le Sinai et les autres stations qui 
se succèdent, dans sa liste, entre la frontière d'Egypte et Kadesh; 
c'étaient pour lui de simples noms, des vocables sans signification 
possible à préciser. En ce qui concerne particulièrement les noms 
de Mâra et d'Élim, introduits par E et relatifs, comme nous savons, 
à l'oasis maritime de Tôr, il est évident qu'à l'époque de P on ne 
savait plus du tout ce que ces noms représentaient; le iahvisme 
orthodoxe de Jérusalem n'avait pas besoin d'interdire le pèlerinage 
au vieux sanctuaire de la mer Rouge, oublié des Israélites depuis 
des siècles. 

Les notions de P sur la géographie du voyage sont donc beaucoup 
plus vagues que celles de E, qui ne savait pas grand chose de la con- 
figuration des pays au sud de la Judée, mais voulait avec précision, 
au moins, qu'entre le fond du golfe de Suez et le Sinai, les Israé- 
lites eussent passé par Tôr (Mara-Élim), et, grâce à l'extrême indi- 
gence de ses connaissances topographiques, trouvait cela tout 
simple. On voit comment la géographie du voyage au désert, très 
simple et très nette dans J 1 , compliquée par J 2 , méconnue, boule- 
versée et compliquée encore parles intentions extra-géographiques 
de E, est finalement tombée dans le néant par indifférence et oubli 
des significations anciennes. A l'époque de P, toute tradition géo- 
graphique relative au sujet est éteinte, et nous avons eu l'occasion, 
au début de la présente étude, de constater que quatre siècles après, 
parmi les Juifs de la période alexandrine, on ne sait absolument 
rien de la localisation de l'itinéraire des Israélites entre le passage 
de la mer Rouge et l'arrivée en Palestine. 

Pour qu'une tradition sur l'emplacement du Sinai et le tracé de 
la route au désert arrive à renaître, il faudra l'émigration chrétienne 
du m siècle, la découverte et l'occupation des montagnes de la 
péninsule de Tôr par les moines venus d'Egypte ; et cette tradition 
nouvelle, qui s'affermira dans les colonies monacales de la pénin- 
sule, sera naturellement très différente des antiques notions bibli- 
ques formées chez des hommes qui regardaient le désert du côté 
de la Palestine : c'est de la même manière, nous le savons, que les 
Arabes de la rive orientale du golfe d'Akaba ont élaboré, sur Moïse 
et sa résidence au désert, des idées extrêmement éloignées de celles 
qui appartiennent aux Bédouins de la péninsule, et que ces derniers 
eux-mêmes varient considérablement, en ce qui concerne la rési- 
dence de Moïse et l'emplacement du « mont de l'Entretien », suivant 
qu'ils appartiennent aux tribus du district de Feîran ou aux tribus 
voisines du G. Mousa. Quant aux Européens du moyen âge et des 
temps modernes, ils se maintinrent toujours sans variation dans la 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DESERT ET LE SINAI 51 

théorie du Sinai péninsulaire et, plus précisément, dans la croyance 
à un Sinai immédiatement voisin du couvent de Sainte-Catherine 4 ; 

les origines el L'histoire de cette tradition ont été exposées pins 
liant de manière suffisamment détaillée pour qu'il soit inutile d'y 
revenir. 



NOTES ADDITIONNELLES 



I. Saadia et la localisation du Sinai. 

M. D. Simonsen, de Copenhague, veut bien me signaler qu'il est parlé 
du Sinai dans les écrits de Saadia, qui, loin de placer la montagne dans 
la péninsule de la mer Rouge comme le fait la tradition chrétienne, met 
Sinai en relation avec Paran et Seir, et considère que les trois appella- 
tions désignent une seule montagne, nommée différemment d'après les 
trois contrées que regardent ses différents versants a . Abstraction faite de 
la forme bizarre dans laquelle la combinaison est présentée, il reste que 
Saadia place le Sinai en Paran-Seir, et apparaît ainsi comme le précur- 
seur, non seulement des premiers critiques qui se détachèrent, au 
xix e siècle, de la tradition sinaïtique chrétienne, mais encore des savants 
en petit nombre, — Grâtz en 1878, Holzinger et Gheyne vers 1900 (v. plus 
haut, t. LVII de cette Revue, p. 35), — qui, en opposition avec l'erreur 
régnante d'un Sinai-Midian arabique, mettent la montagne dans le désert 
au sud de la Palestine. La curieuse indépendance que manifeste, en cet 
endroit, l'Égyptien du x e siècle, mérite d'être signalée, et l'on doit encore 
noter que les vues de Saadia sont connues, au xu e siècle, d'Abraham ibn 
Ezra, qui les cite dans son Commentaire du Pentateuque, à propos de 
Dent., xxxiii, 2. 

1. Rappelons que cette tradition christiano-moderne ne fut jamais, à ce qu'il 
semble, adoptée par le judaïsme, et que jamais les Juifs ne cherchèrent à prendre 
part aux pèlerinages au Sinai monacal du G. Mousa. Depuis Josèphe, d'ailleurs, la 
localisation du Sinai n'a cessé d'être aussi indifférente au lecteur juif de la Bible 
qu'elle l'était au rédacteur du document P lui-même, comme si le nom, l'image et la 
signification de la montagne sacrée importaient seules, et non sa situation géogra- 
phique. C'est ce qu'on voit par les endroits de la littérature rabbinique où il est ques- 
tion de Sinai et de Horrb, deux noms, est-il dit, d'une montagne qui en possède en 
outre plusieurs autres ; les noms sont l'objet de tentatives d'interprétation, mais 
on ne cherche pas à déterminer l'emplacement d»> La montagne (v. à ce sujet Max 
Seligsohn dans The Jewish Encyclopaedia, XI, 1905, p. 381). Saadia, cependant, 
procède de manière différente ; ses vues sur le Sinai font l'objet de la première des 
notes additionnelles qui viennent à la fin de la présente étude. 

2. S. Landauer, Kitab al-Amândt wa'l Vtiqâdât, v<m Saadja ben Jusufal Faj- 
jwmi Leyde, 1880), p. 133. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



II. P. Haupt sur le nom de Hobab 

Haupt, dans une note récemment parue 1 , indique que Hobab est un 
vieux mot, peut-être édomite, qui signifie « beau-père », de sorte que 
partout où Ton trouve mention de Hobab, « beau-père de Moïse », dans 
Jug., i, 16; Jug., îv, 11 ; Nombr., x,29,le mot « beau-père » serait à sup- 
primer comme glose postérieure à la rédaction primitive. Nous sommes 
tout à fait d'accord avec Haupt pour Jug., i, 16, où Hobab, d'ailleurs, n'est 
pas nommé, et où la mention du « beau-père de Moïse » n'a évidemment 
que faire dans l'ancienne histoire de la guerre de Saùl (v. plus haut, 
t. LVII, pp. 201, 202 de cette Revue). Mais il n'en est pas forcément 
de même pour les deux autres passages, où le problème porte, dans le 
cas de Jug., iv, 11, sur le texte d'une glose bien reconnue et séparée 
(v. p. 199), et dans le cas de Nombr., x, 29, sur une histoire de deuxième 
ordre, dérivée de l'histoire de la guerre de Saùl contre Amaleq (v. p. 200- 
202) : on se demande si à l'époque de la rédaction de ces passages, qui 
appartiennent à une couche de J relativement tardive (v. plus haut, 
p. 49), le sens primitif de Hobab n'était pas déjà complètement perdu, 
et par suite s'il y a bien lieu de considérer l'épithète «beau père », là 
où elle est accolée à Hobab, comme intercalation encore postérieure. Cela 
n'empêche que la remarque très intéressante de Haupt est probablement 
juste au point de vue philologique, et résout le problème de l'origine du 
nom du beau-père dans l'une des traditions conservées par J ; mais il y 
a tout lieu de penser que le rédacteur des passages correspondants ne 
connaissait plus la signification originale du terme, et considérait Hobab 
comme un simple nom propre. 



III. Autres théories de Haupt. 

Dans la même note, qui annonce la publication d'un mémoire, l'auteur 
se montre partisan de l'identité du Sinai avec le Buisson, théorie où l'on 
reconnaît une idée de Baentsch et de Wellhausen (v. plus haut, t. LVII, 
pp. 47, 235) ; elle n'est pas exacte, nous le savons, le Buisson étant 
Kadesh et ne pouvant, par suite, être le Sinai (p. 235-236). Pour Haupt, 
d'ailleurs, comme pour Gunkel, Gressmann et Ed. Meyer, le Sinai a été 
un volcan, et ce mont du Buisson (cf. p 236 et n. 1) reçut le nom de 
Horeb, « Mont Pelé », après l'éruption qui le dénuda vers l'an 1200 av. 
J.-C. Cette origine du nom de Horeb ne pourra être vérifiée qu'après la 
publication du mémoire de Haupt. 

Conformément à des idées que nous avons rencontrées et dont l'ori- 

1. Paul Haupt, Hobab = Schwiegervater, dans Orienta/ ische Literalurzeitung, 
XII (1909), 164-165. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE S1NAI b9 

gine semble se trouver chez stade, Haupt croit, d'autre part, à une confé- 
dération iahviste du Sinai, représentée par le nom de Million ; les prin- 
cipaux des clans de cette confédération, à l'origine, seraient édomites 1 . 
Ce Midian, avec le Sinai-Horeb qui s'y trouve, est situé à l'est de la mer 
Rouge; sa capitale est Elath, au fond du golfe d'Akaba, et c'est la ville 
<lcs Palmiers de Jug., i, 16. Sans nous arrêter au détail de cette dernière 
localisation, rappelons une dernière fois que, contrairement à l'opinion 
du plus grand nombre des critiques, trompés par l'existence du Madian 
de la côte de la grande Arabie, Midian et Sinai sont en Édom-Seir, au 
sud de Kadesh, et non à l'est de la nier Rouge (v. plus haut, t. LVII, 
p. 206-210). 

Raymond Weill. 



1. Cf. Paul Haupt, Die Vorfahren der Juden, dans Orientalische Literaturzei- 
tung, XII L909), L62-I63. 



UNE SYNAGOGUE JUIVE 

A SIDÉ DE PAMPHYLIE 



xKIIOPONTIITHITHIAriCOTAT 
nPOJTHIITNArcorHIEITHNETT 
JlKAlANEnAHPCOIATHNMAPMAPCOIINAnO 
AMBCONOIE002TOTIIMMAKAIE2MMZA 
5 ATOEnTAMTZOTIKAITAATOKIONOKE 
OAAAINblEMA 

[. . . ]xtÇ <ppOVTl<7TY|Ç TYjÇ àyKOTaT- 

[rjç] 7upt6xY|Ç auvayojyYiÇ eaxYjv eûr- 
• [u^wjç xaï àveTcXVj'pwara ty,v [xapjxàptoaiv àrco 

[XOU] àjX^OJVOÇ £U)Ç TOU (Tl(JL|i.à Xal £<J(Jt.(Y|)ça 

5 [jàç] ouo £7rxatJLu;o'jç xai rà ôùo xtovoxé- 
cpaXa. 'IvB(txxuovoç) te' jjly)(voç) 8' 1 . 

Cette inscription, qui nous a été communiquée par notre ami 
M. Gabriel Gérakis, est gravée sur une pierre plate de marbre blanc. 
Elle a été trouvée à Sidé de Pamphylie, aujourd'hui IlaXouà 'Axxà- 
Xs»a. La pierre portait, près des deux coins opposés, deux petites 
entailles, dont Tune existe encore près du coin droit inférieur; ces 
entailles servaient évidemment à la consolidation de la pierre, par 
des lames de fer, sur un emplacement en vue de la synagogue. 

1. [Les 1 sont ainsi faits : C. Traduction : « Isakis (?), surveillant de la très sainte 
première synagogue, j'ai. ... et j'ai complété le dallage en marbre depuis l'ambon jus- 
qu'au simma et j'ai poli les deux chandeliers à sept branches et les deux chapiteaux 
des colonnes. Indiction 15, mois 4 œ *. » — S. Et.j 



Une synagogue juive a sidè de iwmpiiylië »>i 

La pierre mesure m ,337 de hauteur, O m ,7l de largeur maximum 
et m ,04 d'épaisseur. 

Les lettres sont négligemment gravées, disposées sans règle et 
les rangées ne sont pas précisément en ligue droite. Elles ont une 
hauteur de m ,013 a m , 033 et, par leurs formes, surtout les A, M, 
S, S, fc, ne paraissent pas antérieures au ni e siècle après J.-G. Pour 
la plupart, les lignes médianes des lettres II, N, ne se joignent 
pas aux lignes verticales latérales; de même, la ligne médiane de 
E el relie de T ne rejoignent généralement pas la haste verticale. 

Ligne 4. — Dans le mot ESMMSA, le lapicide a gravé M au lieu 
de H ; quanl à SIMMA, il en sera question plus loin. 

Ligne (>. — Le b se rencontre, sous la môme forme, dans des 
inscriptions postérieures à l'inscription en question 1 . Remarquez 
pourtant que le chiffre du mois est indiqué par un A normal ; peut- 
être le b ne servait-il à cette époque que pour les dates d'indictiôn, 
usage qui aurait passé des manuscrits dans i'épigraphie lapidaire. 

Ligne 1. — Le mot détruit, au commencement de l'inscription, 
indiquait certainement le nom de l'intendant juif. C'est la seule 
fois, à notre connaissance, qu'on rencontre dans une inscription 
grecque le mot tppovTKmiiç, avec ce sens 2 ; chez les anciens Grecs 
on employait généralement fotpsXiiTifc 3 ou kmarix-^ \ qui corres- 
pondent au curator* des Latins. 

Ligne 4. — ...eo* tou <ytu,u,à. Ce mot, tel qu'il est, ne s'est pas 
rencontré ailleurs; c'est certainement celui qu'on trouve chez 

HésychiuS à 1'acCUSalif : « ffif/.à[ç] o' eXsyov xàç [xeTEcopouç àvaêàdEtç 6 ». 

Or, ainsi que nous l'enseignent notre inscription et Suidas, qui cite 
<7iu.x \ c'est à tort que l'éditeur d'Hésychius, M. Schmidt, écrit 
ffifxàjY], en mettant entre crochets le % final, comme s'il manquait 
dans l'original. Par conséquent, il devient évident que, dans notre 

1. C. G. Curtis et E. 'Apt<rrapxoç : 'AvéxSoxoi âiciypaçoù B'Jsavxîou, dans le supplé- 
ment du 15" tome du 'E)X 4>i).. SuXXoyoç de Constantinople, p. 17, n° 85, et p. 20, 
n° a 91, 92, 94, 95. — Théodore Reinach, Inscr. d'Aphrodisias, dans la Iiev. des Et. 
grecques, XIX, Paris, 1906, p. 292, n" 303. 

2 CI. G., a" 4716 c. 

3. Cli. Michel, Recueil d'inscr. grecques, suppl., fasc. I, n" 980. 

4 Dittenberger, Syll.^, n° 21, lignes 18, 38, 40. 

5". Daremberg et Sagiio, Die/, des anliq. gr. cl rom., s. v. 

6. Ed. M. Schmidt, léna, 1867, aux mots aifxoï voira. (Il fallait citer encore aiym' èv 
toi; ôpo^ài; OÉTct; Ttveç. — W. R. Paton.) — [M. van Buren corrige my\).a, entendant 
par là un portique en forme de sigma lunaire ; cf. CI. G., 8623, et C.I.L., VI, 11913. 
- S. R.] 

7. Ed. de Genève, s. v. « Tiu-à èv iTz\.ypi[t.\Ly.xi » et « <7t[xà aôayiptoç ». Il est étrange 
que ce mot ne figure pas dans le Suidas de l'édition 1mm. Bekker, Berlin, 1854, ainsi 
qui- dans beaucoup de dictionnaires de la langue grecque, en usage chez nous. 



62 REVUE DES ETUDES JUIVES 

inscription, l'écriture de ce mot avec deux ^ est due, soit à 
l'inadvertance du graveur, soit à l'ignorance du Juif helléniste qui 
l'a rédigée en considérant le mot comme indéclinable. Dans notre 
transcription en minuscules, nous avons conservé le texte : « ?o>c 
tgu ff'.jxixà », car on pourrait l'expliquer : swç xou j/ipouç ovojxaÇojxévou 
a-ijjià, en tenant surtout compte que cette inscription a été gravée 
en des temps où le dialecte vulgaire dominait déjà. 

Suivant l'interprétation d'Hésychius, ce mot était usilé dans 
l'architecture des anciens Grecs; les Juifs hellénistes, qui le leur 
ont emprunté, désignaient ainsi un endroit quelconque de la 
synagogue. En suivant Hésychius, nous croyons probable qu'on 
appelait si^à l'escalier du pronaos (vestibulum). Cette interprétation 
du mot concorde avec la proposition entière, d'après laquelle l'in- 
tendant juif a complété le dallage, c'est-à-dire a fait revêtir de 
dalles en marbre toute la partie non couverte du sol de la syna- 
gogue, depuis la chaire jusqu'à l'escalier du vestibule. 

Ligne 4-6. Par la phrase xo» ea{*.7)l|a xàç 060 £7rxa|xu;ouç xat xà ouo 

xiovoxé<paXa *, il faut entendre les deux colonnes surmontées des 
chapiteaux qui portaient les deux £7rxatj.u£ouç, c'est à-dire les deux 
candélabres à sept branches. Nous pensons que ces colonnes 
étaient placées dans le vestibule, près du ai^à, parce qu'elles repré- 
sentaient celles du temple de Salomon à Jérusalem qui y occupaient 
la même place 2 et parce que, dans notre inscription, il s'agit de 
deux chapiteaux et de deux candélabres connus, soit des deux 
colonnes uniques. 

Cette imitation du temple de Salomon s'observe aussi dans les 
églises chrétiennes au m e et au iv e siècle 3 . Telles étaient aussi les 
colonnes de l'église Sainte-Sophie, dont fait mention Théophane '*, 
ce dont doute M. S. D. Byzantios. Elles ont été brûlées dans un 
incendie allumé par les Victoriens qui avaient fomenté l'émeute de 
« Nica ». 

Du mot IffjxTqia, on peut déduire que les colonnes et les can- 
délabres étaient assurément de métal et très probablement les 
chapiteaux en cuivre et les candélabres en argent; c'était à l'imi- 
tation des célèbres candélabres d'or à sept branches du temple 
de Salomon. 



1. Comparez avec xoXovoxÉçaXa de la langue vulgaire. 

2. H. Leclercq, Manuel d'Arch. chrétienne, Paris, 1907, t. I, p. 350-351. 

3. H. Leclercq, ibid., p. 351. 

4. « Ko» ^XSav xai ëxauaav... xai xrjv (x£Yflc).v]v èxx).r ( (7iav <rùv xoîç àfxçorepoi; xtoou (?) 
xat Traça èx Texpaévrou xaTYjvsyOy] »; voir S. D. Byzantios, 'H Ka)vcTavTivov7roXiç, t. I, 
p. 460. 



UNE SYNAGOGUE JUIVE À SIDÉ DE PAMPHYLIE 63 

L'épithete wpoSrn, donnée à la synagogue, est nouvelle; elle im- 
plique, semble-t-il, Inexistence de plusieurs synagogues à Sidé '. 

Sidé, actuellement tout à l'ail déserte d'habitants, appelée vul- 
gairement IlaÀa-.à \\z-y.Az'.x, en turc : Eski Adalia 2 , est située près 
du Qeuve Mêlas. (Vêlait une colonie de Cymé d'Éolide 3 . Dans l'an- 
tiquité, elle étail devenue une ville très commerçante; Strabon dit 

(Telle : ~x vaittC^ft* (j'jv'ffTaxo tocç Kt'Xl£iv ûizb xrjpuxa. T£ £7TujXo>jv exe? xoùç 

iXovxa^ èXeuôspouç ôaoXoyouvrs; 4 . Ses monnaies anciennes :; et les 
ruines actuelles, dont une forteresse très puissante et des restes 
d'un ancien théâtre grec 6 , témoignent de sa prospérité passée et 
du grand nombre de ses habitants. 

Selon Arrien. les Sidites, au temps d'Alexandre le Grand, 'disaient, 
en parlant d'eux-mêmes, que « les premiers envoyés de Cymé 
ayant abordé sur cette terre, dès qu'ils furent descendus pour 
coloniser, oublièrent la langue grecque et prirent aussitôt un 
idiome barbare, non pas celui des barbares voisins, mais un idiome 
à eux propre et sans précédent. Depuis lors, les Sidites parlent 
une langue barbare, toute différente de celle des autres barbares 
des alentours 7 ». 

Ce témoignage d'Arrien est confirmé par quelques monnaies dont 
la légende 2IAHTIK0N a été remplacée par une autre, en carac- 
tères ressemblant aux caractères araméens 8 . Ce changement de 
la langue des Sidites était dû, croyait-on, aux étrangers établis 
dans la ville 9 . 

S'il est vrai qu'avant l'ère chrétienne, la langue grecque ait été 
oubliée à Sidé, il n'en fut pas de même aux temps postérieurs à 
J -C , où le grec était la langue dominante à Sidé, sinon la seule, 

1 . Ainsi, chez nous orthodoxes, on appelle première des églises paroissiales la cathé- 
drale. 

2. Cli. Texier, Asie Mineure, Paris, 1862, p. 722; voir également la carte de l'Ami- 
rauté anglaise complétée de 1884. Cette dénomination parait avoir été donnée à Sidé 
en -les temps beaucoup plus récents, probablement parce qu'on l'avait prise pour l'an- 
cienne Attalie à cause de la position maritime de ces deux villes et de leur proximité. 

3. Strabon, XIV, 664, 682. — Etienne de Byzance, s. v., XXV, 13 ; XXXVII, 23 ; Pomp. 
Mel.. I. 78, 8U : Arrien, Anab., I, 26, 4. 

4. Strabon. XIV, 664. 

5 B. Head, Histoire des monnaies, traduction grecque, Atbènes, 1898, t. II, p. 260 
et suivantes. 

6. Cli. Texier, ibid. ; cf. la carte de l'Amirauté anglaise complétée en 1894. Sur une 
église byzantine remarquable qui s'y trouve, voir Lanckoronski, Staedle Vamphyliens 
und Pisidiens, Wien, 1892, I, p. 132 et suivantes. 

7. Arrien, Anab.,l, 26, 4. 

8. Head, ibid.. II. p. 260-261. 

9. Ibid., p. 2GU. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à en juger par la multitude de Juifs hellénistes qui y avaient fondé 
plus d'une synagogue \ ainsi que nous l'apprend l'inscription 
publiée ci-dessus 2 . 

Symi, 4 décembre 1908. 

Nicétas et Michel D. Chaviara. 



NOTE ADDITIONNELLE 



Il me paraît peu probable que les deux premières lignes de l'inscription 
fussent aussi courtes que le supposent les restitutions proposées. Je crois 
qu'elles sont mutilées à droite et qu'il faut suppléer quelque ebose comme 
tt ( <; àYiwTdTJr.ç xa\ | TrpcôJTT,; «ruvaywvîfiç, ëarr.v ÊÙT[éj£Vtoç ? tô ... | . .]oç xal, etc. 
Quoique êarriv soit, en bon grec, une forme moyenne, il y a tout lieu de 
croire que l'auteur (peu lettré) de l'inscription l'a employée au sens actif 
pour £aTT ( aa « j'ai érigé », et ce verbe devait avoir pour complément direct 
un nom d'objet terminé par ..o?, par exemple èôoupoç, pavé. 

Th. Reinach. 



1. Les disciples de Paul prêchèrent peut-être dans les synagogues de Sidé, puisqu'ils 
en firent autant dans les villes voisines de Perga et d'Attalie ; voir Actes, xm, 13 ; xv, 
24-26. 

2. [L'inscription de la synagogue de Sidé a été publiée par M. van Buren dans le 
Journal of Hellenic Stuciies, t. XXVIII (1908), p. 195. Une note à ce sujet, par le 
P. Vincent, a paru dans le même recueil, t. XXIX, p. 130 ; l'auteur propose de lire au 
début 'loàxi;, c'est-à-dire 'Iaàxtoç (Isac), nom qui se trouve dans d'autres textes épi- 
graphiques grecs. — S. R.] 



là légende de la naissance de rabbi 



On a souvent remarqué que la postérité se plaît à entourer d'un 
décor de légendes la naissance des grands hommes de l'antiquité. 
C'est aussi le cas pour la naissance de Juda, le fils de R. Simon 
b. Gamliel, connu sous le nom de R. Juda 1 ou Rabbi. Seulement, 
les légendes relatives à sa naissance, qu'on s'attendrait à trouver 
d'abord dans le Talmud de Jérusalem et dans celui de Rabylone, 
puis dans les Midrascliim ordinaires, ne figurent malheureusement 
pas dans ces sources primaires, mais dans des compilations 
midraschiques postérieures. Aussi ont-elles été peu remarquées, à 
tort, croyons-nous, car la légende est en elle-même l'expression des 
idées et des opinions d'un peuple et mérite à ce titre d'être étudiée. 
De plus, dans notre cas particulier, la légende de la naissance de 
Rabbi est telle qu'elle peut prétendre à un certain intérêt histo- 
rique. 

Récemment M. Liber a signalé un manuscrit qui contient cette 
légende ' ; après coup, il a encore attiré l'attention sur un texte 
parallèle, une baraïta citée dans le Menorat ha-Maor' 2 . Grâce à 
d'aimables correspondants, je suis en mesure de faire connaître 
aux lecteurs de la Revue, non seulement le texte inédit signalé par 
M. Liber, mais encore un pendant de ce texte, qui paraît beaucoup 
plus ancien. 

Ce second document, emprunté au Beréschit Rabbati manuscrit, 
est écrit en araméen, ce qui suffit à en montrer l'ancienneté. En 
outre, il contient quelques mots grecs de la langue politique 3 , qui 
ne peuvent provenir que d'un vieux Midrasch, car en plein moyen 
âge aucun copiste n'aurait eu l'idée d'embarrasser son style de 

1. Revue, LIV, 101, d'après ms. Dresde Eb. 399. 

2. Ibid.. LVII, 159. 

3. TOlbp, "iZû-p-TlD, 1"l72^n, etc.; voir plus loin. 

T. LVIII, n° 115. 5 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vocables grecs. Dans les remaniements postérieurs ces vocables, 
quoiqu'ils soient tous entrés dans le néo-hébreu, ont presque entiè- 
rement disparu ou ont été remplacés par des équivalents hébreux 1 . 

On peut supposer que la source primitive de cette agada est un 
passage de b. Aboda Zara, 10 b, qui en dit long sur Rabbi et surtout 
sur ses relations avec Antonin; et la légende de la naissance de 
Rabbi cadre si bien dans ce texte que les ïossafistes ont été amenés 
à reproduire à ce propos un résumé de cette légende d'après un 
« Midrasch ». On ne doit pas en inférer inversement que la légende 
ne pouvait pas figurer à cette place, mais seulement que les 
Tossafistes avaient un texte du Talmud dans lequel la légende de la 
naissance avait été omise, sans doute à cause d'une abréviation 
due à des copistes. On sait, en effet, que certains passages, surtout 
ceux d'un caractère narratif (rrrwïï), ont disparu de notre texte du 
Talmud de Babylone, mais se retrouvent dans les ouvrages rabbi- 
niques postérieurs, chez les Gueonim, chez Nathan de Rome, chez 
Raschi, etc. C'est ainsi que la légende de la naissance de Rabbi 
quoiqu'elle soit absente du Talmud lui-même, peut être revendiquée 
comme un document talmudique. 

Nous possédons ainsi quatre versions de la légende de Rabbi : 
1° Bereschit Rabbati 2 (B), version qui, comme nous l'avons déjà 
remarqué, paraît être la plus ancienne; 2° Menorat ha-Maor z (M), 
introduite, comme une baraïta, par la formule pm "un, qui indique 
une source talmudique, non midraschique ; 3° ms. de Dresde ; (D) ; 
4°Tossafot(T), c'est-à-dire le Midrasch résumé par les Tossafot sur 
Aboda Zara, 10 b s . La brièveté de la recension des Tossafot ne doit 
pas nous incliner à croire qu'elle est plus ancienne que les autres, 
car il est évident que les Tossafistes ne citent pas le Midrasch dans 
toute sa teneur, mais seulement en abrégé. Les Tossafistes remar- 
quent, à ce propos, fort justement que certains traits du Midrasch 
qu'ils résument se retrouvent dans le Yerouschalmi, circonstance 

1. Notamment le mot assez rare de *pO"f;>p ne se retrouve plus. 

2. Sur cet ouvrage, voir Zunz, Gottesdienstliche Vortrage, 2 e éd., p. 302-303 ; 
Epstein, dans Magazin, XV, 65, et XVI, 62. — Le passage concernant la naissance de 
Rabbi a été signalé pour la première fois par le propriétaire du manuscrit, Rapoport 
(TEn D~0, IV, 212) ; seulement le texte ne se trouve pas dans la section de Nim, 
mais dans celle de KTV J'en dois la copie à M. H. Brody, de Prague. 

3. Menorat ha-Maor, 2 e partie, '{* bbl), '3 "1", '3 piD (n° 83, p. 79, éd. Amster- 
dam). 

4. V. la description du manuscrit dans Revue, LIV, 65-66. Je dois la copie de notre 
texte à M. J. Winter, rabbin à Dresde. 

5. Les indications des Tossafot se retrouvent avec quelques ebangements dans le 
Seder ha-Dorot (s. v. D^fiOnrna "^bttJ "in, éd. Maskileison, Varsovie. 1883,1, 161, 

et s. v. wunn rmrr 1 '% n, 170). 



LA LÉGENDE DE LA NAISSANCE DE RABBI 67 

qui, nous l'avons dit, peut servir à caractériser ce Midrasch. Nous 
noterons soigneusement dans la suite ces traits empruntés à 
d'autres passages du ïalmud et du Midrasch; mais nous commen- 
çons par analyser notre agada en tenant compte des quatre 
versions. 

Le point de départ de la légende est que Rabbi est né à l'époque 
de la persécution d'Adrien (te©) \ ce qui est d'ailleurs exact au 
point de vue historique 2 . La persécution consistait principalement 
dans l'interdiction de la circoncision 3 ; les infractions étaient répri- 
mées par un châtiment barbare*. Quand naquit celui qui devait 
être Rabbi :i — ce trait est ici passé sous silence dans le Midrasch 
récent et n'est mentionné qu'à la fin pour produire un effet, — 
son père le fit circoncire en dépit du danger. Quand le hegné- 
mon (6ttTJ03ïi), c'est-à-dire le gouverneur de la ville en question, 
l'apprit, il lui adressa des reproches, mais, ne voulant pas juger 
lui-môme le cas, il le soumit au « césar a (no^p), parce que le père 
de l'enfant était un homme distingué 6 . La mère de l'enfant se rendit 



i. Ce détail se lit dans M, ainsi que dans B et T, mais résulte également de l'en- 
semble de D. Les chroniqueurs (Yohassin, éd. de Londres, p. 48 6, et Séder ha-Dorot, 
I, 161) citent un passage du Yerouschalmi qui nous manque et d'après lequel le sur- 
nom de « Saint » de 'Onpn 13^a*"| provient de ce que son père l'avait voué au mar- 
tyre par la circoncision : TfZ'Q "irrpb n^3 ÏV7TB "•ttSttnT'n ^D3 ID^Tp ÉOp3 IN 
flatta D'TOUîb vafit IIDlpl ïlb^E m-a by. Le même trait est cité ibid. d'après 
l'ouvrage lÀbnat ha-Sappir et d'après le Zohar. 

2. C'est ce qui résulte du synchronisme connu, que Rabbi est né le jour de la mort 
de R. Akiba, v. b. Kidd., 12b ; Genèse r., 58, 2; Kohélet r., i, 5; Midrasch Samuel, 
3, 3; cf. Graetz, Geschichte, IV, 3 e éd., p. 194. 

3. B, M, D ainsi que T. Dans B on trouve ici le terme foncièrement politique de 
■pOTÔp, c'est-à-dire KéXeuai;, ediclum, v. Lehnworter, II, 542. M, D et T emploient 
ici les mots -|T} et rîTTS. 

4. Seul D spéciûc : mri ïbîM ÎTpmbJnEa "TÏÏNbl ["l]l2ôna Va&Ô im7nN 
CHON* D^3Uîb iniDnm. Le sens de ces mots n'est pas bien clair. Il semble que le 
père et la mère sont, non pas mis à mort, mais jetés en prison et cruellement mal- 
traités, le père étant saisi par la tète, la mère par les pieds, tandis que l'enfant 
est tué. 

5. Ici aussi la peinture de D est très détaillée; Rabbi y est le deuxième fils, le pre- 
mier ayant été mis à mort. 

6. D est très confus. Au contraire B est très précis : Nintt^nb Nnb">23 JWmaN 
rP^Sa "pUYnnD "l" 1 ^ rpmp3*l (meilleure leçon plus bas : ">:2"P"nO = «JTpaTicI- 
Tat, soldats 1 . Cf. M : -pya rmv "ïOn ■rçsa ^"135 "IJ"H"l.-îŒ:D, où T£ égale 
•jlTrAn, yiyejxtov, titre officiel du gouverneur de Syrie. Même mot dans T. Sur ce terme 
et ses variations de sens, v. Revue, XXXII, 46. Mais ce n'est que plus tard que vient 
le gouverneur, désigné par no^p (dans B et T; dans D HD^p alterne avec *p?2 '■> 
M a *ïb?2 partout), tandis que p^^n ou "iD se rapporte à un fonctionnaire local. 
L'auteur du Menorat ha-Maor s'efforce, ainsi qu'on le voit par le mot ^btt, d'écrire 
un hébreu puriste, mais la présence du mot N"naH trahit même cbez lui la teneur 
araméenne de la légende. Cependant on doit remarquer que fcOH23 paraît être une 



GS REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

donc sous escorte militaire à la résidence du « césar ». Quand la 
nuit vint S elle entra dans une maison pour y trouver un gîte. Ce 
fut ce qui la sauva. En effet, dans cette maison, qui était celle de 
Severus, noble romain, se trouvait justement un enfant au berceau 2 . 
La noble romaine demanda à la juive le motif de son voyage. Quand 
elle lui eut appris le danger qu'elle courait, elle et son enfant, et 
qu'on les menait auprès de Y « empereur » pour être jugés, la dame 
romaine conçut un noble dessein : « Prends, dit-elle, mon enfant 
qui n'est pas circoncis et porte-le auprès de l'empereur; quant 
au tien, laisse-le moi ici, pour qu'il soit sauvé. » On sous-entend 
naturellement que les deux mères, après que la pieuse fraude a 
réussi, reprennent chacune leur enfant; jusque-là chaque enfant 
est allaité par la mère de l'autre. C'est là justement l'intention de 
la légende: grâce au lait de la mère juive dont Antonin fut nourri 
enfant, il devint empereur plus tard et favorisa les Juifs 3 . 

La mère juive se rendit donc, avec l'enfant étranger, chez le 
« césar ». Celui-ci ordonna à ses grands 4 : « Examinez si l'enfant 
est circoncis ; s'il Test, tuez-le ainsi que sa mère! » Ayant décou- 
vert l'enfant, ils virent qu'il était incirconcis. Alors le « césar » 
entra dans une grande colère et, d'après une version (M), il fit 
même mettre à mort l'officier de l'escorte, c'est-à-dire le fonction- 
naire trop zélé, auteur de la délation. Mais les autres versions ne 
soufflent mot de cette exécution, qui est une espèce de satisfaction 
donnée au lecteur. Toutes les versions s'accordent à raconter que 



faute dans l'édition d'Amsterdam, car les leçons des autres éditions conviennent mieux 
au texte; celle de Mantoue, 1562, a "i^DI, celle de Venise, 1595, D"H3T et celle de 
Stettin, 1861, nnin. 

1. D'après B (niNnX Érb^ba) et M Cpbttb IJW 2"l^b); d'après D, ils n'entrè- 
rent pas dans la maison parce que la nuit était tombée, mais parce que la femme 
avait soif, et que, trouvant une porte ouverte, elle entra dans la maison pour y boire 
de l'eau. Le « messager » (mb;D) nommé à ce propos, à qui elle le fit savoir, est 
l'officier qui commandait l'escorte. 

2. b : amDbw Sierra ^n oi-piont îmaa, m : oiranaaN bffl ras n^n 

0"l~P"lDN *p ; T dit seulement : « sa mère l'échangea contre Antonin ». Le détail du 
berceau (riO"Hy) ne figure que dans D. 

a. b : 'rp^at frirai «nbn psvi b*; m : -d nbn ima "Di»m. T a, tout au 

début : nri^TJ 3bn KWn nbn izmwa in^N « le lait rend impur, le lait rend 
pur ». La seconde partie de la phrase est illustrée par le cas d'Antonio ; la première 
devait l'être par une autre légende, que nous n'avons plus. Ces mots forment le titre 
d'un petit Midrasch, du genre de ceux que nous avons plus tard en assez grand 
nombre, voir par exemple le Bêt ka-Midraseh de Jellinek. On sait que le motif du lait 
d'une mère païenne étrangère joue également un rôle dans l'histoire de la naissance 
de Moïse; v. Se fer ha-Yaschar, sur Exode, n (éd. Zolkiew, 1855, p. 50 6). D'après la 
légende, Sara a allaité des enfants d'autres femmes {Baba M., 87 a). 

4. b : vi-ûa-im; M : Dibvw; D : IpT. 



là légende de la naissance de rabbi go 

les grands de l'empire, ceux qui conseillaient le « césar»', lui 
firent remarquer que reniant était certainement circoncis, mais 
que Dieu, ainsi qu'on le savait par expérience, opère des miracles 
en faveur de ce peuple-, afin de le sauver des mains des païens. 
Convaincu qu'il ne peu! lutter contre le Dieu des Juifs, l'empe- 
reur rapporte L'édit et la persécution prend fin. Joyeuse, la femme 
de R. Gamliel retourne chez la femme de Severus. Celle-ci, tou- 
chée par ce prodige, s'écrie : « Puissent nos fils, quand ils auront 
grandi, devenir des amis intimes (iwauîTO, paranymphes) ! ». 
L'autre répondit : C'est aussi mon désir 3 . » Or, l'enfant de R. Gam- 
liel devint patriarche, sous le nom de R. Juda I; quant à l'enfant 
romain, ce fut l'empereur connu sous le nom d'Antoninus b. 
Asverus (Severus), qui entretint des relations d'amitié avec le 
patriarche et put jouir de ce monde ainsi que du monde futur { . 

La valeur historique de cette légende tient dans les traits .sui- 
vants : D'une part, la description d'un cas particulier qui s'est 
passé au sein d'une famille juive distinguée, à l'époque de l'inter- 
diction de la circoncision, mérite crédit en elle-même et présente 
pour nous un certain intérêt. D'autre part, si le récit ne nomme 
malheureusement aucun personnage juif (à part R. Gamliel, qu'il 
faut en tout cas remplacer par R. Simon h. Gamliel\ alors que 
nous aurions aimé connaître, au moins, le nom de la mère de l'en- 
fant, il nous présente, en revanche, tout l'appareil de la puissance 
romaine. Nous voyons fonctionner trois autorités : l'autorité du 
lieu habité par les parents de l'enfant, celle d'où part la dénoncia- 
tion, puis le gouverneur qui est appelé par erreur « césar » 3 , 
comme il arrive souvent dans le Talmud et le Midrasch, enfin les 
conseillers qui entourent le gouverneur. La garde est formée par 
des soldats. [1 est à noter que le fonctionnaire local n'ose pas tran- 
cher le cas d'un homme comme R. Simon b. Gamliel, le plus haut 
dignitaire du judaïsme, mais le renvoie au « césar ». S'il faut* 



1. Lh version de T est un peu différente : c'est le Héguémon auteur de la dénoncia- 
tion qui assure au « césar » qu'il avait vu circoncire l'enfant, mais que Dieu faisait en 
tout temps des miracles en faveur du peuple des Juifs. Dans cette version l'officier 
n'est pas exécuté. D'après B, le césar le destitue (rp""ny). 

2. B, D et T; d'après M, Dieu le fait à la suite des prières des Juifs. 

3. Ce détail du "p^YCJ, désignation d'une camaraderie intime, ne se trouve que 
dans B et dans M ; il manque dans 1) et T. 

4. B: inan aaban ^i- arab* •porwi ; m : nsi-i ûbrpm tiïri abiyn «-vn. 

Dans les JSS^p:? '""H nvmN (éd. d'Amsterdam, 1704, p. 18 a), on trouve le terme 

singulier frott : ruïi nbw? !*fnpnb ■pns» jto dbi*in nraiN ip^s 

■p-pnm ûyvidk p oiraiûaa p^5- 

6. Cf. Frankel, !-Ûtt}£ïn "DTT, p. 169. 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

prendre à la lettre "ptttti, nom de l'autorité locale, et i^p, nom de 
l'autorité suprême, à laquelle on a recours, en dernière instance, 
nous nous trouverions en présence de la procédure que nous 
connaissons par l'histoire de l'apôtre Paul. Celui-ci, transporté à 
Césarée, fut entendu par le proconsul Félix, et, plus tard, par le 
proconsul Festus, puis, comme il en avait appelé à l'empereur, en 
sa qualité de citoyen romain, envoyé à Rome '. Il serait facile de 
supposer que R. Simon b. Gamliel jouissait également des droits 
de citoyen romain et pouvait, par conséquent, en appeler à l'em- 
pereur. L'abolition de l'édit, dont il est question ensuite, ne peut 
avoir été prononcée que par l'empereur 2 . Cependant, la légende ne 
peut guère être utilisée en ce sens, car il faudrait que ces traits 
fussent plus marqués. 

De plus, la légende présente une difficulté : le père de l'enfant, 
c'est-à-dire R. Simon b. Gamliel, ne paraît pas du tout devant le 
« césar », mais seulement sa femme, la mère de l'enfant. L'histo- 
ricité de la relation en est compromise, car c'est certainement le 
père qui aurait été appréhendé dans la réalité; la légende, elle, 
fidèle à son point de vue, se contente avec raison de nous pré- 
senter uniquement la mère, car elle veut raconter le trait d'hu- 
manité si beau et si touchant de la rencontre des deux mères et 
de l'échange des deux enfants 3 . Ce dernier détail est sans doute 
légendaire ; mais il faut convenir qu'il n'est ni impossible histo- 
riquement, ni invraisemblable psychologiquement. La Romaine, 
émue par le malheur de la Juive, pouvait risquer l'aventure, 
certaine que son enfant, qui n'était pas circoncis, ne serait pas 
tué 4 . 

Les renseignements sur le futur empereur Antonin sont précieux. 
On nous le montre ici, sans crier gare, comme né en Palestine ou 
du moins en Syrie ; dans l'esprit de la légende, il ne peut donc pas 
être identique avec aucun des personnages qu'on a voulu identi- 
fier jusqu'à présent avec l'Antonin du Talmud. La chronique 
samaritaine se figure tellement Antonin comme un Syrien qu'elle 

i. V. Winer, Bibl. Realwôrlerbuch, s. v. Paulus (3* éd., II, 211). 

2. On sait que l'édit fut supprimé par Antonin le Pieux, v. Digeste, XI, 48, 11 : 
circumcidere Judseis filios rescripto divi PU permitlitur. 

3. Dans D, c'est la Juive qui propose à la Romaine l'échange des enfants, ce qui est 
d'une psychologie moins fine et moins délicate que dans B et M, où la femme de 
Severus, touchée par les plaintes de ia Juive, offre d'elle-même son enfant en échange. 
Comparer la prétendue bienveillance de la femme de Pilate pour Jésus. Dans le 
Talmud, on trouve souvent des matrones romaines (CWHÎ373) favorables aux Juifs. 

4. Jawitz, b&OlZJ'* nYlbin, VI, 185, rationalise ainsi le Midrasch : un noble romain 
de Palestine offrit un asile dans sa maison aux parents de Rabbi. 



LA LEGENDE DE LA NAISSANCE DE RABBI Ti 

lui fait épouser nue Samaritaine de Palestine '. Gnose curieuse, un 
ouvrage philosophique, connu depuis peu. le Kitâb ma' uni al- 
nafs - le fait également mre en Syrie, parce qu'on ne pouvait 
s'expliquer que de cette manière ses relations avec Rabbi et sur- 
tout ses entretiens philosophiques avec 1»' patriarche. Mon opinion, 
que je motiverai ailleurs, est que l'Antonio du Talmud. l'ami de 
Rabbi, n'est autre qu'Avidius Cassius, légat de Syrie, qui se fit 
proclamer empereur en 175. Ce personnage était Syrien: Dion 
Cassius nous l'apprend 3 et nous le savons encore par d'autres 
sources, mais nous ne voulons citer ici que ce qui est nécessaire 
à L'intelligence de nos deux textes inédits. Nous savons aussi 
qu'Avidius Cassius était effectivement tils d'un certain Severus, 
qui avait déjà occupé précédemment en Palestine un rang élevé. 
Ainsi se confirment toutes les données que nous trouvons dans la 
légende de la naissance de Rabbi, principalement dans le texte de 
B. Il est exact, notamment, que Severus appartenait aux grands de 
l'empire comme il est exact que les parents d'Antonin vivaient en 
Syrie 4 . 

Ainsi s'explique encore, à mon avis, un fait important. Le I 
de B nomme Antonin, non pas roi des Romains, mais roi des 
Grecs (torr br ncAfa ; le même titre est donné à Antonin dans 
d'autres sources, qui remontent au moins à l'époque des Gueonim. 
par exemple dans une ancienne collection de légendes mro*E . 
qui contient entre autres quelques contes relatifs à ce personnage. 
D'après ce que nous avons vu. nous n'avons plus le droit de voir 
dans le titre de pn *&& une désignation inexacte de ron -'~~ : la 
domination d'Avidius Cassius sur les Grecs, c'est-à-dire sur la partie 
grecque de l'empire romain, doit être entendue d'une manière très 
précise, car Avidius Cassius était effectivement, avant qu'il se tut 

1. Adler et Seligsoho, Une nouvelle chronique samaritaine, dans Revue. XL' 

cf. Neubauer, Chronique samaritaine, dans Journal asiatique. 1S69, p. 385 tirage 
à part, Paris, 1S73. p. 19 . Les éditeurs remarquent que les noms d'Antonin et 
d'Adrien ont été confondus: v. aussi Bûchler dans Gedenkbuch. . . Kaufmann. 
p. 37-38. 

2. Ed. Goldsiher, Berlin. 1907, p. 43. Cf. Broyd^. ©D3TI PTTiri *|DO, Paris 

p. 57 : rrà rrav* rvrttn 1312 kVi "aib c*:-:-l::n nrt *mm on»» rm 
'•z mttic •z---*: rrrro TOsm 

3. LXXI, 22 : ô os Koîcrc-'.o; ICso; uîv ï/. tt; Kiiyyj ïjv. 

4. Voir la Vie d'Avidius Cassiu- dans V Histoire Auguste, in inil. Ce n'est pas ici 
le lieu de rechercher quelle est la leçon exacte. 

5. rVPWJtl 'O, appela aussi TVOTû ~:z ":* -""ï - 'O, éd. Venise, 1544. p 
(pagination spéciale : 'ir fP "p 72 DTr3T031t Cf. M : WÎDVlb "p"- ilP J SI, où 
Ï1731N signifie « nation », non « Rome » ; H731N se trouve aussi dans le texte cité 
plus haut, n. 2. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

proclame empereur, le souverain de l'Orient. Il est désigné comme 
tel par Dion Cassius 1 et Philostrate 2 . La personnalité d'Antonin 
apparaît ainsi sous un jour entièrement nouveau. On aurait depuis 
longtemps tenu compte de ces traits, si le hasard n'avait voulu 
quils fussent disséminés au milieu de la littérature talmudique et 
midraschique, ce qui permettait de les reléguer sans trop de scru- 
pules dans le domaine de la légende. 

Si les deux textes que nous publions pour la première fois 
gagnent ainsi en importance historique, nous tenons à faire res- 
sortir en terminant que, tant pour la date de la naissance de Rabbi 
que pour son amitié avec Antonin, ainsi que pour la croyance que 
celui-ci a part au monde futur 3 ils s'insèrent parfaitement dans ce 
que des textes talmudiques plus anciens et d'une authenticité 
reconnue nous apprennent sur ces questions. 

Vienne. 

S. Krauss. 



I. Beréschit Rabbati, m$. Prague, p. 54 et 55. 

fïiFpija wim ïnïJn «bn na^n ^an-i '^cibp npsa non ^nsu 
on ?*j3j»3 ni2 :"nna 'uni ,-n nTbia 8 a[3"iD]m !rnna 83?3ï kwo 
■p-D* 15» # ri"»3n^[T]43 Nb ^i no^p bus pdvbp ■pbûa 1:« /-pa'nwa 
d^p [T](u3)m3 Nbn nbipbpb *«niiîB3 no^rn 3-j ^Nn^nN ^nant) b? 
6 ■prai'nnd mro /rmpai rcnttsnb 'nb*v2 jehes* .mm nwi dp .«aiarn 
■»nMi "ponbp b"N îrobtti amn bj> nnn:? nab ,mb 23 .îrwa 
mi 73*7 b^ ,t**bap nn^nnN : r-iiîMfi b"a ,N^b73 'po'nbpa rppn 

N3mÏÏ73 d13 ,N3N ^bupN ttb ,n« ^nWlfcn !T3*H 1^31 ,805533 

nmtîi Dp ."pnb -Hp ,ïimb* whd nai /nd^p map maabi Npi3^b 
in fOTrnoKi imna marna a^bd ,a3iaarn ^crpTid û? apia"» dy 
bîa "p-sn apis*^ mpMta rm \ oTTnoaT ma^a b"a ,'msba rru:na 
^j» a3"i33> asai y t^333 m bia^ abn nn ns^p b"a ?MD?7a ÏTEp 
b"a ,ï*h bj> abiapb ap^i asai /pnh a^bab asnm ,adbai amn 



1. lxxi, 3 : z?iç 'Affiaç àiziar^ ÈTCiTpoTueueiv... 

2. De Fita Soph. y 1, 13 : ô ty) v ètôav èxiTpoTieuwv... 

3. Cf. b. Aboda zara, 10 6 ; j. iWe#., i, 13 (72 6) ; Lév. r., m, 2, et passages paral- 
lèles ; v. aussi Kohéletr., x, 9 : 'id -pî3 Ï1ÏÏ1 d173^bid3a. 

4. Ms. N3î3y. 

5. Pour cette correction, voir plus haut. 

6. Plus loin on trouve la leçon plus correcte "'id'mid. 



LA LÉGENDE DE LA NAISSANCE DE RABB1 73 

*b "paoi /is^p rrop irfn ï:*aia ,Nbn3> Nim ,n-p*t "na -ib ^nn 
ibano» nmaaiaib na^p 'en ."na^p ^p nbîai p nia* .^na 
Nbn* irsnnarcai rpm «ibi .ïTEKbi mm ibcapi Trama ^n ^n «■■baa 
Ètb J'mabfc f»](i)a , nDn mb '»« .ïmaa>l ^;i?:3n &nnn 53> aobtt un 
pnftbtt Dia ,Èttn mm 6r"bo \^m fa^mn /nia* b* Nab): DW 
o-m yinnbw 's'a :n^p b"« ,n;-p?: l'inné tarsab '*oa "p^b ma* 
.amna [n](N)b^aa an*ia &rnm ?aab "•! TOïibp "pâma rta ."pmbj 
hnn ,1:^73 10333 JbTvnMn mrnaN b"a .a[a"iD]-H mnnaa nbïan 
b"« »^nb 1^*7 ■pa-aïaiia ïiît /pbw ia /nai Nbiabas m-ns a^Tnia&n 
'n Kim ,îi»"*tt)a TaîPN ,a[a"ia]-n ma bis la .p ■nïib'i "Wibi 
Ksm paar b* aaba na^na ."Œim'iDCH rms bia na ,!rmm 
■pan œvipn s nn "pa «marri miapnai /œwnoa p D^aïaaa 
,*ao 'rmma Epbian aat «[«Inp^s tonma aabn pa^i b* ^bns^iosN 
.■vnn «taban pn Nttby panai /nw ba *an ^p Dia^anaaa radiai 



IL Ms. de Dresde Eb 399, fol. 1 b. 
(Les chiffres indiquent les lignes du ms.) 

,ibim abia ^Semei ba> W3 £T*nnri mabiï mw nna taa^D (î) 
i^3Nb imma ,ib rzy nn ,ima b?an p îb rrrwa *inN oia aia mm 
rto'Wb (2) imanni ann îbtaa 3 [pm] mnibamsa îttabi [i]icana 
r-raini ,nna maa rriDabi ina maa urab ,0^1087! maa ainoai 
i-rnp ,baari 1731 îbaia p^a .fca^apa a^ap:: imapai /[orrai 3] bna btt 
îbbmo iab . . . *p : ib rrroa .nbafab naipi (3) rrainn basa mDKri 
,i3^aT3: ^:i ta rœa^i 5 . . . N^n ^di v^^p» isni . . . d^i3 û^iuî 
rtimxnîn CO ... [rra-n n^ns] matTa û^pai p mpnn iab p^ ^bn« 
^ab--: p^a , 6 (?) ^bn'ca inb« 1173 . • • p imb^i i^moNn n^a?3 
■»b pTor; : rrb«b ib (5) m»« ,rnns nnD niax nniN ïi[d]n-i ^-na 
# rtO"n^a v^" 1 PP ^ n ^ pi3^n nb nnim :»3tNi 2^73 u^tt nn^Ni DDa^i 
^bus (6) na bnaN " , :nt ^bw n« bnca ^ansn qn 7 — a^n ba nb ïipuî 
ibabsn3 ntt)N nm« . . . Km b-wa qn ["fji^b mis ^a[N](rrji i-nint 

i. = i^a dn. 

2. S/f, pour DI^^IDN. 

3. Dans la copie il v a ici des points indiquant que le texte est illisible. Je supplée 
d'après le sens. 

i. Même observation. Mais ici il paraît manquer un plus grand nombre de mots. 
'.'). Suppléer quelque chose comme : [13b M1^73] fcTîl 131. 

6. Mot incompréhensible. Serait-ce ^573 3^2 ? 

7. Quelques mots doivent manquer ici. 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

.^icppb ima ' nn&nm nabm ! ims ^ba ,rrb m^tn rrb* tr72m 
tons asna : tanb -mèo ^aSnb rapan bina (7) o^a amb* o?a 
t^b /jbnïi ^rm /ib n»« ,^n« ipî au) ïtîti 2 . . . ovirib d^ropa» 
tortb avip (8) ûmmbN &6n ,dm3a nN ibEiD ,t-i»« abt* *jb 'rana 
ta^a-np d^ï-nbs ib tûn bina -m toi ,a^na ^ara ,oa nnb miû*b 
!*p2* n» mnrjb U5pa?2 nnN rra /a?» rsbi* ib ^uj?:-! Tn , 3 'nan 
,t=^u) an*n Y 573 !T,! " 1 tpoai .taibioa i-um (9) rmw nm« ïibaa te 
.lanpn /ta n pirnn iman , 8 â"aian pwirt "oa iman 

i. ms. nrwnïri. 

2. Suppléer quelque chose comme : [imW DN] OTlïlb. 

3. Deut., iv, 8 (lire '15 "na "*53 "O). M. cite ici la fin du même verset: 'ï-JD "*73 

■pb» ir^np baa iwb». 

4. Ce détail manque dans B, M, T. 

5. Le ms. donne bien ce nom, qui est celui qu'il faut. 



ETUDE 

SUR 

LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 

DU V e AU XIV e SIÈCLE 

(suite *) 

LIVRE 11 

PÉRIODE FÉODALE OU CAPÉTIENNE (X e -XIV« SIÈCLE) 

CHAPITRE IV 

LES VICOMTES ET LEURS JUIFS 



Le régime féodal et la condition politique des Juifs narbonnais : juiverie 
vicomtale et juiverie archiépiscopale. — II. La vicomtesse Arsinde (f avant 
924), débitrice de ses Juifs. — III. Le vicomte Bérenger (1023-1067), protec- 
teur de sa juiverie. — IV. Le vicomte Aimeri I" (1080-1105) et le cens de ses 
Juifs 1087). — V. Les tribulations des Juifs pendant la minorité d'Ermen- 
garde, sous le gouvernement d'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse (1134- 
1143); la vicomtesse Ermengarde > 1143-1192), bienfaitrice de ses Juifs. — 
VI. Aimeri IV (1194-1239), émancipateur de sa juiverie : examen de la charte 
de franchise du 8 mars 1217; attitude de ce vicomte dans l'affaire du meurtre 
d'un enfant chrétien par un Juif (1236). — VIL Amauri I er (1239-1270) et ses 
Juifs : concessions de terres (1251); sentence arbitrale entre le vicomte et 
deux de ses Juifs (1267). — VIII. Aimeri V (1270-1298) et sa juiverie : lettres 
de sauvegarde (1279). — IX. Prospérité de la juiverie vicomtale sous le gou- 
vernement d'Amauri II (1298-1328), et à la veille de la grande expulsion de 
1306. — X. Physionomie générale de la communauté juive des vicomtes au 
iiii* siècle et au commencement du xiv» : examen de quelques appellations 
de cette juiverie. — XL Les limites de la juiverie vicomtale : quartier ouvert 
et non ghetto. — XII. Les principaux possesseurs de maisons de la juiverie. 
— XIII. Les édifices de la communauté : écoles ou synagogues, établisse- 

i.JYoy. Revue, t. LV, pp. 1 et 221. 



7G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ments de bienfaisance, maison de bains. — XIV. Essai de reconstitution topo- 
graphique de lajuiverie vicomtale. — XV. Administration de la communauté 
juive : consuls juifs. — XVI. Conclusion : les résultats de la politique judéo- 
phile des vicomtes. 

I. — A mesure que la féodalité se constitue et s'organise, les 
Juifs narbonnais échappent de plus en pins à l'action, — protec- 
trice ou hostile, — du pouvoir royal, pour devenir tributaires 
immédiats, les uns du grand fonctionnaire laïque de la Cité, le 
comte, les autres du grand immuniste ecclésiastique, l'archevêque, 
dignitaires qui, à la faveur de la décadence des derniers Carolin- 
giens, réussissent à transformer, le premier sa circonscription 
administrative, le second sa mense archiépiscopale en autant de 
principautés absolument indépendantes. 

Nous avons vu plus haut 1 que Pépin le Bref avait partagé la 
Cité de Narbonne entre l'archevêque et le comte. Du même coup, 
les Juifs narbonnais s'étaient trouvés répartis entre ces deux sei- 
gneurs : les Juifs domiciliés dans la moitié occidentale de la Cité 
étaient devenus les justiciables de l'archevêque, ceux qui étaient 
domiciliés dans la moitié orientale, les justiciables du comte. 

Nous ne savons rien des rapports des comtes avec leurs Juifs. 
Aussi bien, les comtes particuliers de Narbonne ont-ils disparu de 
bonne heure, pour faire place à leurs substituts, les vicomtes : 
ce changement paraît s'être effectué dès le premier quart du 
ix e siècle 2 . 

A l'instar des autres seigneurs de l'époque, les vicomtes et les 
archevêques ont su tirer de leurs sujets israélites des revenus 
considérables. Ils ont donc travaillé à en accroître le nombre par 
l'octroi de privilèges et d'exemptions de toute sorte : de là une 

1. Chap. il, § vm. 

2. Par suite de la création de la Marche d'Espagne ou de Gothie, en 817, les 
domaines affectés au comte de Narbonne devinrent un des apanages du marquis placé 
à la tête de la Marche. A. Molinier conclut de ce fait qu'après l'année 820, les comtes 
particuliers de Narbonne furent remplacés par de simples vicomtes (Hist. de Lang., 
nouv. éd., t. II, Notes, ce. 314-315). Représentants permanents des comtes de Nar- 
bonne dans le comté de ce nom, les vicomtes furent, d'abord, vicomtes tout court; 
mais quelque temps après qu'à l'exemple des comtes, ils eurent usurpé, à leur tour, 
les droits régaliens et rendu leurs fonctions héréditaires, ils ajoutèrent à leur titre le 
nom de la ville où ils exerçaient leurs fonctions. La vicomtesse Adélaïde est la pre- 
mière qui se soit fait appeler vicomtesse de Narbonne: elle souscrivit de cette manière 
à un acte du 13 juin 977 [Ibid., t. V, c. 178 : cf. Ibid., t. III, pp. 189-190). L'appella- 
tion de comté de Narbonne survécut à la disparition des comtes : il est question pour 
la première fois de la vicomte de Narbonne dans le deuxième testament de la vicom- 
tesse Adélaïde, le 29 mars 990 {Ibid., t. V, ce. 320-324 : cf. Ibid., t. III, pp. 191, 209 
et 210). 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NAHLîONNE 77 

rivalité continuelle entre les seigneurs des deux juiveries. Do plus, 
nous voyons la royauté capétienne, qui, à La faveur d'un singulier 
retour des choses, a réussi à ramener sous sa domination les 
grands barons féodaux, tenter un effort vigoureux pour s'immé- 
diatiser les sujets de ces derniers, et, en particulier, les Juifs sei- 
gneuriaux, sur I» 1 concours financier desquels le fisc royal fonde 
de grandes espérances en vue de l'alimentation d'un trésor obéré. 
Il n'est pas surprenant que cette entrée en scène de la royauté, qui 
jusqu'alors était resté dans la coulisse, ait provoqué l'opposition 
acharnée des seigneurs locaux. 

Ces diverses considérations nous amèneront à étudier successi- 
vement : 1° les rapports des vicomtes avec leurs Juifs; 2° les rap- 
ports des archevêques avec leurs Juifs ; 3° les rapports du vicomte 
avec l'archevêque au sujet de leurs Juifs ; et, enfin, 4° les rapports 
du vicomte et de l'archevêque avec les rois de France au sujet de 
leurs Juifs. 

II. — Le premier vicomte, ou plutôt la première vicomtesse qui 
se soit trouvée en relations avec des Juifs narbonnais est la femme 
du vicomte Francon II, connue sous le nomd'Ersinde ou d'Arsinde 
de Roussillon (-f- avant 924). Se trouvant dans la nécessité d'em- 
prunter de l'argent, Arsinde ' eut recours aux bons offices de deux 
Hébreux, Sabrono et Barala. Ces derniers consentirent à lui prêter 
la somme de 1,000 sous, moyennant la cession temporaire d'un 
gage immobilier. Arsinde et ses deux fils, Odon et Raimond, enga- 
gèrent aux deux créanciers l'alleu de Magrie et de Guxac, ainsi 
dénommé parce qu'il était situé dans les deux « villas » de ce nom. 
Les fils d'Arsinde 2 se libérèrent de cette dette de la façon sui- 
vante. Ils avisèrent un certain Gairo, qui possédait le tiers de 
l'alleu de Mendoureille et des petites villas environnantes, les deux 
autres tiers appartenant à la maison vicomtale. Gairo accepta de 
racheter l'alleu engagé aux deux Hébreux. En retour, les deux fils 
d'Arsinde s'engagèrent à lui céder, contre la somme de 300 sous, 
les deux tiers qui leur revenaient sur l'alleu de Mendoureille et les 
petites villas avoisinantes. Un acte consignant cette cession fut 
dressé et remis au bénéficiaire. De plus, les fils d'Arsinde promi- 
rent à Gairo de lui concéder un fief de 2,000 muids et de lui confier 
la bailie, c'est-à-dire l'exploitation, de tous les alleux qu'ils possé- 

1. Le texte donne à Arsinde le titre de comtesse, et non celui de vicomtesse. Nous 
justifierons plus bas notre correction. 

2. L'acte appelle les lils d'Arsinde : les comtes Odon et Raimond. Ce point sera 
également discuté plus bas. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

daient dans retendue de la vicomte. Mais pour ce qui était de cette 
dernière convention, Gairo dut se contenter d'une promesse pure- 
ment verbale. Mal lui en prit, car Odon et Raimond s'y dérobèrent. 
Heureusement, Gairo avait entre les mains la cbarte de gage qu'il 
avait reçue des deux créanciers hébreux, ainsi que la charte qui 
l'investissait des deux tiers de l'alleu de Mendoureille et des 
petites villas environnantes. Muni de ces deux titres, Gairo entra 
en possession de ces différents immeubles '. 

1. Le reste de l'acte rapporte toute une série de combinaisons, qui n'intéressent pas 
notre sujet et qui aboutirent à la cession desdits alleux au chapitre métropolitain de 
Narbonne (Voy. la publication de cet acte dans Hist. de Lang., t. V, Preuves, ce. 232- 
234, et l'analyse dans Ibid., c. 1551, n° XLI1; cf. Saige, Juifs du Languedoc, p. 15). 
Cet acte n'est pas daté: il y est question d'Arsinde, non pas vicomtesse, mais comtesse, 
des comtes Odon et Raimond, ses fils, du comté de Narbonne et de l'archevêque 
Ermengaud. Dom Devic et dom Vaissete [Hist. de Lang., t. III, p. 15) identifient 
Arsinde avec la veuve d'un comte de Carcassonne. Cette identification ne nous paraît 
pas suffisamment justifiée. Et d'abord, il n'est pas douteux que la dénomination de 
comté de Narbonne s'applique au territoire soumis à la juridiction vicomtale, puisque 
nous avons vu un peu plus haut (§ i) que l'appellation de vicomte de Narbonne n'était 
apparue qu'à la fin du x e siècle. De plus, il est certain que la villa de Cuxac, conuue 
également dans les textes de la même époque sous le nom de Villa Geminiano, appar- 
tenait à la famille vicomtale : elle est, en effet, l'objet d'un legs dans le deuxième 
testament de la vicomtesse Adélaïde, le 29 mars 990 (Hist. de Lang., t. V, ce. 320-324 : 
cf. Ibid., t. III, p. 191). Comment expliquer maintenant les dénominations de comtes 
et de comtesse? Tout simplement par une erreur du copiste. L'acte qui rapporte la 
conclusion d'un contrat de gage entre Arsinde et les deux Juifs n'est pas un document 
contemporain des événements qu'il mentionne. Ce n'est pas à proprement parler un 
acte diplomatique: son titre « commémoration de l'alleu des Saints Just et Pasteur de 
Magrie et de Mendoureille » indique suffisamment qu'il s'agit là d'une simple notice, 
où quelque chanoine de la cathédrale aura voulu exposer à la suite de quelles péri- 
péties, les alleux susdits devinrent partie constitutive de la mense capitulaire. La 
confection de cette notice est donc bien postérieure à la première convention qu'elle 
rapporte. Cette particularité explique clairement qu'il se soit glissé dans la rédaction 
du scribe des inexactitudes cbronologiques et des confusions généalogiques. Voici de 
quelle manière assez vraisemblable nous avons cru devoir rétablir les faits. La com- 
tesse Arsinde n'est autre que la vicomtesse Ersinde, femme de Francon II, mère d'Odon 
et Wlrérad, lesquels furent vicomtes, le premier entre 924 et 933, le second, depuis 
924 jusqu'à l'époque où il devint archevêque de Narbonne. Arsinde mourut avant le 
17 décembre 924 {Hist. de Lang., t. V, ce 147-150 : cf. Ibid., t. III, p. 101). Odon 
a.-t-il eu un frère du nom de Raimond? C'est douteux. En tout cas, nous trouvons un 
vicomte du nom de Raimond I" entre 966 et 1023, et justement l'archevêque Ermen- 
gaud (977-vers 1017), dont il est question dans notre notice, est le frère du vicomte 
Raimond l fr . Cette même notice mentionne, à côté du nom de Gairo, celui de son fils 
Raimond. Or, parmi les exécuteurs testamentaires de la vicomtesse Adélaïde, — il s'agit 
ici du deuxième testament de cette vicomtesse, — nous relevons, à côté des noms d'Er- 
mengaud, archevêque, et de Raimond, vicomte, ceux de Gero et de Raimond. Ces deux 
derniers personnages ne sont autres que le père et le fils dont il est question dans la 
notice. En résumé, c'est bien la vicomtesse Ersinde (f avant 924) qui s'est fait consentir 
un prêt sur gages par les deux Hébreux Sabrono et Barala. Quant aux premières con- 
ventions qui, d'après notre acte, auraient été conclues entre Gairo et les deux fils 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 79 

III. — De l'acte que nous venons d'analyser, il découle donc que 
les plus anciens vicomtes héréditaires de Narbonne ne dédaignè- 
rent pas de faire appel à la bourse de leurs sujets non catholiques. 
Le vrcomte Bérenger (1023-1067), fils aîné et successeur de Rai- 
mond I er , se montra le protecteur dévoué de ses sujels juifs. Vers 
l'année 1063, un cerlain nombre de Français se dirigeaient vers 
l'Espagne pour y combattre les Sarrasins. Venaient-elles à ren- 
contrer sur leur route des communautés juives d'une certaine 
importance, toutes ces bandes, impatientes de se mesurer avec 
des ennemis du Christ, traitaient les Juifs comme des infidèles, 
donnaient l'assaut aux juiveries, pillant et massacrant sans merci. 
A Narbonne, le vicomte Bérenger prit résolument la défense de 
ses Juifs, et les bandes passèrent sans avoir pu leur causer le 
moindre préjudice. 

Le pape Alexandre II, qui tenait à cœur de ne pas laisser détour- 
ner l'expédition de son véritable but, la lutte contre les Sarrasins 
d'Espagne, s'appliqua à persuader aux chrétiens que tout ce sang 
versé ne pouvait servir au triomphe de leur cause. Par contre, il 
écrivit au vicomte Bérenger pour le féliciter chaudement de sa 
conduite : en protégeant contre les massacres les Juifs placés sous 
sa domination, Bérenger s'était conformé à la volonté de Dieu, qui 
répugne à toute effusion de sang, même quand il s'agit de punir 
des méchants 1 . 

IV. — Il est vraisemblable qu'en protégeant ses Juifs contre les 
violences des bandes françaises, le vicomte Bérenger obéit à la 
fois à des considérations d'humanité et d'intérêt. Le massacre d'un 
grand nombre de ses Juifs eût été pour ses finances une perte très 
sensible. Il est, en effet, certain, sans qu'il soit possible de préci- 
ser, que Bérenger tirait déjà de la communauté juive de gros 
revenus annuels. En tout cas, nous voyons que, sous le gouverne- 
ment de son successeur, Aimeri I er (1080-1105), les Juifs vicomtaux 



d'Arsinde, il est probable qu'elles ne furent décidées qu'entre Gairo et le vicomte 
Odon, de 924 à 933. Il est très possible, toutefois, que le vicomte Raimond, non pas 
frère, mais petit-fils d'Odon, intervint dans la suite, entre 966 et 1023, pour se faire 
restituer l'alleu de Cuxac et de Magrie, et s'en dessaisir à nouveau au profit de son 
frère, l'archevêque Ermengaud, lequel, à son tour, en fit don au chapitre de la cathé- 
drale. 

1. Dom Bouquet, Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XIV, p. 538 : 
c Berengario, Narbonensi vicecomiti. Noverit prudentia vestra nobis placuisse quod 
Judaeos qui sub vestra potestate habitant tutati estis ne occiderentur. Non euim gaudet 
Deus effusione sanguinis, neque lactatus in perditione malorum. » Cf. Jaffé-Loewen- 
feld, Regesta pontificum romanorum, n° 4523; Hist. de Lang., t. III, pp. 355-356. 



80 REVUE DES ÉTUDES .JUIVES 

payaient à leur seigneur tous les ans une certaine redevance. 
Ainsi, quand Àimeri I er épousa, en 1087, Mathilde ou Mahaut,veuve 
de Raimond-Bérenger II, comte de Barcelone, il lui assigna, à titre 
de douaire, les revenus de la ville de Narbonne, et, notamment, le 
cens de ses Juifs 1 . 

V. — Les Juifs vicomtaux continuèrent à jouir de la faveur du 
gouvernement vicomtal sous le règne de la « vaillante et prudente 
princesse 2 » Ermengarde, qui occupa ]e pouvoir entre les années 
1143 et 1192 3 . Cependant, si nous en croyons l'auteur de la relation 
rabbinique connue sous le titre de Se fer Hakkabala, les difficultés 
qui surgirent après la mort du vicomte Aimeri II (1105-1134), tué à 
Fraga le 17 juillet 1134, au service d'Alfonse I er , roi d'Aragon, 
contre les Maures \ et durant la minorité de la vicomtesse Ermen- 
garde (1134-1143), auraient eu des conséquences désastreuses pour 
les Juifs narbonnais. A la mort d'Aimeri II, Alphonse-Jourdain, 
comte de Toulouse, en sa qualité de suzerain de la vicomte de Nar- 
bonne et sous prétexte de protéger les deux filles d'Aimeri, Ermen- 
garde et Ermessinde, s'empara de la vicomte, qu'il ne rendit à 
Ermengarde que vers 1143 5 . Durant l'occupation du comte de Tou- 
louse, qui se maintint neuf ans à la tête de la vicomte, les parti- 
sans d'Ermengarde luttèrent contre ceux d'Alphonse-Jourdain. 
L'auteur de Se fer Hakkabala, qui fixe la durée de ce conflit à dix 
ans, déclare que la ville fut tellement troublée que les Juifs qui s'y 
trouvaient auparavant 2,000 se dispersèrent en Anjou, Poitou et 
France. Des impôts très lourds furent mis sur la communauté 
[probablement par Alphonse-Jourdain], mais le nassi Todros et sa 
famille les garantirent. Parmi les Juifs qui quittèrent Narbonne 
entre 1134 et 1143, se trouvaient plusieurs rabbins célèbres 6 . 

Femme d'esprit distingué, comme le prouve le chaleureux 

1. Catel, Mémoires de l'histoire de Languedoc, p. 583 ; Hist. de Lang., t. III, 
p. 434; Saige, Juifs du Languedoc, p. 12; Saige a compris à tort que c'était Mathilde, 
elle-même, qui avait apporté à son nouveau mari le cens des Juifs narbonnais. 

2. Ce sont les termes dont se sert l'auteur de l'une des meilleures histoires géné- 
rales des Juifs (Graetz, Histoire des Juifs, tome IV, traduit de l'allemand par Moïse 
Bloch, Paris, 1893, iu-8°, p. 121). 

3. Ermengarde se démit de la vicomte en faveur du comte Pierre de Lara, son neveu, 
à la lin de 1192 (Hist. de Lang., t. VI, p. 139, et VII, p. 171), mais elle ne mourut 
qu'après le 1 er mai 1196 (Miret y Sans, El testamento de la vizcondesa Ermengarda 
de Narbona, dans Boletin de la Real Academia de buenas letras de Barcelona, 
année 1901, pp. 41-46). 

4. Hist. de Lang., t. III, p. 690. 

5. Ibid., p. 692. 

6. Neubauer, Documents sur Narbonne, dans R. É. J., t. X, pp. 104-105. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 81 

accueil qu'elle fit aux troubadours', la vicomtesse Ermengarde 
manifesta beaucoup de bienveillance vis-à-vis de ses sujets bébreux. 
C'est ainsi qu'un acte de 1*244 mentionne l'autorisation qu'elle 
accorda à un ancêtre d'Abraham, fils de David de Montpellier, de 
dresser des tables, d'édifier des boutiques, enfin, d'ouvrir une 
porte sur le patu qui se trouvait à côté de l'ouvmir ou boutique 
dudil Abraham, sur la place de la Cité 2 . La boutique d'Abraham 
n'était pas très éloignée du palais vicomlal, qui s'élevait également 
sur la place de la Cité. Les vicomtes ne répugnaient donc pas au 
voisinage immédiat des Juifs. 

VI. — La concession accordée par la vicomtesse Ermengarde à 
l'un des membres de sa juiverie fut confirmée par le vicomte 
Aimeri IV (1194-1239). Ce vicomte, dont les sympathies allaient 
plutôt aux hérétiques albigeois et au comte de Toulouse qu'aux 
croisés septentrionaux et à leurs chefs Simon et Amauri de Mont- 
fort, fut le grand émancipateur de ses Juifs. Il prit en leur faveur 
nombre de mesures protectrices, dont la plus remarquable fut, sans 
contredit, celle qui fit l'objet de la charte du 8 mars 1217, charte 
au double sens, diplomatique et juridique, de ce mot. A cette date, 
le quartier de la Cité occupé par la juiverie vicomtale se compo- 
sait de manses, c'est-à-dire de maisonnettes avec leurs enclos, et 
d'autres habitations, dont l'ensemble était désigné communément 
sous l'appellation de Judaicas en latin (sous-ent. habitat iones), et 
probablement de Las Jouzaigas en provençal. Ces différents 
immeubles « judaïques » étaient constitués par des terrains 
incultes ou de rapport (hereme vel condirecte), des patus, des 
ouvroirs ou boutiques, des édifices appartenant à la communauté, 
tels que les écoles ou synagogues. Le quartier juif, à l'exception de 
l'Ecole ou Synagogue-Vieille, qui s'élevait hors des limites de la 
juiverie vicomtale, formait déjà un vaste quadrilatère, limité, à 
l'ouest, par la porte Aiguière et la croix de l'hôpital des Pauvres, à 
l'est, par la Poterne et le mur de Saint-Cosme 3 . 

1. Fréquentèrent sa cour les poètes Bernard de Ventadorn, Giraut de Bornelh, Peire 
Rogier, Peire d'Alvergne, Pons d'Ortafa (?), Saill de Scola, et la poétesse Azalais de 
Porcairagues f J. Anglade, Les troubadours à Narbonne, dans Mélanges Chabaneau, 
Hornanische Forschungen. t. XXIII, Erlangen, 1907, in-8°, p. 739). 

2. Pièces justificatives, n° VI. Cf. Saige, op. cit., p. 75; Inventaire des archives 
communales de Narbonne, série A A, p. 98, l re col. 

3. On aura une idée de la situation et de l'étendue de la juiverie vicomtale en se 
représentant la partie actuelle de la Cité encadrée par les rues Viollet-le-Duc, Auber, 
Ancienne-Porte-des-Catalans, par le cours de la République et la place de l'Hôtel-de- 
Ville. L'église Saint-Cosme était située hors les murs. 

T. LV11I, n° 115. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le 8 mars 1217, par l'entremise, et sur la démarche de dix de 
leurs prud'hommes, Vidal et Astruc, fils de Bondavin, Abraham 
Secal, Vivas de Fargues, Matatias de Momet, Baron, fils d'Abomar, 
Astruc, fils de Vidal, Astruc de Nafagim, Crescas de Naregina et 
Maymou, les Juifs vicomtaux obtinrent d'Aimeri IV et de sa femme, 
Marguerite de Montmorency, la concession perpétuelle des im- 
meubles dits « judaïques ». L'acte vicomtal ne constituait pas une 
innovation complète. Sur certains points, le vicomte se bornait à 
confirmer un état de choses déjà ancien. Il permettait, semble-t-il, 
à ses Juifs de continuera occuper les immeubles judaïques, 
moyennant l'observance des « usages » et des « services » qu'ils 
avaient accoutumé de lui fournir, à lui et à ses prédécesseurs 1 . 

Là où Aimeri IV créait à ses Juifs une situation nouvelle, c'était 
quand il leur imposait le paiement, à titre d'usage, d'un cens de 
dix sous narbonnais, payable chaque année à la Noël. Que signi- 
fiait au juste cet «abonnement?» Cette obligation de payer à 
l'avenir une redevance annuelle et déterminée une fois pour 
toutes correspondait sans aucun doute à une amélioration très 
sensible de la condition des Juifs vicomtaux. La fixation de cette 
redevance impliquait, en effet, des garanties sérieuses pour l'ave- 
nir. Le vicomte s'engageait, — et il engageait du même coup la 
parole de ses successeurs, — à s'interdire vis-à-vis de ses Juifs 
tout usage nouveau, tout foriscap, toute exaction. Il promettait, 
de plus, de leur assurer la jouissance tranquille et paisible des 
habitations judaïques, jouissance que ses prédécesseurs leur 
avaient accordée de fait, sinon de droit. Il devait, en outre, les 
couvrir de sa protection et sauvegarder de son autorité supérieure 
leurs personnes et leurs biens. 

L'abonnement comportait, en outre des concessions négatives, 
des avantages positifs. Aimeri IV accordait à ses Juifs les plus im- 
portants des droits civils: droits de vendre, de donner, d'engager, 
de louer, d'échanger les différents immeubles qu'ils occupaient, 
bref, d'en disposer à leur gré, soit entre eux, soit en faveur 
d'autres personnes, à l'exception, toutefois, de clercs, communautés 
religieuses, souverains, et sous la réserve du droit direct que le 
vicomte retenait sur l'ensemble des possessions judaïques. 

Toutes ces concessions n'étaient pas absolument désintéressées, 
puisque le vicomte les subordonnait au paiement immédiat de la 



1. Le texte porte : « . . .successorlbus nostris facere consuevistis. . . », mais le 
temps ue ce dernier verbe indique visiblement qu'il faut corriger successorlbus en 
predecessoribus. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 83 

somme de 100 sous melgoriens, versés à titre « d'acapte », c'est-à- 
dire à titre d'entrée en possession. Cependant, celte somme était 
très modique, si Ton songe qu'à la même époque, en août 12l(>, 
l'archevêque de Narbonne baillait à cens une seule boutique, située 
sur le Pont-Vieux, moyennant le paiement de 1,500 sous melgo- 
riens, à titre d'acapte, et la redevance annuelle de 6 deniers, à 
titre de cens 1 . 

En somme, à la faveur de la charte de 1217, les Juifs vicomtaux 
entraient dans la classe des tenanciers censitaires, et il est facile 
de discerner par l'examen des droits qu'ils venaient d'acquérir les 
servitudes auxquelles ils étaient assujettis dans le passé. A l'excep- 
tion du «Roi Juif», grand propriétaire alleutier, dont l'acte de 
1217 réserve expressément les droits héréditaires, les Juifs vicom- 
taux devaient vivre dans un quasi-servage. Ils étaient certaine- 
ment astreints à des redevances et à des services indéterminés, 
c'est-à-dire exigibles à toute réquisition du vicomte, ce qui ne les 
empêchait pas de payer également des redevances fixes 2 . Il est, 
enfin, probable qu'avant 1217, les Juifs ne jouissaient pas du droit 
de disposer librement de leurs biens. Bref, leur condition devait 
être à peu près semblable à celle de la classe rurale constituée par 
les hommes de ?nansade 3 . 

Véritable charte d'affranchissement collectif, l'acte du 8 mars 
1217 4 fut, sans doute, inspiré par les mêmes considérations 
auxquelles obéissaient les grands barons fondateurs de villes 

1. Bibliothèque communale de Narbonne, Inventaire manuscrit des archives de 
l'archevêché de Narbonne, t. I, f° 271 v°. 

2. L'obligation de payer un cens, c'est-à-dire une redevance fixe et annuelle, étant 
généralement considérée comme le prix de rachat de redevances et de services indéter- 
minés, on pourrait être tenté de conclure du fait que les Juifs vicomtaux payaient déjà 
un cens à l'époque d'Aimeri I er , qu'ils avaient été affranchis du servage ou d'une condi- 
tion approchante antérieurement au gouvernement de ce vicomte. Mais nous ferons 
observer que, dans le Narbonnais, le cens frappait aussi bien les censitaires que les 
tenanciers non-libres. 

3. Voy. ce que nous disons des hommes de mansade dans notre étude sur Amauri H, 
vicomte de Narbonne [12607-1328), deuxième partie, chap. iv, § n (En cours de 
publication dans le Bulletin delà commission archéologique de Narbonne, t. X). 

4. Cet acte a été publié par Saige, Juifs du Languedoc, pp. 155-157. On en trouve 
une analyse très sommaire aux Archives de l'Hérault, B9, f° 31. Il a été utilisé par 
Célestin Port, Essai sur le commerce maritime de Narbonne, Paris, 1854, in-8°, 
pp. 170-171. Cf. Saige, op. cit., p. 45; Ulysse Robert, Catalogue d'actes relatifs 
aux Juifs pendant le moyen âge, dans B. É. J., t. III, pp. 212-213, n° 12. U. Hubert 
n'a pas pris garde qu'à Narbonne, le commencement de l'année coïncidait, non pas 
avec la fête de Pâques, comme à la chancellerie royale, mais avec la fête de Noël : c'est 
donc à tort qu'il a converti la date de 1217, donnée dans la présente charte, en l'année 
1218. Saige avait commis la même erreur au cours de sa rédaction (p. 45), mais il 
s'était corrigé dans ses pièces justificatives (pp. 155-156, note). 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

neuves, quand ils promulguaient leurs chartes de peuplement. Il 
faut ajouter, cependant, qu'il ne s'agissait pas pour Aimeri IV de 
peupler un lieu désert, mais de faire revivre cette ancienne pros- 
périté dont avait joui la juiverie vicomtale jusqu'à la mort 
d'Aimeri II. 

Non content de garantir à ses Juifs la possession héréditaire d'im- 
meubles qu'ils occupaient déjà, le vicomte Aimeri IV leur concéda 
des terrains nouveaux. Ces concessions s'effectuèrent naturelle- 
ment selon les clauses énoncées dans la charte de 1217. C'est ainsi 
que dix ans après, en 1227, Aimeri IV céda à Isaac ben Lévi un 
patu, qui confrontait, à l'ouest, la maison du Juif B. Astorgua, et, 
à l'est, Idicortada de Vidal, également Juif, lui accordant le droit 
d'y bâtir, de le vendre, de l'échanger, en un mot d'en disposer de 
toute façon, conformément aux prescriptions de la charte de 1217, 
à la seule condition de fournir au vicomte et à ses successeurs, 
chaque année, à la Saint-Michel, une coupe de blé 1 . Cette conces- 
sion n'est pas autre chose qu'un contrat de location perpétuelle à 
charge d'une redevance en nature proportionnelle à la récolte. Sur 
ce dernier point, la forme du contrat individuel consenti en faveur 
du Juif Isaac ben Lévi diffère de celle du bail à cens collectif inséré 
dans la charte de 1217. 

Tandis que sous le gouvernement paternel d'Aimeri IV, les Juifs 
vicomtaux voyaient leur existence se dérouler uniforme et heu- 
reuse, un événement malencontreux vint troubler un instant leur 
tranquillité. Cet événement, le meurtre d'un enfant chrétien par 
un Juif, faillit provoquer le pillage de la juiverie vicomtale et le 
massacre de quelques malheureux Juifs. Dans la bonne ville de 
Narbonne, il n'était probablement pas un seul chrétien qui n'eût 
entendu raconter pendant les longues veillées d'hiver, sous le 
vaste manteau de la cheminée familiale, quelque récit effroyable 
de crucifixion d'enfant chrétien par les Juifs. Que les communautés 
juives immolaient un enfant chrétien à certaines époques déter- 
minées, et cela pour accomplir une cérémonie de leur culte, était 
une croyance tellement enracinée dans les esprits au moyen âge, 
que tout meurtre d'enfant chrétien par un Juif, ou seulement tout 
meurtre d'enfant chrétien perpétré dans une ville où se trouvait 
une juiverie, était interprété comme l'accomplissement d'un rite 
judaïque. Dans ces conditions, il n'est pas difficile de se repré- 
senter en quelles scènes violentes et sauvages devaient dégénérer 

1. liist. de Lang., éd. Du Mège, t. VII, Preuves des additions et notes, pp. 126- 
127. Cf. C. Port, op. cit., pp. 171-172, et Saige, Juifs du Languedoc, p. 15. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 85 

les passions exaspérées des foules, quand se répandait tout à coup 
la nouvelle d'un meurtre de ce genre. 

En l'année 1^23(>, ce fait divers sensationnel, l'assassinat d'un 
enfant chrétien par un Juif, se produisit à Narbonne. Les chefs de 
L'administration municipale, les consuls Bérenger de Lastours, 
R. de Porta-Rey, Jean de Malvés, R. Frouchoux, firent convoquer, 
au son des trompettes, dans l'église Saint-Etienne, le parlement 
ou assemblée générale des habitants, les braves consuls ne se dou- 
tant pas que c'était là le meilleur moyen d'amener des troubles. 
Ils se dirigèrent ensuite, — et c'est par là qu'ils auraient dû com- 
mencer, — vers le palais vicomtal, pour dénoncer l'attentat au 
vicomte Aimeri IV. 

Ces détails très brefs nous sont fournis par les registres consu- 
laires. L'acte dans lequel ils sont consignés est légèrement posté- 
rieur à l'événement, puisqu'il est daté du 5 avril 1253. D'ailleurs, il 
ne mentionne le meurtre d'un enfant chrétien par un Juif qu'acces- 
soirement, comme exemple d'événement ayant provoqué la convo- 
cation de l'assemblée générale des habitants. Le sec procès-verbal 
des consuls reste muet sur la manifestation populaire qui se pro- 
duisit à la nouvelle de ce meurtre r . 

En rapprochant de la courte déposition du consul Bérenger de 
Lastours, le récit circonstancié que nous donne de ce môme évé- 
nement une relation rabbinique, les faits s'éclairent d'une lumière 

1. L'acte du 5 avril 1253 n'est autre chose qu'une enquête ouverte par les consuls 
pour déterminer dans quelles circonstances extraordinaires et par qui des assemblées 
générales avaient été convoquées. Quelques témoins citent, entre autres cas, le meurtre 
d'un enfant chrétien par un Juif. L'acte de 1253 a été publié par Mouynès [Inventaire 
des archives communales de Narbonne, Annexes de la se'rie AA), et analysé par 
le môme (Inventaire de la se'rie AA, p. 105). Voici, au sujet du meurtre, le texte des 
deux dépositions les plus caractéristiques : « G. de Podio Nauterio, testis interrogatus, 
iii\it vidisse el audisse multociens preconizari parlamentum cum tubis, de mandato 
consulum. scilicet in quodam consulatu pro facto cujusdam Judci, qui intcrfecenit 
qne&dam puerum christianum, una vice. Set qui erant consules tune, non recordà- 
tur. . . Interrogatus de tempore interfectionis dicti Judei, dixit quod sunt circa XV anni 
elapsi... » (Annexes de la série AA, p. 68). — « Berengarius de Turribus, testis 
interrogatus, dixit quod, alia vice, quum ipse testis er'at consul, cum R. de Porta- 
Regia et Johanne de Mal vis et R. Fructuosii, tune quidam Judeus interfecit quendani 
puerum christianum, et ratione illius interfectionis, consules fecerunt se cum tubis 
congregari apud Sanctum Stephanum, et postca venerunt ostendere illud maleficium 
domino Aimerico. . . Requisitus de tempore... interfectionis dicti Judei, de XVI annis 
usque ad XVII. » (Annexes de la série AA, p. 69, 2 e col.). 

Le témoignage de Bérenger de Lastours, étant donnée sa qualité d'ancien consul et 
le rôle qu'il joua dans l'affaire concurremment avec ses autres collègues, nous parait 
plus conforme que celui de G. de Pechnautier à la réalité des faits. Nous verrons, 
notamment, que cette affaire se produisit bien dix-sept années avant 1253, soit en 
1236. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

imprévue et l'enchaînement en apparaît plus logique. Le 21 adar 
de l'année 4996 (1236), une rixe se produisit entre un Juif et un 
'pêcheur chrétien ; celui-ci reçut un coup d'une telle violence, 
qu'il nécessita l'intervention d'un médecin. Malgré les soins de 
ce dernier, le pêcheur, dont la relation nous a conservé le nom, 
succomba à sa blessure. La nouvelle de cet événement s'étant vite 
propagée, la foule s'ameuta, prête aux pires excès. L'idée qu'un 
pareil meurtre appelait de justes représailles s'imposa à tous les 
esprits. La foule envahit la juiverie vicomtale. La maison de Meïr 
ben Isaac, l'auteur du présent récit, dut subir la première l'assaut; 
elle fut pillée de fond en comble, et la bibliothèque de R. Meïr 
tomba entre les mains des saccageurs. La foule, de plus en plus 
surexcitée, allait mettre à sac tout le quartier juif, quand le vicomte 
Aimeri IV, que Meïr ben Isaac qualifie de gouverneur de Narbonne, 
apparut à la tête des autorités municipales. La foule fut dispersée, 
l'ordre rétabli, et même le butin saisi par les agresseurs fut res- 
titué aux propriétaires. Meïr ben Isaac rentra en possession de sa 
bibliothèque, et il s'empressa de consigner l'événement, le Poarim 
de Narbonne, dans un de ses registres '. 

On voit que le témoignage de l'ancien consul Bérenger de Las- 
tours et celui de R. Meïr ben Isaac concordent sur un point, l'in- 
tervention du vicomte et des consuls. Mais ils diffèrent, ou plutôt 
ils paraissent différer, relativement à l'âge de la victime. Bérenger 
deLastours et les autres témoins chrétiens déclarent que la vic- 
time était un enfant. Le témoin juif, R. Meïr ben Isaac, se contente 
de dire que c'était un pêcheur. Il n'est pas difficile de concilier ces 
deux catégories de témoignages, en apparence contradictoires: la 
victime devait être un apprenti pêcheur, ou, si l'on veut, un petit 
mousse. R. Meïr ben Isaac n'a pas daigné nous renseigner sur le 
jeune âge de la victime. Ce détail avait pourtant son importance. 

Il ne ressort pas nettement des documents que nous venons 
d'examiner que la mort du jeune pêcheur ait été envisagée comme 
un cas de meurtre rituel, et, cependant, si l'on songe à l'exaspé- 
ration des agresseurs de la juiverie, à la violence des passions 
populaires déchaînées, n'est-il pas naturel de supposer que cette 
interprétation se soit présentée tout naturellement à la plupart des 
esprits? 

1. Ce fut pour commémorer la journée du 21 adar 4996, où la juiverie vicomtale 
aurait été certainement saccagée et où peut-être beaucoup de sang juif aurait coulé 
sans l'intervention opportune du vicomte et des consuls, que les Juifs narbonnais ins- 
tituèrent la fête du pourlm de Narbonne (David Kaufman, Le Pourim de Narbonne, 
dans R. É. J., t. XXXII, pp. 129-130). 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 87 

D'ailleurs, ce qui tendrait à nous confirmer dans cette explica- 
tion, cVsl qu'il semble que, dans la suite, le meurtre du jeune 
pêcheur chrétien par un Juif ait été vraiment considéré comme 
une cérémonie rituelle. Lorsqu'une dizaine d'années plus tard, se 
produisit L'affaire de Valréas, une relation du meurtre rituel 
imputé aux Juifs de cette localité fut envoyée à Guillaume de 
Broue, archevêque de Narbonne. Gomment expliquer que ce der- 
nier ail été mis au courant de cette affaire? Il est vraisemblable que 
les juges charges d'instruire cette cause voulurent recourir aux 
lumières de l'archevêque d'une ville où, peu de temps auparavant, 
s'était passé un événement presque identique, et qu'à cette inten- 
tion, ils lui firent tenir la copie des résultats de leur enquête 1 . 

Quoi qu'il en soit, les témoignages chrétiens et la relation rabbi- 
nique mettent bien en lumière le rôle que joua le vicomte dans 
l'affaire de Narbonne. Aimeri IV intervint en protecteur des Juifs, 
de leurs personnes et de leurs biens. Les documents ne déclarent 
pas d'une façon très expresse si le Juif meurtrier était un Juif 
vicomtal et si la juiverie qui faillit être mise à sac était la juiverie 
du vicomte ou celle de l'archevêque, mais il n'y a aucun doute à 

1. Sur l'affaire de Valréas, voy. A. Molinier, Enquête sur le meurtre imputé aux 
Juifs de Valréas (1247), dans Cabinet historique, t. XXIX, année 1883, pp. 121-133. 
Molinier a publié le texte de l'enquête relative à cette affaire d'après Bibl. nat., Baluze, 
vol. 87, pp. 421429. Baluze avait trouvé l'original de cette enquête aux archives de 
l'arclievèclié de Narbonne. Molinier se trompe (p. 127, note 3) quand il fait dire à 
Du Mège (pie, à Tépoque où ce dernier donnait son édition de YHistoire de Langue- 
doc, l'original existait encore aux archives municipales de Narbonne. Du Mège {Addi- 
tions à l'histoire de Languedoc, de dom Devic et dom Vaissete, t. Vil, p. 16) parle 
des « archives religieuses » et non des archives municipales. L'acte en question était, 
en effet, conservé aux archives archiépiscopales, sous la rubrique et la cote : « Actes 
ilf plusieurs et diverses causes, n° 124. » Cet acte a été soustrait desdites archives par 
Baluze lui-même. Il en existe une analyse assez détaillée dans l'Inventaire manuscrit 
des archives de l'archevêché, conservé aujourd'hui à la Bibliothèque de la ville de 

Narb- e t I. f 556 r° et v°). Enfin, le P. Laporto, qui transcrivit plusieurs actes de 

l'archevêché de Narbonne, nous a transmis une copie de l'enquête de Valréas (Bibl. 
mini, de Toulouse, ms. 626, f os 504-o09). Voici, résumée eu quelques mots, l'affaire de 
meurtre rituel imputé aux Juifs de Valréas. L'an 1247, le mardi avant le Vendredi- 
Saint, une petite fille disparut de la maison paternelle. Le crieur public fit connaître 
l'événement à la population. Les parents soupçonnant les Juifs de l'endroit, portèrent 
plainte. La justice était sur le point d'ouvrir une enquête dans la juiverie elle-même, 
quand elle apprit que le cadavre de la fillette avait été découvert dans un fossé des 
remparts. Tout le monde fut persuadé que la fillette avait été assassinée par les Juifs. 
Les juges procédèrent alors à l'enquête. Les principaux Juifs de Valréas avouèrent, 
paraît-il. qu'ils avaient enlevé la fillette de la maison de ses parents, pour la crucifier, 
le jour du Vendredi-Saint, en haine du Christ, et que se voyant sur le point d'être 
découverts, ils avaient tué la fillette et jeté son cadavre, du haut des remparts, dans le 
fossé qui les entourait. Auguste Molinier a montré toute l'invraisemblance de ce récit 
mélodramatique. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

avoir là-dessus : quand les documents mentionnent la juiverie de 
Narbonne, c'est de la grande juiverie ou juiverie vicomtale qu'ils 
veulent parler. D'ailleurs, si c'était la juiverie de l'archevêque que 
la foule eût envahi, l'autorité archiépiscopale serait intervenue à 
côté des consuls et du vicomte. 

VII. — Le fils aîné d'Aimeri IV, le vicomte Amauri I er , observa à 
l'endroit de ses Juifs la politique traditionnelle de ses prédéces- 
seurs. Sous son gouvernement, les Juifs purent continuer à 
acquérir des alleux dans tout le territoire soumis à sa juridiction. 
Par contre, si des ecclésiastiques essayaient d'en faire autant, le 
vicomte plaçait sous séquestre les immeubles qu'ils venaient 
d'acquérir et ne les leur restituait que moyennant le paiement 
d'une forte indemnité. Le 4 décembre 1251, l'archevêque se plai- 
gnit au vicomte de cette inégalité de traitement, qu'il dénonçait 
comme une infraction flagrante aux usages et coutumes du pays 
narbonnais. 

De prime abord, nous n'apercevons pas très bien à quel mobile 
obéissait le vicomte quand il interdisait aux clercs l'acquisition 
de terres allodiales dans l'étendue de sa juridiction. Mais à la 
réflexion, le mot alleu peut désigner ici autre chose qu'un immeu- 
ble possédé en toute propriété. M. Chénon a fait justement remar- 
quer que, dans la suile des siècles, ce terme a changé maintes fois 
de sens et désigné des choses bien différentes *. A notre tour, nous 
avons constaté que, dans quelques actes narbonnais, notamment 
dans un acte du 10 avril 1006 2 , le mot d'alleu était entendu comme 
synonyme de bénéfice. Il est donc très probable que, dans l'acte du 
4 décembre 1251, il s'agit de tenures censitaires, astreintes à des 
droits de mutation. Le vicomte ne pouvait tolérer que des parcelles 
de son territoire fussent aliénées en faveur de tenanciers mainmor- 
tables, lesquels vendaient rarement et ne mouraient jamais. Et 
dans ce cas, les clauses restrictives du bail à cens, portant inter- 
diction au censitaire de disposer de sa tenure en faveur de che- 
valiers, de clercs ou de communautés, donnaient au seigneur 
direct le droit d'entraver pareilles cessions, ou de ne les autoriser 
que moyennant le paiement d'un droit d'amortissement, c'est-à- 
dire d'une somme destinée à l'indemniser de la perte définitive de 
ses droits de mutation. 

Cependant, même s'il s'agissait en l'espèce de biens allodiaux, le 

1. Emile Chénon, Étude sur l'histoire des alleux en France, Paris, 1888, in-8°, 
Introduction, p. ix. 

2. Hist. de Lang., t. V, Preuves, ce. 352-353. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NàRBONNE 89 

passage do ces alleui entre dos mains ecclésiastiques n'en consti- 
tuait pas moins pour le vicomte un « abrègement », puisqu'on 
devenant propriété ecclésiastique, les alleux aliénés cessaient du 
même coup de relever de la juridiction viromtale, pour relever 
désormais dos tribunaux d'Eglise. Or, si Ton réfléchit que la justice 
seigneuriale était éminemment fiscale. Ton comprendra le grand 
intérêt qu'attachait le vicomte à la conservation d'une aussi abon- 
dante source de revenus. Voilà quelles furent les raisons qui ins- 
pireront au vicomte Arnaud I er , relativement à L'aliénation de 
parcelles «le son domaine, sa double attitude, en apparence con- 
tradictoire, d'une part, favorable au développement de la propriété 
foncière juive, d'autre part, hostile au développement du temporel 
ecclésiastique. 

La preuve la plus manifeste de la bienveillance que le vicomte 
Ainauri I er ne cessa de témoigner à l'égard de ses Juifs nous est 
fournie par un acte du 11 octobre 1267. Une contestation s'était 
élevée, à propos d'un inanse, entre le vicomte et deux de ses Juifs, 
Vidal, fils de David, et Vidal de Florensac. Loyalement, Amauri I er 
consentit à soumettre le litige à l'examen de trois arbitres, dont 
deux chrétiens et un Juif. Vidal de Florensac prétendait avoir 
acquis un droit de gage sur le manse contesté, et, à l'appui de sa 
réclamation, il produisait une liasse d'actes hébraïques. Quant à 
Vidal, fils do David de Narbonne, il revendiquait sur ledit manse 
un droit de propriété. 

Le manse en litige était situé dans la Cité, paroisse de N.-D. de 
la Major, près du four dit de Saint-Just. Ce manse se composait 
d'une maison d'habitation et, vraisemblablement, d'un petit enclos. 
Il confrontait, sur deux de ses faces, la maison de feu Raimond 
Frescha et celle du Juif, feu Bonet Delsol, et, sur ses deux autres 
faces, les voios publiques. Ce manse avait appartenu, d'abord, à 
feu Bondavid, Juif de Narbonne, qui l'avait engagé à Vidal de 
Florensac. 

Nous ferons préalablement remarquer que Vidal, fils de David, 
alias Bon lavin, avait mauvaise grâce à revendiquer sur ledit 
manse un droit de propriété : il n'en possédait que le domaine 
utile, puisque le domaine direct en appartenait certainement au 
vicomte. Quant au droit, en quelque sorte hypothécaire, que Vidal 
de Florensac prétendait avoir acquis sur le manse, c'était, en 
vérité, un droit incontestable. Il se peut que la cause initiale du 
litige qui s'éleva entre Amauri I er et les deux Juifs fut la résolution 
prise par le vicomte de racheter le domaine utile de ce manse et de 
consolider ainsi les deux domaines. Mais quand le vicomte voulut 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mettre son projet à exécution, il se trouva en présence de deux 
occupants: à qui devait-il s'adresser, au tenancier ou à l'enga- 
giste? Cette alternative dut le mettre dans un singulier embarras. 
Toujours est-il que les intéressés ne purent réussir à tomber 
d'accord. 

Les parties ayant décidé de recourir à l'arbitrage, nommèrent 
leurs procureurs. Vidal de Florensac donna procuration à son fils 
Moïse, le 22 août 1267, Vidal, fils de David, à son oncle Samuel, 
gendre de Bonfil de Beaucaire, le 8 septembre suivant. Le vicomte 
nomma également ses procureurs, mais le document ne nous a pas 
conservé leurs noms. Alors, les mandataires des parties se réuni- 
rent pour procéder au choix de trois arbitres avisés et discrets : 
furent choisis Raimond de Quarante, chevalier, Pierre-Arnaud de 
Fraïssé, clerc d'Amauri, et Grescas de Béziers, Juif de Narbonne. 
Les parties promirent, avant toutes choses, de se soumettre à la 
sentence des trois arbitres, sous peine de 25 livres tournois, et de 
ne pas recourir à une autre juridiction que l'arbitrage avant la fête 
de la Toussaint. Elles renoncèrent, en outre, sous l'hypothèque de 
leurs biens, à l'arbitrage du prud'homme et à la loi qui porte inter- 
diction aux Juifs de se soumettre à l'arbitrage d'un chrétien Pour 
l'interprétation des actes hébraïques produits par Vidal de Floren- 
sac, les arbitres firent appel à l'examen de trois experts en écriture 
hébraïque, naturellement Juifs tous les trois, Jucef Cohen, Vidal 
de Béziers et David de Perpignan, qui firent connaître, sous ser- 
ment, les résultats de leur expertise. 

Après avoir longuement délibéré, les arbitres rendirent leur sen- 
tence. Ils reconnaissaient, en somme, les droits respectifs des par- 
ties, le droit direct du vicomte, le droit utile de Vidal, fils de David 
de Narbonne, et le droit hypothécaire de Vidal de Florensac. Le 
vicomte voulant ressaisir le domaine utile du manse contesté, il 
était juste qu'il en désintéressât le tenancier. Mais à qui devait-il 
verser l'indemnité, au tenancier de fait, c'est-à-dire au créancier 
engagiste, ou au tenancier de droit, le tenancier débiteur? Les arbi- 
tres ne se posèrent pas cette question : ils avaient à régler un dif- 
férend entre deux parties, le vicomte, d'une part, les deux Juifs, de 
l'autre ; ils n'avaient pas à se préoccuper des droits réciproques de 
ces deux derniers. Ils se contentèrent donc de décider que l'indem- 
nité serait versée, à la fois, à Vidal de Florensac et à Vidal, fils de 
David. Cette allocation, fixée à 3,500 sous tournois, devait être 
payée en deux annuités, la moitié à la Saint-Just de l'année 1268, 
l'autre moitié à la Saint-Just de l'année 1269. En garantie de ce 
paiement, le vicomte dut s'adjoindre de bons répondants, réputés 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 91 

capables, au su des arbitres, de faire honneur à leurs signatures. 

Le manse en litige devenant propriété domaniale d'Amauri I", 
les arbitres enjoignirent aux deux Juifs de remettre au vicomte 
34 actes hébraïques dressés par M e Salomon. Ces actes devaient 
être détruits : il ne fallait pas qu'on pût s'en servir dans la suite 
contre le vicomte, pour revendiquer quelque droit sur le manse qui 
venait de lui être définitivement adjugé. En garantie de leur sou- 
mission à la sentence, les procureurs des deux Juifs obligèrent 
leurs biens au vicomte et à ses procureurs. Ils renoncèrent aussi, 
en faveur du vicomte, à tout droit de propriété ou de gage, et 
engagèrent tous les biens de leurs commettants. Enfin, les pro- 
cureurs de l'une et l'autre partie prirent l'engagement, sous 
l'hypothèque de leurs biens, de faire ratifier la sentence par leurs 
procurants. 

Parmi les témoins qui assistèrent aux déclarations des procu- 
reurs juifs, se trouvaient deux de leurs coreligionnaires, David, 
écrivain public, Juif de Narbonne et Isaac de Donnet, Juif de Mont- 
pellier '. 

VIII. — L'héritier d'Amauri I er , le vicomte Aimeri V (1270-1298), 
resta lui aussi fidèle à la politique judéophile de ses prédécesseurs. 
En 1279, il accorda des lettres de sauvegarde à ses Juifs, les 
mettant ainsi momentanément à l'abri de toute poursuite. Ces 
lettres portaient mention des droits de taille ou de quête que ce 
vicomte exigeait de ses Juifs, et qui s'élevaient tantôt à cinq livres, 
tantôt à sept livres par tête. De plus, en cinq cas déterminés, ces 
redevances étaient doublées 2 . 

IX. — Le vicomte Amauri II (1298-1328) dut rester, lui aussi, à 
regard de ses Juifs, le zélé continuateur de la politique de sa famille. 
En tout cas, à la veille de la grande expulsion royale de 1306, 
la juiverie des vicomtes se trouvait dans un très grand état de 
prospérité: le nombre et l'importance des immeubles qui furent 
confisqués sur les Juifs vicomtaux en témoignent suffisamment. 
Nous allons rechercher quelle était la physionomie générale delà 
communauté juive des vicomtes au xm e siècle et au commencement 
du xiv e . 



1. Les actes de procurations du 22 août et du 8 septembre 1267, l'acte de sentence 
arbitrale du 11 octobre de la même année ont été publiés par Saige, Juifs du Lan- 
guedoc, Pièces justificatives, pp. 192-200. Cf. Ibid., pp. 55-57, et U. Robert, R. É. J., 
t. III, p. 215, no 38. 

2. Arcli. de l'Hérault, B9, f° 36 : analyse très sommaire. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

X. — Un premier problème se pose relativement à quelques 
appellations de la juiverie vicomtale. Il est question dans les acles 
de vente de 1307 et 1308 \ de maisons situées « in Judaicis Majori- 
bus ». Il suffit de se reporter à la charte émancipatrice du 7 mars 
1217 2 , pour se convaincre qu'il faut sous-entendre ici « habitationi- 
bus ». Il ne faut donc pas traduire, comme on Ta fait habituelle- 
ment 3 , par « Grandes Juiveries », ni par « Juiveries mages », comme 
nous l'avons fait nous-même 4 . Il n'y avait qu'une seule juiverie 
vicomtale, la grande juiverie, par opposition à la juiverie archi- 
épiscopale, la petite juiverie, qui était d'une importance singuliè- 
rement moindre. 

En langue vulgaire, les habitations judaïques de la juiverie vicom- 
tale devaient être connues sous le nom de « Jouzaigas majours ». 
La forme Jusaigas se trouve, d'ailleurs, dans les actes, notamment 
dans un document provençal de décembre 1278 s . On rencontre la 
forme Jos aigas, en deux mots, dans un acte du 24 juillet 1355 ou 
1356 6 , et la forme Dejos aggas dans un acte du 20 août 1363 7 . 
Dans ces deux derniers documents, les scribes ont compris « sous- 
eaux ». La dénomination de Jos aigas se trouve appliquée à un 
lieu dit 8 , celle de Dejos aggas, a une rue 9 . Il est peu probable, 
toutefois, qu'il ait existé à Narbonne, comme le déclare Du Mège, 
une voie appelée « la rue du Roi juif 10 ». Où se trouvait le lieu dit 
Jos Aigas 1 ? Près du Poids de la farine. Or, dans un plan de 1720 n , 
le nom de Poids de la farine désigne l'île comprise actuellement 
entre les rues Corneille, Boileau, Louis-Blanc et de TÀncien- 
Courrier. L'île située immédiatement à l'est de la précédente porte 
dans ce même plan le nom de « La Major » : c'est peut-être cette 
seconde île qui était appelée, en 1356, Jos aigas. 

Et maintenant si nous recherchons quelle était la rue Dejos 



1. Ces actes ont été publiés par Saige, Juifs du Languedoc, pp. 272-293, et par 
M. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. II, l re partie, Paris, 1899, in-8°, 
pièces justificatives, pp. 561-579. 

2. Saige, op. cit., p. 156 : « . . .omnes domos et mansos et habitationes, in quibus 
hahitatis vel de cetero habitabitis, quas vulgo Judaycas dicimus. . . » 

3. Ibid., notamment p. 44. 

4. Amauri H, vicomte de Narbonne, II e partie, chap. i cr , § IV. 

5. Invent, des arch. de la ville de Narb., Annexes de la série AA, p. 151. 

6. Arch. mun. de Narb., registre de papier non inventorié, f° 39. 

7. Annales du Midi, t. VIII, p. 196. 

8. « ...Qnoildam hospitium meum, situm in Civitate Narbone, loco vocalo juxta 
Jos aigas, prope Pondus farine Civitatis. . . » 

9. « ...Venerunt ad carrayriam vocatam Dejos aygas... » 

10. Mémoires publiés par la société des antiquaires de France, t. VIII, p. 341. 

11. Bibl. mun. de Narb., cartes et plans. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 93 

aygas, nous nous trouverons en l'ace de deux identifications 
possibles. L'acte du 20 août 1363 nous permet de suivre la marche 
du guet à travers les rues et places de la ville. Les sergents du 
guet passent par la place de la Caulerie, — par la partie septen- 
trionale de La place de l'Hôtel-de-Ville actuelle, — puis, parla rue 
de la Fusterie, — la rue actuelle de l'Ancien-Courrier, — et de là, 
s'engagent, en droite ligne [recta via), dans la rue Dejos Aygas, 
pour aboutir au portail de Saint- Cosme '. D'après M. A. Blanc, la 
rue Dejos aygas doit être identifiée avec la rue de la Comédie 
actuelle. 

La situation de cette dernière rue, qui s'étend non loin de la 
Robine et parallèlement à ce canal, rend compte de la confusion 
des scribes, qui, au lieu de comprendre « rue des judaïques », 
avaient compris « rue Sous-eaux ». Mais un des arguments que 
M. Blanc tire, en faveur de sa thèse, de l'expression recta via, se 
retourne à notre avis contre lui. Le groupe recta via ne signifie 
pas, comme le croit M. Blanc 2 , « à main droite », mais en droite 
ligne, tout droit. Le guet ne s'engage pas dans la rue qui s'ouvre à 
sa droite, mais dans celle qui se continue devant lui, par consé- 
quent dans le prolongement de la rue de la Fusterie :i . Or la rue 
Niquet, qui relie aujourd'bui la rue de l'Ancien-Courrier, à la rue 
de la Comédie, est presque perpendiculaire à la rue de l'Ancien- 
Courrier, anciennement rue de la Fusterie. 

Il est probable que cette dernière rue ne s'étendait, au xiv H siè- 
cle, que jusqu'au carrefour formé parles rues de l'Ancien-Courrier, 
de l'Arcade et Louis-Blanc. Dans ce cas, la rue Dejos aygas devrait 
être identifiée avec une partie de la rue de l'Ancien-Courrier et une 
partie de la rue de la Major 5 ; elle se serait étendue depuis le 

1. « ...Venerunt per plateam Caulayrie et per Fustayriam Civitatis Narbone, et 
deinde, recta via, venerunt ad carrayriam vocatam Dejos aygas usque ad portale 
Sancti-Cosnii. 

2. A. Blanc, Les transforma lions du latin « judaicus % dans Annales du Midi, 
t. VIII, p. 1%. 

3. Il est curieux de constater qu'à Perpignan, la rue de la Fusterie se trouvait, 
comme à Narbonne, en pleine juiverie. En effet, le carrer de la Fusteria nova ou de 
la Fusteria, aujourd'hui de la Fusterie, le carrer de las Escolas Vellas, aujourd'bui 
rue des Ecoles-Vieilles, c'est-à-dire de la Synagogue- Vieille, et le carrer de la Fusteria 
Vella, aujourd'bui rue Petit-du-Saint-Christophe, constituaient trois voies immédia- 
tement parallèles (Voy. P. Vidal, Histoire de la ville de Perpignan, Paris, 1897, 
in-16, pp. 588-591, et iig. 57). A Narbonne, la rue de la Fusterie et son prolongement 
constituaient bien l'artère principale de la juiverie vicomtale : c'était bien là le call 
juich, comme on disait à Barcelone, ou la rue judaïque, comme on disait et comme on 
dit encore à Bordeaux. 

S. Le nom de cette rue ne rappelle pas celui des Jouzaigas majours, mais celui de 
l'église de N.-D. de la Major, qui confrontait, à l'ouest, la rue Louis Blanc, au nord, 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

carrefour que nous venons d'indiquer 1 jusqu'au portail de Saint- 
Gosme 2 , c'est-à-dire jusqu'au carrefour que forment les rues 
actuelles de la Major et de l'Ancienne-Porte-des- Catalans. 

Pour les raisons ci-dessus énoncées, la deuxième identification 
nous paraît la plus vraisemblable. 

XI. — Nous allons rechercher en second lieu quelles étaient les 
limites de la juiverie vicomtale. Nous avons vu plus haut 3 quels 
en étaient les quatre points limitrophes au commencement du 
xin° siècle. Il est à peu près certain que ces limites ne chan- 
gèrent pas au cours du xm e siècle, et qu'au commencement du xiv e , 
le quartier juif se trouvait encadré par les rues actuelles Viollet- 
le-Duc, Auber, Ancienne-Porte-des-Gatalans, cours de la Répu- 
blique et place de l'Hôtel-de-Ville. 

Nous estimons avec M. F. -P. Thiers, conservateur du musée 
lapidaire de Narbonne, qu'il ne faut pas englober dans la juiverie 
les quatre îlots de maisons, compris entre les rues Littré, Brissot 
et Auber, et qui, dans le plan de 1720, portent les noms: le plus 
occidental, celui de Sainte-Anne, et les trois autres, les noms de 
Saint-Vincent, Saint-Laurent et Sainte-Cécile. Il ne faut pas y com- 
prendre également l'île encadrée aujourd'hui par les rues Brissot, 
Ancienne-Porte-des-Catalans, l'Alloubret et le boulevard Gam- 
betta, et où se trouvait le couvent de la Trinité, hors les murs, non 
plus que la petite île de Saint-Florent, située aujourd'hui entre les 
rues de l'Alloubret et de la Major. 

M. F. P. Thiers a relevé tout le long des rues de la Poste, Viollet- 
le-Duc et Auber, les traces d'un mur gallo-romain. Ce mur subsista 
peut-être dans les premiers siècles du moyen âge. En tout cas, 

la rue Auber. Dans le plan de 1720. l'île comprise entre les rues actuelles de l'Ancien- 
Courrier, de la Sous-Préfecture, Auber et Louis-Blanc porte le nom de la Major. Il est 
curieux de remarquer que l'une des trois impasses de cette île porte aujourd'hui le 
nom d'impasse Jussieu; mais ce n'est là qu'une simple coïncidence. Cette impasse 
porte le nom du célèbre botaniste et ne rappelle en rien les anciens habitants de ce 
quartier. 

1. Nous ferons remarquer que cette hypothèse s'accorde avec l'acte de 1355 ou 135G, 
qui place le lieu dit Jos aigas près de l'île du « Poids de la Farine ». En effet, le 
carrefour à partir duquel nous faisons commencer la rue De jos aijgas se trouve bien 
à proximité de cette île et ladite rue longe bien au midi le lieu dit Jos aigas (île de 
la Major). 

2. L'église et le cloître Saint-Gosme occupaient remplacement du théâtre Galli, 
détruit en 1907 par un incendie et dont les confronts étaient les suivants : impasse de 
la Comédie, rue de l'Ancienne-Poite-des-Gatalans, rue de la Major et boulevard Gam- 
betta. 

3. § vi. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 05 

même s'il fut démoli à cette époque, la présence de ce mur trans- 
versal imprima une physionomie particulière à ce quartier de la 
Cité. Encore maintenant, on peut remarquer que la ruedel'Ancien- 
Courrier donne accès au nord à toute une série d'impasses ', qui 
ne s'expliqueraient pas sans l'ancienne présence d'un mur trans- 
versal, orienté du levant au couchant. 

Du fait que des limites avaient été assignées à la juiverie vicom- 
tale, il ne faut pas conclure que cette juiverie constituait un 
ghetto ou un call juich, c'est-à-dire un quartier séparé du reste 
de la Cité par des murs crénelés et des portes verrouillées. La jui- 
verie du vicomte, comme d'ailleurs celle de l'archevêque, était un 
quartier ouvert. Le groupement des Juifs vicomtaux le long de la 
rue de la Fusterie et des autres rues voisines s'explique, non par 
la réglementation de l'autorité vicomtale, mais par la même raison 
qui réunissait, dans tel quartier ou dans telle rue, les artisans de 
même métier, les paveurs dans la rue de la Parerie, les aludiers ou 
parcheminiers dans la rue de YAluderie, les savetiers dans la rue 
de la Sabaterie, les couteliers dans la rue de la Coutellerie, etc. ; 
par la même raison encore qui déterminait à vivre côte à côte les 
étrangers établis dans les colonies phéniciennes, grecques ou 
romaines, et à constituer dans la même enceinte autant de villes 
qu'il y avait de races ou de civilisations différentes 2 . 

Ce qui prouve que la juiverie vicomtale n'était pas un quartier 
fermé, c'est qu'elle n'était pas exclusivement habitée par des Juifs : 
des chrétiens y vivaient aussi, comme nous le montrent certaines 
dispositions d'un acte de 1278 3 . D'ailleurs, pour n'avoir aucun doute 
là-dessus, il suffit de jeter un coup d'oeil sur les actes de vente de 
1307 et de 1308 : on y voit que presque toutes les maisons des Juifs 
vicomtaux confrontaient des immeubles chrétiens 4 . 

1. Ces impasses étaient bien plus nombreuses au moyen âge, l'administration muni- 
cipale s'étant appliquée depuis à en ouvrir le plus possible. 

2. C'est également par inclination et par intérêt que les Juifs narbonnais ne s'éta- 
blirent jamais dans le Bourg et restèrent confinés dans la Cité. Il est bien question 
dans un acte du 2 mars 1092 (Hist. de Lang., t. V, Preuves, ce. 724-725) d'un Juif 
de l'abbé de Saint-Paul, mais c'est là un fait exceptionnel. D'autre part, parmi les sept 
témoins qui assistèrent, le 5 septembre 1302, à la criée publique qui fut faite au bout 
de la Parerie-Neuve du Bourg, nous relevons le nom du mareband B. Bonmacip, Juif 
^Bibl. nat., Collection Doat, t. 49, f os 309-316). Mais en qualifiant Bernard Bonmacip 
de Juif, le scribe s'est sûrement trompé. Ce mareband fut consul du Bourg de Nar- 
bonne en 1314 (Voy. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, table alpbabé- 
tique, au mot Bonimancipii (Bernardus). L'erreur du scribe s'explique parce fait que 
beaucoup de Juifs s'appelaient à IN'arbonne Bonmacip. 

3. Invent, de la ville de Narb., Annexes de la série AA, pp. 151-152. 

4. Voici les noms de quelques immeubles appartenant à des chrétiens et qui confron- 
taient des maisons juives : tenure ou manse de Kaimond d'Avignon (Saige, op. cit., 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XII. — L'examen des actes de vente nous permet également de 
nous faire une idée de la fortune des principaux Juifs vicomtaux, 
du point de vue de la propriété bâtie. 

Le plus grand propriétaire de maisons de la juiverie vicomtale 
— et en tout cas le seul alleu lier — était le chef même de la 
communauté, Momet ïauros, plus connu sous le nom de « Roi 
Juif ». Le groupe le plus important de maisons possédées par 
Momet Tauros était désigné par l'appellation de Cortada; de 
môme que la mansade était un ensemble de manses, la cortade 
était un ensemble de courtils, ou maisons donnant probablement 
sur une vaste cour intérieure. J^a Cortada comprenait notamment 
la maison d'habitation du « Roi Juif » et quatre autres maisons, 
donl deux étaient louées à un coreligionnaire, Vidal de Sauve. 
Momet ïauros possédait ces cinq maisons à titre allodial \ ainsi que 
six autres situées en dehors de la Cortada. 11 détenait, en outre, de 
nombreuses maisons à titre censitaire : quatre rez-de-chaussée de 
maisons, munis de portails [quatuor portalia domorum inter 
sotulos et solerios), trois maisons entières 2 , enfin douze maisons, 
constituées par un simple rez-de-chaussée 3 . Momet Tauros possé- 
dait donc une trentaine de maisons ou parties de maisons, qui 
furent vendues au prix total de 670 livres de petits tournois 4 . 

Au-dessous du « Roi Juif », venait immédiatement Samuel Vidal 
de Lescaleta. Ce dernier possédait à lui seul : la maison où habitait 

pp. 278 et 285\ tenure de Pierre Foraville {Ibid., pp. 278 et 283), maison de Bérenger 
Cbristofe {Ibid., p. 278), maison de Pierre Melet, barbier {Ibid., p. 281), manse de 
Quarante, tenure de Pierre Delport, tenure de Pierre Corregier {Ibid., p. 282), tenure 
de Jean d'Avignon {Ibid., pp. 282, 283, 284, 285), tenure de Pierre Crestia, pareur 
{Ibid., pp. 282 et 285), teuures de Raimond Durand, poissonnier, et de Raimond 
Jacme, notaire {Ibid., p. 282), maison de Pierre de Cuxac, fustier, tenure de Bérenger 
Ancelaire, poissonnier, tenure de Jean de Saint-Pons {Ibid., p. 283), tenur.es des enfants 
d'Antoine Karaute, de Guillaume Candelier, de Regnet, notaire, de Pierre-Arnaud de 
Fraissé [Ibid., p. 284), tenures d'Ameil Bourgués, de Bernard Estève, du Bourg, 
d'Aimard de Bages, de Pierre Raseire (Ibid., p. 285). 

1. Cette allodialité de la Cortada, les consuls de la Cité, qui firent l'acquisition de 
cet immeuble pour y installer le siège de leur consulat, la rappelèrent souvent dans 
la suite {Invent, des arcli. de la ville de Narb., Annexes de la série AA, p. 359, 
2 e col. Cf. Saige, op. cit., p. 44, et Chénon, Étude sur l'histoire des alleux en 
France, p. 55). 

2. Saige, op. cit., p. 278 ; Blanc, op. cit., p. 56G. 

3. Saige, op. cit., p. 284 :« Item duodecim domos inter sotulos et solerios que fue- 
runt Morne ti Tauro, régi Judeorum. . . » 

4. Il est probable que Momet Tauros possédait, non pas seulement des maisons, 
mais aussi des champs et des vignes. Cependant, nous constaterons plus bas, en étu- 
diant la condition des terres juives, que les ancêtres de Momet Tauros, ainsi d'ailleurs 
que beaucoup d'autres Juifs, mirent en vente la plupart de leurs terres au cours du 
xui* siècle, tout comme s'ils avaient prévu en partie la confiscation royale de 1306. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 97 

M° Abraham, vendue 100 livres 4 , trois maisons enclavées dans la 
Cortdda, vendues BS livres -, une autre maison vendue 201 livres 3 , 
— c'était probablement sa maison d'habitation, — cinq rez-de- 
chaussée munis de petits portails, vendus 85 livres 4 . Samuel Vidal 
de Lescaleia possédait, en outre, en communauté avec son frère 
Samuel Bdnmacip; une maison composée seulement d'un rez-de- 
chaussée et pourvue de cinq petits portails et d'un four s , vendue 
110 livres. Ce Juif disposait de onze maisons ou parties de maisons 
vendues au prix total de 490 livres. 

Quant à Samuel Bonmacip de Lescaleta, il possédait en seul 
une maison munie de huit petits portails, vendue 82 livres °, une 
maison de transcurte, vendue 40 livres 7 , enfin, une autre maison, 
vendue 35 livres 8 . La fortune immobilière de Samuel Bonmacip 
était donc bien inférieure à celle de son frère, puisqu'il ne pos- 
sédait que quatre maisons ou parties de maison, valant au total 
2 1-2 livres. 

Plus riche que Samuel Bonmacip de Lescaleta, mais moins riche 
que son frère Salomon Vidal, le Juif Davin de Naufagim possédait 
plusieurs maisons, qui furent vendus 310 livres 9 . 

En cinquième lieu venait Méïr Cohen, fils de feu Abraham de 
Perpignan : ses deux maisons furent vendues 180 livres u \ 

Au sixième rang, Salomon de Montpellier H , Bonisaac de Lunel et 



1. Saige, op. cit., p. 278 ; Blanc, op. cit., p. 506. 

2. Ces trois maisons furent vendues, avec plusieurs autres, au prix de 92 livres. Les 
trois maisons de Samuel Vidal avaient été estimées 45 livres et le lot dont elles faisaient 
partie, 75. En supposant que ces trois maisons aient bénéficié d'une hausse propor- 
tionnelle au prix de vente du lot tout entier, nous obtiendrons pour leur prix de vente 
55 livres. 

3. Saige, op. cit., p. 284 : « Item domum sive hospitium Samuelis Vitalis de Sca- 
leta... » 

4. Ibid., p. 285 : « Item quinque portalarias inter sotulos et solerios Samuelis Vita- 
lis de Scaleta. . . » 

5. Ibid., p. 282 : « Item hospicium, in quo est furnus et sunt quinque portaliere, 
inter sotulos et solerios. . . quod fuit Samuel Vitalis de Scaleta et Samuel Bomacip... » 
Il est probable que ces portaliere ou portedia étaient des arcades en plein-cintre ou 
en tiers-point servant de devanture à de petites boutiques. 

6. Ibid., p. 282 : « Item unum hospicium quod fuit Samuel Macip Scaleta... in quo 
sunt octo portaliere. . . » 

7. Ibid., p. 284 : « Item domum de transcurte que fuit Samuelis Macip Scaleta... » 

8. Ibid., p. 284 : « Item hospicium quod fuit Samuel Bomacip. . . » 

9. Ibid., p. 284 : « Item domos et hospitia que fuerunt Davini de Naufagim. . . » 

10. Saige, op. cit., p. 282 : « Item duo hospicia sese tonentia. .. que fuerunt Mayr 
Cohen, filii quondam Abrahe de Perpehennio. . . » 

11. Ibid., p. 28:2 : « Item unum hospitium quod fuit Salomonis de Montepessu- 
lano. . . » 

T. LVUI, n° 115. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

David de Mclgueil, possédaient chacun une maison dont le prix de 
vente s'éleva à 100 livres *. 

En somme, et à supposer que tous les actes de vente relatifs à la 
liquidation des maisons qui avaient appartenu aux Juifs vicom- 
taux nous soient parvenus au complet, — ce qui est très peu 
probable, — la valeur totale de ces maisons aurait été de plus de 
4,000 livres. 

XIII. — A côté des habitations des particuliers, s'élevaient les 
édifices de la communauté. Le plus important se dressait en 
dehors des limites de la juiverie 2 , dans la paroisse de N.-D. de la 
Major : c'était l'École- Vieille ou les Écoles -Vieilles. Cet édifice 
servait à l'enseignement et au culte : c'était à la fois une maison 
d'école et une synagogue. D'ailleurs les deux termes de scola et de 
synagoga étaient alors synonymes 3 , le culte judaïque comprenant 
surtout la prière et l'enseignement. Les maisons où se trouvaient 
les Écoles-Vieilles furent vendues 620 livres 4 : c'étaient donc de très 
beaux édifices, si l'on songe que les trente maisons du « Roi Juif » 
ne valaient que 50 livres de plus. Cette école-synagogue étant déjà 
qualifiée de l'épithète de vieille en 1217 5 , il est vraisemblable 
qu'elle remontait à l'époque carolingienne. 

La maison où se trouvaient les Petites-Écoles des Juifs était un 

1. Ibid., p. 285: « Item hospicium Bonisach de Lunello, mariti Stelle... » — « Item 
hospitium quod fuit Davi de Melgorio. . . » Beaucoup de Juifs vicomtaux possédaient 
des maisons pour moins de 100 livres. La maison de Bonjudas de Mazères fut vendue 
85 livres (Ibid., p. 282); les trois maisons attenantes de Bondia de Surgières, 80 livres; 
celle de Vidal Bourdel, 70 livres (Ibid., p. 283) ; les trois maisons de Bonéfant de Béziers, 
70 livres également ; celle de Salomon Aliazar et celle d'Avignonne, 46 livres chacune 
(Ibid., p. 285); la maison de Vidal Navarrès et celle d'Isaïe d'Aix, 30 livres chacune 
(Ibid., p. 284). Les cinq maisons de Durand de Sommières, Bonjudas de Millau, Vidal 
de Sommières, Dieulogar de Béziers, Joseph Boget, Salomon de Melgueil, Moïse Fal- 
canas devaient être de bien modestes logements : elles furent vendues en tout 80 livres 
(Ibid.. p. 282). Enfin, les maisons de Salomon de Saverdun, Vidal Geissier (Blanc, 
op. cit., p. 577, note), de Dieulosal Vidal (Saige, op. cit., p. 281), d'Astruc d'Alet, 
d'Astrug Nogrel, de Bonjudas Sescaleta, de Moïse Bonafous (Ibid., p. 283), d'Astrugue 
de Provence (Ibid., p. 284), de Bonafous de Nafagim (Ibid., p. 285), furent adjugées 
pour moins de 30 livres chacune. 

2. Saige, op. cit., p. 156 : « ...et Scolam Vetulam cum suis pertinenciis, licet sit 
extra lias affrontationes subscriptas. . . » (acte du 8 mars 1217). 

3. P. Vidal, Les Juifs de Roussillon et de Cerdagne, tirage à part de la R. É. /., 
Paris, 1888, in-8°, p. 27 : « ...scola sive sinagoga... » 

4. Saige, op. cit., p. 284 : « Item hospitia, cum suis pertinenciis, in quibus erant 
Scole Antique Judeorum, que suut in parrochia Béate Marie Majoris..., precio «ex 
centarum viginti librarum turonensium parvorum. » 

5. A cette époque, on ne disait pas les Écoles-Vieilles, comme plus tard en 1308, 
mais rÉcole-Vieille (Scola Velula). 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 99 

édifice de moindre importance, mais de grande valeur tout de 
même, puisqu'il fut vendu 350 livres '. Les Petites-Ecoles n'exis- 
taient pas encore au commencement de l'année 1217 2 . C'est dans 
la maison même des Petites-Écoles que devait se trouver la Syna- 
gogue-Neuve, ainsi appelée par opposition à la Synagogue-Vieille. 
La construction de la nouvelle synagogue fut terminée dans les der- 
niers jours de décembre 1239, ou dans les premiers jours de janvier 
1240 : c'est, du moins, ce que Ton peut inférer de l'inscription 
hébraïque suivante, dont nous donnons une traduction d'après le 
texte latin restitué par Du Mège 3 : « L'édifice du temple, avec 
l'arche et le mur oriental, fut achevé au mois de thebet de Pan 
5000. Pour faire réapparaître à nos yeux l'édifice qui abrite le sanc- 
tuaire, Dieu mettra un terme a notre captivité et rassemblera son 
peuple dispersé, ainsi qu'il est écrit : « // te rappellera d'au milieu 
de tous les peuples, parmi lesquels il t'aura dispersé ; il fera cesser 
ta captivité, ton souverain maître : Dieu 4 . » Aie donc confiance 
en lui de tout temps, peuple ! Épanchez en lui votre cœur 1 Dieu 
est notre refuge. Sela! » 

L'éditeur de Y Histoire de Languedoc et l'auteur des Mémoires de 
l'histoire de Languedoc nous ont encore conservé le texte latin de 
deux autres inscriptions hébraïques, qui, de même que la précé- 
dente, devaient appartenir à la Synagogue-Neuve. La première de 
ces deux inscriptions, dont l'érudit Gatel nous a transmis la version 
latine, est conçue à peu près dans les mêmes termes que celle du 
mois de thébet 5000. Mais Du Mège estime avec raison qu'elle n'en 

1. Saige, op. cit., p. "283 : « Item hospitium in quo erant Scole Judeorum inferiores, 
site in parrochia Sancti Cosrae... » 

2. Il est bien question dans l'acte du 8 mars 1217, non seulement de l'École-Vicille, 
mais aussi des écoles {et scholas vestras) juives en général. Cependant, les Petites- 
Écoles n'y sont pas mentionnées. 

3. Dom Devir et dom Vaissete, Hist. de Lany., éd. Du Mège, t. IV, Additions et 
notes du livre XVIII, p. 100, l r < col. : « Perfectum fuit œdifîcium templi cum arca et 
pariete orientali, mense thebeth, anno quinti millenarii. Advidendum œdifîcium domus 
sanrtuarii, reducet autem Deus captivitatem nostram, congrcgabitquc expulsum nos- 
trum, secundum illud quod scriptum est : « Et congregabit te ex omnibus populis, 
apud quos disperserit te, Adonaï, Deus tuus ; [reducet] captivitatem tuam. » Confi- 
dite ei omni tempore, popule ! Effundite coram eo cor vestrum ! Deus est refugium 
nostrum. Sela! » Du Mège avait déjà étudié cette inscription dans un Mémoire sur 
quelques inscriptions hébraïques de Narbonne {Mémoires de la société des Anti- 
quaires de France, t. VIII, p. 336 et suiv.). 

4. L'inscription cite inexactement le troisième verset du chap. xxx du Deutéronome, 
lequel est ainsi conçu : « Reducet Dominus Deus tuus captivitatem tuam, ac miseribitur tui, 
et rursum congregabit te de cunctis populis, in quos te ante dispersit. » Le commencement 
de cette inscription « Perfectum fuit œdifîcium templi... » rappelle la lin de I Rois, l\\ 25 
« ...perfectumque est templum » La fin de l'inscription « Deus est refugium nostrum » 
est une réminiscence du verset 2 du ebap. xlv des Psaumes « Deus noster refugium ». 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est pas un fragment ', Cette inscription s'exprime ainsi : « Que les 
fils adoptifs de la vertu et de la religion voient apparaître, enfin, 
le terme de leurs tribulations et la restauration de Benjamin ; qu'ils 
revoient la maison de la sanctification, et alors, se tiendront de 
nouveau les sabbats, selon qu'il a été écrit : « Et je te rassemblerai 
d'entre tous les peuples parmi lesquels je t'aurai dispersé. » 
Confie-toi en lui de tout temps ! Le peuple qui adore sa face res- 
tera en son cœur. Que l'espoir se réalise pour nous 2 ! » 

La version latine de la troisième inscription hébraïque relative à 
la Synagogue-Neuve de Narbonnc a été également reconstituée 
par DuMège. Elle reproduit, à quelques variantes près, les paroles 
que Salomon adressa à Dieu pour lui consacrer le Temple, dont il 
venait de faire terminer la construction : « Si le ciel et les deux 
des cieux ne peuvent te contenir, combien moins cette maison 
que j'ai bâtie 3 . » 

Il est clair que les trois inscriptions que nous venons d'examiner 
se rapportent à l'achèvement de la Synagogue-Neuve, et commé- 
morent peut-être la cérémonie de sa consécration. 

Outre les édifices de l'enseignement et du culte, la juiverie 
vicomtale possédait des établissements de bienfaisance, un hôpital, 
appelé la maison de l'Aumône 4 , dont dépendaient trois ouvroirs, 
situés dans un angle extérieur de la Cortada*. Le tout fut vendu 
100 livres : les édifices hospitaliers n'avaient donc pas la même 
importance que les édifices religieux et scolaires. 

Enfin, la communauté juive disposait d'une maison de bains 6 . 

1. Du Mège, Mémoire, pp. 350-351, et Hist. de Lang., t. IV,. Additions et notes, 
p. 100, l re col. 

2. Voy. le texte latin dans Catel, Mémoires de l'histoire de Languedoc, p. 3. Cf. Du 
Mège, Mémoire, pp. 350-351, et Hist. de Lang., t. IV, Additions et notes, p 100, l re col. 

3. L'inscription portait : « Non complectuntur te, o Deus, caeli caelorum, multo minus 
domus ista quam œdificavimus. » Quant au verset 27 du chap. vm du troisième livre 
des Rois il est ainsi conçu : « Ergone putandum est qu'od vere Deus habilet super ter- 
ram?Si enim caelum,et caeli caelorum te capere non possunl, quanto magis domus 
hœc, quam œdificavi ! » D'après Du Mège, l'inscription se terminait ainsi : « Sed inter 
nos illa est ad legem tuam, quod autem tu discecuisti rectissime pro populo tuo, con- 
ïirmatam pro fine dierum, iste erunt dies œterni, et sic conlirmabis lidelitatem tuam. » 
(Du Mège, Mémoire, pp. 351-356, et Hist. de Lang., t. IV, Additions et notes, p. 100, 
l re col.). 

4. Saige, op. cit., p. 283 : « Item hospitale, sive hospitium quod fuit Elemosine 
Judeorum, situm ibidem, confrontatum de circio et aquilone in viis, pretio trigenta 
librarum turonensium parvorum. » 

5. Ibid., p. 285 : « Item tria operatoria que fuerunt Elemosine Judeorum, sita in 
dictis Judàicis, confrontata de meridie in carreria, de circio et aquilone in Curtada, 
precio septuagenta librarum turonensium parvorum. » 

6. Ibid., p. 284 : « Item hospitium sive domum in qua erant balnea Judeorum, situm 
in dictis Judàicis,... pretio sexaginta unius librarum turonensium parvorum. » 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARDONNE 101 

XIV. — Nous allons essayer maintenant, en nous aidant de 
l'orientation des maisons juives, telle qu'elle nous est fournie par 
les actes de ventes de 1307 et 1308, de reconstituer la topographie 
de la juiverie ncomtale. 

Le groupe de maisons le plus important, — et apparemment le 
plus ancien, — était formé par la Cortada du « Roi Juif» el les 
maisons attenantes ou immédiatement environnantes. Ce groupe 
comprenait les deux îles qui, dans le plan de 1720, portent les 
dénominations de « Cour du Roi » et « Poids de la farine » : ces 
deux îles sont encadrées aujourd'hui par les rues de l'Ancien- 
Courrier, Corneille et Louis-Blanc. L'appellation de « Cour du Roi » 
ne rappelait pas la Cortada régis Judeoriem, mais la cour de la 
viguerie royale, créée en 1347 par Philippe VI de Valois. Toutefois, 
comme c'est dans la Cortada que fut installé le siège de cette 
viguerie, il en faut conclure que c'est dans l'île dite « Cour du Roi » 
que se trouvait auparavant la Cortada du « Roi Juif» '. Oulre la 
Cortada, constituée par la maison d'habitation de Momet Tauros, 
les deux maisons louées à Vidal de Sauve, trois maisons apparte- 
nant à Samuel Vidal de Lescaleta et deux autres maisons apparte- 
nant à Momet Tauros 2 , l'île de la « Cour du Roi » comprenait deux 
maisons de Samuel Vidal de Lescaleta, dont l'une habitée par 
M e Abraham 3 , les trois ouvroirsde l'Aumône, les maisons d'Astruc 
de Surgières et de Moïse Bonafous, huit autres maisons du « Roi 
Juif 5 » et cinq rez-de-chaussée de Samuel Vidal de Lescaleta. 
L'île du « Poids de la Farine » comprenait les maisons d'Astrugue 
de Provence, d'Astruc Nogrel, de Vidal BourdeF, de Meïr Cohen 6 , 

1. Acquise par les consuls de la Cité, la maison d'habitation du « Roi Juif » devint, 
d'abord, le nouveau siège de leur consulat (Blanc, op. cit., p. 576 : « ...Postal que 
fonc d'en Mamet Tauros, juzieu, per autre nom apelat Rei Juzieu, e d'autres bostals 
tenentz ab l'ostal desus dit, en local ostal feron lo cossolat de Sieutat. ») La Cortada 
devint ensuite le siège de la viguerie royale {Invent, des arch. de Narb., série AA, 
p. 31, note 1. Cf. Saige, op. cit., p. 44). 

2. La Cortada confrontait, au nord, la rue actuelle Corneille, et, au midi, une 
impasse qui ne devait pas être très éloignée de la rue de l'Ancien-Courrier. 

3. Ces cinq premières maisons de Samuel Vidal de Lescaleta confrontaient toutes, au 
nord, la rue Corneille. 

4. De ces huit maisons, les six allodiales devaient confronter, au nord et à l'ouest, 
la rue Corneille. C'est probablement dans cette même île de la « Cour du Roi », au nord 
de la rue de l'Ancien-Courrier et à l'ouest de l'impasse de la Cortada, que devaient se 
trouver les quatre rez-de-chaussée du « Roi Juif » qui confrontaient, à l'est, une 
impasse et, au midi, la rue de la Fusterie. Une autre maison du « Roi Juif » confron- 
tait également, au midi, cette dernière rue (aujourd'bui rue de l'Ancien-Courrier). 

5. Ces trois maisons confrontaient, au nord, la rue Corneille, la troisième s'élevant 
à l'angle des rues Corneille et Louis-Blanc. 

6. Les deux maisons de Méir Cohen confrontaient probablement à l'est, la rue Louis- 
Blanc. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

neuf rez-de-chaussée de Moïse Bonafous el une maison de Samuel 
Bonmacip de Lescaleta. Dans l'île de « L'Hôpital de la Croix », se 
trouvait la maison de Davin de Melgueil 1 . Au nord-ouest de cette 
dernière, et confrontant, à l'ouest, la rue Droite actuelle, s'élevait 
la maison de Vidal de Melgueil. C'est probablement, dans cette 
môme île, à l'angle des rues Corneille et Louis-Blanc, que se trou- 
vaient les maisons de Bondia de Surgières et de Bonjudas de 
Mazères. On peut rattacher à ce premier groupe les trois maisons 
à un seul étage des enfants de Salomon de Melgueil : ces maisons 
étaient contiguës au palais vicomtal 2 ; elles se trouvaient donc au 
midi de la rue de la Fusterie. 

Le second groupe de maisons juives se trouvait disséminé dans 
l'île de la Major, entre les rues actuelles Louis-Blanc, Auber, de la 
Sous-Préfecture et de l' Ancien-Courrier. Cette île présente aujour- 
d'hui trois impasses : les impasses Jussieu, Ponsard et Buffon 3 . 
Dans la paroisse de l'église N.-D. de la Major, qui donna son nom 
à la dite île, mais en dehors des limites de lajuiverie, confrontant 
les voies publiques de toutes parts, s'élevait la Synagogue- Vieille. 
Nous croyons qu'il faut placer cette synagogue dans l'île Sainte- 
Anne, entre les rues Louis-Blanc, Littré et Auber. L'île Saint-Vin- 
cent, située immédiatement à l'est de l'île Sainte-Anne, ne pouvait 
renfermer la synagogue, puisqu'elle était occupée par le couvent 
de N.-D. de la Croix. 

Le troisième groupe de maisons était situé dans la paroisse de 
l'église Saint-Cosme. Faisaient probablement partie de cette 
paroisse les cinq îles comprises actuellement entre les rues de 
l'Arcade, de l' Ancien-Courrier, de la Major, le boulevard Gambetta 
et le cours de la République. Dans le plan de 1720, ces cinq îles 
portent les noms de Sainte-Zacharie, Sainl-Barthélemy, Saint- 
Cosme, Saint-Alexandre et l'École. Or, c'est dans une de ces îles 
que se trouvaient les Écoles-Neuves ou Synagogue-Neuve. Il est 
vraisemblable que l'appellation d'île de l'École rappelait l'ancien 
édifice de la communauté juive. Les Écoles-Neuves ou Petites- 
Écoles confrontaient au nord, la rue de la Comédie actuelle, et à 
l'est, une impasse, qu'il faut identifier avec la rue Mondonville, 
laquelle devait être fermée alors au midi par la muraille méridio- 
nale de la Cité. A Test des Écoles-Neuves et de l'impasse dite de 

1. Cette maison confrontait, à l'est, la rue Corneille et l'impasse de môme nom. 

2. Saige, op. cit., p. 292 : « ...domos liberorum Salomonis de Melgoris, in quibus 
sunt très sotuli et très solarii, que conjunyuntur cum palatio uostro... » 

:!. A l'est de l'une de ces impasses, se trouvaient les maisons de Salomon de Mont- 
pellier, Bonafous'de Nafagim, Bonet d'Ouveillan, Jusse d'Alet. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 103 

l'École (aujourd'hui rue Mondonville), se trouvaient les maisons de 
Bonjudas Sescaleta et d'Isaïe d'Àix, qu'il faut placer par consé- 
quent dans l'île Saint-Alexandre. 

Enfin, les cinq maisons de Durand de Sommières, de Bonjudas 
de Millau, Vidal de Sommières, Dieulogar de Béziers, Joseph Boget, 
Salomon de Melgueil et Moïse Falcanas se trouvaient situées au 
lieu-dit « l'Ile ». Nous identifions ce lieu-dit avec l'île Sainte-Barbe, 
entourée aujourd'hui des rues de la Major, de l'Ancienne-Porte- 
des-Catalans et de la Sous-Préfecture. 

Pour les autres maisons juives, il nous a été impossible d'établir 
des identifications quelque peu vraisemblables. Nous ne pouvons 
pas, d'ailleurs, nous dissimuler tout ce qu'il y a d'hypothétique 
dans la reconstitution topographique que nous venons de tenter. 
Ce jeu de patience, qui consiste à grouper des immeubles, dont les 
confronts nous sont donnés par les actes d'une façon très impar- 
faite, dont, au surplus, la configuration a beaucoup varié dans la 
suite des siècles, ne laisse pas d'être un exercice fort périlleux, et, 
le plus souvent, illusoire. 

XV. — Au milieu de la population chrétienne de Narbonne, la 
communauté juive des vicomtes jouissait d'une certaine autonomie 
administrative. Nous avons vu plus haut que dix notables juifs 
avaient été délégués par la communauté pour recevoir du vicomte 
la charte de franchise du 8 mars 1217 '. Il ne semble pas qu'à cette 
époque, la juiverie vicomtale ait été déjà représentée par des man- 
dataires permanents. La condition précaire où se trouvaient les 
Juifs du vicomte avant 1217 ne pouvait comporter de représenta- 
tion autonome. Il faut donc considérer ces dix prud'hommes 
comme de simples procureurs ou syndics, choisis en vue d'une 
mission temporaire et pourvus d'attributions limitées. 

Mais il est advenu pour la communauté juive ce qui s'est produit 
pour les autres communautés laïques du Narbonnais 2 ; le mandat 
provisoire des syndics s'est transformé en un mandat permanent. 
Seulement, à l'instar de la population chrétienne au milieu de 
laquelle ils vivaient, les Juifs vicorntaux ont désigné leurs repré- 
sentants par l'appellation plus relevée de consuls, à moins que, à 
l'exemple des communautés rurales du Narbonnais, la représenta- 
tion de la communauté juive n'ait été obligée, d'abord, avant d'être 



i. § VI. 

2. Voy. notre étude sur Amauri II, vicomte de Narbonne, 2 e partie, chap. iv 
§iv. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

investie des prérogatives du consulat, de se contenter des modestes 
attributions du syndicat. 

Quoiqu'il on soit, la communauté juive des vicomtes était pourvue 
dune administration consulaire à la fin de l'année 1278. Les consuls 
juifs étaient chargés de la police de la juiverie vicomtale, mais ils 
étaient subordonnés aux consuls de la Cité, dont ils devaient exé- 
cuter les règlements. Ainsi, en 1278, les Consuls de la Cité prirent 
un arrêté relatif au dépôt et à l'accumulation, dans les rues et les 
faubourgs de la Cité, de fumiers, de décombres, d'ordures et 
immondices, au jet d'eaux sales, ainsi qu'à la construction de 
maisons en saillie sur l'alignement des rues. En ce qui concerne 
l'application de ces divers règlements, l'arrêté porte que les consuls 
juifs de la juiverie vicomtale seront tenus de jurer, au moment 
de leur entrée en charge, d'observer les précédentes prescrip- 
tions. Ces mêmes consuls devront, à leur tour, exiger un serment 
semblable de vingt ou trente notables juifs. Les uns et les autres, 
consuls et notables, s'ils surprennent leurs locataires ou leurs 
voisins, chrétiens ou juifs, riches ou pauvres, en train de jeter 
des ordures devant leurs portes, ou d'enfreindre, en quelque 
manière, les autres prescriptions de l'arrêté municipal, seront 
tenus de dénoncer l'infraction aux Consuls de la Cité ou à leurs 
écuyers 1 . 

XVI. — Il ressort nettement de ce qui précède que les vicomtes 
de Narbonne ne cessèrent de pratiquer à l'égard de leurs Juifs la 
même politique judéophile. Respectueux de leurs coutumes et de 
leurs croyances, protecteurs dévoués de leurs personnes et de 
leurs biens, les vicomtes comprirent qu'ils avaient tout intérêt à ce 
que leur juiverie fût riche et florissante. Ils ne parurent pas 
s'émouvoir de l'extension considérable prise par les possessions 
immobilières de quelques notables juifs. Bien au contraire, ils 
favorisèrent ce développement, persuadés qu'ils en tireraient hon- 
neur et profit. Ils pratiquèrent largement les concessions de terres 
et de maisons. Ils furent accueillants aux Juifs étrangers qui 
venaient se fixer dans leur juiverie, et ils s'appliquèrent à les y 
retenir, non pas par des mesures coercitives, mais par l'octroi 
de privilèges et l'exonération de quelques charges. 

Nous n'avons retrouvé la trace d'aucun emprunt consenti aux 
vicomtes par leurs Juifs, et pourtant peut-on douter que ces sei- 

1. Invent, des arch. de la ville de Narb., Annexes de la série AA, pp. 151-152. 
Cf. Saige, op. cit., p. 45. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE iOS 

gneurs, souvenl besogneux, n'aienl eu recours aux bons offices de 
leurs sujets hébreux? En vérité, nous avons très peu de renseigne- 
ments sur les procédés suivis par la fiscalité vicomtale à l'égard de 
La communauté juive. Il est certain, cependant, qu'en dehors des 
contributions régulières, les Juifs vicomtaux ne lurent pas trop 
pressurés par le gouvernement vicomtal. Il semble, d'autre part, 
que tenant compte à leurs seigneurs de leurs bons procédés, les 
Juifs vicomtaux se soient exécutés de bonne grâce, sans se 
plaindre. 

La politique judéophile des vicomtes aboutit à la formation 
d'une des juiveries les plus florissantes du moyen âge. Aussi, 
quand la mesure spoliatrice de 1306 vint anéantir ce centre de 
richesse et de culture, et condamner h l'exil ces excellents 
sujets des vicomtes de Narbonne, nul doute que les exilés n'aient 
ressenti, en quittant à jamais leurs demeures familiales, la même 
désolation que leurs lointains ancêtres hébreux, quand ils furent 
chassés de la mère patrie. 

[A suivre.) 

Jean Régné. 



SEPT ÉPITAPHES HÉBRAÏQUES 
DE GRÈCE' 



MM. Ezio SchulhofT et Jean Hatzfeld, de l'École française d'ar- 
chéologie à Athènes, ont eu l'obligeance de nous communiquer 
les inscriptions suivantes, découvertes par eux au cours de leurs 
recherches et estampées par leurs soins. 

Les trois premières proviennent de Thèbes : 

1° ... (Ci-gît) 

£n natta [ntasa] [décédé] l'an 5090 

nn fa S&Oïïtf) Samuel fils de R. 

[U]y "naa inmafl [Il repose] glorieusement avec... 

M. Keramopoulos, ancien Éphore (conservateur-directeur) du 
musée de Thèbes, a bien voulu prendre et nous expédier l'estam- 
page de cette épitaphe, écrite sur marbre antique. Du côté droit de 
l'inscription, le marbre porte un trou de scellement provenant sans 
doute de ce que jadis la pierre avait servi à un autre emploi. Elle 
se trouve encastrée dans l'enceinte du jardin du D r Tsatsaris, pro- 
priété sise dans le lit du torrent de Dirké, soit à l'ouest de la ville 
de Thèbes. 

Pourtant, d'après ce que nous apprend M. Keramopoulos, au dire 
d'un octogénaire cultivé, souvent dépositaire exact de traditions 
locales, le quartier juif à Thèbes était situé au point le plus élevé 
de la Cadmée, c'est-à-dire au sud de la ville. 

Cette pierre, qui à l'origine comprenait au moins quatre lignes, 
ne présente plus qu'un texte très mutilé ; il manque le premier 

1. Communication faite à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres le 34 juillet 
1908. 



sept épitapiies hébraïques de gbèce 107 

mot dans les lignes i et 3. La phrase, inachevée dans la ligne 3, 
exigeait au moins encore une ligne à la suite ; toute la partie gaucbe 
a été brisée. 

Il en résulte qu'à la suite du nombre 5090 (= 1330), il y avait 
peut-être encore une lettre pour désigner une unité. — A la ligne 2, 
il manque le nom de L'ascendant du défunt. — Après la ligne 3, la 
fin de l'eulogie manque. 

On remarquera une particularité, dont, à notre connaissance, il 
n'y a pas d'autre exemple en épigraphie juive : c'est que l'épitaphe 
commence par la date et continue parle nom du défunt. — Les 
caractères dénotent des mains peu habiles en gravure. 

2o -n i [(?) n-nap dnt] .i 

6aib«3K -Y'no .2 

ranp b« 'qooa n^N "iir> .3 

wt2 tD^nbN ba nmai .4 

^b*n« isapbi : "itaia ypob a"a 'i dv .5 

"•non " 2 nnpbi ï-ipTnnm -no vizxy .6 

nmaa nsu t"^ p 3, pnNi rnû» bis'n 'une .7 

ypra .8 

Traduction. 

1. [Voici le tombeau de] 

2. . . .fils de Maître Absalon, 

3. Que Dieu le garde ! Il soupirait après son saint, 

4. et son àme est retournée vers Dieu, 

5. le mercredi 23 Siwan (5)315 \ Des anges ont recueilli 

6. ses ossements, à la section « tu t'affermiras et prendras du fruit », 

7. péricope (où il est dit) : « Moïse et Aron tombèrent. » Il avait 17 ans 

en mourant, 

8. à Thèbes. 

A la ligne 2, c'est très probablement le nom du défunt qui 
manque, puisqu'après le nom du père, qui termine cette ligne, on 
trouve, au commencement de la ligne 3, une eulogie applicable 
seulement à un vivant. Ce vœu prouve que le père a survécu 
au fils. 

Ligne 4. Cette locution, servant à formuler la croyance à l'im- 

1. Ps., LXXXIV, 3. 

2. Nombres, xxm, 20 (section *p nbtfî). 

3. Nombres, xiv, 5. 

4. Correspondant au 12 juin 1355. 



408 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mortalité de l'âme, se retrouve sur l'épitaphe de Don Méir Halévi, 
dit Aboulafia ben Salomon Allavi \ mort à Tolède en 1349, de 
même que l'idée du désir, exprimée dans la ligne précédente, se 
retrouve, avec les mêmes termes, dans l'épitaphe d'un Isaac ben 
Israël mort en 1303 dans la même ville 2 . 

Ligne 5. La légende de l'intervention d'anges, auprès d'un mort 
éminent, est déjà, comme on sait, formulée parle ïalmud 3 . 

Ligne 6. Dans la phrase biblique utilisée par le rédacteur de 
l'épitaphe, et qui fait allusion à la lecture sabbatique correspon- 
dante, le dernier mot *nDE, « du fruit » (à l'état construit), peut 
aussi se traduire : « de mon fruit », et viser le défunt 

Ligne 8. Le seul mot de cette dernière ligne, mis à la place 
occupée d'ordinaire par une eulogie finale, arrête le lecteur de 
prime abord, d'autant plus que c'est une façon fort rare d'indiquer 
le lieu de décès. Cependant, dans le présent cas, on chercherait 
en vain l'abréviation par initiales d'une eulogie, et il n'y a pas à 
douter, par conséquent, que le mot yrri est l'équivalent hébreu 
du mot Thèbes, tel qu'il a été adopté par les Juifs thébains au 
moyen âge, conformément à l'usage fréquent parmi les Juifs du 
temps d'approprier un nom biblique, qui se rapproche autant 
que possible de l'énoncé du nom européen. C'est ainsi, nous fait 
remarquer M. Belleli, que pour le nom de Candie et pour rendre 
hommage à ses savants, on a trouvé la gracieuse identification de 
rm ip (nid de science). Or, yan est un nom de lieu palestinien, 
situé non loin de Sichem (Juges, ix, 50, et II Samuel, xi, 21), 
appelé aujourd'hui Tubds, à quatre lieues au nord de Sichem 4 . 
Enfin, ce même nom appliqué à la ville grecque se trouve ainsi 
correctement écrit à la fin d'un ms. hébreu de la Bibliothèque 
Bodléienne, à Oxford, dont le colophon, écrit en 1267, est ainsi 
conçu 5 : 

.yaT t-mpa ^f nsra ira mia* 'n Dr \vom unna tabias 

Dans notre épitaphe, il est vrai, l'avant-dernière lettre est un t 
au lieu d'un n ; mais on sait que, dans la prononciation des deux 
labiales b et v, la confusion est fréquente. 

1. V. Rapport sur les inscriptions hébraïques de l'Espagne (1901), Tolède, n° 49, 
p. 331 [103]. 

2. Ibid., p. 303 [75]. 

3. j. Kilaïm, 32 6, en haut (trad., t. II, p. 316) ; Ketoubot, 35 a ; b., 104 a. 

4. Voir Robinson, Neue biblische Forschungen, p. 400 ; Guérin, Samàrie, t. I, 
p. 357 et s. 

5. Catalogue Neubauer, n° 2518 ; Fac-similia, pi. xxiv. 



SEPT ÉPITAPHES HÉBRAÏQUES DE GRÈCE *09 

Ce marbre, qui jusqu'à présent se trouvait emmuré dans la 
maison de M. Condos, sise dans le môme quartier que la précé- 
dante épitaphe, est maintenant transféré au musée de Tbèbes, et 
c'est également aux bons soins de M. Keramopoulos que nous 
devons l'estampage. 

3° Le texte suivant nous est parvenu dans un état déplorable. 
L'estampage, qui laissait déjà à désirer à cause du caractère très 
fruste des lettres, a encore souffert du voyage, de Délos à Paris. 
La pierre faisait primitivement partie d'une base de statue sur 
laquelle il y avait un mot grec, dont subsistent encore les deux 
lettres A I. Voici ce que l'on peut lire : 

*-n[p] i 

t-nnb 2 

w>p ïh]Nb . . . . .3 
Wa !ipn .... [*— n] .4 

(?) 3>"3 031DÏ1 !-172[blD] .5 
ri3tt5 !-T 3 3T n 73 .6 

s-rparb op[n] .1 

Laissons de côté les deux premières lignes. A partir de la ligne 3, 
on peut supposer, mais sans en être certain, qu'on est en présence 
des noms du défunt et de ceux de ses ascendants : « Léon Gaïmi, 
« fils de . . .rcah, petit-fils de Salomon, l'administrateur défunt. . ., 
« l'an [8] 160 de l'ère de la création » [= 1400). 

La lecture du nom de famille Caïmi nous a paru telle, parce que 
c'est encore actuellement un nom porté par un littérateur israélite 
de Corfou ; mais il faut reconnaître que, dans le dernier mot de la 
ligne 3, les lettres ne se lisent pas avec certitude. 

Ligne 4. La fin du nom propre qui subsiste est probablement un 
mot analogue, comme forme désinente, à celle de Marco. 

Lignes 5 et 6. Après avoir désigné le père du défunt, l'épitaphe 
porte, à la fin de la ligne 6, deux lettres douteuses : si ce sont les 
initiales de "p* im3, « qu'il repose au Paradis », ne font-elles pas 
double emploi avec l'abréviation probable (qui figure à la ligne 6) 
d'une autre eulogie ? Dans les cinq premières lettres de la ligne 6, 
ne peut-on pas voiries initiales des mots *m*a srvm Ntrn inmitt 
D^nrj, « que son repos soit enveloppé dans le faisceau de la vie - ? 
Il est permis d'attribuer la seconde eulogie, non plus au père, mais 
au fils défunt. 

Les quatre épitaphes suivantes sont conservées dans le cimetière 
de Cualcis, où M. le rabbin Nissim Obadia Simha a pris, au corn- 



HO REVUE DES ETUDES JUIVES 

mencement de janvier dernier, une copie que M. le professeur 
Lambros a eu l'obligeance de nous communiquer : 

4" *"3 taibMK -j'i'n'in? tabttn ûann nbvrj r-nnap na£7: n«T 
iViû'n roiD '-DibN iznnb ""îa^n û*na nabi* rrab — icûdsu) 

Voici la stèle funéraire de l'excellent savant parfait, le rabbin Absalon, 
qui repose au paradis; il est parti pour sa demeure perpétuelle le cin- 
quième jour du mois d'Eloul l'an 5356 (= 28 août 1596). 

5° tamaN na nai::n nabtt mw mujTsn n-nap fc-a^ta 

a'o'to'n nara ^-n» unnb "oia ara ï-nsaw j"3 ^rnbwD 

Stèle funéraire de la distinguée dame Malca, fille d'Abraham Schealtiel 
qui repose au paradis, décédée le deuxième jour du mois d'Adar Tan 5363 
(= 12 février 1603). 

Après le prénom Malca, vient la formule usuelle d'eulogie, 
« que son âme soit enveloppée dans le faisceau de la vie ». Il est 
vrai que, d'une façon presque constante, cette formule se trouve à 
la fin des épitaphes ; mais il peut y avoir ici une exception, aussi 
bien qu'au n° 3 cette même formule est peut-être inscrite dès la 
ligne 6. 



'D 1 



6° brra "in I" 1 » -i\BN *b* q^it: nrsaïl rwiap nasa 

b"T ••piaibKiB» eamaa s-rba n"na nb^Di 'pntti 

a'j'io'n naiD ttn îznnb ww ûva '-moa 

Stèle funéraire érigée' pour celui qui est sans défaut, le valeureux, 
intelligent et supérieur, Maître Élie Abraham de Salonique, d'heureuse 
mémoire, décédé le sixième jour du mois d'Adar, l'an 5373 (== 26 février 
1713). 

7° — laDDiz: S"t iibii -irrba n"na Nsnm "paart n-nap nast» 
r-ï'rvi-i riDUî aN unnb -na? mi)7an ar: "i^biy nmb 

Stèle funéraire de l'intelligent médecin Maître Élie Halévi d'heureuse 
mémoire ; il est parti pour sa demeure perpétuelle le quinzième jour du 
mois d'Ab, l'an 5405 (= ô août 1745). 

D'autres inscriptions hébraïques existent encore dans les musées 
de la Grèce ; mais elles sont enfouies dans l'amoncellement de 
pierres qui encombrent les galeries. Cependant, il ne faut pas 

1. Allusion à II Sam., xxm, 1 (Rapport, p. 79). 

2. Littéralement : « Stèle de l'homme qui a été élevé en haut. » Le rédacteur s'est 
efforcé «le trouver une allitération avec la qualification suivante. 



SEPT ÉPITAPHES HÉBRAÏQUES DE GRÈCE \i\ 

désespérer d'en obtenir un jour la copie, sous l'impulsion du savant 
directeur de l'École française d'Athènes. Il suffira de lui rappeler 
que, dès le xvm e siècle, Fourmont avait rapporté de nombreux 
textes hébreux recueillis à Patras, que l'archéologue Lebas a 
examinés. 

A Mistra, une trentaine d'épitaphes analogues ont été copiées à 
deux reprises : 1° par M. Béis, docteur en philologie, qui depuis 
longtemps (m'écrit-on) s'est proposé de les publier ; 2° par M. Jean 
Hatzfeld. Peut-être y a-t-il encore une troisième copie, puisque 
notre collègue, M. Isidore Lévy, se propose aussi de leur consacrer 
une étude détaillée. 

Moïse Schwab. 



L'ADRESSE DE LA COMMUNE DE STRASBOURG 

A L'ASSEMBLÉE NATIONALE 

CONTRE LES JUIFS 

(AVRIL 1790) 



On connaît la Très humble et très respectueuse Adresse * que, au 
moment où l'Assemblée Nationale discutait l'admission des Juifs 
aux droits civiques, lui adressa la ville de Strasbourg pour deman- 
der le maintien de la condition « privilégiée» des Israélites d'Alsace. 
Les documents publiés ici et extraits des Archives municipales de 
Strasbourg 2 montreront sous quelle pression de l'opinion publique 
la municipalité avait décidé cette démarche. 

Dès le 23 août 1789, l'abbé Grégoire avait porté la question juive 
devant l'Assemblée 3 . Mais, bien qu'elle fût revenue à cinq reprises 
différentes 4 , aucune résolution définitive n'était encore prise en 
janvier 4790 quant aux Juifs alsaciens. Ceux-ci multipliaient leurs 
efforts pour se faire reconnaître les droits des citoyens actifs, et le 
28 janvier ils présentaient à la Constituante une pétition 5 pour 

1. Très humble et très respectueuse Adresse que présente à l'Assemblée natio- 
nale la commune toute entière de la ville de Strasbourg [Strasbourg, impr. de 
Levrault, s. d. ; in-4°, 14 p.) [Bibl. Nat., 4° Ld 18i .44 A]. Il en existe un autre état (Paris, 
impr. de Moutard, s. d. ; in-8°, 20 p.) [Bibl. Nat. 8°Ld 18 \44] et un texte allemand : 
Unlerlhànigste-gehorsamste Vorstellung der gesammlen Gemeinde der Stadt 
Strassburg a?i die Nalional-Versammlung (Strasbourg, impr. de Le Roux, in-4°, 
11 p.). Le texte français est réimprimé dans les Archives parlementaires de 1787 à 
1860, 1'- série (1789-1800), t. XII, p. 711-714. 

2. Liasse II, 79. 

3. A.-E. Halpben, Recueil des lois, décrets, ordonnances concernant les Israé- 
lites, p. XXXVI-XXXVII. 

4. ^.Séances des 3 et 28 septembre, 14 octobre, 21 et 24 décembre 1789. 

5. Pétition des Juifs établis en France, adressée à l'Assemblée Nationale le 
28 janvier 1790, sur l'ajournement du 24 décembre 1789 (Paris, impr. de Prault, 
1790; in-8°, iv-107 p.) [Bibl. Nat. 8° Ld I8i .37]. Réimprimée dans les Archives par- 
lementaires, l re série (1789-1800), t. XII, p. 720-733. 



L'ADRESSE DE LA COMMUNE DE STRASBOURG CONTRE LES JUIFS 113 

demander que leur situation fût réglée en même temps et de môme 
façon que celle de leurs coreligionnaires du Midi. L'émotion dans 
toute la province était considérable ' ; la ville de Strasbourg était 
en pleine «fermentation ». 

Les Juifs avaient surtout rencontré des défenseurs ta l'intérieur 
de la France 2 . Cependant, à Strasbourg même, il se trouvait un 
groupe de citoyens « assez éclairés et libres de préjugés pour sou- 
haiter aux Juifs la liberté civique 3 ». La Société des Amis de la 
Constitution 4 avait pris nettement parti pour les Israélites. L'un des 
secrétaires, M. Levrault 5 , avait demandé, le 17 février, de faire 
réfuter le récent libelle de M. de Foissac 6 , « qui pourrait devenir 
très funeste aux Juifs d'Alsace dans les circonstances actuelles ». 

Trois jours après, dans la même séance, où elle recevait comme 
membre Max Béer, la Société nommait une commission chargée 
des « affaires des Juifs » et, le 27, M. Brunck 7 lisait, « au milieu des 
plus vifs applaudissements», son rapport sur cette question de 
l'état civil des Juifs. Ce rapport, imprimé en suite dune délibéra- 
tion du 2 mars 8 , est suivi (p. 31) d'un extrait du procès-verbal de 
la séance du 27 février constatant que la Société adopte ce rapport 
en entier et décide de l'envoyer à la Société des Amis de la Consti- 
tution de Paris 9 pour le faire parvenir à l'Assemblée Nationale. 

1. Voir Véron-Réville, Histoire de la Révolution française dans le déparlement du 
Bas-Rhin, p. 46; E. Seinguerlet, L'Alsace française, Strasbourg pendant la Révo- 
lution, p. 54; E. Muhlenbeck, Euloge Schneider, p. 4 ; l'article de R. Reuss dans la 
Jewish Encyclopedia, t. I, v° Alsace ; etc. Sur l'attitude des représentants de l'Alsace 
à l'Assemblée nationale, cf. l'abbé J. Léman, la Prépondérance juive, l re partie, 
p. 142 sqq. ; L. Farges, La Question juive il y a cent ans, dans la Révolution fran- 
çaise, XI, p. 134 et 209; Ph. Sagnac, Les Juifs et la Révolution française, dans 
Rev. d'histoire moderne et contemporaine, t. I, les pp. 220 sqq. 

2. R. Reuss, Seligmann Alexandre ou les Tribulations d'un Israélite pendant la 
Terreur, p. 7. 

3. Expressions empruntées à une lettre de la Société populaire de Niort à la Société 
de Strasbourg (G. -F. Heitz, Les Sociétés politiques, p. 148). 

4. C.-F. Heitz, Les Sociétés politiques de Strasbourg pendant les années 1790 à 1795, 
extraits de leurs procès-verbaux (Strasbourg, C.-F. Heitz, 1863, in-8°), p. 13, 17, 18. 

5. Laurent-François-Xavier Levrault, imprimeur et homme politique (1763-1821), 
avocat, échevin, était en 1790 substitut du procureur de la commune. 

6. M. de Foissac, capitaine au corps royal du génie, commandant de la garde natio- 
nale de Pbalsbourg, venait de publier un Plaidoyer contre les Juifs des Évêchés, de 
l'Alsace et de la Lorraine (S. 1. n. d. ; in-8°, 109 p.) [Bibl. Nat., 8° Ld 18 *. 250]. 

7. Sur Brunck et les principaux personnages cités ici, cf. E. Bartb, Notes sur le 
hommes de la Révolution à Strasbourg (Strasbourg, Noiriel, 1881, in-8°). 

8. Rapport lu à l'Assemblée de la Société des Amis de la Constitution le 27 fé- 
vrier mil sept cent quatre vingt dix sur la question de l'étal civil des Juifs 
d'Alsace (S. 1. n. d., in-8», 31 p.) [Bibl. Nat. 8°Ld 18 '*.46]. 

9. Sur cette communication à la Société de Paris, cf. S. Lacroix, Actes de la Com- 
mune de Paris, t. VII, p. 552. 

T. LVIII, n» 115. 8 



1U REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cet extrait est signé : Barbier de Tinan, président ; Genthon, Levrault, 
secrétaires. 

Ce rapport, loin d'entraîner l'opinion publique en faveur des Juifs, 
devait donner lieu, au contraire, à une éclatante manifestation 
d'hostilité. En une sorte de référendum, la Commune presque tout 
entière allait faire effort contre l'émancipation juive. 

Le 31 mars, une députation de Strasbourgeois se présentait au 
Conseil général de la ville ' et lui remettait une pétition 2 demandant 
la convocation générale de la commune aux fins de se prononcer 
sur la question de l'admission des Juifs aux droits de citoyens. En 
môme temps elle annonçait le prochain dépôt d'un mémoire où 
seraient résumés les griefs du parti « anti-judaïque » 3 . La péti- 
tion, signée de plus de cent cinquante noms, était conforme à 
l'art 2/des Lettres patentes du 14 décembre 1789 sur la constitu- 
tion des municipalités. Le Conseil général, par une délibération du 
3 avril, fixa cette convocation au 7 et décida d'écrire à Schwendt, 
député de la ville 4 , pour obtenir de l'Assemblée Nationale qu'elle 

1 Ces indications et les suivantes sont tirées des Registres des délibérations du 
Conseil général et du Corps municipal, conservés aux Archives municipales de Stras- 
bour , _ Rappelons que le Conseil général était formé du Corps municipal (élu) et de 
notables élus en nombre double du nombre des membres du Corps municipal. 

2. Pièce n° I. 

3 Ce mémoire n'est autre, semble-t-il (voir la pièce II et, pièce III, le proces-verbal 
de L'Assemblée des Grands Capucins) que l'adresse imprimée sous ce titre -Ires- 
humble Adresse présentée à l'Assemblée Nationale par la Commune de Strasbourg 
duement assemblée, contre la pétition du droit de citoyens actifs faite le 28 jan- 
vier dernier au nom de 20.000 Juifs répandus en Alsace et contre un écrit inti- 
tulé • Rapport .. sur la question de l'état civil des Juifs de ladite Province 
(S l'n d n i in-4\ 11 p. [Bibl. Nat. 4-Lk7. 9509 1)]. Il en existe un texte alle- 
mand sous le titre de Unterthànigste Vorslellung der Gemeinde von Strassburg 
ilber eine Bittschrift, welche den **•■ Jànner dièses Jahrs im Namen der Juclen 
des Elsasses der National -Versammlung vorgelegt worden und ilber ein Werk 
belilelt « Abhandlung der Frage ilber den Biirgersland der Juden eben derselben 
Provinz » (S. 1. n. i. n. d., in-4°, 11 p.) [Bibl. Nat. 4°Lk7. 9509(2)]. Ce mémoire con- 
clut à la non-admission et il propose (p. 10) le groupement de tous les Juifs en un 
même canton d'Alsace et la constitution d'une a nouvelle Jérusalem »>. Au contraire la 
Très humble et très respectueuse Adresse remise à la Constituante contient les décla- 
rations suivantes (p. 15) : « Si les Juifs sont de bonne foi, s'ils veulent véntablemen 
devenir citoyens. . . qu'ils renoncent à leurs usages particuliers. . . qu ils détruisent 
eux-mêmes le mur qui les sépare de nous... qu'ils t'établissent librement^ dans les 
communes qui consentiront à les recevoir... » : il parait donc bien que la Très humble 
Adresse n'a été qu'un projet rédigé par les organisateurs du référendum, sans carac- 

tère officiel. . . . 

4 Sur le rôle de Schwendt dans la discussion de la question juive, voir R. Reuss, 
V Alsace pendant la Révolution française , t. II, et l'article du même auteur dans la 
Jewish Encyclopedia, t. I, ▼• Alsace. 



L ADRESSE DE LA COMMUNE DE STRASBOURG CONTRE LES JUIFS 115 

retardât encore sa décision. Le 8 en effet 4 la municipalité écrivait 
à Schwendt pour le charger de remettre à la Constituante une 
lettre ' en ce sens, et le marquis de Bonnay, président, annonçait à 
la Constituante, dans la séance du 13 3 , que « la ville de Strasbourg 
venoil d'envoyer une adresse pour demander que cette question fût 
ajournée ». 

Cependant à Strasbourg l'Assemblée générale avait eu lieu. Les 
citoyens avaient été répartis en autant de sections et divisions 
que lors des élections municipales du 3 février et les quinze assem- 
blées partiaires formant ces sections se tinrent aux endroits anté- 
rieurement désignés pour les Assemblées primaires. La réunion 
annoncée à son de cloche, chaque Assemblée fut ouverte par un 
commissaire délégué de la municipalité et, après constitution du 
bureau, lecture donnée de différentes pièces, dont la pétition du 
3 avril et une circulaire adressée à chacun des présidents par les 
citoyens Grasselly, Maton et Redslob, représentants des cent cin- 
quante pétitionnaires 5 . 

Le rapport publié ici permet de se rendre compte de la physiono- 
mie de ces réunions. Le lendemain de l'Assemblée, le corps muni- 
cipal avait chargé deux de ses membres, Fischer et Laquiante, de 
résumer les procès-verbaux des différentes assemblées. C'est le 
brouillon du rapport de Fischer, qu'on pourra lire plus loin 5 . Il 
rend compte des réunions de la tribu des Charpentiers, du couvent 
des Grands Capucins, de la tribu des Boulangers, de l'Église Sainte- 
Aurélie, du temple de Saint-Pierre le Vieux, du couvent des Petits 
Capucins, de l'hôtel du Gouvernement et du Temple Neuf. Le rap- 
port de Laquiante ne figure pas au dossier des Archives munici- 
pales, mais on y trouve les procès-verbaux isolés de sept autres 
assemblées qui permettent d'y suppléer. 

1. ici Ire écrite à M. Schwendt, Député à V Assemblée nationale par MM. les 
Maire et Officiers municipaux de la Ville de Strasbourg, le S Avril 1790. — Lettre 
de MM. le Maire et Officiers municipaux de la Ville de Strasbourg à M. le Prési- 
dent de l'Assemblée nationale, en date du 8 Avril 1190. (S. 1. n. i. n. il., in-fol. ; 
placard avec textes français et allemand juxtaposés en deux colonnes et destiné à l'affi- 
chage.) [Bibl. Nat. Fol. Lk7. 9508]. 

2. Sclnvendt remit cette lettre le 12 (R. Reuss, L'Alsace pendant la Révolution 
française, t. H, p. 32). 

3. Voir le résumé de la séance dans le Point du jour du I \ avril (t. IX, p. 1 . Le 
texte des Archives parlementaires {{*• série, t. XII, p. 711) et du Procès-verbal de 
l'Assemblée 'Nationale t. XVII, n" '!'■'&) dit seulement que celle Adresse est « relative 
à la demande des Juifs », mais le Journal des débals et décrets (u° 213) spécifie aussi 
que c'est une demande d'ajournement. 

4. Pièce n° II. 

5 Pière n° III. ms. de 7 p. in-fol. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tous unanimement constatent l'hostilité des assistants contre les 
Juifs. Quelques-uns sont encore accompagnés des listes sur les- 
quelles les votants avaient à formuler leur avis pour ou contre l'ad- 
mission des Israélites. Sur les listes « contre », avec les noms des 
plus modestes citoyens voisinent les signatures des illustrations 
strasbourgeoises, d'un Oberlin ou d'un Schweighauser. Parfois les 
opinions sont appuyées d'une formule énergique : « Conrad Bùchle 
sagt will nichts mit den Juden zu thun haben... Hans Gôts will 
niclits von den Juden wissen... Jacob Hafner sagt : Weg mit den 
Juden 1 ... » Lucien Ferrier, président de la garde nationale, écrit : 
« Je soussigné déclare que lors de ma présidance au Comité de la 
Garde nationale strasbourgeoise, mon plus grand embarras a été de 
calmer la Garde contre les juifs qui se présentoient aux portes pour 
y entrer avant la décision et qui s'y sont glissés dans la croyance 
d'y rester, surtout des Juifs mendians d'Allemagne, qui, encore 
aujourd'hui, attendent l'arrêté en leur faveur 2 . » Et, à côté, les listes 
des citoyens qui consentent à l'admission sont restées toutes 
blanches 3 . 

Déjà dans son cahier de vœux, le Tiers de la ville de Strasbourg 
demandait l'expulsion de Cerf Béer 4 . L'Adresse ne manque pas de 
reprendre ce x vœu secondaire ». On sait, en effet, dans quelles condi- 
tions l'influent munitionnaire avait réussi à s'établir dans la ville, 
lui et sa famille 5 , en dépit de l'exclusion dont étaient frappés les 
Juifs, et comment il s'y était maintenu malgré les efforts de la muni- 
cipalité. A l'Assemblée des Charpentiers, l'abbé de Boug, chanoine 
de la collégiale de Saint-Pierre le Jeune, saisit à nouveau cette 
occasion de protester contre cet établissement. La motion, aussitôt 
adoptée, fut communiquée aux autres assemblées, mais elle ne par- 
vint en temps utile qu'à huit seulement. Le Conseil général, dans 

1. Procès-verbal de l'Assemblée de Saint-Nicolas. 

2. Procès-verbal de l'Assemblée des Petits Capucins. 

3. Cependant les procès-verbaux signalent 3 voix favorables aux Juifs à l'assemblée 
des Enfants trouvés, 5 à Saint-Louis et 1 à Saint-Pierre-le-Vieux. L'édition strasbour- 
geoise de V Adresse signale en note (p. 3} ces 9 opposants. Cette note est tombée dans 
l'édition parisienne in-8°. 

4. R. Reuss, L'Alsace pendant la Réoolution française, I, p. 47. 

5. M. Ginsburger, Cerf Béer et son époque, conférence faite à Strasbourg le 
11 janvier 1906, traduite en français par E. Ginsburger (Guebwiller, impr. de J. Drey- 
fus, 1908, in-8°) donne, p. 29-33, la liste des membres de cette famille en 1784. — 
Voir sur Cerf Béer, I. Loeb, Les Juifs à Strasbourg depuis 1349 jusqu'à la Révo- 
lution, dans Annuaire de la Société des études juives, 2 e année, p. 154 sqq. ; et 
l'abbé J. Léman, L'Entrée des Israélites dans la Société française, qui consacre deux 
chapitres (p. 90 140, G c éd., 18S6) à « la ville de Strasbourg assiégée par un seul 
Juif ». 



L'ADRESSE DE LÀ COMMUNE DE STRASBOURG CONTRE LES JUIFS 117 

sa délibération du 10 avril, décida que cette circonstance serait 
signalée dans L'adresse à la Constituante '. 

Un autre incidenl marque les réunions du Temple Neuf et de 
la tribu des Boulangers. Levrault est violemment attaqué pour 

avoir signé le rapport de la Société des Amis de la Constitution. 
On proteste de ce qu'un personnage officiel ait ainsi pris parti 
pour les Juifs. On lui demande de donner sa démission de secré- 
taire. On demande même la suppression provisoire de la Société. 
Le père de Levrault essaie vainement d'intervenir. Nicolas Stelïan 
somme le substitut du procureur de la Commune de dire si oui 
ou non il est pour les Juifs; il propose même à rassemblée de le 
faire déclarer mauvais citoyen. Levrault répond par lettre <{uc, 
« pouvant être chargé de suivre l'exécution du vœu que la com- 
mune exprimera sur la question », il doit attendre ce vœu en 
silence; il affirme, en outre, n'avoir signé le rapport de la Société 
des Amis de la Constitution (dont il n'est pas l'auteur) qu'à titre 
de secrétaire et il nie que ce rapport ait été envoyé à l'Assemblée 
nationale, auprès de laquelle ni Barbier de Tinan, ni Genthon, ni 
lui n'ont appuyé la pétition des Juifs. Cette réponse est, d'ailleurs, 
loin de satisfaire les adversaires de Levrault, et la question sera à 
nouveau portée au Conseil général le 10 avril 2 . 

C'est à cette même séance que Fischer et Laquiante présentèrent 
leurs rapports et que fut choisie la commission chargée de la rédac- 
tion du mémoire à l'Assemblée nationale 3 . Le 12, le Conseil pre- 
nait connaissance du texte définitif de l'adresse et votait des remer- 
ciements au rédacteur ; , et le 28, lecture était donnée d'une lettre 
de Schwendt en accusant réception 5 . 

Cette manifestation ne devait pas rester isolée. La commune de 
Colmar réunie semblablement en Assemblée générale dans le 

1. Le texte de Y Adresse porte, en effet, cette remarque : « Quoique dans ses 
assemblées partiaires il [ce vœu] n'ait pas été unanimement prononcé, parce qu'il n'en 
a pas été question dans toutes, il n'en est pas moins certain qu'il est le vœu général... » 
(p. 18 de l'éd. in-8°). 

2. Avec tant de véhémence qu'un des membres se fait rappeler à l'ordre en deman- 
dant une fois encore la démission de Levrault comme secrétaire de la Société. Même 
après cette séance, cette question continue cà agiter l'opinion publique. Levrault ou 
un de ses amis publie un libelle portant ce titre : Uurger zu Slrassburg, gebt Acht 
auf euere Freyheit. 

3. Les membres de cette Commission étaient Kentzinger, Huguier, Zaepfel, l'abbé 
Rumpbr, Blessk r . notables, et Metzler, officier municipal. 

4. Son nom ne figure pas au procès-verbal. 

5. Délibérations du Conseil général, à cette date. Dans une lettre du 16, Schwendt 
se plaignait qu'elle ne lui fût pas encore parvenue (R. Reuss, L'Alsace pendant la 
Révolution française, II, p. 33). 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

courant d'avril se prononçait contre les Juifs *. Les petites localités 
suivaient l'exemple des grandes villes : Huningue fait imprimer 
une pétition à l'Assemblée nationale 2 . Ferrette adhère à l'adresse 
de Golmar 3 . La commune de Molsheim '' déclare également adhérer 
aux adresses de Strasbourg et de Golmar, et la municipalité de 
Bergheim demande même l'expulsion des Juifs de la province r \ — 
En février, les soixante assemblées de districts de la commune de 
Paris, appelées à se prononcer sur la même question, s'étaient 
déclarées favorables à l'émancipation 6 . C'est l'opinion parisienne 
qui allait l'emporter. 

L'Adresse slrasbourgeoise, en particulier, ne devait pas avoir le 
succès qu'en attendaient les organisateurs de cette consultation 
populaire. Les Juifs, il est vrai, n'étaient pas restés inactifs. Dès le 
9, Marx Béer, au nom des syndics généraux de la nation juive, 
avait écrit une lettre de protestation au maire de Strasbourg 7 . 
A la séance du 16, l'Assemblée nationale entendit la lecture d'une 
lettre de Théodore Cerf Béer, député des Juifs d'Alsace 8 . Il se 
plaignait que les affiches portant convocation de l'assemblée de la 
Commune eussent été posées dans Strasbourg le jour de Pâques, 
« jour auquel l'esprit du peuple a une haine plus active contre les 
Juifs », et que dans cette assemblée ceux qui avaient voulu parler 
en faveur des Israélites eussent été « renvoyés ». «Le danger, ajou- 
tait-il, devient plus pressant et il le sera sans doute dorénavant 

1 G Hoffmann, L'Alsace au dix-huitième siècle, t. IV (Golmar, H. Huffel, 1907, 
in-8°) p 520-522. Il publie à la suite (p. 523 et 529) des adresses du Directoire du 
Département du Haut-Rhin (31 décembre 1790) et des Administrateurs du district de 
Colmar (13 avril 1793) rédigées dans le même sens. 

2 Demûthigste und ehrerbietigste Bittschrift an die National -Versammlung. 
11 en existe un exemplaire aux Archives municipales de Strasbourg (II, 80) parvenu a 
la municipalité le 27 mai 1790. 

3. C. Hoffmann, op. cit., t. IV, p. 522, n. 1. 

4. Archives Nationales, DIV.56, n" 1638 : adresse ms. du 8 mai, parvenue à la Consti- 

^rlrchivês Nationales, DIV.56, n° 1638 : adresse ms. du 28 avril 1790. « Il habite 
parmi nous, y est-il dit, près de quatre cents Juifs qui tous par principe étouffent 
tout sentiment de justice et de probité envers nous. Ils regardent les Chrétiens comme 
des idolâtres ennemis que leurs docteurs invitent à piller et voler et suivent jour et nuit 
avec la plus scrupuleuse exactitude cette exhortation. Ils se font gloire entre eux des 
crimes qu'ils se remettent. . . » , f »* * *■ 

6. S. Lacroix, Ce qu'on pensait des Juifs à Paris en 1790, dans la Révolution 
française, XXXV, p. 97-117. 

7 R Reuss, L'Alsace pendant la Révolution, II, p. 25. 11 se plaint « des mauvais 
traitemens que quelques-uns d'entre eux ont reçu ces jours derniers et des menaces 
nouvelles qui leur sont faites ». 

8. Cette lettre est analysée dans le Point du jour, t. IX, p. 56. Elle fut 1 objet 
d'une protestation au Conseil général strasbourgeois (séance du 28 avril). 



L'ADRESSE DE LA COMMUNE DE STRASBOURG CONTRE LES JUIFS H9 

davantage jusqu'à ee que les auteurs de ces troubles auront perdu 
tout espoir d'empêcher l'Assemblée nationale de consacrer enfin 
en faveur des Juifs le vœu de la raison el de l'humanité. » Il con- 
cluail en demandant qu'il fût enjoint aux municipalités d'Alsace 
d'assurer l'exécution du décret du °2<S septembre 1789, mettant les 
Juifs sous la protection de l'Assemblée. Il devenait urgent de 
prendre 4 des mesures : après L'agitation du 7, le maire de Strasbourg 
avait dû faire protéger les Israélites par des gardes. — Rœderer 
transforma immédiatement celte pétition en un projet de loi qui 
mettait a nouveau les Juifs d'Alsace sous la sauvegarde de la Loi. 
Le projet fut adopté 1 . —La veille, le duc de La Rochefoucauld 
avait obtenu le renvoi de la question de l'état-civil au Comité de 
constitution, contre Reubell, qui demandait l'ajournement jusqu'à 
ce que l'Assemblée eût reçu les nouvelles observations que la pro- 
vince d'Alsace allait incessamment envoyer 2 . 

C'est dans ces conditions que le 20 3 Schwendt* remit Y Adresse 
au Président de l'Assemblée. L'adresse du 13 n'avait même pu être 
lue :i . Celle du 20, communiquée à la séance du soir, fut simplement 
renvoyée au Comité de constitution. Et c'est au Comité de consti- 
titution que s'adressera, le 19 mai, de Rourge c , pour protester une 

1. Archives parlementaires, l re série, t. XI1T, p. 17. 

2. Ibid., p. 69. 

3. Cf. la lettre de Sch'wendt du 22, dans Reuss, L'Alsace penchait la Révolution, 
II, p. 35, et Archives parlementaires, l re série, t. XIII, p. 152 (la table du volume ne 
mentionne pas ce petit incident). C'est donc à cette date que devrait être insérée dans 
les Archives parlementaires le texte de Y Adresse intercalé dans la séance du 13 

t. XII. p. 711-714). 11 suffit de comparer ce texte avec les indications du procès-verbal 
que nous publions pour être assuré que V Adresse dont nous avons pu suivre ainsi 
l'historique est bien celle qui avait été remise le 20, celle du 13 demandant simple- 
ment l'ajournement de la question. D'ailleurs, l'adresse approuvée le 12 par le Conseil 
général à Strasbourg aurait pu être difficilement communiquée le 13 à l'Assemblée. 
— M. S. Lacroix (Actes de la Commune de Paris, t. VII, p. 553) aperçoit la diffi- 
culté; mais il pense, semblc-t-il, que la même adresse remise le 13 a été lue le 20. 

4. Cf. la lettre du 22 Reuss, op. cit., Il, p. 35). Dans cette même lettre, il annonce 
<pi "il a l'ait imprimer l'Adresse pour la distribuer aux Députés. Ainsi s'explique ce 
second état in- 8°. 

5. Procès-verbal de l'Assemblée nationale, t. XVIII, n° 258 (13 avril) :« La lecture 
de cette adresse a été renvoyée à la séance dans laquelle l'affaire des Juifs seroit dis- 
cutée. » Schwendt (lettre du 16 avril, dans Reuss, op. cit., t. II, p. 33) se plaint d'avoir 
eu beaucoup de peine à faire entendre qu'il demandait la lecture de la lettre qu'il avait 
remise au président de la part de la Commune. 

6. J.-C.-A. de Bourge, Lettre au Comité de constitution sur l'affaire des Juifs 
(Paris, impr. du « Patriote françois », 19 mai 1790) [Bibl. Nat., 8° Ld 18 '\49], réfute 
point par point les objections de la municipalité de Strasbourg. Ses conclusions ont 
été réimprimées par S. Lacroix, Actes de la Commune de Paris, t. VII, p. 555. 
Notons ces indications caractéristiques (p. 28) : « Ce qui est de notoriété publique, c'est 
que les assemblées [du 7 avril] ont été indécemment tumultueuses; ceux qui s'y sont 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fois encore contre la manifestation de la commune de Strasbourg. 
Dès le 13 d'ailleurs 1 les Juifs lorrains avaient répondu aux incul- 
pations que Y Adresse dirigeait spécialement contre eux 2 . 

On saisit ici dans le détail, — et c'est pourquoi nous avons cru 
devoir y insister —, quelques-unes des résistances au milieu des- 
quelles l'Assemblée nationale essayait « d'aller jusqu'au bout des 
principes d'égalité civile et religieuse qu'elle avait proclamés ». 
Mais les préventions de Strasbourg et les préjugés de l'Alsace ne 
devaient pas l'empêcher de continuer l'œuvre qui allait aboutir au 
décret du 27 septembre 1791. Il y a des cas où « la Loi ne risque 
rien de prendre les devants sur l'opinion et les mœurs 3 . » 

P. -A. HlLDENFINGER. 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



I 

Copie de la pétition présentée au Corps municipal signée de plus de 
150 citoyens actifs pour demander l'assemblée extraordinaire de la Com- 
mune aux fins de délibérer sur l'envoy à l'Assemblée nationale d'un mé- 
moire contenant des représentations contre l'admission des Juifs. 

A Messieurs, Messieurs le Maire et Officiers municipaux de la Commune 
de Strasbourg. 

Messieurs, 

Guidés par la confiance respectueuse que nous a inspirée la manière 

distingués contre les Juifs étoient des prêtres ou des marchands. . . » Dans son rapport 
à l'assemblée générale des représentants de la Commune de Paris (29 mai 1790), 
Brissot déclare que M. de Bourge « pulvérise » les objections de la Commune de 
Strasbourg (Léon Kahn, Les Juifs de Paris pendant la Révolution, p. 100). 

1. Pour la date de cette réponse que S. Lacroix considère [Actes de la Commune 
de Paris, t. Vil, p. 553, n. 2) comme antérieure au 15 avril, cf. la lettre des députés 
et syndics de la communauté des Juifs de la Lorraine au Magistrat de Strasbourg, 
datée de Nancy, 14 mai 1790 : « Nous prenons la liberté de vous adresser cy-joint la 
Réponse que nous y [à VAdresse] avons faite et que nous avons adressée hyer à 
l'Assemblée nationale... » (A. Glaser, Geschichle der Juden in Strassburg [Stras- 
bourg, 1894; in-8°], p. 83.) 

2. Réponse des Juifs de la province de Lorraine à l'Adresse présentée à l'As- 
semblée Nationale par la Commune toute entière de la ville de Strasbourg (S. 1. 
n. i. n. d., iu-4 u , 24 p.) [Bibl. Nat., 4° Ld 184 .45]. 

3. X. Mossmann, Étude sur l'histoire des Juifs à Colmar, p. 52. 



L'ADRESSE DE LA COMMUNE DE STRASBOURG CONTRE LES JUIFS 12i 

touchante avec laquelle vous vous êtes voués au bonheur de nôtre com- 
mune, nous venons déposer au milieu de vous les inquiétudes et les 
allarmes que l'admission prochaine des Juifs dans nos murs répand 
parmi tous nos concitoyens. 

La distribution du Mémoire présenté par les Juifs à l'Assemblée natio- 
nale le 28 janvier dernier, celle d'un autre imprimé ayant pour titre : 
Rapport... sur la question de l'état civil des Juifs d'Alsace, qui nous etoit 
égallement inconnu et qui tout récemment doit avoir été mis sous les 
yeux de cette Assemblée, ont réveillé nos craintes sur les suites funestes 
de l'erreur dans laquelle on s'efforce de l'entraîner. 

Il est donc pour nous, Messieurs, de la plus haute importance de 
garantir l'équité de l'Assemblée nationale, d'éclairer sa justice et d'être 
admis à prouver sous ses yeux par les seuls aveux que ces écrits ren- 
ferment qu'accueillir la demande indiscrète des Juifs ou prononcer la ruine 
certaine et inévitable de nôtre commune entière seroit absolument une 
même chose. 

Un objet de cette nature, mérite assurément, Messieurs, toute vôtre 
attention; mais il exige des formalités indispensables, il faut préalable- 
ment que le vœu de la commune soit constaté d'une manière légale et 
pour cela il faut qu'elle soit assemblée. 

Nous avons l'honneur de vous présenter dans cette vue le nombre de 
signatures voulu par l'art. 24. des Lettres patentes du mois de décembre 
dernier, mais comme nos tributs existent, que ce mode d'assemblée 
habituelle vous paroîtra peut-être moins tumultueux, nous en abbandon- 
nons, Messieurs, le choix à vôtre sagesse, en vous suppliant respectueu- 
sement de vouloir bien, dans le cas où vous l'adopteriés, indiquer en même 
tems aux ci devant privilégiés et ci devant manans la forme, le jour et le 
lieu où ils pourront s'assembler, aux mêmes fins. Signés : Jean Gotfried 
Harschmidt, Philippe George Stromeyer, François Bianchi, Jean Jacques 
Reckop et fils, et autres citoyens au nombre de plus de cent quatre-vingt. 

Collationné et certifié conforme à l'original pour être en exécution de 
l'arrêté du Conseil général du 3 de ce mois communiqué aux 15. assem- 
blées primaires. (Signé :) Hermann, secr. de la municipalité, adj. 



II 

Monsieur le Président, 

Aussitôt que la pétition des Juifs nous a été connue, ainsi que l'Ecrit, 
dont MM. Barbier de Tinan, Levrault et Genthon ont cru devoir l'appuyer 
près de l'Assemblée nationale, nous nous sommes réunis au nombre de 
180, comme l'art. 02 des Lettres patentes du mois de décembre dernier 
nous'en donne le droit, pour délibérer sur les moyens de nous prémunir 
contre la surprise qui pouvait résulter des efforts calculés des Juifs, et 
du faux zèle des particuliers qui les soutiennent, au préjudice des intérêts 
communs de tous nos concitoyens. 



I2â REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En conséquence, nous nous sommes adressés à MM. les Députés de 
notre Province à l'Assemblée nationale pour les prier d'empêcher que 
nous ne fussions condamnés avant d'avoir été entendus, et d'avoir mis 
nos moyens de défense sous les yeux de l'Assemblée, nous avons en même 
tems arrêté qu'ils seraient consignés dans une adresse à laquelle nous 
nous proposons d'ajouter les nouveaux moyens qui pourront nous être 
offerts. 

La nécessité de la corroborer du vœu de notre commune, nous en a fait 
demander l'Assemblée générale que la municipalité nous a accordée, en 
ordonnant la lecture de ladite adresse, que par déférence nous avions 
eu l'honneur de lui communiquer. 

Mais avant que nos concitoyens en reçoivent la lecture, nous vous 
prions, Monsieur le Président, de nous permettre d'ajouter au compte que 
nous avons l'honneur de leur rendre de nos démarches patriotiques, 
l'extrait de la lettre, qu'un de MM. les Députés d'Alsace nous a fait l'hon- 
neur de nous écrire le 31 mars dernier. 

Elle porte que mes dits Sieurs les Députés ont fait leur possible jusqu'à 
présent, pour croiser les efforts des Juifs d'Alsace et pour retarder le 
rapport d'une affaire dont la décision peut tant influer sur le repos de 
notre Province. 

Elle recommande' de ne point retarder l'envoi de nôtre adresse pour 
être distribuée, en observant qu'il est essentiel qu'elle soit connue, et à 
cet effet imprimée dans les deux langues, afin de mettre les Départe- 
mens, si l'affaire n'est pas mise en délibération avant leur établisse- 
ment, à portée de s'élever contre une admission qui ne pourrait qu'être 
funeste à notre commune Patrie. 

Cette lettre prouvera à nos concitoyens, que, sentant la nécessité de 
l'intervention des Départements, nous avions prévenus dans nôtre adresse 
l'intention de nos Députés sur ce point. 

Il ne nous reste maintenant qu'à prier chaque Assemblée de ne point 
perdre de vue, qu'il est important de ne point retarder l'envoi de cette 
adresse, et que tous ceux qui adhéreront aux moyens qu'elle renferme, 
ils doivent la signer. 

Notre commission étant remplie, nous prions aussi les dites Assemblées 
de vouloir bien nommer les personnes auxquelles elles désirent confier 
les démarches ultérieures dans cette importante affaire, pour les éclair- 
cissemens et la correspondance qu'elle semble encore exiger. 

Nous vous prions instamment, Monsieur le Président, de faire donner 
lecture de la lettre à votre Assemblée, et d'aggréer les sincères assu- 
rances de la parfaite considération avec laquelle nous avons l'honneur 
d'être, 

Monsieur le Président, 

Vos très humbles et très obéissants serviteurs, 
Les Procureurs fondés de pouvoirs de 150 citoyens actifs : 
(Signé :) Grasselly, Chaton, J n Godfroid Redslob. 






L'ADRESSE DE LA COMMUNE DE STRASBOURG CONTRE LES JUIFS 123 



111 

Résultat dos délibérations sur la pétition présentée au Corps municipal 
par des citoyens actifs <U i La ville de Strasbourg au nombre de (...) déter- 
miné par La loi du 3 avril 1700, prises dans une Assemblée dos quinze 
sections de la Commune de Lad. ville, convoquée on vertu d'un arrêté du 
Conseil généra] dud. joui', lad. pétition tendant à constater le vœu de la 
commune sur la question de savoir silos Juifs doivent être admis à jouir 
des droits de citoyens actifs. 

III e Canton. Assemblée à la tribu des Charpentiers. — Président : M. de 
Dietrich, maire, nommé par acclamation. A été arrêté, après lecture faite 
des pièces énoncées dans le procès-verbal, notamment de l'adresse signée 
Grasselli, Chaton et Jean Geofroy Redslob, procureurs fondés de pouvoir 
de 150 citoyens actifs, dans laquelle se trouve transcrit l'extrait d'une 
lettre qu'un de MM. les Députés d'Alsace à l'Assemblée nationale a 
écrite auxd. procureurs fondés de pouvoir, sur les propositions de M. le 
Président : 

1° Que le Corps municipal sera requis de transmettre à l'Assemblée 
nationale le vœu de celte section, qui est non seulement que les Juifs 
d'Alsace ne soient pas admis à jouir des droits de citoyens actifs, mais 
notamment que le Corps municipal fera tous ses efforts pour en faire 
exclurre ceux qui habitent actuellement dans la ville de Strasbourg. 

2° Que la motion de M. l'abbé de Boug portant : « non seulement à 
n'accorder aux Juifs aucun droit de citoyen, mais à éloigner ceux qui se 
sont introduits dans cette ville par la faveur ministérielle » sera jointe 
aux représentations pressantes ci-devant faites aux mêmes fins par l'ancien 
Magistrat de cette ville et à toutes autres qui pouroient avoir le même 
objet pour en réunir les moyens dans un seul et même mémoire, qui 
seroit imprimé et distribué. 

3° Qu'il seroit écrit dès demain à M. le Président de l'Assemblée natio- 
nale et à M. Schwendt, député de la ville, pour les prévenir l'un et l'autre 
du Mémoire qui leur sera addressé, en les priant en même tems de différer 
jusques là toute discussion de cette affaire. 

4° Qu'il sera donné communication des arrêtés ci-dessus aux quatorze 
Assemblées primaires de la Commune, ce qui a été fait sur le champ par 
des députés particuliers mentionnés dans le procès-verbal de ce canton, 
signé par le président et le secrétaire. 

Les quatre arrêtés ci-dessus ont passé unanimement et par acclamation. 

XIV* section. Assemblée au Grand Couvent des Capucins. —Président 
M. Dournay, greffier adjoint de la Commission de tutele. 

A été arrêté, après lecture faite des pièces énoncées dans le procès- 
verbal, signé par les président, scrutateurs et secrétaire, 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Que l'Assemblée, en adhérant unanimement au contenu de l'imprimé 
Très-humble Addresse présentée à V Assemblée nationale far la Commune 
de Strasbourg duement assemblée etc. [a] déclaré expressément comme 
quoi son vœu est que les Juifs demeurent dans l'état où ils se trouvent 
sans pouvoir être reconnus pour citoyens actifs; qu'en outre les familles 
juives établies actuellement en cette ville, quoique précairement seule- 
ment, par la protection du Ministère et sous prétexte des fournitures 
pour le service du Roi, soient renvoyées au lieu de leur domicile. 

Au procès-verbal susdit en est adjoint un autre contenant les signatures 
des citoyens actifs de l'Assemblée au nombre de 99, paraphée ne varietur 
par lesd. président, scrutateurs et secrétaire. 

VI e canton. 1 re section. Section assemblée à la tribu des Boulangers. — 
Président : M. l'abbé Brendel, docteur et professeur de droit canon en 
l'Université épiscopale. 

Après lecture faite des pièces énoncées dans le procès-verbal, signé 
[par] mond. sieur président, les 3 plus anciens de l'Assemblée et le 
secrétaire, 

L'Assemblée a déclaré que son vœu le plus ardent est que l'Assemblée 
nationale soit suppliée de révoquer la permission accordée par forme de 
privilège au S r Cerf Berr et à sa famille ainsi qu'à d'autres Juifs d'habiter 
dans la ville de Strasbourg et qu'il ne soit plus accordé de semblables 
permissions sous quelque prétexte que ce soit. 

Et a été arrêté en outre qu'il sera donné communication de la présente 
déclaration aux quatorze Assemblées primaires, ce qui a été fait sur le 
champ parles personnes dénommées dans le procès-verbal susdit, auquel 
se trouve joint un second contenant les signatures des citoyens actifs de 
cette Assemblée au nombre de 23, signé comme le précédent par MM. les 
président, 3 plus anciens et secrétaire. 

Section assemblée dans VEglise de Sainte- Aurélie. — Président : 
M. Metzguer, receveur des dames religieuses de Sainte-Margueritte et 
notable de cette ville. 

L'Assemblée composée de 148 citoyens actifs, après lecture faite de la 
pétition qui formoit l'objet de la délibération, a déclaré unanimement sur 
l'appel nominal qu'elle regardoit l'exposé contenu dans lad. pétition 
comme essentiellement nécessaire et très fondé, en conséquence qu'il 
seroitfait d'instantes prières au Conseil général de la commune d'appuyer 
lad. pétition auprès de l'Assemblée nationale aux fins d'obtenir que les 
Juifs d'Alsace ne soient pas admis à l'état de citoyen, ce qui attireroit une 
foule de misérables Juifs allemands et polonois qui, en ruine deshabitans 
industrieux de Strasbourg, les forceroient d'émigrer. 

IV* Cay\ton.\2 e section. Section assemblée dans V église de Saint-Pierre- 
le- Vieux. — Président : M. Schoell père, citoyen actif de cette ville. 
Lecture faite des pièces énoncées dans le procès-verbal signé par mond. 



L'ADRESSE DE LA COMMUNE DE STRASBOURG CONTRE LES JUIFS 125 

S r Président, 4 citoyens actifs de l'Assemblée et le secrétaire, notamment 
delà motion de M. Scaramuzza \ aégotiant, produite à l'Assemblée de la 
tribu îles Charpentiers, il a été, sur les propositions de M. le président, 
arrêté par acclamation : 

l°De réclamer contre L'admission des Juifs aux droits de citoyen actif; 

•2° Que la pétition qui faisoit l'objet de la délibération seroit envoyée à 
l'Assemblée nationale. 

A quoi a été ajouté que comme les mêmes citoyens qui ont présenté la 
pétition annonçaient des additions à leur mémoire, ces additions et en 
tout cas le nouveau mémoire que Ton jugerait devoir être rédigé seroit 
préalablement mis sous les yeux de l'Assemblée. 

Au procès-verbal sus mentionné se trouvent joints des états par lesquels 
il appert que 120 citoyens actifs ont signé pour réclamer contre l'admission 
des Juifs et un seul pour y consentir. 

Section assemblée au Petit Couvent des Capucins. — Président : 
M. Oberlin, professeur en l'Université de la C. d'A. 

Lecture faite des pièces énoncées dans le procès-verbal signé par les 
président, commissaire du canton et secrétaire, notamment des arrêtés 
de l'Assemblée primaire aux Charpentiers et de la motion consentie à 
l'Assemblée de la tribu des Boulangers, et sur les propositions de M. le 
président, l'Assemblée, sur l'appel nominal, a déclaré unanimement 
adhérer à la pétition qui faisoit l'objet de la délibération. 

De plus que le Corps municipal sera requis de nommer un Comité à 
l'effet d'examiner le plus tôt possible les différens mémoires qui ont paru 
.relativement aux Juifs, de rassembler les motifs qui militent contre leur 
admission à l'état de citoyen, d'en former un ouvrage complet que l'on 
feroit imprimer après avoir été communiqué à tous les districts pour être 
addressé à l'Assemblée nationale, laquelle seroit suppliée de surseoir à la 
définition de l'affaire jusqu'à ce que le mémoire lui sera parvenu. 

Et en outre que tout privilège étant annuité, les permissions accordées 
à de certaines familles juives seroient censées non avenues. 

Au surplus l'Assemblée a acquiescé de même à deux motions particu- 
lières faites par quelques-uns de ses membres et dont il sera fait mention 
ci-après. 

Le procès-verbal susd. est suivi d'un état des signatures apposées par 
les citoyens actifs de cette assemblée au nombre de 206, certifié véritable 
par MM. le président, commissaire du canton et le secrétaire. 

H" canton. Section assemblée au Gouvernement. — Président M. Spiel- 
mann, officier municipal. 

1. On attribue à Scaramuzza un des nombreux ouvrages parus sur la question 
« Les Juifs d'Alsace doivent-ils être admis au droit de citoyens actifs? Lisez et 
Jugez (S. L, 1790, in-8°, 208-46 p., avec un froutispice allégorique) [Bibl. Nat., 
8° Ld ,8i .48j. L'auteur rappelle dans la dédicace à ses concitoyens que les vœux 
exprimés dans les Assemblées primaires du 7 avril 1790 ont secondé les siens. 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lecture faite de la pétition qui a donné lieu à la convocation de l'As- 
semblée, ainsi que des autres pièces dont il est fait mention dans le pro- 
cès-verbal, notamment des arrêtés des deux districts du Gouvernement 
et de la tribu des Boulangers, sur les questions posées par M. le président 
et une motion verbale d'un des citoyens actifs présens, il a été arrêté : 

1° D'adhérer tant à la pétition principale qu'auxdits arrêtés pris aux 
districts du Gouvernement et de la tribu des Boulangers; 

2° prier le Corps municipal de faire rédiger un second mémoire dans 
lequel seront présentées toutes les raisons qui paroîtront propres à déter- 
miner l'Assemblée nationale de ne pas admettre les Juifs aux droits de 
citoyen actif ni à celui d'habitation dans la ville de Strasbourg; 

3° Que la motion du S 1 ' Muller 1 , ancien régent, après avoir été mise 
par écrit sera communiquée aux Assemblées des autres districts. 

Sur tout quoi a été dressé procès-verbal, Signé par M. le président et 
le secrétaire et à la suite duquel se trouve un état des signatures des 
citoyens actifs de l'Assemblée au nombre de 193, signé par le secrétaire. 

Ve canton. Section assemblée au Temple-Neuf. — L'ouverture en ayant 
été faite par M. Laquiante, commissaire du corps municipal, une voix qui a 
paru générale a nommé par acclamation les anciens président et secrétaire. 

Mais sur l'observation de ce commissaire qu'une semblable nomination 
ne lui sembloit pas légale et qu'elle contrarieroit les instructions 2 de 
MM. les commissaires on procéda au scrutin, par lequel M. Demongé fils, 
receveur des finances, a été nommé président. 

La matinée se trouvant trop avancée et M. Demongé, ainsi qu'un grand 
nombre de citoyens, n'étant plus présent, la continuation de l'assemblée 
a été remise à 2 h. de relevée. 

Après que la proclamation fut faite suivant l'usage, M. le président 
prononça un discours, dans lequel, d'une part, il dénonça l'assemblée 
qui s'est formée dans notre cité sous le nom de Société des Amis de la 
Constitution comme injurieuse à tout citoyen qui ne peut qu'aimer et la 
loi et son Roi ; d'autre part, il observa à l'égard de la pétition soumise à 
la délibération de l'Assemblée que les vrais citoyens et propriétaires de 
cette ville ne dévoient pas, après les sacrifices incalculables qu'ils ont 
faits à la chose publique, s'attendre à la proposition de fraterniser avec 
un peuple sans foi, sans probité, sans serment connu qui le lie, auquel 
sa religion fait un devoir de regarder les Chrétiens comme d'implacables 
ennemis, dont il blasphème le Dieu qu'ils traitent imposteur 3 (sic). 

•1. Cette motion rédigée en allemand figure parmi les pièces annexes du procès- 
verbal de cette Assemblée. Elle comporte 7 p. in-fol. et est signée : « Friedrich 
Wilhelm Muller, ehemaliger Lclirer am Gymnasium. » 

2. Un exemplaire de ces instructions ligure au dossier II 79., simple rappel des for- 
malités habituelles de session des Assemblées primaires. 

3. Le Procès-verbal de l'Assemblée du Temple-Neuf mentionne en outre une motion 
présentée à l'Assemblée des Charpentiers et interdisant aux Juifs l'accès de la ville les 
dimanches et jours de fêtes. 



L'ADRESSE DE LA COMMUNE DE STRASBOURG CONTRE LES JUIFS 127 

Motions particulières proposées dans différantes assemblées primaires 

à l'occasion des délibérations qui y ont été prises sur une pétition des 
citoyens actifs de cette ville tendant à constater le vont de la commune 

sur la question, si les Juifs doivent être admis à jouir des droits de 
citoyens actifs : 

Assemblée aux Charpentiers. — Motion de M. l'abbé du Hong, chanoine 
de l'église collégiale de S^lnerre-le-Jeunc de lad. ville, qui termine son 
mémoire remis a L'Assemblée du 3 e canton et est conçue en ces termes : 

J'opine non seulement à n'accorder aux Juifs aucun droit de citoyen, 
mais à persister dans l'éloignement de ceux qui se sont introduits dans 
cette ville par la faveur ministérielle. 

Même assemblée. S l -Pierre-le-Vieux. — Autre motion par écrit pré- 
sentée à lad. assemblée par le S. Scaramuzza, négociant, citoyen actif de 
cette ville, portant en substance : 

De ne pas accorder aux Juifs le droit de citoyen ; de ne pas les admettre 
à domicile ; de les transplanter ou de les restraindre aux bornes les plus 
étroites. 

Assemblée de S' -Pierre- le- Vieux. — Motion d'un grand nombre de 
citoyens actifs réunis à l'assemblée primaire de St-Pierre-le- Vieux : 

Qu'il soit représente au Corpi municipal, comme quoi au grand scan- 
dale du public et au détriment des parens et maîtres, les Juifs viennent 
les jours de dimanche et de fête en cette ville trafiquer publiquement 
avec les enfans et domestiques, avec prière instante d'interdire sévè- 
rement aux Juifs tout négoce et trafic auxd. jours consacrés au culte 
divin. 

Même Assemblée. — La motion du S r Scaramuzza rapportée ci-dessus a 
été produite de même à cette Assemblée. 

Assemblée aux Petits Capucins. — Motion proposée par un citoyen 
actif de L'Assemblée primaire aux Petits Capucins et adoptée par l'Assem- 
blée entière, ayant pour objet de demander au Gorps municipal d'inter- 
poser son autorité à ce que de la part de la Société de la Constitution il 
ne soit fait contre le vœu de la commune, à l'insu et sans l'autorisation 
dud. Corps municipal, aucune démarche tendante à favoriser les Juifs. 

Assemblée aux Petits Capucins. — Autre motion faite au même dis- 
trict par 3 citoyens actifs et à laquelle toute l'Assemblée a acquiescé, 
savoir : 

nue la famille du S r Cerf Béer, qui en vertu d'une permission minis- 
térielle habite dans cette ville, doit en être exclue et défense faite aux 
habitans de ne pas louer des chambres aux Juifs externes. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Assemblée au Gouvernement. — Motion d'un citoyen actif au district 
du Gouvernement, dont il a été convenu de donner communication aux 
autres districts. Elle porte l : 

\° De recevoir les Juifs comme citoyens actifs après qu'ils auront 
renoncé formellement aux règles de la morale et du dogme, qui trou- 
blent le repos, minent la sûreté et compromettent la dignité de l'État; 

2° Attendu que les Juifs ne souscriront pas à cette condition de 
répartir les 20,000 Juifs d'Alsace dans la province du Royaume où il n'y 
en a point du tout*. 

1. Par une mesure analogue on proposa, au début de la Terreur, de transporter 
dans l'intérieur les Alsaciens qui ne parlaient pas français et de les remplacer par 
des colonies de Jacobins français (Seinguerlet, Strasbourg pendant la Révolution, 
p. 208). 

2. Cette motion est celle de F.-W. Muller. 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

ANNÉE 1908 

(Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de l'auteur du livre, 
mais de l'auteur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.) 

1. Ouvrages hébreux. 

"PN72Ï1 *pN Biographies des rabbins hongrois, avec dissertations homilé- 
tiques et halachiques, par M. Stein. l ra livraison. Munkacz, chez l'au- 
teur, 1907; in-8° de 17 -f 13 + 15 ff. 

mcniraE m*mN Fédérations de sociétés chez les juifs et les non-juifs, 
par S. D. Levontin. Jérusalem, 1908 ; in-12° de 24 p. 

D^b^i-m *jv£ mriwX 'o Varianten und Ergânzungen des Textes des Jeru- 

salemitischen Talmuds nach alten Quellen und handschriftlichen Frag- 

menten ediert, mit kritischen Noten und Erlâuterungen versehen 

von B. Ratner. Traktat Pesachim. Piétrokow, 1908 ; in -8° de n + 142 p. 

V. le compte rendu de M. Bâcher, Revue, LVII, 308-311. Un bon compte 

rendu des volumes précédents, dû à M. Aptowitzer, dans la Menatsschrift, 

LU (1908), 307-316. 

UJ^pn "«DnDD 112JN mttiDrr n£"iN Répertoire de tous les noms propres qui 
se trouvent dans la Bible, biographie des personnages d'après la Bible, 
le Talmud et le Midrasch, description des pays, etc., par A.-Ch. Rosen- 
berg. 3° partie (rmnrrtT). New-York, 1908; in-8°. 

*m»ni Tiabnn ni£*iN The God idea in Talmud and other rabbinical 
sources, par J. Konovitz. New-York, chez l'auteur, 1908 ; in-8° de 
6 + ix -f 2 + 350 -f 44 p. D. 1,50. 

bino" 1 -linN Ozar Yisrael. An Encyclopedia of ail matters concerning Jews 
and Judaism, in Hebrew, complète in 10 volumes, J. D. Eisenstein, 
editor. Volume II : bl3"b». New-York, J. D. Eisenstein, 165 East Broad- 
way, 1908 ; gr. in-8o de xv -f- 320 p. à 2 col 

T. LV11I, n» 115, 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En 1894, Ahad Haam (L. Ginzberg) lançait l'idée d'une Encyclopédie du 
judaïsme ; esprit philosophique, il en traçait le plan avec une grande hauteur 
de vues, s'inspirant de l'Encyclopédie du xvni* siècle. Mais le projet n'aboutit 
qu'à la publication d'une livraison-prospectus. Plus heureux, M.Isidore Singer 
parvenait à mettre sur pied, en terre d'Amérique, les 12 volumes de la 
Jewish Encyclopedia (1899-1906), dont on peut dire presque autant de mal 
qu'on en doit dire de bien. Il y a quelques années, on projeta de publier en 
Russie une Encyclopédie générale en hébreu ; un Mécène du Cap devait en 
faire les frais. L'entreprise n'eut pas de suite. 11 était encore réservé à 
l'Amérique de mettre le projet à exécution. A peine la Jewish Encyclopedia 
était-elle terminée que M. J. D. Eisenstein annonçait la publication d'une 
Encyclopédie hébraïque, dont le premier volume a paru en 1907 (Revue, LVI, 
132), le second en 1908 et dont le troisième vient d'être distribué (mai 1909). 

L'éditeur précise ainsi, dans la préface, les rapports de son œuvre avec 
l'Encyclopédie anglaise : « Celle-ci, ayant eu pour but de relever le judaïsme aux 
yeux des non-juifs, a donné place à la biographie de personnages nés dans le 
judaïsme, mais n'intéressant nullement la religion et la littérature juives. La 
nouvelle Encyclopédie ne consacrera pas d'articles spéciaux aux savants et aux 
artistes juifs ; les plus célèbres seront groupés sous les rubriques « médecins, 
théâtre, athlètes ». Parmi les hébraïsants chrétiens, on ne citera que les plus 
connus. Les chrétiens qui ont défendu ou persécuté le judaïsme seront égale- 
ment étudiés dans des articles communs ; les rois et les hommes d'État seront 
classés d'après leurs pays; les convertis seront réunis à l'article D"Hto*l70. En 
revanche, de nombreux articles porteront sur l'histoire des Juifs et des com- 
munautés ; chaque communauté connue sera étudiée spécialement. Cette 
partie sera plus développée que dans la Jewish Encyclopedia». 

En général, la nouvelle Encyclopédie, loin de marquer un progrès sur sa 
devancière anglaise, n'en est qu'une adaptation. Quoiqu'elle prétende être 
composée « d'après les sources premières », beaucoup d'articles sont empruntés 
à la Jew. EncycL, et, pour que nul n'en ignore, la bibliographie ne contient 
alors d'autre référence que celle-ci. On ne s'est même pas appliqué à corriger 
les erreurs et à mettre à jour les statistiques. 

Là où elle n'est pas une traduction, cette Encyclopédie en hébreu ne laisse 
pas que d'être utile. Il y a des notions juives qui perdent à être habillées dans 
une langue moderne et les citations hébraïques y sont mal à l'aise. La littéra- 
ture rabbinique gagne beaucoup à être traitée en hébreu. Les termes techniques 
qui intéressent la halacha, l'exégèse, l'histoire prennent la place qui leur 
convient. Tels sont les articles : Y'-JK, ^""iriN, 31N et "lyurp, nfin imN 

îaa, nvin», •ppm t»d», npn b«, monbi s^npab un, niwn tion, 

*p7331 "pDN, 'n'n'D (jeunes des lundi, jeudi, lundi), etc. Mais, comme toute 
médaille a son revers, le vocabulaire de l'hébreu moderne est flottant ou arbi- 
traire pour beaucoup de notions, surtout s'il s'agit de néologismes. Celui qui 
veut se renseigner sur la variole pensera-t-ilà m^D^DN et se doutera-t-on que 
l'histoire de l'orthodoxie se trouve à OpYTimitt et la liste des incunables à 
Nb"n3"lp3 ,, N ? Les noms modernes, notamment les noms anglais, ne sont pas 
toujours faciles à orthographier en hébreu et certaines transcriptions ressem- 
blent à des déguisements, comme I^SNN pour Aachen (Aix-la-Chapelle). Du 
moins il aurait fallu ajouter toujours entre parenthèses l'orthographe origi- 
nale. Une innovation heureuse, dans la nomenclature, a consisté à grouper 
dans des articles d'ensemble les différents titres honorifiques, les différents 
objets d'une espèce, etc. Ainsi on cherchera ^3"i73N à CPT'pD et les 
liverces variétés de pierres à 13N (il aurait fallu joindre à ce dernier article 
les articles V3S "O^N et m:nù3 D^j^N). 11 eût même été bon d'aller plus 



BIBLIOGRAPHIE 134 

loin dans cette voie, à condition de multiplier les références. Une encyclopédie 
ne doit pas seulement résumer, mais encore synthétiser et systématiser les 

connaissances. Il ne faut pas confondre une encyclopédie avec un dictionnaire, 
comme le fait l'autour de l'art. fcr*lD'lbp' , £jN, qui énumère pêle-mêle les 
répertoires et les lexiques, les compendium et les Grundriss. D'un autre 
côté, une Encyclopédie du judaïsme ne doit renfermer que des articles intéres- 
sant directement le judaïsme. L'article Abyssinie est aux trois quarts superflu ; 
la première moitié de l'ait. Aiïstote pourrait tomber, et l'article Espéranto est 
à peu jircs inutile. Une Encyclopédie du judaïsme n'est pas une Encyclopédie 
à l'asage des juifs. Après le passade de la Préface que nous avons cité, on ne 
s'attendait pas à trouver des articles sur le joueur d'échecs Albert Alexandre 
et sur le diamantaire B. I. Barnato. 

On voit que l'éditeur ne s'est pas toujours fait une idée bien nette de sa 
tâche. Le superflu choque surtout quand il produit un défaut d'équilibre. 
Dans l'article Babel, un épisode sur les juifs de Nehardea rapporté par Josèphe 
(mais reproduit d'après lsaac Halévi !) occupe trop de place ; dans l'article 
mm 3 mb?2, la dissertation de Saadia sur 90 hapax est analysée en entier, 
et avec de l'arabe encore ! Le manque de proportions est sensible aussi entre 
les différents articles : Estori Parhi est traité bien plus généreusement qu'Ibn 
Daud, etc. 

Quoique la nomenclature joue un grand rôle dans une encyclopédie, nous 
passerions condamnation sur ces imperfections. Mais le fond de la plupart des 
articles ne satisfait pas aux exigences scientiliques. L'impression qui se dégage 
de l'ensemble est celle de l'absence d'esprit critique. Elle apparaît déjà dans 
la bibliographie, qui tantôt est absente et tantôt insuffisante. Pour l'article Ttt 
(fêtes païennes), il ne suflisait pas de renvoyer à Rapoport et à Schorr ; à 
l'article Abravanel, la seule monographie qui existe, celle de Schwab, manque ; 
à l'art. m4N, il fallait mentionner J. Mû lier, Briefe und Responsen in der 
vorgeonàisc'hen jud. Literatur ; à l'art, Hbstû M3173N/ l'ouvrage de 
Gûdemann. La bibliographie est divisée en Hebraica et en Judaica ; ceux-ci 
sont trop souvent cités inexactement. 

Pour la période biblique, on a écarté par principe la « critique supérieure » 
(Hif/her criticism), parce que les résultats en sont encore incertains. C'est un 
point de vue qui peut se soutenir. Mais est-ce une raison pour mêler, dans 
l'article Abraham, les données de la Bible et celles de l'Aggada ? L'art. Adam 
est ridicule et l'art. Aaron ne vaut pas beaucoup mieux. La biographie des 
personnages bibliques est faite principalement d'après A. Ch. Rosenberg, 
mtt'Cn niTIN. L'archéologie biblique CpiN, Û^m D"mtt) est traitée dans 
le même esprit. La table géographique de la Genèse fait autorité pour l'his- 
toire de l'humanité (s. v. Db"l3>H m731N) ; les nations païennes sont appelées 
D*73Nb et û^TJX parce que chez elles les enfants sont comptés d'après les 
mères, ce qui prouve la moralité des Juifs (s. v. 3tf ; I, 3 b). Ce ton apolo- 
gétique apparaît encore ailleurs. Les critiques modernes identifient Assuérus 
avec Xerxès (486-465), il serait donc antérieur à la destruction du Temple, ce 
qui est impossible (I, 246 b). La rivalité d'Ephraïm et de Juda se poursuit dans 
la lutte entre réformateurs et orthodoxes (II, 177 a). 

On attendrait plus de sens critique dans les articles consacrés au judaïsme 
post-biblique. H. Malter ne fait aucune réserve sur l'existence du péripatéticien 
juif Aristobule. L'article Ab (15) juxtapose différentes explications sans discuter 
ni conclure. La biographie des Tannaïtes et Amoras n'offre rien de nouveau. 
L'article Onkelos répète les vieilles histoires ; l'art. mblS'UN, les explications 
fantaisistes de B. Moussafia et de Kohut. L'article Eldad est plein de fautes, 
l'ait. A union est vide [lire Ephraïm de Bonn pour Ephraïm de Vienne). Pour 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'époque moderne, on récoltera beaucoup d'erreurs dans l'art. Û^33"l mDON 
et l'on découvrira que le grand-rabbin Isidor était un conservateur. 

Tant de bévues n'étonneront pas si l'on sait que les articles ont été confiés 
à des publicistes plutôt qu'à des savants. Le 1 er volume comptait 27 collabora- 
teurs, dont MM. G. Deutsch et Max-L. Margolis. Le second volume en compte 
46, dont plusieurs savants de notoriété. Seulement la contribution de ceux-ci 
est fort maigre : L. Ginzberg (Armilos), Gunzig, H. Malter, I. D. Markon 
(Boulan, roi kazare), S. Poznanski (Caleb Afendopoulo), Ratner (deux amoras 
du nom de ">nN), S. Rosanès (Aschkenazi [Beçalel], Bulgarie), A. Sarsowsky 
(Assyriolftgie). Mais le gros de la besogne a été abattu par l'éditeur ; près de 
la moitié des articles lui sont dus et quelques-uns groupent des faits et des 
textes intéressants, sinon complets. Parmi les plus soignés, citons : 1138, 

maEiN ie-ik, Dion rrnnN, "jb-^, banio-< y-ifi*, baa, isseriès, Estori 

Parhi, Albo, Amora (liste de 1812 amoras, dressée par A. Bernstein ; comp. la 
liste des amoras babyloniens en Palestine, logée, on ne sait pourquoi, à l'art. 
bN-ilO" 1 y-)N). Les articles Europe, Amérique, Angleterre, Antisémitisme, de 
G. Deutsch, sont bien informés. 

On ne peut que louer le style, simple et clair. L'impression est satisfaisante, 
quoiqu'on ait laissé passer beaucoup de fautes. Les gravures sont frustes et 
heureusement rares ; celles qui « illustrent » l'article Inquisition sont des 
horreurs. 

Bref, si l'on met à part quelques articles originaux, cette Encyclopédie est 
une œuvre de vulgarisation, qui rendra service au public auquel elle est destinée 
en le familiarisant avec les avant-derniers résultats de la science. 

"jroirr ma Biographie deJonatan Eibeschiitz, par L. Grùnwald. M.Sziget, 
1908; in-8» de 44 p. 

©11)3 ma Ghrestomathie talmudique, par Gh.-H. Rosenstein et Z. Roch- 

lin. 2« édition. Wilna, 1908 ; in-8° de 252 p. 
■p3N3 ma Consultations du rabbin hongrois Isaac Moïse Péris (1784-1854) 

avec une biographie de l'auteur, par son petit-fils Armin Péris. 

M. Sziget, impr. Kauffmann, 1908; in-8° de 189 (+ 2) p. 

nsoa Recueil d'articles de M. J. Bcrditschewsky. Gracovie, 1907; in-8° de 
19 p. 

ION "Ôm et ipin 173 ipT Le culte du Temple le jour du Grand Pardon 
d'après les sources talmudiqiies et les explications des écrivains posté- 
rieurs, par I. L. Wallfisch. Varsovie, impr. A. Baumritter, 1908; in-f° 

de 112 -f 182 + 4 p. 

main inai Controverse halachique entre Zerahia ha-Lévi et Abraham 
b. David de Posquières, éditée par B. Drachman. New-York, impr. de 
I. Rachlin, 1908. 

Sept lettres publiées d'après un ms. conservé à New- York. 

D" l ?3an "nan Interprétation et explications rationnelles de différentes ag- 
gadot dans les Talmuds et les Midraschim, par W. Mischel. Gracovie, 
1908; in-8° de 239 p. 

D^wan "nai D? rmn "na*r Les préceptes bibliques et rabbiniques, à 
l'usage des écoles, par J. Ch. Rawnitzki et Ch. N. Bialik. Odessa, 1907; 
in-8* de m -f 66 p. 



BIBLIOGRAPHIE 133 

""m N^i Consultations sur le Sch. A. Orah Hayyim, par J. A. Krieger. 
Piétrokow, impr. A. Rosengarten, 1908 ; in-f° de 162 p. 

laTOnia n?2 ?i 'o Preniièpe partie : réunion et examen des sujets et des 
règles contenus dans le Talmud et les Décisionnaires louchant les 
non-juifs, différences entre les sept nations idolâtriques et les chré- 
tiens, etc., par M. I). l'.ross. Vâcz, impr. L. Kotzburg, 1908; iu-s ' de 
(5 -f) xix -f 125 p. 

L'ouvrage se divise en six portes. La première, sur les sept Dations cha- 
naneenues, n'a aucune valeur pour nous. La seconde, sur les païens de 
l'époque talmudique, passe en revue les principaux textes et les explique 
généralement d'une manière satisfaisante ; c'est la meilleure de toutes. La 
troisième se rapporte au guer loschab, c'est-à-dire à celui qui accepta 1rs 
sept préceptes uoachidiques, et aux chrétiens, assimilés au guer loschab. La 
quatrième et la cinquième portes étudient les textes relatifs d'une part au 
respect du roi et de l'État, d'autre part à la validité des serments prêtés par 
des juifs devant les tribunaux. Eufin, la sixième examine sept passages talmu- 
diques ou prétendus tels, allégués par un prêtre hongrois contemporain 
contre le Talmud, et réfute ces accusations. — Ce livre n'est pas mauvais, 
mais ce n'est pas en hébreu que de tels livres doivent être écrits; la méthode 
de discussion et le mode d'exposition changeraient du même coup. 11 est vrai 
que l'auteur examine, dans sa Préface, la question de savoir si on peut 
« livrer », c'est-à-dire faire connaître la Loi aux non-juifs! — Beaucoup de 
fautes d'impression. 

nWVl Sermons pour tous les sabbats et pour les fêtes, par Isaac Nissen- 
baum. Wilna, L. Epel (Varsovie, impr. Garber), 1908 ; in-8° de 264 p. 

Quoique la prédication ne soit pas de notre domaine, nous avons plaisir 
à signaler ici ce recueil de sermons qui inaugure presque un genre nouveau. 
Dans ces 67 discours, prononcés dans le temple « Ohel Mosché », à Varsovie, 
l'auteur a renoncé au derousch classique en Russie et, passant par-dessus la 
forme bâtarde du sermon des rabbins français ou allemands, il a trouvé un 
genre approprié à un auditoire juif moderne, assez voisin de la conférence, 
mais animé du souffle oratoire et nourri des sentences talmudiques et mi- 
draschiques. Rien de solennel ni de creux; un discours substantiel et précis, 
qui aime le réel et le concret, qui attaque les problèmes de face et appelle les 
choses par leur nom. Ce qui fait encore l'originalité du recueil, c'en est 
l'unité d'inspiration. L'auteur est sioniste et tous ses discours sans exception 
développent l'idée sioniste, un sionisme large qui ne sacrifie pas les intérêts 
spirituels aux intérêts politiques et économiques, ni l'individu et l'humanité à 
la nation. D'une pensée et d'une langue également sûres, ce livre est une 
lecture des plus attachantes. 

rpbttnîi 2Nn Drame en trois actes, par H. Berger. Lembcrg, 1908; in-8° 
de 31 p. 

nviun TI1Z53 î-SjiENn Theologischer Dualismus in unserer myslischen 
Literatur, von S. Rubin. Podgorze, impr. Deutscher (Cracovie, Wet- 
stein), 1908 ; 57 p. 20 X M cm. 

Le titre hébreu est plus exact : « le Dualisme et ses traces dans la littéra- 
ture juive ». Mais les allusions aux croyances dualistes que l'auteur trouve 
dans l'Aggada et même dans la Bible ne sont le plus souvent qu'ingénieuses. 



134 REVUE DES ETUDES JUIVES 

m^W 1 ^ rnïran Hagahot Maïmoniot, par J. Wellesz. Berditschew, impr. 
Scheftel, 1907 ; in-8° de 27 p. (Tirage à part de )1în, VII.). 

Si l'on veut mesurer l'action d'un chef-d'œuvre même dans un milieu qui 
paraît réfractaire à son influence, on n'a qu'à considérer la diffusion du 
Mischné Tora. Quelque différentes que fussent la méthode de Maïmonide et 
celle des Tossalistes, le Yad s'imposa aux écoles talmudiques de la France 
septentrionale et de l'Allemagne, ainsi que l'attestent non seulement quelques 
citations éparses dans les Tossafot (p. 1), mais le Semag de Moïse de Coucy 
et les traités qui en dérivent. Dans la seconde moitié du xm* siècle, c'est en 
Allemagne que se concentre l'activité rabhinique, autour de Méir de Rothen- 
bourg (mort en 1293), qui domine tout le mouvement intellectuel et dont 
l'autorité est comparable à celle de Salomon b. Adret, son contemporain, 
pour ne pas dire à celle de Maïmonide lui-même, et sa mort tragique ajouta 
encore à son prestige l'auréole du martyre. Comme s'il prévoyait les malheurs 
qui allaient fondre sur les Juifs, Méir semble avoir pris à tâche de sauver de 
la destruction l'œuvre de ses prédécesseurs; autour de lui, on réunit, on 
résume, on extrait les travaux des écoles françaises et allemandes. Ce n'est 
plus une époque de production, mais de rédaction et de compilation. Méir 
écrit encore des Tossafot; et puis, comme pour renouveler un genre épuisé, 
il entreprend le même travail sur Alfasi et sur Maïmonide, préparant ainsi la 
voie à son élève Ascher b. Yehiel, qui combinera et fondra les deux courants 
de la littérature halachique. C'est de son école que sortent le Mordechai, qui 
suit le Rif, et les Hagahot Maïmoniot, qui accompagnent le Yad. 

Les Hagahot ne paraissent pas avoir obtenu en Allemagne autant de succès 
que le Mordechai', on ne les cite guère et les manuscrits en sont rares. Elles 
eurent une meilleure fortune en Italie, dont les rabbins recueillirent en partie 
l'héritage des écoles allemandes. On sait quels furent à cette époque les rap- 
ports politiques entre l'Allemagne et l'Italie; il est donc naturel que les rabbins 
italiens consultent leurs collègues allemands (Gùdemann, Erziehungswesen, II, 
193) et que tel rabbin allemand soit, suivant la remarque de M. Wellesz (Revue, 
LIV, 104-105), à cheval sur les deux pays. Quand, au début du xvi e siècle, on 
imprima le Mischné Tora, les Hagahot Mdimoniot furent un des commentaires 
qui entourèrent le texte et exercèrent, à défaut d'autres, la subtilité de plus 
d'un rabbin, comme le dit le prétentieux Messer David Léon dans une con- 
sultation publiée par M. Schechter (Revue, XXIV, 136-137). C'est cette com- 
pilation — car ce n'est pas autre chose — que M. Wellesz a jugée digne d'une 
étude diligente, où il a apporté ses qualités ordinaires d'érudition et d'ingé- 
niosité. Essayons d'en grouper et d'en coordonner les résultats. 

Sur la paternité des Hagahot, il règne une confusion presque inextricable, 
comme on peut le voir en déchiffrant l'article « Méir Cohen » dans le Catalogue 
de la Bodléienne par Steinschneider (col. 1703-4); l'homonymie, qui est le 
fléau de la littérature rabbinique, sévit ici avec intensité et, pour comble de 
malheur, un des auteurs présumés porte le môme nom que son maître. Ecar- 
tons les anciens chroniqueurs et bibliographes (p. 5-6), qui ne savent rien. 
Les premiers éditeurs, quand ils ne donnent pas l'ouvrage pour anonyme, 
l'attribuent à un élève de Méir de Rothenbourg ; c'était l'opinion courante en 
Italie (Messer David Léon, Le); elle peut reposer sur une tradition, comme sur 
la simple lecture du livre. Un témoignage plus ancien a été invoqué par S. 
Kohn, Monatsschrift, XXVI (1877), 128-130 (= Mardochai benHitlel, 42-44), 
qui a cru retrouver au moins l'un des auteurs de notre ouvrage dans la per- 
sonne de l'auteur du Mordechaï. En effet, Joseph Kolon, qui florissait en 
Italie au xv e siècle et qui fut en relations avec des Allemands, cite deux fois 
dans ses Consultations (n'" 1 et 160; f° 1 d et f° 124 d-125 a dans l'éd. de 



BIBLIOGRAPHIE 13ÎJ 

Crémone : D n tM "Hob DWlDft nimîîna "OTïEn ; la seconde citation 
se retrouve presque littéralement dans les Teschoubot Maïmoniot (H. Ischout, 
n° 8), dont Mordechaï ben HHlel serait ainsi l'auteur. M. Wellesz combajt 
cette attribution \\). 19-20] ; d'après lui, Kolon vise une collection de Consul- 
tations de Méir de Rothenbourg ifaite par Mordechaï ?) ; mais ces Consultations 
étaient-elles rangées, comme il l'assure, dans l'ordre des sedarim de la 
Misrhna ? Plus loin [p. 25* 26), il revient à la charge et, pour renforcer son 
argumentation, relève les divergences entre les passages parallèles des Hagahot 
et du Mordechaï : niais personne ne soutient que Mordechaï b. Hillel est 
l'auteur de toutes les Hagahot. Faut- il donc interpréter comme Kohn le témoi- 
gnage du Maharik? Voici peut-être la solution de ce petit problème. La Biblio- 
thèque de L'Ecole Rabbinique de Fiance possède un manuscrit du Mordechaï 
écrit en 1404; dans cette copie, le Mordechaï est suivi en appendice — après 
Vexplicit et la signature du copiste — d'un certain nombre de consultations, 
qu'on retrouve soit dans le Mordechaï, soit dans les Maïmoniot, soit ailleurs, 
le tout intitulé : Û^1D5 "1*135 mD^12n m 3"nDP, exactemeut comme dans 
Kolon, et la deuxième citation de celui-ci y ligure mot pour mot (nous ne 
voudrions rien garantir pour la première). On peut donc admettre que Joseph 
Kolon possédait un exemplaire du Mordechaï de la même classe, où des con- 
sultations sur Naschim étaient annexées au Mordechaï. 

Mais voici une autre piste. Les Hagahot Ascheri citent une fois (Ilitch. 
Pesah., 6) : y"3 û""in b"Q *J"|?3">"»7J îl"3n; un manuscrit vu par Azoulaï 
portait également le nom de Méir ha-Cohen, qui se trouve d'ailleurs dans les 
Hag. Maïm. elles-mêmes (H. Sabb., v, 60 : ^"fZITl T^V)- M - W. réunit 
p. 6, puis p. 10) ce que nous savons de ce disciple de Méir de Rothenbourg et 
de ses relations. Il utilise à cet effet les Hag. Maïm.; mais dans cette compilation, 
nous ne savons pas toujours qui parle, surtout si, avec M. W., on y reconnaît 
plusieurs mains. C'est ainsi qu'après Kohn (op. cit., 24), il en fait le beau- 
frère de Mordechaï b. Hillel, ce qui a déjà été contesté par Cassel (Korê, 24 a, 
n. 3; — p. 6, lire : //. B., IX, 135, même correction à faire dans Kohn); après 
Back (R. Meir b. Baruck, 35, n. 2), il le fait demeurer à Rothenbourg, ce 
qui n'est pas prouvé non plus : il pouvait s'y trouver à l'école de son 
maître. 

Mais Méir ha-Cohen n'est pas le seul auteur des Hag. Maïm. d'après 
M. Wellesz, qui découvre dans cet ouvrage trois rédacteurs successifs. Le plus 
ancien s'intitulerait « copiste » (p^nyTO). Cet anonyme, qui est un disciple de 
Méir de Rothenbourg et tient un renseignement d'Isaac b. Méir (lequel a été à 
Troyes; ne serait-ce pas Isaac de Dùrcn ?) aurait jeté les bases du recueil 
en consignant les usages de son maître : il ne serait autre que Simson b. Sadoc 
(p. 13; M. W. fait des réserves sur cette hypothèse, p. 15). Après lui serait 
venu l'a écrivain » (apiDîl) : c'est Méir ha-Cohen, qui aurait rédigé les 
« notes » proprement dites (mrttrt), tirées de différents ouvrages, notam- 
ment de ceux de son maître (p. 16). Enfin, un ou plusieurs « ordonnateurs » 
("ITOTO) auraient mis la dernière main à l'ouvrage (p. 23) ; c'est à eux qu'il 
faut attribuer les textes où Méir de R. est cité par son nom, et non comme 
« maître » (ce pourrait être le fait des copistes ; p. 8, M. W. attribue au 
p^PTTS un texte qui a : D""in?3 "173N). Ainsi, non seulement M. Wellesz dis- 
tingue différents auteurs, mais il croit pouvoir délimiter la part de l'un et de 
l'autre, comme si chacun d'eux avait assumé une tâche particulière, celui-ci 
jetant son dévolu sur les « usages », celui-là sur les ouvrages du maître. Nous 
n'en savons pas tant. Son critérium extérieur n'est pas non plus inébran- 
lable : le même auteur peut se donner les titres de « copiste » et d' « écri- 
vain t. Que les Hagahot Maïmoniot aient été compilées par différents rabbins, 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

c'est possible; mais nous ne croyons pas qu'étant donnés la nature de. l'ou- 
vrage et son état actuel, il soit facile d'en dissocier les éléments et d'en 
distinguer les auteurs. — M. Wellesz avance d'ailleurs ses hypothèses avec 
beaucoup de réserve et quelquefois il parait les retirer lui-môme. C'est ainsi 
qu'il se demande à quelle époque l'auteur (au singulier) a écrit. L'ouvrage 
aurait été commencé du vivant de Méir, avant même son emprisonnement, et 
terminé dix ans après sa mort (p. 23-24). C'est beaucoup de précision. 

Ce qui complique la solution de ces questions, c'est qu'il semble y avoir eu 
plusieurs rédactions des Hagahot Maïm., ou que nous n'en avons pas conservé 
la recension primitive, comme l'a remarqué Jellinek dans son D^UÎIp 
D"3to1!"t, p. 6 (le manuscrit vu par J. est le ms. Halberstamm 327, actuelle- 
ment au Jews' Collège, ms. Montef. 95, Catal. Hirschfeld, J. Q. R., XlVf 
179). L'ouvrage, qu'il est excessif de comparer aux Tossafot (p. 4), se compose 
de deux parties: les Hagahot, qui suivent le texte du Mischné Tora, et les 
Teschoubot, placées à la suite des livres (il y en a 221, réparties sur 8 livres) 
et se succédant dans le même ordre que les Hagahot. En d'autres termes, 
notre auteur, ne trouvant pas de place pour les « consultations » dans ses 
« notes », les a rejetées à la tin de chaque livre. Les Consultations de Méir de 
Rothenbourg avaient été réunies dès son vivant par des élèves et c'est de 
cette collection que Méir ha-Cohen s'est servi, y ajoutant des consultations 
d'autres rabbins (On sait d'ailleurs que les consultations qui figurent dans 
les recueils de Méir ne lui appartiennent pas toutes, v. Ltg, 359; un ms. de 
Parme contient des consultât, qui se retrouvent presque intégralement dans 
les Hag. Maïm., v. ibid., n. 3.) On voit que le principal intérêt des Hag. 
Maïm. est de nous avoir conservé un grand nombre de textes, d'enseignements 
et d'usages remontant aux rabbins français et allemands et surtout à Méir de 
Rothenbourg. M. W. a eu soin de réunir sous plusieurs rubriques les pas- 
sages qui ont trait à la vie et aux ouvrages de Méir : rapports de l'auteur 
(Méir ha-Cohen) avec son maître (p. 6-9); usages de ce dernier (p. 13-14); ses 
ouvrages (p. 17; les Hiddouschim sont-ils distincts des Tossafot?); ses con- 
sultations (p. 20-21). Sur deux points, nous ne sommes pas d'accord avec 
M. W. P. 7, il rapporte le fameux renseignement d'Ascheri (Kidd., I, 571 : 

b^spn ab nbin^b rrba'iD B'Pttia a-nassainro tn» "0"*:n b* vby ti»n 

vbN Nn** V38TI5 Hit"! Nb*i V3N "*5E ; il tranche la difficulté en lisant 
b"*3pn au lieu de b^apîl tfb. Mais sans compter qu'on ne peut pas corriger 
sans fa-çon un texte du Rosch , ce passage , qui a embarrassé tant de 
commentateurs, a été expliqué par Rack, op. cit., p. 15-16, à l'opinion du- 
quel s'est rangé D. Kaufmann (Monatsschr., XL, 186) ; la correction est donc 
inutile. P. 15-16, il voit dans N"p"nsiB"»N (Taschbetz, 207) la forteresse de 
Wasserbourg, où Méir fut d'abord enfermé; mais en ce cas il faudrait 5*1553.— 
P. 18, M. W. réunit les textes où sont citées des Tossafot; il est douteux que le 
nom ^TJ^b&t et le chiffre ïY'NI se rapportent au Rabiah ; enfin, la correction 
blfJ en ^Tia est inutile, car il existe un Eliézer de Tout. 

Observations et rectifications de détail: P. 3, le Mischné Tora a été achevé 
en N"72pm, v - Graetz, trad. hébr., IV, 352, n. ; p. 6, 1. 3 d'en bas, lire: 
'73 ; 3!1 ; P- 8, le texte de Hayyim 0. Z. ne préjuge rien sur le rite de Wasser- 
bourg; ib., n. 10, lire *\"y Ep; p. 10, 1. 2 et 3, intervertir D123 et nvnON; 
p. 11, ÎIltT DN est bon; p. 12, 1. 11, lire : b"D au lieu deb"n; ib., l'éty- 
mologie de « sargenes » n'est pas encore établie; peut-être faut-il compter 
avec la glose de Raschi sur Sabb., 120 a : ND n T"lUÎ (2 mss.), « sarrasine », 
vêtement ample à la manière des Sarrasins; la leçon des éditions N125' , D' , '")125 
est plus proche de « sargenes », mais que signifie-t-elle ? p. 16, *p "j 1125 73125 
Dn"13N, point d'interrogation et correction inutiles : c'est une consultation 



BIBLIOGRAPHIE 137 

de Simson de Sens, v. Revue, Vil, 41, n. 2: totrf., à. I., lire nbin pour 
ïlblN; p. 23, H faut lire a^naïTI pour "irttîTI ; i». 24, est-ce que les 
communautés rhénanes se réunissaient à Nuremberg? 

Par ces remarques, nous espérons avoir montre avec quel intérêt 'nous 
avons lu la savante étude de M. Welles*. Nous voudrions qu'il réunit mainte- 
nant tous les textes des Ha§. Maïm. qui intéressent la biographie des rabbins 
et rbistoire tics idées. Nous souhaitons aussi que les travaux qu'il nous a déjà 
donnes sur l'entourage de Méir de Rothenbourg le conduisent à en consacrer 
un au maître lui-même et à reprendre l'ouvrage resté inachevé de S. Back. 

■fil II I Traité de pédagogie juive, par I. I. Gales. Première partie. Saint- 
Pétersbourg, impr. I. Lurie, 1908 ; in-8° de vu -f 238 p. 

Cet ouvrage, édité par la Société pour la diffusion de l'instruction parmi 
les juifs, nous a paru fort bon. 

"psTim "piabn La langue et l'éducation, conférences de Achad-Haam 
(A. Ginzberg), S. Dubnow et J. L. Katzenelson. Cracovie, 1907; in-8° de 
39 p. 

nTiyn Recueil littéraire et scientifique. Tome I. Berlin, édition « Sinaï », 
1908; in-8' de 210 + 32 p. 

Le propre des « jeunes revues » est d'être prétentieuses. Celle-ci a pour 
titre VAvenir et pour programme « de tirer au clair les questions relatives 
au judaïsme et aux juifs ». Comment ces promesses sont-elles tenues ? 
M. S. Bernfeld, sous le titre d'Examen du judaïsme, commence une étude 
historique et critique des idées du judaïsme aux principaux stades de son 
développement ; dans un premier chapitre (p. 5-46), il traite du judaïsme 
biblique et prophétique ; il y accepte en gros les résultats de la critique, 
mais en y ajoutant des formules qui ont sans doute pour but de les rendre 
« juives ». C'est somme toute de la bonne vulgarisation. Que M. B. se défie 
seulement de la philosophie de l'histoire, qui n'est ni de la philosophie, ni 
de l'histoire. 

Ce n'est pas un article de vulgarisation, mais ce n'est pas non plus un 
article de science que celui de M. S. Hurwitz sur Juda Uallévi (p. 47-99). 
Le sommaire nous en parait caractéristique : « Luzzato, Hallévi etMaïmonide. 
— La racine de la foi et de la révolte. — Examen de la religion ; les oppositions 
et les répétitions. — Le déchirement de l'âme; la question de la persistance 
du judaïsme; la philosophie de l'Exil et la poésie de l'Exil; conclusion ». 
Ce résumé montre suffisamment, ce nous semble, que les idées de l'auteur ne 
sont pas bien claires, ni par conséquent son exposition bien ordonnée. Par 
exemple, ses tendances ne sont pas équivoques : il a voulu écrire une critique, 
et on dirait parfois une satire des idées du Kozari. S'il a raison de protester 
contre l'engouement dont on s'est pris pour Juda Hallévi dans certains cercles 
juifs, s'il a raison de soutenir que le Kozari ne connaît pas la théorie de 
l'évolution historique du judaïsme, il a tort, et grand tort, de prétendre que 
Hallévi n'est pas un philosophe, mais un dilettante et que ses raisonnements 
sont de grossiers sophismes — les mots y sont en toutes lettres. Quand même 
on pourrait ébranler quelques-unes des bases du système de Juda Hallévi, il 
n'en resterait pas moins que c'est une des constructions les plus belles et les 
plus originales que l'on ait faites du judaïsme. Les invectives de M. S. n'y 
changeront rien. 

Bar Tobia dans une première étude sur les Juifs et le judaïsme, disserte 
sur Bockel et Karl Marx (p. 100-121). M. Horodetzky reprend la biographie de 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

R. Israël Bescht, le fondateur du hassidisme (p. 122-139). Les tendances de 
l'auteur sont connues; elles n'apparaissent pas trop cette fois et le récit est 
instructif et attachant. — M. M. J. Bcrditchewsky examine les idées du publi- 
ciste et philosophe juif Ahad Haam (p. 140-164). — Amitaï (pseudonyme) 
présente des considérations intéressantes sur des questions juives actuelles, 
sionisme, etc. (p. 173-195). — Le reste du volume est rempli par des lettres 
et des comptes rendus. 

Au point de vue scientifique, le programme de cet Annuaire ne nous parait 
pas réalisé. Mais son titre nous invite à attendre et à espérer. 

Dans un supplément à pagination spéciale, M. Joseph Klausner commence 
une étude sur Jésus. Ce premier fascicule est consacré à la critique des sources 
juives, le Talmud et le Toledot Yéschou. M. K. ramène à leur réelle valeur 
les aggadot talmudiques, mais il ne va pas encore assez loin : en réalité, les 
rabbins ne savent rien sur le christianisme et son fondateur qu'ils n'aient pu 
apprendre par les chrétiens. 

bfcnu;^ imûnïi "jv^n^ Geschichte der judischen Messianologie kri- 
tisch tintersucht und im Rahmen der Zeitgeschichte dargestellt von J. 
Klausner. I. Theil : Die ji'idische Messianologie im Zeitalter derProphe- 
ten. Gracovie, impr. Fischer (Varsovie, Achiasaf), 1908; in-8° de 134 p. 
M. Klausner a publié en 1903 un ouvrage en allemand intitulé Die rries- 
sianischen Vorstellungen des judischen Volkes im Zeitalter der Tannailen; 
c'est une étude diligente et bien menée, mais où ne manquent ni les inter- 
prétations erronées, ni les appréciations contestables. Il se propose maintenant 
de reprendre l'histoire générale des idées messianiques chez les Juifs, sujet 
qui n'a été traité dans son ensemble, dit-il, que par D. Gastelli (Il Messia 
seconde- gli Ebrei, Florence, 1874) ; il aurait pu y ajouter maintenant le livre, 
plus populaire, de J.-H. Greenstone : The Mess'iah idea in Jewish history 
(Philadelphie, 1906). 

Dans la première partie, que nous avons sous les yeux, l'auteur étudie le 
messianisme chez les Prophètes et il entend par messianisme toutes les pro- 
messes d'avenir. Ainsi les passages du second Isaïe qui annoncent la restau- 
ration prochaine de Sion sont considérés comme messianiques. Cette définition 
large ne sera pas admise par tout le inonde sans contestation. C'est en se 
plaçant à ce point de vue qu'après avoir défini la croyance au Messie et les 
promesses messianiques (chap. i), expliqué la source et les origines de l'idée 
messianique (chap. u) et recherché les allusions messianiques dans le Pen- 
tateuque et dans les Premiers Prophètes (chap. ni), il passe en revue, dans 
les chapitres iv à xvi, Amos et Osée, Isaïe, Michée et Nahum, Sophonie et 
Habacuc, Jérémie, Ezéchiel, Obadia, les psaumes de l'époque de l'exil, 
Isaïe II, Aggée et Zaccharie I et II, Joël et Malachie, les psaumes de la période 
du second Temple, enfin Daniel ; dans un dernier chapitre (xvn) il résume et 
conclut. Partout il a soin d'expliquer les prophéties par le milieu historique 
et de mettre en lumière l'évolution des conceptions messianiques. 

On voit par ce sommaire que M. K. accepte en gros les résultats de la cri- 
tique biblique. On pourrait lui demander seulement s'il est prouvé que le 
Pentateuque et les Premiers Prophètes sont antérieurs à Amos et s'il est 
possible d'assigner des dates même probables à Nahum, à Sophonie, à 
Habacuc, à Obadia, à Joël. Critique modéré, il rejette les solutions extrêmes 
et se refuse à dépecer les textes sans nécessité aussi bien qu'à admettre des 
interpolations à tout bout de champ. Pour Isaïe I, il ne signale même pas la 
thèse radicale de Hackmann (Die Zukunftserwartung des Jesajas, Gœt- 
tingue, 1893). En général, M. K. — et nous l'en félicitons — n'a pas visé à 



BIBLIOGRAPHIE 139 

l'originalité; son principal guide parait avoir été K. Hûhn, Die messianischên 
Weissagungen des ismelitisch jildischen Volkes bis zu den Targumim 
(Fribourg, 1899 . Ce sont plutôt ses vues personnelles que nous incriminerions. 
Ainsi, après avoir montré que la délivrance messianique a été modelée sur la 
sortie d'Egypte, il soutient que c'est Moïse qui a été le prototype du Messie. 
Mais Moïse n'est guère connu des anciens prophètes, ni comme libérateur, ni 
comme Législateur. Pourquoi ne pas s'en tenir à David? M. K. a une lâcheuse 
tendance à chercher dans les mots difficiles des allusions à des personnages 
historiques. Ainsi ïtb'rçj (Gen., xlix, 10) désigne Salomon (p. 19), 15p*iat 'n 
(Jérém., xxiii. 6), Sédécias (p. GO-62); ai a est Gygès (p. 74). Nous pourrions 
contester encore l'exactitude de plus d'une explication; mais nous n'avons 
garde d'oublier qu'eu cette matière, il est souvent difficile de distinguer le 
vrai du vraisemblable et le probable du possible. 

Nous préférons louer M. K. pour la clarté de ses analyses, la méthode de 
ses déductions et la chaleur de son exposition. Sa langue manque un peu de 
simplicité et prodigue les néologismes inutiles; est-il bien nécessaire d'em- 
ployer des mots tels que J-pSÉNU" 1 ^ et des expressions telles que npb 
"^apN pbn? De tels abus sont plutôt faits pour discréditer l'hébreu comme 
langue scientifique. Et le principal mérite de ce livre, qui est bon somme 
toute, est de familiariser le public qui lit l'hébreu avec les résultats à peu près 
acquis de l'exégèse et de l'histoire bibliques. 

racrsn meuan Dialogue sur l'immortalité de l'âme, par S. Rubin, Pod- 
gorze, 1908 ; in-8* de 38 p. 

...""VPl Les Confessions de saint Augustin, traduites par P. Lebartow, 
avec introduction et notes. Londres, 1908 ; in-8° de x -\- 126 p. 

*W p«5bl "paiT Jargon ou hébreu? par M. J. Hellmann. Gracovie, 1908 ; 
in-8° de 56 p. 

Dans ces derniers temps un mouvement s'est dessiné en Galicie pour l'adop- 
tion du jargon judéo-allemand comme langue nationale. 

Uîinn ©blttîttil Lnn Biographies de Moïse Sofer, Akiba Eger et A. S. Schrei- 
ber, par S. Schreiber. Drohobycz, chez l'auteur, 1908; in-8° de (2 +) 
105 -f 8 ft. 

^DiD Dnn ■msiwi Novelles sur le traité Ketoubot {suite), suivies de 
deux consultations et d'un mxn Y'" 1 by onunp, éditées par M. Sofer. 
Szatmar (impr. N. Oesterreicher), 1908 ; in-f° de 2 -f 50 ff. 

p-nriDi D-'aaiûn miB* -m b? m»bs5ïn rmanin rmvi Les Dix tribus. La 
source et la nature de toutes les légendes et relations, examen de 
toutes les hypothèses anciennes et modernes et explication véritable de 
lénigme des dix tribus, par S. M. Lazer. Cracovie, éd. de « Hamizpa » 
(Drohobycz), 1908 ; in-8° de 121 p. 

Réimpression d'articles parus dans le nbttîn, XV (1902), augmentés d'un 
dernier chapitre. Voici le mot de l'énigme : les Hébreux des dix tribus sont 
revenus peu à peu en Palestine à l'époque du second Temple. 

Ttobnfi p3T3 tTTirrn ^n La vie des Juifs à l'époque du Talmud. 1DD 
fiunirw Monographie sur la ville de Nehardca, par M Judilowitz, avec 
des notes de A. Harkavy. Wilna, 1906 ; in-8° de v -f 87 fif. 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

"i"n"N **73Dn 'o Biographien und Grabsteininsehriften dcr Dajanim, Auto- 
ren und dcr sonstigen hervorragenden Manner der drei Gemeinden 
Altona, Hamburg, Wandsbek, von Eduard Duckesz. Ins Deutsche ûber- 
fcragen von Sal. Goldschmidt. Hambourg, A. Goldschmidt, 1908; in-8° 
de (6 +) 155 p. (part, hébr.) + (6 +) 55 p. (part. ail.). 

La trad. allem. est abrégée. — Dans un ouvrage antérieur, niDlfab !TlN 
(Cracovie, 1903), dont celui-ci s'annonce comme la deuxième partie, l'auteur a 
étudié les rabbins des trois communautés. — Sur un point de ces biogra- 
phies, l'année de la naissance de Jacob Emden, voir une notice de M. Munk 
dans la Israelitische Monatsschrifl (suppl. de la Jiidische Presse) du 8 avril 
1908 (n* 3). 

mban tûfcn Die fùnf MegiJloth ùbersetzt und erlautert von R. Breuer. 
2. Tcil : Ruth. Francfort, A. J. Hofmann, 1908 ; in-8° de (2 +) 60 p. 
M. 1,40. 

min "^ain rtiDttrt Pentateuque avecTargoum Onkelos, Raschi, Ibn Ezra 
et un supercommentaire sur ce dernier par J. L. Krinski. T. I : Genèse. 
Piétrokow, impr. A. Rosengarten (en commission à Francfort, Sanger 
et Friedberg), 1907 ; in-8° de 74 -f 562 p. R. 1,30. 

DTIPD3 D^DD rHDttn Cinq commentaires sur les cinq Meguillot, par Jacob 
de Lissa. Zaleszczyki, J. Klughaupt, 1907 ; in-8° de 49 ff. 

3b "nprt 'o Chikre Lew, Tnaim u. Amoraim, ihr Leben und Wirken, Gul- 
turarten, der heidnischen Gôtzendienstes, die Secten der Ghutâer, Zadu- 
câer u. Essâer, Polemik mit Juden-Ghristen, die rômischen Kaiser und 
die babilonische Dynastie der Sassaniden, nebst Erklârung historischer 
Stellen im Jerusalmischen und babilonischen Talmud aus den Quellen 
historisch-kritisch bearbeitet von LeopoldLandsberg. III. und IV.Theil. 
III. Der Tanna R. Meir, dessen Abstammung v. Proselyten ans dem 
Kaiserhause Neros. IV. Der Patriarch R. Simon b. Gamliel, seine Zeitge- 
nossen und seine Beziehungen zu r. Meir. Szatmar (Hongrie), Schwarz 
Farkas, 1908; in-8° de xxm -f- 158 -f 194 p. 

Livre étrange, qui tantôt attire le lecteur et tantôt le repousse ! La méthode 
de l'auteur est le derascb historique, qui interprète les textes aggadiques avec 
une naïveté charmante, mais sans perspective scientifique. Dans un défilé pit- 
toresque les explications les plus bizarres sont proposées (ntfîÉOtt est la 
Mysie, iritt est un Achéen, etc.), des interprétations fantaisistes des noms 
propres sont présentées avec le plus grand sérieux, les considérations les plus 
naturelles coudoient les plus invraisemblables. Il est inutile de s'arrêter à 
réfuter dans le détail un livre qui est un défi à la critique. — J. W. 

ûrpmTEn V^ n ^IIÏT Les Juifs du Yémen et leurs chants, avec 29 chants 
hébreux et les mélodies originales, par A. Idelsohn, Jérusalem, 1908; 
in-12° de 55 + x p. (Tirage à part du ^"N mb, éd. Luncz, XIV.) 

D^inn mpb" 1 Divergences halachiques des Tannaïtes et Amoras, par 
S. Neumann. Lemberg, chez l'auteur, 1908; in-f° de (3 -f) 76 ff. 

■jvnnn "mo^ Éléments de logique par G. Struwe. Traduit du russe par 
S. Barr. Odessa, 1908 ; in-8° de 64 p. 



BIBLIOGRAPHIE Ul 

D^bttJYV Jérusalem. Jahrbuch zur Befôrderung ciner wissenschaftlich 
genauen Kcnntniss des jetztigen und des alten Paliistinas, hcrausge- 
geben... von A. -M. Luncz. Band VII. Hei't 4. Jérusalem, 1907 ; in-8° de 
p. 279-370. 

Voici une brève analyse des matières contenues dans ce fascicule, qui ter- 
mine le vol. Vil. M. Wohlmann : Le Sambation el les Dix tribus (p. 279- 
305). Après avoir essayé de montrer qu'il y a eu deux exils des Dix tribus, 
l'auteur prétend que les exilés sont revenus à l'époque du second Temple et 
se sont établis en Galilée (cf. plus haut à niTH) ; il explique chemin 
faisant les aggadot relatives au Sambation et aux Dix tribus. Le travail ne fait 
pas beaucoup avancer la question.— L'éditeur poursuit l'histoire de la Haloucca 
(p. 306-321), qui se confond avec celle de la colonisation de la Palestine par 
les Juifs ; étude intéressante. — MM. Isaac b. Juda, J. Goldmann, V}"TV* et 
J. Slotuik expliquent un certain nombre de passages bibliques et talmudiques 
d'après les usages orientaux et la langue arabe (p. 323-342) ; la plupart de 
leurs explications appelleraient des réserves, mais dans l'ensemble, la tendance 
est louable et l'esprit suffisamment critique. — M. Toledano édite un fragment 
de l'itinéraire d'un pèlerin en Palestine (p. 343-345) et M. Abraham Danon, 
sept lettres écrites à diverses époques par des rabbins de Jérusalem ; elles 
n'ont d'intéressant que les noms des signataires (l'une d'elles est d'Azoulaï) et 
des destinataires (p. 345-360). — MM. A. Grùnhut, W. Rabbinovitz et S. J. 
Feigenbaum élucident divers passages du Yerouschalmi (p. 361-369) et 
M. Joseph Halévi (de Rischon-le-Tsion) relève les passages du commentaire 
de Raschi sur Temoura qui contiennent les mots ^735TD"1"P "pU3b, mais sans 
essayer de résoudre ce problème. 

bN-ua" 1 ynN mb A. -M. Luncz. Literarischer Palâstina-Almanach fur das 
Jahr 5669, 1908-1909. XIV. Jahrgang. Jérusalem, chez l'auteur, 1908; 
in-12° de 65 -f 192 -f 8 -f- 50 p. 

Sommaire de la partie littéraire : Les temples et oratoires de Jérusalem, 
leur emplacement, la date de leur fondation, leur histoire et leurs rites 
(p. 1-46; il n'y en a pas moins de 224). — A.-Z. Rabbinovitz : La Prophétie 
(p. 47-52). — A. Almaliah : Histoire de la communauté maghrébite de Jéru- 
salem (p. 53-88; rien de saillant). — A.-Z. Rabbinovitz : Nouvelle (p. 89-100).- 
A. Ben-Ychouda (Idelsohn) : Les Juifs du Yémen et leurs chauts (p. 101-154; 
rites, 29 poèmes, notation musicale de quelques airs). Etc. 

"innTn DDj"imb Consultations sur les règles de schehita et de teréfot, par 
J.-A. Krieger. Piétrokow, impr. A. Rosengarten, 1908 ; in-f° de 74 -f 4 
+ 196 p. 

D^nn rmaNtt Contes, par I. Fernhof. Podgorze, 1908; in-8° de 72 p. 

"Pttbnn N*n?: Chrestomathie talmudique, par N. Levin. Wilna, 1908 ; 
in-8° de 250 p. 

bfiTWJi sm» Extraits du Midrasch Tanhouma, addition à l'ouvrage de 
Heiman Aron intitulé « Beth vaad lachachamim » (Londres, 1902), par 
Izidor Goldberger. Szinérvaralja (Hongrie), impr. J. Vider, 1907 ; in-8° 
de (8 -h) 182 p. 

Maximes et sentences rangées par ordre alphabétique. 

nVw?b !TO Que faire 1 sur la décadence de la littérature hébraïque, par 
J. Klausner. Cracovie, 1907; in-8° de 24 p. 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n0V3H mil» L'Essence de la morale, par I.-J. Sirkis. Odessa, 1908; in-8° 
de 150 p. 

TH!l Waa nn» Sur l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la 
liberté de l'homme, par M. Z. Ahronsohn. Wilna, impr. Romm, 1908; 
in-8° de vin + 380 p , avec le portrait de l'auteur. 

D^fcopïi "Tito M'chaje Ha-Kraim. Skizzen und Typen aus dem Leben der 
Karaiten von Rubin Fahn. Halicz (Drohobycz, Zupnik), 1908; in-8° de 
110 p., avec le portrait de l'auteur. 

Ces scènes, prises sur le vif, de la vie d'une petite communauté caraïte 
perdue dans une ville d'Autriche, ont un intérêt plutôt documentaire que lit- 
téraire. 

h"nnyn plDbn \ihj2 Thésaurus totius hebraitatis et veteris et recentioris, 
par E. Ben-Jehuda. Tome I (nnja-a). Berlin-Schôneberg, Langen- 
scheidt, 1908; in-8' 1 de r>80 p. 

"jvir Dn3?j Homélies de Menahem de Rymanow, recueillies par son élève 
Ezéchiel Paneth. Bartfeld, impr. M. Blayer, 1907 ; in-4° de 43 ff. 

•pïiN ""DE Consultations de A. Alhadif. Jérusalem, chez l'auteur, 1907; 
in-f°de 2 -f 118 ff. 

mttbnïi nnD72 Glavis Talmudis, sive Encyclopaedia rerum, quae in utroque 
Talmude, Tosifta, Mechilta, Sifra, Sifre, Talmudicisque libris occurrunt, 
alphabelico ordine disposita. Auctore Michael Guttmann. Tome I. 
Livraisons i-iv. Vacz, imprimerie M. Kohn (chez l'auteur, à Csongrad, 
actuellement à Budapest), 1906-1908 ; in-8° de 320 p. Le volume de 
8 livraisons : 12 couronnes. 

La science rabbinique est si étendue qu'on a souvent essayé d'en dresser 
l'inventaire dans des répertoires alphabétiques. Le seul travail de ce genre qui 
ait été terminé, le p^]£' , *inD d'Isaac Lampronti, est une compilation pré- 
cieuse, sans doute, mais dépourvue de méthode et de critique. Pour réussir 
dans une telle entreprise, il faut une science étendue et sûre, l'esprit d'ordre 
et de synthèse et par-dessus tout l'amour du sujet que l'on traite. Ces 
qualités sont réunies par M. Michael Guttmann, ci-devant rabbin de Csongrad 
et récemment nommé directeur du Séminaire rabbinique de Budapest. Aussi 
l'œuvre est-elle digne de l'auteur. 

Elle est conçue sur un plan très-vaste. M. G. a fait entrer dans son Encyclo- 
pédie non seulement la Halacha, mais aussi l'Aggada, c'est-tà-dire l'histoire et 
l'archéologie, la littérature et la morale. Il ne s'est pas borné aux deux 
Talmuds et à leurs annexes ; il a embrassé toute la littérature rabbinique 
depuis les Halachot Guedolot jusqu'aux commentaires du Schoulhan 
Arouch. Il a même tenu compte des éditions récentes d'ouvrages anciens et 
des recherches des savants modernes. 11 n'a excepté de la nomenclature, sur 
le conseil de M. Bâcher, que les Tannaïtes et les Amoras, auxquels il compte 
consacrer plus tard un ouvrage spécial. 11 nous semble que, puisqu'il faisait 
entrer dans son recueil les noms propres d'hommes, il aurait dû y comprendre 
les rabbins ; autrement il eût fallu diviser l'œuvre en deux parties, celles des 
matières et celles des personnes. Inversement, il nous parait inutile de faire 
figurer dans une Encyclopédie, du moins dans des articles spéciaux, des 
phrases telles que birttt 1*7125 MMÏ 3* bn»tD 3N ou TO5 Tn3N 
nb^Tsb TiT-i "^NT niattb, etc. Une Encyclopédie n'est pas un Index. 



BIBLIOGRAPHIE 143 

Cette matière si étendue, M. G. ne la résume pas ; il traite chaque sujet 
avec tous les développements qu'il comporte : l'article 3N (père) occupe 70 et 
mémo 7S pages, l'article baN (deuil] à peu près autant. L'ouvrage complet sera 
donc très volumineux. Une telle extension pouvait être cause de dispersion et 
de confusion. L'auteur a su éviter ces défauts. D'une part, il domine ses maté- 
riaux avec une grande maîtrise, il les classe dans un ordre si simple que 
chaque chose se trouve à sa place ; des divisions et des subdivisions, des sous- 
titres et des manchettes facilitent les recherches. D'autre part, il a rejeté en 
note les discussions de détail, de manière à dégager le texte. Ce texte — c'est 
là une des caractéristiques «le l'ouvrage — se compose presque toujours des 
sources originales, citées intégralement et littéralement d'après la meilleure 
version, les passages parallèles étant indiqués en note. Chaque texte est pré- 
cède de la référence et forme un paragraphe spécial. Les mots difficiles sont 
expliqués entre parenthèses, autant que possible d'après Raschi. Ce procédé, 
dont l'auteur ne se départit que quand il est impraticable, p. ex. dans l'article 
Abot [Traité dé), où il se borne à analyser le traité, est excellent et n'appelle 
qu'une réserve : c'est quand il nécessite la citation d'un long midrasch. Ainsi 
l'art. Abraham reproduit en entier, et môme dans ses deux versions, l'histoire 
d'Abraham et de Nemrod : c'est du luxe. 

Cette méthode assure à l'œuvre une objectivité parfaite et permet de la 
consulter eu toute sécurité comme un ouvrage de première main, l'auteur 
s'étant borné, ce qui diminue à peine le mérite de la composition, à classer les 
textes et à les relier par des transitions quand il y a lieu. Dès lors, on le 
tiendra quitte de n'avoir pas épuisé la bibliographie de certaines questions, de 
n'avoir pas utilisé tous les travaux modernes et de n'avoir pas envisagé parfois 
le point de vue critique. Cette œuvre de science et de bonne foi est une des 
publications les plus import mtes dont se soit enrichie en ces dernières années 
la littérature juive. 

D\*OpH bi:N m-nsn û*i»3 Tn m-npb mnpa Texte und Untersuchungen 
ans dem Gebiete der karâischen Ehegesetzes nach handschriftlichen 
Qtiellen der Kaiserlichen œffentlichen Ribliothek zu St. Petersburg. 
Erster Band. Erstes Heft. nwrt hdo naTDan m"nyn nso Das Buch von 
den verbotenen Verwandschaftsgraden des Jeschù'aben Jehùda... zum 
ersten Maie herausgegeben von IsaakMarkon. Saint-Pétersbourg, impr. 
I. Lurie, 1908; gr. in-8° de xxm + 157 p. 

M. Markon a conçu le projet de publier des textes inédits qui sont conservés 
en manuscrit à Saint-Pétersbourg, et d'abord les ouvrages ou fragments d'ou- 
vrages caraïtes qui traitent des unions prohibées ou 'araïot. En 1898, 
M. Chwolson avait fait mettre au concours par la Faculté orientale de l'Univer- 
sité de Saint-Pétersbourg la question suivante : « Etablir documentairement 
la parenté des lois matrimoniales chrétiennes avec celles des caraïtes et 
expliquer la cause de cette parenté ». M Markon, élève de M. Chwolson, 
remporta le prix et, sur le conseil de son maître, il reprend maintenant la 
question sur une plus vaste échelle (v. D. Chwolson, Das letzte Passamahl 
Christi, 2 e éd., p. 176, n. 3). Le travail qu'il projette doit comprendre trois 
parties. La première contiendra : le T©.' 1 ?! "1DO de Yeschoua b. Yehouda 
(Livraison i), les chapitres aflérents à la question du rm£73n "IDO de Lévi 
b. Yéfet, du Court Commentaire sur le Pentateuque de Yeschoua b. Yehouda 
et le nTirP "1DO de Moïse Baschiatzi (Livraison n), divers fragments manu- 
scrits, ainsi que des notes, additions et corrections (Livraison m). La seconde 
partie sera consacrée aux textes arabes : le livre XI du Kildb el-Anwdr de 
Kirkisàui ^Livraison i), des extraits des Commentaires sur le Pentateuque de 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Yeschoua b. Yehouda et de Yéfet b. Ali (Livraison n), des fragments plus 
courts, suivis de notes, additions et rectifications (Livraison m). Enfin, la 
troisième partie exposera les recherches de l'auteur sur le développement des 
lois caraïtes relatives aux 'araïot et au lévirat. 

M. M. commence donc par une édition du nvi^ïl "IDO ou nU5^!l "ÏDO de 
Yeschoua b. Yehouda (Aboul-Faradj Fourqàn ibn Açad), célèbre auteur caraïte 
du xi e siècle, ou plutôt de la traduction hébraïque de cet ouvrage, dont l'ori- 
ginal arabe est perdu, traduction due à Jacob b. Siméon, élève de l'auteur. 
Cet écrit, qui expose la question avec beaucoup d'étendue, est fort important, 
non seulement parce qu'il a influé sur la halacha caraïte postérieure, mais 
aussi parce qu'il nous a conservé les opinions des auteurs antérieurs, à com- 
mencer par Anan (la citation de ce dernier, p. 100-103, est empruntée, d'après 
M. Poznanski, à sou Fadhdlika, v. Revue, XLV, 52, 184). L'éditeur s'est servi 
du ms. de Leyde Warner n° 41, qu'il a collationné avec deux autres de Saint- 
Pétersbourg. Les variantes sont relevées en note. Nous aurions voulu que M. M. 
expliquât les passages difficiles — et il y en a — du texte, au lieu de ne nous 
fournir que de la matière première. Force nous est d'attendre les notes 
promises. Nous aurions aimé aussi à connaître la solution du problème his- 
torique. M. M. y fait allusion dans une note de la p. xvm, où il se réfère 
aux travaux de Geiger: les lois caraïtes seraient une réapparition de l'ancienne 
halacha ou halacha sadducéennè. Cette thèse n'est pas aussi généralement 
acceptée que M. M. le dit et de sérieuses réserves s'imposent. Mais faisons crédit 
à M. M., tout en lui souhaitant de mener à bonne fin sa louable entreprise. 

mi?: Nnp73 Le Cantique des Cantiques, dans un ordre nouveau et avec 
un commentaire détaillé. Varsovie, 1907 ; in-8° de 19 -f- 47 p. 

rwn NU37: Questions actuelles (dans la forme et le style du Zohar), par 
H. Kosda. Cracovie, 1907 ; in-8° de 22 p. 

•pwaa nwutt 'o Sermons (Derouschim), par E. Reich. 2 parties. Pres- 
bourg, impr. Alkalay, 1908; in-8° de 72 et 56 p. 

nvatDtt Mischnaiot. Hebrâischer Text mit Punktation nebst deutscher 
Uebersetzung und Erklarung von M. Petuchowski. Theil III : Seder 
Naschim. Lieferung xxxvn : Nasir, Abschnitt ii-vm. Berlin, Itzkowski, 
1908 ; in-8° de p. 257-288. M. 0,75. 

NnpTDS nttT ibisi rtraa Die Musik in der Bibel, von S. Rubin. Podgorze, 
impr. Deutscher (Cracovie, H. Wetstein), 1908; 23 p. 20 X 15. 

Exposé populaire, d'après Gressmann. Quelques vues contestables : Nn?anD 
dans le Kaddisch est traduit par rnann ; 6033 et N1ZJ73 sont des termes 
musicaux, etc. 

nïïN nstfJ -IT70 Gebetbuch fur Schule, Synagoge und Haus. Unter Mitwir- 
kung namhafter Schulmanner bearb. von J. Bleichrode. 3. Herausg. 
Rœdelheim, Lehrberger, 1908 ; in-8° de 435 p. M. 1. 

ûbtfjn mnin mo Séder Hadorot, édité avec additions, rectifications et 
annotations par I. M. Leiner. l' e partie. Lublin, 1906-1907; in-8° de 
128 p. 

D^nn fy "ooao Les lois et les usages juifs et leurs tendances éthiques, 
par M. Ribalsky. Odessa, 1908; in-8° de 42 p. 



BIBLIOGRAPHIE 14b 

D"H3fcWnri*i ^ppintt msa Récits suc Jésus, avec notes de M. E Mahler, 
BrockJin, Hebr, Publish. C°, 1907. 

ttlAKn iDO Choix d'aggadol tin Talmud el «lu Midrasch, classées d'après 
le^ sujets et expliquées par I.-Ch. Rawnitzky et Ch.-N. Bialik. Vol. 1. 
Livres I et IL Odessa, édition « Moriah » (Gracovie, impr. Fischer), 

1908; gr. tn-8°de xiv -f 183 et (iv -f) 132 p. R. I et 0,75. 

L'Aggada est ta création la plus originale de l'esprit juif, après la prophétie 
donl elle esl du reste l'héritière. C'est la poésie de l'époque talmudique; c'est 

plus encore : un genre littéraire complexe, qui a son fond — histoire, philo- 
sophie, morale, — sa forme — contes, paraboles, sentences — et même sa 
langue. Malheureusement les aggadot sont dispersées dans de nombreux 
recueils: ce sont des perles qu'il faut chercher dans les mers du Talmud et 
du Midrasch. MM. R. et B. ont eu l'heureuse idée de publier une Anthologie 
de l'Aggada et ils se sont heureusement acquittés de cette tâche. Ils ont choisi 
dans la littérature aggadique les textes qui présentent un intérêt littéraire ; 
ils en ont distingué la meilleure version ou ont combiné les différentes ver- 
sions entre elles (la source est indiquée entre parenthèses), ils ont traduit en 
hébreu ceux qui ne se sont conservés qu'en araméen (il aurait fallu les mar- 
quer d'un signe ; ils ont unifié l'orthographe, ponctué les phrases et vocalisé 
le*, mots difficiles (la vocalisation est parfois contestable) ; enfin ils ont expliqué 
en note les termes peu connus (ce commentaire aurait dû indiquer aussi le 
sens ou la tendance de telle aggada un peu obscure). Us ont voulu faire œuvre 
littéraire, non scientifique. 

L'ouvrage sera complet en deux volumes. Le premier, que nous avons sous 
les yeux, contient les aggadot historiques, celles qui embrassent l'histoire 
biblique (Livre I) et la biographie des rabbins les plus célèbres (Livre II). Le 
second volume renfermera les aggadot classées d'après leur contenu. La publi- 
cation sera complétée par une Introduction générale à l'Aggada, une étude sur 
la langue de celle-ci, un vocabulaire et des index. L'exécution typographique 
est bonne. 

Nous ne saurions trop recommander aux amis de la littérature hébraïque ce 
Yalkout moderne, qui met en valeur les beautés de l'Aggada, car les fleurs 
sont plus belles quand le bouquet est bien fait. 

31 W 8nco Torat Kohanim mit Kommentar iDIpïi ^-n von Rabbi Vidal 
Zarfati zum ersten Mal hcrausgegeben nach einer alten Handschrift von 
Vereine Dobhebhe Sifthe Jeschenim in Husiatyn. Husiatyn (Schwager 
et Frankel), 1908 ; in-8° de 540 p. 

Vidal Çarfati vivait à Fez au xvi e siècle. 

t^iwn *j3b n-py jv Choix d'aggadot tirées de l'ouvrage npyi }iy, avec 
un commentaire sommaire, par I.-B. Lebner. Varsovie, Tuschija, 1908; 
in-8°de 264 p. R. 1. 

5SH by 'o Séfer al-Haccol, recueil de décisions et usages de Méir de 
Rothenbourg, rédigé par son disciple R. Moïse Schnéor d'Évreux, édité 
par Max Weiss. Berdilschew, imprimerie Scheftel, 1907; in-8° de 3G p. 
(Tirage à part de part, VII.) 

M. Weiss vient d'éditer le livre Al-haccol, compendium rituel de Moïse 
Schnéor d'Évreux, qu'on ne connaissait jusqu'à présent que par des citations 
peu nombreuses. Cet opuscule, qui proviendrait du cercle de R. Méir de 
T. LVIII, n° 115. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Rothenbourg, contient des décisions et des usages relatifs aux bénédictions. 
L'auteur est le disciple du û"in?2, d'un R. M., sous la direction duquel il a 
composé son ouvrage; l'introduction porte, en effet: HO*" "1TDK mbon '0 
OnH I3"ûb "PTabn. Mais qui est ce R. M. ? On n'est pas d'accord à ce sujet. 
Carmoly, dans Ben Ckananja, 1861, p. 195, considère Moïse b. Schnéor 
d'Évreux comme l'auteur, ce qui est une erreur d'après Gross, Galliajudaica, 
p. 41. Moïse Schnéor d'Évreux vivait près d'un demi-siècle après Moïse 
d'Évreux et était l'élève de R. Méir b. Baruch de Rothenbourg. Un manuscrit 
porte cette indication formelle : TiN^U) "ia rr\Z573 'iH "ODb "1*703 {Revue, 
LVI, 135). 11 n'est donc pas impossible que le nom double Moïse Schnéor doive 
se lire en réalité Moïse b. Schnéor et désigne non l'auteur, mais 60n maître. 

Examinons cependant l'opinion de M. Gross, d'après laquelle le Séfer 
al-haccol serait l'œuvre d'un élève de Méir b. Baruch. L'illustre maître, 
grandi encore par sa destinée tragique, se multiplia en quelque sorte dans 
la personne de ses disciples, dont les plus éminents, Ascher b. Yehiel et 
Mordechaï b. Hillel, prenant pour modèle les Halachot d'Alfasi, composèrent 
des recueils halachiques indépendants qui suivent l'ordre du Talmud, tandis 
que d'autres, glossateurs du Mischné Tora de Maïmonide, rédigeaient leurs 
remarques sur cet ouvrage suivant la méthode des Tossafistes et que d'autres, 
enfin, se contentaient de recueillir et de classer les usages et les enseigne- 
ments de R. Méir. Ces derniers observaient scrupuleusement les us et cou- 
tumes, la pratique décisive du maître, dont l'activité littéraire s'épuisait 
généralement dans ses consultations. Peut-être la situation officielle de R. 
Méir l'empêcha-t-elle de produire un ouvrage considérahle et définitif; mais 
l'école talmudique de Rothenbourg reçut de lui l'impulsion et la méthode et 
l'action de sa personnalité est attestée parles ouvrages de ses disciples et par 
les recueils même peu considérables qu'ils écrivirent pour régler avec une 
extrême minutie la vie religieuse. 

Le bon by n'occupe nullement la première place parmi ces compilations. 
La plus caractéristique est le Taschbeç, qui embrasse un assez grand 
domaine halachique et auquel se joint le Parnès, tandis que le bon by ne 
traite que des bénédictions. L'auteur se réfère à R. M., mais les traditions 
orales personnelles sont relativement peu nombreuses : û""in 13b "ITOK 
(n°« 2, 6, 9), D"nn 13b "IDO (n° 9), D""in V» "»STO JEU» in* il), 

^n^?3U5 D"")"! -ma ■■ca (n° 15), ymiy® ,m \ mm û-ina i:b "ia« p« 
(n° 9 9, 25), «"a-n mon D"in "lai&n (n° 24), û'"nn *ma naiîo 

""1 DttJa (n° 9), K£-i ywry® '"I ÛUJO Û"nn "Sa (n« 16), o"-in T»&n 
(n os 1, 9, 24), D""in H731N (n os 3, 4, 9, 13). Il est singulier que la citation 
du nom 0""in ne soit suivie d'aucune désignation, qu'on ne trouve nulle 
part d'euloyie. Le recueil pourrait donc avoir été composé du vivant même 
de R. M. D'autre part, les enseignements de ce dernier sont si généraux et si 
quelconques, ils sont tellement dépourvus de ce qui caractérise spécialement 
la tradition orale, que nous ne pouvons nous soustraire à la suggestion que 
l'auteur n'a pas puisé à des sources de première main, mais à des notes 
écrites qui émanaient du cercle de R. Méir. Combien est différent le ton qui 
règne, par exemple, dans les relations directes de R. Simson b. Sadoc, de 
Moïse Parnès ou dans celles des llagahot Maïmoniot ! Même dans la 
manière de nommer le maître apparaît la vénération que professaient pour 
lui ses élèves directs. Par contre, la désignation D""in est plutôt empruntée 
à une source littéraire médiate. Les formules : « 11 nous a dit », « il a dit », 
« ou a entendu de la bouche de R. M. » et même celle-ci, qui revient iso- 
lément : « j'ai entendu de la bouche de R. M. », pourraient atoir été prises 
aux recueils de ses disciples. Les indices qui militent en faveur de cette 



BIBLIOGRAPHIE 147 

hypothèse sont faibles et ce sont plutôt des impressions. 11 resterait à expli- 
quer comment l'auteur du bDH hy a pris connaissance des enseignements de 
K. Méir. Nous croyons que l'intermédiaire a et*'; Péreç b. Klia, qui a pourvu 
de gloses le Taschbeç et le Semak, qui a entretenu personnellement des 
relations avec Méir 1>. Baruch et grâce auquel l'auteur aurait connu le com- 
pendium de Simson h. Sadoc. Il mentionne une glose de Péreç b. Klia sur le 
Semak au n n 9 : y"2 t|"nîltt?3 ...pn^ '"1 1731N DJH. '>»: même, Simson 
(b. Sadoc?) auxn°»3 (= Taschbeç, 208, 9), 7 (= T., 197), 13, 20 (= T., 323). 
Ces dernières citations sont plus détaillées que celles qu'on lit dans les édi- 
tions du Taschbeç. 

Que si le Taschbeç a été utilisé par notre auteur, ce qui résulte de cette 
citation : *p37D D'"in ÏTCI T13X3 T^&n DiV . . "pimatZ) 'l n»1K, où 
les derniers mots seraient dits par R. Simson, les enseignements de R. M. cités 
dans le bon by pourraient provenir de lui indirectement. R. Moïse Schnéor 
d'Évreux n'aurait pas été à l'école du maître de Rothenbourg et ne l'aurait 
connu que par l'ouvrage d'un de ses disciples favoris. 

Mais tout cela n'est qu'bypothèses. Le R. Simson cité est Simson b. Abra 
ham de Sens (n" 9, 16, 25), au nom duquel R. M. communique quelques 
enseignements à l'auteur. De même au nom d'Isaac b. Abraham (n° 24) et du 
Ri (n° 9). C'est donc à ce cercle et à ce temps que l'auteur appartient ; il était 
le contemporain de R. Juda Sire Léon (n° 10 : ÏTlIÏT"'! "pi D"in 135 "172N 
***1 D1233). L'ouvrage ne cite que des tossafistes français et n'a que des 
leazim français; ce sont autant d'indices de la patrie de l'auteur. 11 ne s'y 
trouve pas une seule observation qui se rapporte à l'Allemagne. On a donc 
toutes les raisons de supposer que R. M. n'est pas Méir b. Baruch, mais un 
tossafiste français. De vagues analogies, telles qu'en offrent les passages paral- 
lèles du Taschbeç, ne prouvent rien ; ce sont plutôt les divergences qu'il faut 
considérer. Si l'on songe que R. Méir de Rothenbourg a également puisé à des 
sources françaises, on ne sera pas surpris outre mesure des concordances de 
détail. Les références au Taschbeç et aux Hag. Maïm., dans les notes de 
M. Weiss, ne sont pas des preuves, surtout quand il ne s'agit pas de quelque 
chose de particulier et de caractéristique, mais de règles générales, qui se 
retrouvent dans les ouvrages de beaucoup de décisionnaires. Ainsi, p. 81 : 

ûbiy rorwi rvnntt mn ïian» a—im» "un vt»d* nïïiN û"nm 

'*n:nbB73 '-lZÎDa "'pHDNb mm:?, M. Weiss renvoie à Toss. Berùchot, lia 
et aux Hag. Maïm., ytz'O rOCV^), I, 2. Si l'on se reporte à ces textes, on 
constate qu'ils mentionnent la divergence entre R. Hananel (dans notre 
ouvraee bM3P3 3~n est sans doute une faute de copiste), les Halachot Gue- 
dolot et Alfasi d'une part et, de l'autre, différentes autorités parmi les 
Gneonim sur le point, de savoir s'il faut dire !-J2~l H3Ï1N et ûb"l? rQÏIN 
ou la seconde prière seulement. Mais il n'y a pas lieu de renvoyer aux Hag. 
Maïm., en raison de ce qu'elles émanent du cercle de R. Méir, car ce débat se 
retrouve dans d'autres ouvrages halachiques, v. Schibbolé ha-Léket, n« 14 ; 

Mordechai, Ber., i, 41 (mnN n*nrnm isbN "OH "J^n!) Nb ptt irrEi 
Mrunbma i*TDBa "jrEwNb Dm? nnrtN mansn m-i), Sc/uité haguibbo- 

rim sur Ber., 1, 7, note. Les Hag. Maïm. sont extraites des Tossafot et, si 
les glossateurs appartiennent à l'école de Rothenbourg, toutes leurs observa- 
tions ne sont pas des enseignements de Méir b. Baruch. Cf. "DNbTD T, III, 
D"*pOTD *lMïî "bbD, 4. Si donc une question qui y est traitée l'est aussi 
dans le bDH b?, on n'en peut tirer aucune conclusion. Il en est de môme 
des passages parallèles du Taschbeç. Une comparaison avec les mDbrt 
mD13 ou mD")3 '0 de R. Méir, qui s'«st conservé dans plusieurs recen- 
sions (Taschbeç, 322; Parnès, 371-411; Consultations de Méir, éd. Berlin, 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

581-1043 ; à part : éd. Riva di Trento, 1559) pourra faire ressortir beaucoup 
d'analogies, mais aussi des divergences évidentes. 

Sur les notes dont M. Weiss a accompagné son édition et qui témoignent 
de sa connaissance de cette littérature, on doit remarquer qu'un choix plus 
sévère n'aurait pu qu'être utile et qu'il n'aurait pas fallu s'en tenir aux 
ouvrages émanés du cercle de R. Méir, mais faire entrer aussi en ligne de 
compte nos Tossafot sur Berachot et celles de R. Juda Sire Léon (éditées dans 
niZ55ltt573 nD~l3 '0, Varsovie, 1863), le Or Zaroua, Yona Gerundi sur Alfasi, 
Orhot Hayyim, Colbo, etc. L'idée ne vient même pas à M. Weiss de douter 
que R. M. ne soit pas Méir de Rothenbourg, cette équation est posée comme 
un axiome et les citations sont destinées en quelque sorte à justifier l'hypo- 
thèse. Mais nous nous méfions de cette indentification. Carmoly a certaine- 
ment tort de faire de Moïse d'Évreux l'auteur, mais on est fondé à supposer 
que le R. M. cité dans le bon hy est plutôt Moïse h. Schnéor d'Évreux que 
Méir b. Baruch. Moïse d'Évreux a composé des Tossafot sur Berachot — celles 
de nos éditions sont remaniées d'après ell^s — ainsi que sur Yebamot 
[Hayyim Or Zaroua, n° 164) et on sait qu'il les écrivit en marge des Halachot 
d'Alfasi (Joseph Colon, Consultations, n° 5 : DBbfc* 'I 'BOina "nK3273 ; 

n" 52 : ibo osbi* '"i 'soiro nw n"-in 3pd Tian ; 'inn b"Dy 

SBbN 'n 3*30 ; Bag. Mord., B. K., VII : *-p73 ":sb "B1Z3 'Boina blN 
DDbN "3"! mn pourrait s'appliquer à ces Tossafot). Les Tossafot de Moïse 
d'Évreux remontent à Isaac l'Ancien, Simson b. Abraham, Isaac b. Abraham 
et, comme Méir b. Baruch s'appuie également sur ces Tossafistes, on s'expli- 
querait plus d'une ressemblance entre le Taschbeç et le b^H by. Je trouve 
une allusion aux Tossafot sur Alfasi p. 101 : DÉH NDl^J '"D pOB DB58 'l 

'■di D"nn?ab rr«nD pi uTp mnpb -imm rm "pu ; cf. Toss. Ber., 

24 6, s. v. pOB. M. Weiss cite aussi Hag. Maïm., 273113 n&P")p, III, ja, où 
l'on lit : fiwin '13 fiÔYl '"D1 ««"'-pi N"ï3n '"D ; c'est tout le con- 
traire. 

Examiner le contenu de chaque citation nous mènerait trop loin. Le résultat 
d'une étude minutieuse est le suivant : c'est à peine si le ban b^ présente 
quelques analogies avec la littérature émanée du cercle de Méir b. Baruch. 
Par contre, l'influence purement française est attestée par les noms des Tossa- 
fistes cités, les passages parallèles de nos Tossafot sur Berachot et de celles de 
Juda Sire Léon, enfin par les leazim ou mots français. 

Nous réunissons ici ces leazim français. N° 12 : Tû'^"" 1 ")}, « grenade ». 
N° 13 (p. 95) : ©n M D">"!B73 fS t»"T733573 V 3 "W^H ban. Le premier mot 
est une faute de copiste, il faut lire « cerises », comme dans Taschbeç, 322 
ptZJTViE) et dans les Consultations de R. Méir, éd. Berlin, n° 298 (UÎV^Œ) ; 
T?j est une corruption de pi- Cf. I. Lôw, Pflanzennamen bei Raschi, 
dans Fêstschrift Berliner, n° 101. Le second mot est « prunes ». Cf. Low, 
n° 93. Ibidem : E3pU3173, « muscade ». De môme dans Or Zaroua, I, 54 6, 
164; Mord. Berach., 159; dans Toss. Berach., 36 6 : 6nptt3173. — Ibid. : 
Nb" n Dp, « canelle ». Cf. fcO^p dans Parties, 373; «b^Bp dans Or Zaroua, 
ibid. ; vb^jp dans les Consult. de R. Méir, éd. Berlin, 598. — Ibid. : 
fX")p*IO- Cf. "npi£ dans Mord. Berach., 159: Nlplit dans Parties, 371. — 
P. 96 : laij^nbp (?), peut-être comme "ClD^lcbp dans Or Zaroua, I, 66 a, 
217 ; Olj^TUbp dans Parnès, 142; — ou tZJBVbp dans Mord. Ber., 160. — 
Ibid. : , }73"'D73 ta 13, « vermicelle ». Cf. ID^^-pT dans Toss. Ber , 38a. 
Cf. Zunz, Gott. Vortr., 456, note ; Schlessinger, Die altfr. Wôrler itn M. 
V., 2. - Ibid. : C^p (?). Le Tanya, 28, a : tfjb^p. — Ibid. : ^PUJB^N, 
« épaissir ». — Ibid. : UT'OTa, « beignets ». — Ibid. : ŒlWHp, « crêpes ». 
— Ibid. : l2îb"<2, « nieules ». Cf. U5b">"D, Taschbeç, 322, Mord. Ber., 191; 



BIBLIOGRAPHIE 149 

BJ^bSPa clans Ascheri Berachot, VI, 30; ïîbTPD dans le Tant/a, 28; fauti- 
vement Q)blU3 dans Hag. Ascheri. — Ibid. : UîtrbaiN, « oublies ». Cf. 
Sehlessinger, 10. 

P. 97 : WRISi « "'»•*> °oyer •. — Ibid.: T«73ÏÏ1, lire n^ttirt, « humer »». 
— Ibid. : Or"HD. « fraises ». Cf. •Ettî'ns dans Or Zaroita, I, 56 a, 172 ; 
ttîï^lfi dans Mord, fier., 179; îmsnN dans Taschbeç ; UTT-ID dans Ilag. 
Ascii, sur Berachot, VI, 23; p^DTlT dans les Consult. de R. Méir, 299. — 
Ibid. : t^lYO, « mûre ». Cf. Taschbeç : I2"m73, en allemand 1-113733. 
Cf. Lôw, 68. 

P. 102 : "i^OTi, « roter ». Cf. T"ù3 v 1 dans Rasclii sur Berach., 24 a 
[traduit pïTO), T£D"n dans Rokéah. 32't. — Ibid. : ^13, « bailler ». 
Cf. ^pTTNa dans Raschi, /. t\ ; -îÉPb^a dans Kolbo, 10 (p. 6 c); -pb^TS 
dans Rokéah traduction de prTD). — Ibid. : "V'WinUlDtf, « éternuer ». 
Cf. mancattî ou l^bïnûJB dans Raschi, ibid. ; nNT^Tau^N dans 
Kolbo, ibid. "pTia^UUJ dans Rokéah, HT"Ij"1l3TZ3&< dans Kimhi, s. v. 
TlTtOO*. — T^WIDj «cracher». Cf. "IN^bn^tUlp clans Kolbo, ibid. — 
Pour l'ensemble, cf. Se fer Hassidim, § 18 : ^"i\Dia prPBl pïTMJ IN 

p^ pDiain larcin irca*-!} «"bai i^iancnK rca*ro in a"-pba. 

Dans sa Préface, M. Weiss réunit les autorités citées dans l'ouvrage. Mais 
les notes dont il accompagne chaque nom sont pour la plupart inexactes. Le 
grand-père de Juda Sire Léon ne s'appelait pas Samuel, car il est probable- 
ment l'arrière-petit-fils de Juda b. Yomtob, descendant de Raschi. Son 
maître fut Isaac b. Samuel CjpTn 1, ""in), que M. Weiss confond avec Isaac 
b. Abraham de Dampierre (N"a*n]. R. Joseph est Joseph d'Orléans et ne 
peut en aucune façon avoir été le disciple d'Isaac Alfasi, mais pourrait 
être identique avec Joseph ibn Plat, qui avait également écrit un "ppn 
niDia. V. Gallia judaica, 285 (Sur l'orthographe du nom « Plat », cf. 

Pamès, 77 : "pa^in tpv* 'n mm ana û"nn nitti). Les n msoin 

!*mn^ sont les Tossafot de Juda Sire Léon sur Berachot. "»"nn est Isaac 
b. Samuel. Dans les n at 10 et 16, pn^" 1 '"1 est peut-être Isaac de Corbeil. 
Schemaya était le gendre de Samuel b. Méir. V. Berliner, Beitràge, 
24-25. 

Le texte de l'édition a parfois besoin d'être corrigé. P. 79 : n^a^TS 
b"D12573, lire D^bDtt) ÎTaatt ; cf. Tanya, 1. - P. 80 : ^p"iT "mTrn^ai, lire 
D^pT D"mTri73- Cf. Zunz, Zur Geschichte, 203, note 1 ; Jpî -IWO dans 
Léket Yoscher, éd. Freiman, II, 82. — P. 85 : 'nb "imfi* "plâtra "PN, 
lire V'-|b. Cf. Mord. Ber., 135. — P. 91. La variante citée sur Ber., 47 a : 
*J2*W '1 NnN iba» se trouve dans Or Zaroua, I, 59 b, 194. — P. 108 : 
WP'ûWp *pJ72TL\ 1. fimûfcp. — Ibid., n» 21 : H37:3 Tl»bnn I p«, lire 

nai». 

On trouverait dans notre ouvrage plus d'un détail intéressant. P. 92, on 

ut: rnbiîoa 'a maan 'a nvabw 'a ro^ a*a7ani aiaa^i nd^n tznn»ai. 

Le Or Zaroua, I, 61 6, 199, dit au nom de R. Simha : mUNa N£73 

mbiaa iznbiai maia rcbrc nwib *pna:ta (cf. Tanya, 27). 

Tout compte fait, l'édition de M. Weiss contribue fort utilement à 
nous faire connaître les compendia tossafistiques. L'éditeur mérite notre 
reconnaissance pour cette publication, comme pour celle du Siddour de 
Troyes. qu'il nous a donnée récemment, et il faut souhaiter qu'il poursuive 
ses études sur ce domaine négligé de la Halacha. — /. Wellesz. 

D*npa» Traité de théologie de Joseph Albo, avec le commentaire bintfî yy, 
une biographie de l'auteur et sa lettre à Josua Lorki. Wilna, J. Funk, 
[1908]; in-8o de (2+) 384 p. 



150 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mai a naott b* b"T fie» ïTH?o an un-pD 'o Commentaire de Saadia sur 
Berachot avec traduction hébraïque et commentaire par S. A. Werthei- 
mer. Jérusalem [chez l'auteur], 1908; in-8° de 12 p. -f 27 ff. 2 l*r. 

L'éditeur diligent qu'est M. Wertheimer nous donne cette fois un petit 
commentaire de Berachot, qu'il attribue à Saadia. Cette attribution se fonde 
sur ce que l'opuscule est précédé dans le ms. des mots "p&w ifaVDbb; mais 
<m qc voii pas bien à quoi se rapporte cette mention. Les raisons que M. W. 
«Ion i»t* dans son Introduction ne sont pas faites non plus pour forcer la convic- 
tion. 11 les complique d'une hypothèse au moins hasardée. Le Or Zaroua, 

i, 339 cite rnn:DDwN bTintttt' rv®9iù nsDa b"^T iiw wjo '-i, 
puis j-iau o"-n maria tito nna maman "pec o"-n ma mabn 

rrijDON b" , nn?an. M. W. prétend que le 0. Z. a en vue le présent ouvrage 
et que ri"HjD3tt est une faute pour rPiHDaN (Berach., 51 a). Mais la cita- 
tion se rapporte évidemment au Siddour de Saadia et le mot m-|3DDJS est 
garanti par son étrangeté même. M. lsraelsolm en a donné une explication 
presque satisfaisante (Revue, XXII, 295). 

Même s'il n'est pas de Saadia, cet ouvrage est certainement ancien; il nous 
a conservé quelques leçons intéressantes pour le texte du Talmud et quelques 
explications qui ont leur valeur (v. Aptowitzer, dans Monatsschrift, 1908, 
302-304). A vrai dire, ce n'est pas un commentaire, mais plutôt une collection 
d'explications de mots difficiles, avec des développements sur le sens de quel- 
ques passages ou l'indication de la halacha; l'auteur écrit généralement en 
arabe, mais parfois aussi en hébreu. M. W. a traduit l'arabe en hébreu et a 
accompagné le texte d'un commentaire qui résout beaucoup de difficultés, 
sinon toutes. 

Le manuscrit, dont M. W. a déjà publié d'autres extraits, vient de la Gue- 
niza du Caire. Certains mots y sont vocalises d'après le système dit baby- 
lonien. M. Israël Lévi détient un fragment assez considérable des Halachot 
Guedolot, qui présente aussi cette particularité. 

Après avoir écrit cette recension, nous avons vu que M. Poznanski, notre 
meilleur saadianisant, révoque également en doute la paternité du gaon 
(Studien zur gaonàischen Epoche, p. 26). 

ûmrjttT D-attî "{7- t -* bisbo Parodie attribuée à Yona Râpa (ou Rappa), 
éditée par G. -S. Belasco. Londres, J. Jacobs, 1908; in-8° de iv -j- 
83 p. 

Cet ouvrage au titre étrange est une satire des cérémonies de l'Eglise et 
des dogmes du christianisme, présentée sous la forme d'une parodie de la 
Haggada de Pâque. On y trouve l'esprit que comporte le genre et, par en- 
droits, beaucoup de virulence. Il est curieux qu'il se soit trouvé en Italie un 
auteur pour composer un tel livre et des scribes pour le copier (on en con- 
naît au moins treize manuscrits) sous les yeux des censeurs et des inqui- 
siteurs. Il est curieux, aussi, qu'il se soit trouvé en Angleterre un éditeur 
pour le publier intégralement et la Fondation Montefiore de Ramsgate pour- 
rait peut-être réserver ses faveurs a des ouvrages qui présentent d'autres 
éléments d'intérêt que quelques anecdotes et quelques traits d'esprit. Dix pages 
d'extraits eussent satisfait notre curiosité. 

Mais puisque l'éditeur n'a voulu nous faire grâce de rien, il aurait dû au 
moins profiter de l'occasion pour déterminer enfin l'époque de cette parodie. 
Un passage contient la date de 1380. M. Krauss, qui a publié un extrait du 
livre (Revue, XLVIII, 82 et suiv.) s'était vu obligé de descendre jusqu'en 1550 
environ. Dans sou excellente étude Parody in Jewis/i LUerature (New-York^ 
1907), M. I. Davidson a montré que cette date était encore trop reculée et a 



BIBLIOGRAPHIE 154 

proposé de corriger 1380 on 1680 [p. 157-158, cf. p. 265-266; \. aussi Marx, 
dans Revue, LVII, 318). Ce n'est pas assez. Les manuscrits utilisés par ces 
deux savants ue contiennent qu'un peu plus de la moitié de l'ouvrage, jusqu'à 
la p. 49 de la présente édition. Or, à la page 50, l'auteur cite en toutes lettres 
un ouvrage italien imprimé à Gênes en 1682. Et à la p. 82, il rapporte que 
de son temps les missionnaires jésuites eu Chine ont été persécutés et qu'en 
1700 (D3^273b ÏTPbb P1N7: yattîl tpN fc—ÛlÛ) l'un d'eux a été mis a ninit 

par l'empereur de Chine. Qui ne connaît cette histoire par le curieux chapitre 
final du Siècle de Louis XIV, où Voltaire raconte comment les mission- 
naires, admis en Chine en 1692, se virent interdire en 1701 le séjour du pays, 
en attendant que l'exercice du christianisme fût prohibé en 1724? L'ouvrage a 
donc été terminé au début du xvm 6 siècle. 

M. B. a pris pour base de son édition le ms. Montefiore n° 454 qu'il a col- 
lationné avec trois autres, tous trois incomplets, ceux de la Bodléienne, de 
Parme et de Budapest. Il a négligé d'identifier les noms de personnes et de 
lieux cités dans l'ouvrage. 

NUIT NnnD Sur l'Éroub, par P. Horovilz. Munkacs, chez l'auteur, 1907; 
in-4° de (4 -f) 56 ff. 

m N3iT Explications sur la Mischna, par H. Berlin. Piétrokow, impr. Kro- 
nenberg, 1907 ; in-4° de 34+138 p. 

rtJJD nas£ 'o Notes sur les Consultations prûfc* T (3 e partie), suivies de 
TnnN ")*nb "p-OT, sur l'histoire de la communauté de Bonyhad, par 
Joseph Schwartz. Munkacs, Kahn et Fried ; in-8° de 64 p. 

Û"mrpn mnp Histoire des Juifs, par S. Dubnow, trad. hébr. de A. Lùbo- 
schitzki. l re partie : époque biblique. Varsovie, 1908; in -8° de 124 p. ill. 

co^n Recueil littéraire, rédigé par I. Gh. Brenncr. Tome I. Lemberg, 
1908; in-8° de 96 p. 

mN ^b bwz) Novelles sur la Mischna et le Talmud, par M. Schlesinger. 
Paks, impr. Rosenbaum, 1907; in-8° de 48 + 20 ff 

•pto "Nrux 3n mnbwa 'D Les Scheeltot de R. Ahaï avec le commentaire 
Dib'û nb^Ntt) de R. lsaïe Berlin et le commentaire "pays bRliD de Yehiel 
Benjamin taii^a b. Isaac ha-Cohen Kaplan. l rc partie : Genèse. Wilna, 
impr. Garber, 1908; in-8° de 105 p. 

■paw ^NnN 'Ti rnnb^Nia Scheëltoth d'RabAchaï, das sind Vortràge, gehal- 
ten in den Hocbschulen Babyloniens nin 500-700 d. uni. Zeitr. und 
gcsammelt von R. Achaï Gaon Auf. d. 8. Jahrh. Zum ersten Maie... mit 
kritischen Apparate edirt und mit Erlauterungen verschen von A. Ka- 
minka. Heft I (Berescbith). Vienne, J. Schlesinger (Cracovie, impr. 
Fischer), 1908; in-8" de 16 p. 

Le recueil de Dissertations halachiques et aggadiques qui porte le nom de 
Scheeltot, « Quaestiones », est le plus ancien ouvrage de la littérature juive 
après la clôture du Talmud. Il est moins intéressant par son fond, qui est 
emprunté au Talmud et au Midrasch, que par sa forme, forme originale et 
d'autant plus remarquable qu'elle n'a pas été créée arbitrairement par 
l'auteur, mais empruntée à la réalité. Ainsi les Scheeltot constituent, d'une 
part, une source de premier ordre pour l'histoire et la critique du texte du 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Talmud, et d'autre part, elles nous renseignent sur l'étude de la Halacha et la 
prédication à l'époque «les Gueonim. Malheureusement, elles ne nous sont 
parvenues, malgré l'autorité dont elles jouissent dans la littérature rabbi- 
nique, que dans un fort mauvais état. Il faut féliciter M. Kaminka d'en avoir 
entrepris une édition critique et il faut souhaiter qu'il puisse mener à bonne 
fin cotte tâche. 

M. K. a pris pour base un manuscrit appartenant à M. Epstein, qu'il a pu 
collationner avec six autres copies et avec des fragments de la Gueniza. Son 
apparatus comprend trois parties : les variantes des mss., les références tal- 
mudiques et midraschiques, enfin un commentaire littéraire et historique. 11 
serait bon que, pour hâter la publication, l'auteur se bornât, dans ses notes, 
à ce qui est nécessaire à l'intelligence du texte et évitât toutes les digres- 
sions, p. ex. sur le Sambation (u. 20), sur les villes qui portent le nom de 
Laodicée (ib., n. 33), sur un passage des Pirkè Abot (n° 2, n. 3; le commentaire 
qui porte le nom de Raschi n'est pas de lui). 

La nouvelle édition sera d'un grand secours pour l'établissement du texte si 
maltraité des Scheeltot (v. p. ex. les notes 3 et 38 du n°l) et pour la solution de 
plusieurs problèmes d'histoire littéraire, tels que les rapports de l'ouvrage 
avec le Yerouschalmi (n" 1, n. 4; sur l'ensemble, v. la discussion de M. Poz- 
nanski et de M. K. dans Û'ipn, I et II). La leçon DlDlH'Dlj-a (Tinnius 
Rufus nu lieu de Turnus Piufus] est intéressante (u" 1, n. 18), mais nous ne 
sommes pas sûr que l'épithète 3>iai'n soit dû à une confusion avec Terentius 
Rufus et nous ne voyons pas pourquoi la première réponse d'Akiba serait 
plus historique que le reste du dialogue (n. 19). A noter aussi la leçon ">N?ab\D 
pour Simlaï (n° 3, n. 5, où il faut lire "WttblD '") ^ÎIOTI ""'"DD; l'éditeur 
devra veiller davantage aux fautes d'impression\ Sur "p-TOT"! "pl^S (n° 1, 
n. 21). v. Revue, XI, 201-208. 

Nous ne sommes pas entièrement d'accord avec M. K. sur la paternité et sur 
la forme de l'ouvrage. Reprenant une hypothèse de Reifmann, il assure (du 
moins sur la couverture) que les Sc/ieelfof. sont des discours réellement pro- 
noncés par des rabbins et recueillis seulement par R. Ahaï (abusivement ap- 
pelé « Gaon »; on sait que R. Ahaï fut évincé du gaonat). Tout ce que nous 
savons, c'est que le genre oratoire était cultivé en Rabvlonie et nous le savons 
par un fragment attribué à Nathan ha-Cohen, édité par Neubauer {M. J. C, 
11,84) sous le titre arbitraire de NLDIT tibiy "HO, que M. K. n'aurait pas dû 
reproduire (n° 1, n. il). U ne nous apparaît pas non plus comme certain que 
toutes 1rs scheeltot soient bâties sur un type invariable, et comprennent toujours 
quatre parties, ni (pie l'indication rn23"n qu'on trouve entre certaines scheeltot 
se rapporte à une troisième partie supprimée (même note). Si la structure 
d'une scheelta est fixe, ce n*est que d'une manière générale et elle comporte 
toutes sortes de variations. Mais nous devons attendre, pour discuter ces 
questions à fond, l'Introduction que M. K. nous promet et que nous espérons 
ne pas attendre trop longtemps, quoique la première livraison, qui a paru au 
début de 1908, n'ait encore été suivie d'aucune autre. C'est le devoir de la 
critique d'encourager M. K., comme c'est celui du public savant de l'assister 
dans une entreprise pour laquelle il est si bien préparé et dont il s'acquitte 
si bien. 

mis p n"i;D Douze Consultations de J. Engel, éditées par Gh -M. Silber- 
schatz. Piétrokow, 1007; in-f° de 116 p. 

POT 1 sun n"THJ Consultations, et û' s j3 imiD, Homélies, de Joseph 
Nissim Burla. Jérusalem, Ch. J. et E. J. Burla, 1907 ; in-f° de 90 et 
92 p. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

L'auteur, mort il y a quelques années, était assesseur du tribunal rabbi- 
111(111»' de la communauté sefarditc de Jérusalem. 

bTT-l bip n"i© Consultations de Moïse ihn Habib, éditées par Saul Dar- 
wich, avec une préface de Sehaloni Hid rajah. Jérusalem, 1907; in 8° 
de 136 + to p. 

p*b*ra .3 .n ■'"PiD Poésies de Ch.-N. Bialik. Graeovie, 1908; in-8" de 
292 p. 

L'autour est un des chefs du mouvement poétique contemporain. Ses 
poèmes sont d'une haute inspiration et d'une tonne châtiée. 

•jvs «H-ia Chansons, par A. Idelsohn. Jérusalem, 1908; 2 vol. de 24 et 
83 p. 

TWn rrrœ Cantiques pour le sabbat et les fêtes, par Moïse Sofcr, suivis 
de son « Testament » et de ses « Usages ». Szatmar (impr. N. Oester- 
reicher), 1908 ; in-8° de 56 + 6 ff. 

tpv ?"nv 'o Les 613 commandements dans les trois chapitres du Schéma, 
par Joseph Kaoua (mKpsbN). Jérusalem (chez l'auteur, à Alger), 1907 ; 
in-4° de 110 ff. à 2 col. 

nw»n "nru: 'o Les « gradations » dans la Mischna et le Talmud, par 
Moses Bloch. Vaez, impr. M. Kohn, 1908 ; in-8° de 108 -\- x p. 

L'éminent talmudiste, l'esté jeune malgré l'âge, après avoir étudié dans son 
grand ouvrage en trois parties les « institutions » talmudiques, examine dans 
celui-ci les aggravations connues sous le nom de fjbjft. Ce sont les disposi- 
tions rabbiniques qui distinguent graduellement les différents types de sacri- 
fices ou d'impuretés les uns des autres pour en faire ressortir l'importance. 
L'auteur étudie, en sept Portes, ces problèmes difficiles qu'on rencontre non 
sur la grande allée, mais sur un sentier latéral de la Halacha. Le sujet traité 
a le plus souvent une valeur historique, étant donné qu'il se rapporte à 
l'ancien culte, et, comme il repose sur des études approfondies, il est tou- 
jours suggestif et intéressant. Dans les questions talmudiques il ne faut pas 
prendre l'actualité pour critérium. Possédant son sujet avec une maîtrise sou- 
veraine, ordonnant suivant un plan clair et facile à embrasser des matières 
qu'il fallait non seulement réunir, mais encore classer méthodiquement 
restant avec tout cela sobre et précis, l'auteur examine successivement les 
onze degrés de sainteté (DTp) que la Mischna de Haguiga, ni, place au 
dessus de la nmin (chap. i), rpjVin et ■pnn (ch. n), le sacrifice de péché 
PNtûn mD (ch. m), la supériorité du Temple, de la Terre Sainte sur les 
autres pays, des villes entourées de murs, les gradations des différents endroits 
du Temple (ch. iv), les sources premières de l'impureté (ch. v), l'impureté 
émanée de l'homme (ch. vi), l'exclusion de l'enfant sans père et de l'enfant 
trouvé ppirnZJ et ^DIDK) du connubium israélite. Partout, l'auteur remonte 
aux sources talmudiques et parcourt la littérature rabhiniquc en établissant 
des filiations et des distinctions rigoureuses. A la fin, il explique ingénieuse- 
ment les différents passages talmudiques. 

Cet ouvrage du maître vénéré est, comme les précédents, animé de l'esprit 
systématique qui s'efforce toujours, et avec succès, de mettre dans les matières 
disséminées la lumière de l'ordre et la clarté des principes. Et cet esprit ne 
cherche pas à s'élever au-dessus des sources, mais à les pénétrer pour se les 
assimiler ; c'est ce qui en fait le grand et véritable mérite. — J. Wellesz. 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

«ma *jniû '0 Derouschim, par A. Stolar. 3 e édition, corrigée. Wilna, 

impr. Romm, 1908; in-8° de 148 p. 
■^33 *y\m '0 Derouschim, suivi de mm NE H "npb, oraisons funèbres, 

par A. Stolar. Wilna, impr. Romm, 1908 ; in-8° de îv + 130 + 46 p. 

D^b-O^n nbfin Lob derThoren oder das Neueste Testament eines glâu- 
bigen Langohr's, von S. Rubin. 2te Auflage, vom Verfasser verbessert 
und vermehrt. Cracovie, impr. Fischer, 1907 ; in-8° de 179 p. 

Satire dirigée contre les « fanatiques » qui dénigrent les sciences et les 
arts. L'auteur est un « Maskil » bien connu. 

ï-fcTin Friedhof-Gebete der Beerdigungsbrûderschaft in Trier am Vora- 
bend des Neumondes Schebat. (Francfort, Sânger et Friedberg, 1908) ; 
in-8° de 8 p. 

D^diclût mnwn Scènes de la vie juive en Galicie, par S. Walkowski. 
Podgorze, S. L. Deutscher, 1907 ; in-8° de 92 p. 

Maurice Liber. 
(A suivre.) 



P. Joï'ON. Le Cantique des Cantiques. Commentaire philologique 
et exégétique. Paris, Beauchesne ; 1909, in-8° de v + 335 pages. 

Dans ce travail il faut distinguer, d'une part, l'interprétation générale 
du Cantique et, d'autre part, le commentaire grammatical et lexicogra- 
phique de ce livre. L'auteur a fait une tentative des plus ingénieuses pour 
rationaliser l'allégorie. M. Joûon est persuadé que le rédacteur du Can- 
tique a réellement voulu symboliser l'amour de Dieu pour Israël et les 
différents épisodes de l'histoire israélite et que la tradition juive était dans 
la vérité quand elle a interprété allégoriquement les chants d'amour 
contenus dans le Cantique. Selon lui, l'interprétation naturaliste, qui prend 
les dialogues de ce livre pour des chants nuptiaux, se heurte à de grosses 
difficultés. Nous devons dire tout de suite que les arguments invoqués 
par M. Joûon en faveur de la thèse allégorique ne nous ont pas entière- 
ment convaincu, si flatteuse que soit cette thèse pour l'exégèse juive. 
Tout d'abord on doit se rappeler que nous ne savons absolument pas 
comment le canon biblique s'est formé, de sorte que tout ce qu'on en 
dit est pure hypothèse. Les docteurs auraient- ils commis une bévue 
énorme en prenant un chant profane pour un chant sacré? Mais qui sait 
si la distinction entre les chants profanes et les chants sacrés était telle- 
ment tranchée à l'époque où le Cantique a été composé? L'autorité de 
Salomon, à qui le Cantique était attribué, a pu suffire pour faire entrer ce 
poème dans la Bible. Plus tard on aura essayé de justifier la présence du 
Cantique dans le recueil biblique en en faisant une allégorie. Si l'usage 
des chants nuptiaux, supposé par Budde, a existé, il a pu être local et 



BIBLIOGRAPHIE 155 

cesser à un moment donné. 11 n'aura pas fallu longtemps pour qu'on 

oubliât L'origine du livre auquel cet usage avait donné naissance. 11 va 
sans dire que Le Cantique n'est pas un chant, populaire, et en ce point 
M. Jouon a tout a l'ail raison ; d'ailleurs, le peuple en aucun pays, n'a 
cive de poème, mais il eu a adopté, ce qui n'est pas la même chose. 

Les objections que M. Joiion l'ait a l'explication naturaliste ue sont pas 
décisives, parce qu'elles pourraient tout aussi bien être tournées contre 
L'interprétation allégorique. Par exemple, on voit l'épouse courir après 
l'époux ; M. Jouon dit que dans les mariages orientaux c'est le fiancé qui 
cherche la fiancée. Mais dans beaucoup de passages prophétiques on voit 
Dieu (iui veut ramener Israël à lui. Donc dans l'allégorie aussi c'est l'époux 
qui cherche l'épouse. L'auteur trouve que ce n'est pas un époux ordi- 
naire que celui qui se laisse ramener au domicile sans souffler mot. Mais 
n'est-il pas encore plus extraordinaire, si cet époux est Dieu ? M. Joiion 
demande pourquoi, dans l'hypothèse naturaliste, l'épouse parle seulement 
de sa mère et pas de son père ; mais comprend-on dans l'allégorie com- 
ment le mari, qui est Dieu, peut avoir une mère? Sans doute les rappro- 
chements faits entre le Cantique et les chants du Hauran laissent parfois 
à désirer; mais les rapprochements allégoriques ne sont pas non plus 
toujours satisfaisants. Pourquoi les nations étrangères sont-elles tantôt 
les frères de l'épouse, tantôt les filles de Jérusalem ? Il est difficile de 
croire que l'auteur du Cantique en comparant Israël à la cavale de Pha- 
raon ait fait allusion à l'armée des Égyptiens engloutie dans la Mer Rouge. 
La comparaison eût été désobligeante. Les monts de Béter rappelleraient, 
d'après M. Joiion, l'alliance bên habbetartm du ch. 15 de la Genèse. Mais 
il n'est pas question de montagne dans ce chapitre. Il n'est pas très vrai- 
semblable non plus que le tabernacle ait été décrit avec des traits se rap- 
portant au temple de Salomon (1, 17). L'interprétation allégorique est 
donc loin de supprimer toutes les obscurités. 

La question de l'allégorie mise à part, le commentaire philologique de 
M. Joiion nous paraît un des meilleurs qui aient été publiés sur le Can- 
tique. Les difficultés que présente le texte sont aperçues et. résolues, 
autant qu'il est possible, avec le secours des autres langues sémitiques. 
L'auteur est au courant de tous les travaux modernes sur la grammaire 
sémitique, et il a pris la peine d'étudier l'hébreu de la Mischna d'une 
manière approfondie. Les explications parfois très étendues qu'il donne, 
par exemple, sur des mots tels que Ê513*, *j*p~)£N sont très substantielles. 
C'est à peine si nous trouvons quelques petites critiques à formuler : Par 
exemple (p. H'.» ,1e mot mzi dans Is., 40, 18, 25; 46, 5, veut dire comparer 
et non pas rendre semblable. — P. 167, m3> comme participe ne se ren- 
contre que deux fois, mais le verbe même se retrouve plus souvent. — 
P. 205, une construction semblable à celle de pttn E]bN se rencontre avec 
nfitta dans Ex., 38, 27; II Chr., 25, 9 ; Néh., 8, 11, et est fréquente avec 
d'autres nombres. 

La répartition que l'auteur fait des chants entre l'époux, l'épouse et le 
chœur nous a paru, en général, être exacte, et M. Jouon a raison, croyons- 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nous, de mettre les premiers versets dans la bouche du chœur, qui parle 
à l'épouse. Mais il nous semble plus naturel de corriger "^pup en ^Dp^ 
que de lire iaptt)\ C'est l'épouse qui doit être embrassée et non le chœur. 
M. Joiïon connaît fort bien toute la littérature relative au Cantique, 
et il en donne la preuve en ne se bornant pas à donner les titres des 
commentaires antérieurs, comme le font la plupart des manuels exégé- 
tiques, mais il les caractérise en quelques mots ou quelques lignes. 
Notons que M. Joùon a lu soigneusement les commentaires rabbiniques 
et les a utilisés. Il est si rare de voir un auteur chrétien pouvant lire un 
texte hébreu non ponctué que son œuvre en acquiert par là même une 
grande supériorité. En somme, quelle que soit l'opinion que l'on ait sur 
la thèse allégorique, l'ouvrage de M. Joiïon est des plus méritoires et très 
digne d'attirer l'attention des exégètes. 

Mayer Lambert. 



Fuchs (Hugo). Pesiq, ein Glosseuzeichen (tirage à part de la Vierteljahrs- 
schrift fur Bibelkunde, III, fasc. 1), Leipzig et Vienne, 1908 ; 149 p. in-8°. 

Le titre de l'ouvrage est un peu trompeur. En effet, par pesiq on 
entend le trait vertical qui ne fait pas partie du système d'accentuation, 
tandis que le trait qui se trouve après des accents déterminés s'appelle 
legarméh. Or, c'est dans le legarméh que M. Fuchs voit un signe de 
gloses, et rien ne prouve que ce mot ait été à l'origine précédé du mot 
pesiq, comme l'a supposé M. Ginsburg ; en outre l'explication de pesiq 
legarméh par séparation en soi est peu vraisemblable. Pour le pesiq pro- 
prement dit M. Fuchs n'apporte pas d'hypothèse nouvelle. D'autre part, 
on ne peut souscrire sans réserves aux éloges que l'auteur décerne à sa 
méthode inductive « la seule scientifiquement possible ». En effet, étant 
donné le nombre de legarméh qu'il y a dans la Genèse et l'Exode (les 
seuls livres que l'auteur ait étudiés) et le nombre de gloses que l'au- 
teur et les critiques ont cru pouvoir y découvrir, il n'est pas étonnant 
que l'on trouve une certaine quantité de passages où il y aurait à la fois 
des gloses certaines et des legarméh. Mais cela ne suffit pas à prouver 
que ceux-ci soient l'indice de celles-là, d'autant plus que le legarméh, 
comme le reconnaît l'auteur, n'est pas nécessairement dans la glose, 
mais peut aussi être placé dans le voisinage. Dans ces conditions il n'y a 
plus aucune certitude du rapport entre le legarméh et la glose. M. Fuchs 
prétend bien qu'il y a 13/15 des legarméh dans les passages avec gloses; 
seulement il met ensemble les cas certains et les cas possibles. Les pre- 
miers, en admettant ses propres chiffres, ne seraient que 43 sur 120, 
c'est-à-dire un tiers. Ce nombre aurait pu cependant être significatif, s'il 
s'était agi des pesik ; mais comme il s'agit des legarméh, c'est-à-dire de 
signes qui, dans le système d'accentuation, obéissent à une règle presque 



BIBLIOGRAPHIE 157 

absolue, et pour lesquels on n'a donc pas besoin d'explication spéciale, 
les résultats obtenus par M. Fuchs nous paraissent assez douteux. 

L'ouvrage de M. Fuchs a néanmoins le mérite de réunir la littérature 
concernant le pesiq et le legarméh. 

Mayer Lambert. 



Catalogue of the Hebrew and Samaritan Manuscripts in the Br - 
tish Muséum, by G. Marooliouth. Part III, Section i. Kabbalah. Londres, 
1909; in 4° de 155 p. 

La troisième partie de cet excellent Catalogue, si instructif à bien des 
égards 1 , devait être la dernière et contenir le restant des ouvrages non 
encore décrits, de nombreux Indices, etc. Mais la direction du British 
Muséum a décidé d'interrompre la publication à cause de l'apparition pro- 
chaine d'un nouveau Supplément des Hebraïca imprimés 2 , et d'éditer 
néanmoins la première section, déjà achevée, du tome III, qui renferme 
la description des manuscrits cabbalistiques. Autant on doit regretter 
cette fâcheuse interruption, autant, du moins, il faut être reconnaissant 
pour ce que l'on nous offre présentement. Ici le talent de M. G. Margo- 
liouth s'est affirmé sous une face nouvelle, celle d'un connaisseur exact 
de la Cabbale et de sa littérature 3 . 

Il décrit dans ce volume 132 manuscrits (n os 733-864), dont la plus 
grande partie — 98 numéros — proviennent de la Collection Almanzi et 
appartiennent, par conséquent, à l'Italie. Deux mss. (n° 735, 763) sont des 
fragments de la Gueniza et contiennent des morceaux du Héchalot 
rabbati et du Zohar. Parmi les autres, un des plus intéressants est le 
n° 737, qui fut terminé par Elias Lévita à Hoschana rabba 1515 pour le 
cardinal Aegidius de Viterbo et qui contient plusieurs ouvrages d'Eléazar 
de Worms. Les notes latines ajoutées çà et là dans les marges appar- 
tiennent sans doute au premier propriétaire. On trouve également des 
notes latines dans le n° 740 (naN nsa de Joseph Chiquitilla), qui a appar- 
tenu à Reuchlin et dans le n° 754 (recueil ; cf. le colophon intéressant dans 
le Catalogue, p. 5t a). Le n° 752 est apparenté au ms. Schônblum 14 (voir 
le Catalogue lithographie de Steinschneider, p. 4-5) et contient également 
le Tnutttt bm «ma NDbN et, au commencement du -nz^n nso, ces mots : 
-n N2in an ->d^ iba^pio (?) b"n m^n p pan b&ottuj '-on nana 

1. Voir mon compte rendu des deux premiers volumes dans la Revue, XLI, 301-308, 
et LI, 154-160. Cf. L, 270. 

2. Le premier Supplément du Catalogue de Zedner (Londres, 1867) est de Van 
Straalen (Ib., 1894). 

3. Cf. son article The doctrine of the Ether in the Kabbalah, dans J. Q. /?., XX, 
825-861, contenant des extraits du TZnpH bpU3 de Moïse de Léon d'après le ms. du 
Brit. Mus Add. 27044 (Catalogue n° 761). 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bti) brun "iiû^ri *ido?3 "ipTurr r^win a-n ...^"néa "jet n5ïid mino 
'idi yrojnn tn«b jrna nson rrn ...VatT pis ihd ûna?3 na-D-i 1 . Le 
n<> 767 contient un commentaire du Zohar, datant de 4 325 et autrement 
inconnu; il est intitulé "pson nanb et ne porte que sur la Genèse et le 
Lèvitique. L'auteur cite son bvttïl "pbDVlH nsïp, dans lequel M. Margo- 
liouth voudrait reconnaître le commentaire de la Genèse de Joseph Ange- 
lino (composé en 1311), ouvrage allégorique et cabbalistique dont le 
manuscrit est à la Bodléienne. A quoi on doit objecter qu'Angelino est 
un Italien, comme son nom suffit à le montrer et qu'il a peut-être écrit 
son livre à Lucques (v. le Catalogue de Neubauer, n° 1618), tandis que le 
-pDOn roab a été composé en Espagne. — Les n os 772-786 contiennent les 
commentaires très diffus de Moïse Gordovero sur le Zohar et leurs diffé- 
rentes parties, qui ne se retrouvent plus qu'en Italie. — Le n° 794, i, n, 
renferme deux ouvrages astrologiques intitulés rnnbn -|DD et mb?73 
mbîttn et inconnus par ailleurs. — Les n os 809 et 840-844 contiennent 
des écrits de Menahem Azaria de Fano, notamment des parties des mffl* 
nT.73873, qui ne sont pas encore tous imprimés. Remarquons, à ce pro- 
pos, qu'en outre des quatre parties du !Tj*P ^B3D (n° 840), éditées depuis 
longtemps, une cinquième a paru à Varsovie en 1899, d'après un manus- 
crit; de même, le nttN nDU5 a été publié d'après un ms. à Lubaczôw en 
1898. — Enfin, le n° 852 contient un ouvrage cabbalistique, intitulé tznb 
rtnbiD, de Salomon b. David ha-Gohen du Yémen, datant de 1635 ou 1640 
(v. aussi la notice datée de 1866 dans le Catalogue, p. 147 b.). 

Voici encore quelques remarques de détail : Sur nat*n dans le sens de 
« recueillir » (n° 743 u), cf. mon Mose ibn Chiquitilla, p. 153. — Sur le 
unpn ma» de Nahmanide (745, n, et 815, n), cf. le fragment édité par 
Krauss, dans 1"i^n, v, 115. — Au lieu des 'n *nOD "itid de Ephraïm Alna- 
qua (cité dans 749, iv), il faut sans doute lire 'n TDD n*iû, édité à Tunis 
en 1902 (v. mon Zur jad.-ardb. Litteratur, p. 71, n. 1). — Un ïTror* 'o 
■p-iNn (cité dans 752, vu) est également mentionné dans un commentaire 
manuscrit du S. Yecira, qui a appartenu à Jellinek, v. Epstein, dans 
npinrr, II, 5. — Dans la liste intéressante de 752, vin, figure un écrit inti- 
tulé natt mat bu: mmusn mua jan», à lire sans doute pinm i»bt», cf. 
Yebamot, 16 a. — Sur Moïse Azriel b. Eléazar ha-Darschan (mentionné 
dans 752, xn), qui vivait en 1271, v. les citations d'Epstein, Monatsschrift, 
XXXIX, 449. — Le fragment de 754, vu, dont les quatre premiers 
chapitres concordent avec les chap. 27-30 des Héchalot rabbati, est expli- 
citement désigné ici comme étant le rmnrj -itfJ et apparaît ainsi comme 
un ouvrage distinct; v. Jellinek, Introduction au Bel ha-Midrasch, II, 
p. xxn et suiv., et surtout Ph. Bloch dans Winter et Wùnsche, III, 236. — 
Le n° 755, xvi, contient une citation intéressante des mDia "n^tt) de 
Samuel b. Hofni; sur le fond v, les citations de Chajes, Rivista Israelitica, 



1. Les citations les plus anciennes du "P^Ul^Tû et du HUm HDD doivent être 
celles du caraïte Kirkisàni contemporain de Saadia ; v. la citation tirée de l'abrégé de 
son Kildb al-'anwâr dans Steinschneider Festsckrift, p. 211, n. 2. 



BIBLIOGRAPHIE 1S9 

V, 165. — Sur le D^Tiïi 1DO (756, xvn), v. Stcinschneider, Catalogue de 
Munich, 2« éd., 207. — Sur Isaac b. Samuel b. Hayyim Sefardi, qui vivait 
à Naples en 1491 et est l'auteur du n° 793, vu, v. Stcinschneider, Die arab. 
Liter. d. Judcti, p. 247, n. 3. 

En adressant nos remerciements à la direction du British Muséum et 
plus encore à l'auteur de ce Catalogue, nous exprimons l'espoir de rece- 
voir bientôt la suite et de connaitre ainsi, par une description complète 
et compétente, l'état d'une des plus importantes collections de manuscrits 
hébraïques. 



Samuel Poznanski. 



Varsovie. 



Kapaport (Mordché VV.). Ghr. W. Dohm der Gegner der Physiocratie 
und seine Thesen, Berlin, Puttkammer et Muhlbrecht, 1908; in-8° de 
143 p. 

Dans cette monographie, M. Rapaport s'est efforcé surtout, ainsi que le 
litre l'indique, de mettre en lumière les doctrines d'un des plus illustres 
adversaires des physiocrates et de déterminer la place qui lui revient 
dans l'histoire des sciences économiques. A première vue, il semble 
qu'il n'entrait pas dans le cadre de l'ouvrage d'apprécier le rôle joué par 
Dohm en faveur de l'émancipation juive et le célèbre ouvrage qu'il publia 
sur cette question, en 1781, sous le titre de : Die bùrgerliche Verbesscrung 
der Juden. Mais, au sentiment de M. Rapaport, Dohm anti-physiocrate et 
Dohm avocat de la cause juive ne poursuivaient pas deux desseins aussi 
différents qu'on pourrait croire : le plaidoyer en faveur des Juifs, s'il 
n'est qu'un épisode de la carrière de Dohm publiciste, politicien et éco- 
nomiste, n'en est nullement un hors-d'œuvre ; et si Dohm est entré 
dans la lice pour éclairer l'opinion sur la question juive, ce ne fut pas 
seulement par déférence et amitié pour Moïse Mendelssohn, mais bien 
par suite de convictions personnelles d'un caractère non pas tant senti- 
mental et humanitaire que juridique et économique. 

M. Rapaport, dans le chapitre qu'il consacre (p. 96-118) à l'opuscule de 
Dohm, le rattache donc étroitement à la campagne que celui-ci entreprit 
contre les théories des physiocrates. Les physiocrates, adversaires du 
mercantilisme, étaient, sauf exception, des gens prévenus contre les 
Juifs, « qui ne produisaient rien, n'étaient ni cultivateurs, ni artisans ». 
Les arguments de Dohm contre l'étroitesse des thèses physiocratiques. 
devaient le disposer favorablement à l'égard des Juifs, à tout le moins lui 
faire préconiser l'utilisation économique de l'élément juif. Dohm, amené 
ainsi à envisager la question juive déjà soulevée d'ailleurs dans l'opinion 
éclairée du siècle, se mit à l'étudier avec un vif intérêt et en aborda 
l'examen avec une excellente préparation historique et juridique. Il fut 
le premier à poser la question dans des termes vraiment scientifiques et 
à l'orienter dans le sens des solutions que commandaient non seulement 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la justice et l'humanité, mais encore et surtout l'intérêt bien entendu de 
la civilisation et des peuples chez qui les Juifs formaient un élément 
notable de population. 

On croit communément, d'après Graetz, L. Geiger, que Dohm fut gagné 
à la cause juive par Mendelssohn et n'écrivit pour eux que sous son 
instigation et avec sacollaboration. D'après M. Rapaport, c'est seulement 
après l'apparition du travail de Dohm (1781) que l'influence de Men- 
delssohn s'est exercée sur lui. Nous avons peine à le croire et à renoncer 
à l'opinion reçue. M. Rapaport nous semble avoir exagéré l'indépendance 
de 1 initiative de Dohm. Serait-ce dû à la préoccupation de justifier l'op- 
portunité du chapitre sur la Bùrgerliche Verbesserung ? On ne saurait 
contester sérieusement, comme le fait M. Rapaport (p. 07, note), la réalité 
de l'influence, sinon de la collaboration effective, de Mendelssohn dans 
le travail de 1781. Gomment, sans l'entremise du philosophe juif, Dohm 
aurait-il fait accueil au Mémoire des Juifs d'Alsace? M. Rapaport omet de 
s'expliquer sur ce point II reste vrai, et c'est ce qui résulte des observa- 
tions intéressantes de M. Rapaport, que Dohm n'a pas été une sorte de 
prête-nom pour Mendelssohn, qu'il a plaidé pour les Juifs parce que la 
cause, indépendamment des intéressés, lui semblait intéressante, et qu'il 
a fait faire de grands pas à la question, par la façon intelligente, objective, 
scientifique dont il l'a posée. Et partout où le problème se pose encore, 
on aurait profit à relire l'argumentation de Dohm qui demeure dans ses 
grandes lignes ce qu'on a dit de plus sage et de plus décisif sur le sujet. 

Julien Weill. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 

T. LVII, p. 1. — M. Alexander Marx, professeur au « Jewish theological 
Seminary of America », m'apprend que Steinschneider a déjà signalé 
brièvement les rapports du glossaire d'Oxford avec le Iagnis de Moïse ibn 
Ezra. Voir le Catalogue des mss. hébreux de Munich, 2 e éd., p. 94; Calai, 
des mss. hébreux de Berlin, II, p. 28, et Arabische Literaiur der Juden, 
p. 151, § 101, n° 7. — D. S. Blondheim. 

T. LVII, p. 280. — M. M. Ginsburger propose de lire dans Habaqouq, n, 
3, 1"$ au lieu de "n^. De la sorte, le parallélisme serait complet et l'expres- 
sion correspondrait exactement avec les différents versets des Proverbes. 
[Il faudra alors traduire : « Car la vision est un témoin pour le temps 
fixé et un déclarant pour l'avenir. » — M. L.} 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 50, RUE DUPLESSIS. 



NOTE SUR LES MESURES HÉBRAÏQUES 



L'étude de la métrologie hébraïque se rattache directement à 
celle de la métrologie antique; elle constitue l'une des branches 
de cette dernière. 

Les Hébreux, en effet, ont usé des poids et mesures des nations 
avec lesquelles ils ont été en rapport ; il ne paraît pas qu'ils se 
soient constitué un système métrique particulier. Au surplus, ils 
auraient été le seul peuple qui eût procédé ainsi : le monde ancien 
tout entier n'a possédé, en effet, qu'un seul système métrologique, 
le système égypto-babylonien, qui a été développé et modifié selon 
des modalités, des proportions déterminées, avec la plus absolue 
précision, par les écrivains mathématiques anciens. 

Le système métrologique de l'antiquité constitue donc un 
ensemble mathématiquement coordonné, dont chaque partie est 
en relation arithmétique avec toutes et chacune des autres. Il 
suffit ainsi de pouvoir fixer, avec précision, la valeur, en unités du 
système métrique français, de l'un des éléments du système antique 
pour être à même de déterminer, en ces mêmes unités, l'équi- 
valence rigoureuse de n'importe quel autre poids ou mesure 
antique. 

La base adoptée pour la comparaison est le pied assyrien, côté 
du cube contenant, en eau, le talent assyrien. 

Ce pied, dit aussi grec et olympique, a pour étalon le Parthénon 
d'Athènes, dont il est la mesure ouvrière, La façade a cent pieds 
et trois fois la hauteur des colonnes. Or, la colonne mesure 
10 mètres 285 millimètres forts. Si l'on admet 10 mètres 285 milli- 
mètres 1/3 et que l'on triple ce chiffre, on obtient, pour les cent 
pieds, 30 mètres 856 millimètres et, pour le pied 0,308 milli- 
mètres 56. Tel est le pied assyrien ou grec. Son cube représente 
29 litres 37 centilitres 6, ce qui est la contenance du talent assy- 
rien, du poids, en eau, de 29 kilos 376 grammes. 

T. LVIII, n° 116. 11 



462 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Toutes les autres mesures, tous les autres poids du système 
antique ont été calculés par nous sur cette double base de poids et 
de longueur. 



CHAPITRE PREMIER 

MESURES DE LONGUEUR 

Ces prémisses posées, commençons l'examen des coudées hé- 
braïques. On en compte quatre principales : la coudée des maçons, 
la coudée vulgaire ou commune, la coudée sacrée, la coudée des 
vases ou virile. 

A. Coudée des maçons. 

Les métrologues anciens désignent, sous le nom de coudée des 
maçons, une mesure issue d'un des plus anciens des talents (kikkar) 
connus. C'est un talent babylonien d'une contenance de 18 litres 
88 cent. 8/9. Le côté d'un cube de cette contenance est de 
m ,266 1/3. Telle est la dimension du pied des maçons. La 
coudée, qui est toujours d'une fois et demie le pied, mesure donc 
m ,3991/2. 

Il est vraisemblable que les Hébreux ont également désigné 
cette coudée sous le nom de coudée des maçons, mais il n'y a 
pas de certitude à cet égard. 

R. Coudée commune ou vulgaire. 

Cette mesure est celle qui a servi de mesure de chemin sabba- 
tique, que les Talmudisles font de 2,000 coudées. Parallèlement, 
saint Épiphane donne six stades au chemin sabbatique. Comme la 
longueur du stade grec est de 185 m ,136 mui , les six stades font 
l,110 m ,81(> nm . Si l'on divise cette longueur par 2,000, nombre des 
coudées données à ce chemin par les Talmudistes, la coudée res- 
sort à 0«\555,408. 

Or, il ne s'agit là que d'une approximation et la coudée longue 
ptolémaïque mesure m ,554 mm . La coudée longue ptolémaïque est 
donc la coudée commune ou vulgaire. 

Telle est la conclusion qui, à notre avis, doit être tirée de ce 
rapprochement, de cette concordance. 



NOTE SUR LES MESURES HÉBRAÏQUES 16$ 

C. Coudre sacrée. 

D'après Ézéchiel îcliïi, v. 13), la coudée sacrée mesure un palme 
de plus que la coudée vulgaire. Comme une coudée se divise en 
six palmes, la coudée vulgaire est donc les 5/6 de la coudée 
sacrée. 

Si donc, à la coudée vulgaire, soit () m ,554 

On ajoute son cinquième, soit O m ,140.8 

On obtient, pour la coudée sacrée, une longueur estimée 

de m ,664. 8 



Il ne s'agit évidemment là que d'une estimation approchée et 
non pas d'une parité rigoureusement exacte et mathématique. 

Or, la coudée moyenne dite alexandrine mesure m ,665.8 1/3. 
La différence entre l'évaluation approximative d'Ézéchiel et ce 
chiffre est absolument insignifiante : un millimètre environ. On ne 
saurait demander plus de précision, quand on est en présence 
d'écrivains anciens, lesquels, sauf les mathématiciens, procèdent 
toujours par chiffres ronds. 

La coudée sacrée est donc, à notre avis, la môme que la coudée 
moyenne alexandrine et elle mesure n \665.8 1/3. 

A cette coudée correspond naturellement un pied, lequel est des 
2/3 de la coudée. Ce pied, qui est le pied alexandrin, ressort donc 
à m ,443 8/9. 

En raison de la proportion des 2/3 pour le pied, par rapport à la 
coudée, celle-ci, nous l'avons déjà constaté, est toujours d'un pied 
et demi : 10 coudées font donc 45 pieds. Autrement dit, une 
mesure de même longueur, exprimée en pieds, sera d'une fois et 
demie par ]*apport à son estimation en coudées. 

Or, les estimations de Josôphe sont précisément dans ce cas, par 
rapport à la coudée sacrée. Ainsi, par exemple, dans Ézéchiel, 
xlii, 2, la largeur des portes du temple est de dix coudées; elle 
est, dans Josèphe, de 15 coudées. La coudée de Josèphe, des 2/3 
de la coudée sacrée, n'est donc pas autre chose que le pied alexan- 
drin, lequel, nous lavons dit, mesure n ,443 8/9. Cette coudée de 
Josèphe est souvent dénommée coudée vulgaire. 

D. Coudée des vases ou virile. 
Constamment cette coudée est donnée par les Talmudistes comme 



164 REVUE DES ETUDES JUIVES 

contenant seulement cinq palmes, sur les six de la coudée vulgaire 

(sabbatique), laquelle mesure n \554 mm 

Si donc il est retiré de cette coudée un sixième, soit 
un palme, ou m ,092 2/3 

il reste, pour la coudée des vases, par approximation, m ,461 1/3 

Or, la coudée grecque et assyrienne moyenne mesure m ,462,84. 
La coudée des vases ou virile est donc la coudée moyenne grecque. 



CHAPITRE II 

MESURES DE CAPACITÉ 

A. Évaluations calculées. 

De l'examen des mesures hébraïques de longueur passons à 
l'analyse des mesures de capacité. 

Il existe un accord parfait entre tous les auteurs, Talmudistes 
et autres, quant à la composition du cor, lequel contient toutes 
les autres mesures hébraïques de capacité connues. Elle se détaille 
comme suit : 

Mesures pour les liquides. 

Log 1 

Hin 1 12 

Bath 1 6 72 

Cor 1 10 60 720 

Mesures pour les grains. 

Log 1 

Cab 1 4 

Gomor ou assaron. 1 17/8 7 1/2 

Sath (modius) 1 3 5 4/5 22 1/2 

Epha 1 3 1/5 10 18 72 

Cor 1 10 32 100 180 720 

La titra est d'un demi-log. 

Ces divisions une fois connues, il est évident qu'il suffira 
d'établir, avec certitude, la valeur de l'une d'elles, pour connaître 
celle de chacune des autres, en mesures du système métrique 
français. 



NOTE SUR LES MESURES HÉBRAÏQUES 165 

Commençons par reproduire les parités que saint Ëpiphane 
fournit a propos de certaines des mesures hébraïques de rapacité : 

A. Le cab est le quart d'un modius ; 

B. Le cab esl le cinquième d'un modius; 

C. Le cab est le sixième d'un modius; 

D. Le métrètes grec, Tartane égyptienne et l'épha sont des 
mesures égales, qui contiennent chacune 72sextes; 

/:. Le gomor contient 7 1/5 sextes et est du dixième de Tartane. 

Ces diverses évaluations s'expliquent comme suit : 
.4. Le modius attique mesure 6 litres 528, dont le quart est de 
1 litre 632. 

/>. Le ferk ptolémaïque (modius) est de 8 litres 16, dont le cin- 
quième est de 1 litre 632. 

C. La petite artabe ptolémaïque, dixième de la grande, est de 
9 litres 792, dont le sixième est de 1 litre 632. 

Comme conclusion de ces trois parités concordantes, le cab est 
donc de 1 litre 632. 

D. Le métrètes grec, Tartabe égyptienne et Tépha mesurent 
chacun 29 litres 376, soit la capacité du talent assyrien mentionné 
plus haut. On est donc ainsi fixé sur la valeur de Tépha ; elle est 
de 29 litres 376. 

Chacune de ces mesures se divise en 72 parties, égales au log, 
ce qui donne, pour le log, la sexte grecque et le sa ptolémaïque, 
une valeur égale de litre 408. 

E. Le dixième d'une artabe de 29 litres 376 donne, pour le 
gomor, 2 lit. 937.6. 

Sans autres indications que les parités de saint Épiphane, ii est 
donc possible de déterminer, en litres et fractions, l'équivalence 
de chacune des mesures hébraïques de capacité. 

Nous allons donc reproduire l'échelle établie plus haut, mais en 
l'accompagnant, cette fois, de l'estimation, en valeurs métriques 
françaises^ de chacune des mesures hébraïques. 

En ce qui concerne les mesures appliquées aux grains, nous 
donnerons, à côté du poids en eau de chaque mesure, sa conte- 
nance en blé sur la base de la densité conventionnelle de 8/10 par 
rapport à l'eau, adoptée par tous les peuples anciens. 

Mesures pour les liquides. 

Log 1 lit. 408 

Hin \ 12 4 — 896 

Balti t 6 72 29 — 370 

Cor 1 10 60 720 293 — 760 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mesures pour les grains. Blé. 

Poids. Contenance. 

Log 1 k. 408 gr. lit. 510 

Gab 1 4 1 632 2 — 040 

Gomor ou assaron. 1 17/8 7 1/2 2 937.6 3 — 672 

Sath (modius) 1 3 54/5 221/2 8 812.8 11—016 

Epha 1 31/5 10 18 72 29 376 36 — 72 

Cor 1 10 32 100 180 720 293 760 367 — 20 

Saint Jérôme confirme ces évaluations, quand il donne au sath 

I 1/2 modius. Le modius ptolémaïque pèse 5 k. 875 gr. 2. Si l'on 
ajoute à ce poids sa moilié, soit 2 k. 937 gr. 6, on retrouve exac- 
tement les 8 k. 812 gr. 8 du poids du sath. 

Les Septante font le cor hébraïque égal à six artabes égyp- 
tiennes. Comme l'artabe ptolémaïque pèse 48 k. 960 gr., les 
6 artabes donnent les 293 k. 760 gr. du cor. 

Maïmonide, après avoir dit que la litra est la moitié du log, 
déclare que le sath pèse, rempli de blé, 43 litras ; certains Talmu- 
distes indiquent 44 litras. 

On voit que ce sont là des évaluations qui proviennent de ce que 
Maïmonide et les Talmudistes ont pesé eux-mêmes le blé. A la den- 
sité légale de 8/10, le blé aurait dû peser 22 1/2 log, soit 45 litras, 
puisque la litra est d'un demi-log. Le blé pesé par Maïmonide 
n'avait pas tout à fait la densité légale ; il était un peu plus léger. 

Maïmonide dit encore que le log en usage de son temps excédait 
l'ancien à concurrence d'un sixième. Si l'on ajoute 1/6 au log de 
408 gr., on arrive à 476 gr. Or le log en usage du temps de Maïmo- 
nide était le rotl arabe de l'Andalousie, de 472 gr. 2/9. Il s'agissait 
donc, pour Maïmonide, d'une évaluation approximative, mais elle 
est, à ce titre, aussi satisfaisante que possible. 

Il évalue, d'autre part, le poids du log à 70 dinars égyptiens, 
dont le poids légal, de 5 gr. 95, ferait monter le log à 418 gr. 1/2. 

II ne s'agit pas, cbez Maïmonide, du poids légal des monnaies 
citées, mais de celui des espèces prélevées par lui dans la circula- 
tion. Gela est si vrai qu'il déclare avoir trouvé, pour le poids du 
log, non pas l'équivalence de 105 dirhems qui, au poids légal, 
doivent équilibrer 70 dinars dans la balance, mais bien 104 dirhems 
seulement. Il a soin d'ajouter que chaque dirhem pesait de 61 à 62 
grains. Or le poids légal du dirhem est de 64 grains. 

Ainsi s'explique l'écart apparent entre l'évaluation de Maïmonide, 
effectuée en espèces arabes courantes, et ce que l'on sait d'ailleurs 
du poids réel du log. 



NOTE SUR LES MESURES HÉBRAÏQUES 167 



B. Évaluations de Josèphe. 

Dans ses Antiquités, ce1 auteur donne diverses évaluations des 
inesiires de capacité hébraïques. Ces évaluations sont constam- 
rhehl opposées à relies qu'on essaie de fàir\e de ces mêmes mesures, 
en s'appuyant sur des sources autres que Josèphe. 11 nous a donc 
semble uiile d'examiner de près les estimations fournies par lui. 

Livre 111, en. ix, il donne, pour équivalent de l'hin, deux choils 
attiques, soit douze sextes atliques. Or le log, nous l'avons vu, 
égale la sexte allique et l'hin comprend douze log. Dans ce passage, 
Josèphe a donc été absolument exact. 

Livre 1\, eh. n, il dit que le sath équivaut à t 1/2 modius 
Italique. Le sath est ici constitué, par Josèphe, de la contenance 
de 24 log, au lieu de 22 1/2 log qu'il comprend ordinairement. Cette 
confusion provient du fait que replia contient 10 gomor et que le 
sath en contient trois. Josèphe a divisé 10 par trois et a obtenu 1/3. 
Le tiers des 72 log de répha donne 24 log. Il a fait ainsi le sath de 
24 log, du tiers de l'épha, au lieu de 22 4/2 log. Or 24 log font 

9 litres 702, et le modius, non pas italique, mais attique est de 
6 litres o2S. Sur ce pied, 1 4/2 modius égale aux 9 litres 792 que 
contiennent 24 sextes 

Le texte de Josèphe doit donc être rectifié sur deux points : 
une erreur de copie, qui a fait mettre italique pour attiqne, et 
une erreur de calcul, qui a fait évaluer le sath à 24 log au lieu 
de 22 1/2. 

Livre III, ch. vu, il dit que le gomor égale à 7 cotyles attiques. 
Nous avons montré, par l'échelle établie plus haut, que le gomor 
contient 7 1/2 Sextes attiques. 11 y a donc dans le texte de Josèphe 
une double erreur: il faut lire sextes au lieu de cotyles et ajouter, 
au chiffre 7, la fraction négligée 1/2. 

Livre XV, ch. un, il est dit que le cor de farine fait 10 médimnes 
attiques. Le cor mesure dix métrètes atliques de 29 litres 370, 
et non pas dix médihihës de 39 litres 168 l'un, puisqu'il contient 
293 litres 76 centilitres. Il faut donc lire métrètes, et non pas 
médîmnes. 

Livre II, ch. xm, il est dit que 70 cors de farine font 41 médîmnes 
attiques Or, comme le cor mesure 293 litres 76 et le médimne 
39 litres 168, nous venons de le dire, le texte de Josèphe, tel qu'il 
est présent»' 1 , serait donc ridiculement invraisemblable II faut lire : 

10 cors de farine, de il méaimhës attiques /*////. S il s'agissait de 
tnédimnes le chiffre serait encore trop fort, et de beaucoup, car 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

41 médimnes, à 96 sextes (ou log) chacun, feraient 3936 log et le 
cor ne contient que 720 log. Mais il s'agit (X hectes, dont 45, à 
16 log ou sextes l'un, l'ont 720 sextes ou log, soit la contenance 
du cor. 

Le cor, rempli d'eau, pèse donc le même poids que 45 hectes. 
Mais il s'agit de farine, dont le poids n'est plus que de 41 hectes. 
Cela veut dire que la farine dont parlait Josèphe pesait seulement 
41/45 de l'eau, autrement dit qu'elle était à la densité de 91, 1/9 %. 
ce qui est absolument admissible. C'est même ce que Josèphe a 
entendu préciser, en donnant au cor le poids de 41 hectes. 

Le texte de Josèphe, tel que nous le possédons, doit donc être 
rectifié comme suit : 70 cors de farine, de 41 hectes attiques l'un. 

Josèphe, les Chroniques et les Talmudistes donnent 3,000 bath 
à la mer d'airain, tandis que le Livre des Rois indique 2,000 bath 
seulement. Il ne faudrait pas croire qu'il ait été ainsi créé un nou- 
veau bath, dont on chercherait vainement à déterminer des carac- 
téristiques en relation avec une mesure de capacité connue. La 
coutume s'était établie, en raison de la proportion mentionnée plus 
haut de 15 pieds (coudées vulgaires de Josèphe) pour 10 coudées 
sacrées, de majorer de moitié les anciennes mesures. Il a été 
procédé de même à l'égard de la mer d'airain : il a été inscrit 
3,000 bath, au lieu de 2,000, sans tenir compte du fait que la rela- 
tion est simple entre mesures de longueur, mais qu'elle dépend 
d'un cube, en ce qui concerne des mesures de capacité. 

G. Évaluations des Talmudistes. 

Comme on le voit à propos du bath, les Talmudistes ne se ren- 
daient aucun compte de la relation mathématique entre le cube et 
la longueur. Ils pensaient qu'en augmentant un cube de moitié, la 
mesure de longueur correspondante se trouvait accrue dans la 
même proportion. 

C'est ainsi que certains d'entre eux disent qu'en doublant le 
cube de l'épha, on obtient une coudée qu'ils nomment vulgaire, 
laquelle est de m ,554, double de la longueur de m ,277, celle du 
pied ptolémaïque. 

En réalité le cube de l'épha, 29 litres 376, correspond, par son 
côté, à un pied de m ,308,56, qui est le pied assyrien et grec, 
comme nous l'avons indiqué dans nos prémisses. Non pas en dou- 
blant, comme le disent les rabbins dont nous parlons, mais en 
augmentant de moitié, non pas le cube de l'épha, mais bien la 
longueur du pied, on obtient la coudée moyenne assyrienne et 



NOTE SUR LES MESURES HÉBRAÏQUES 169 

grecque. (Vos! sons un autre nom, nous l'avons vu plus haut, la 
coudée des vases. 

Ainsi L'assertion rabbinique relative au doublement du cube de 
L'épba, à la Longueur ainsi obtenue et à l'assimilation de eette 
coudée à la coudée vulgaire (et ils entendent par là la coudée 
longue ptolémaïque) n'est qu'un tissu d'erreurs. Cette dernière 
est du double du pied ptolémaïque de m ,277 dont le cube, de 
^21 lit. 250, correspond, non pas à la contenance de l'épha, mais 
au poids en eau du talent du second Temple, talent cité plus loin. 

En fait, cette façon de raisonner de certains Talmudistes, la 
confusion qui s'est produite chez eux entre le cube de l'épha et 
celui du talent du second Temple, n'a pas eu d'inconvénients. 
Comme, en dépit de la fausseté de leurs raisonnements mathéma- 
tiques, ils considéraient la coudée longue ptolémaïque comme iden- 
tique à la leur, qui était en fait la coudée longue ptolémaïque, 
désignée avec raison par le nom de vulgaire comme ils le font, 
par erreur, pour celle de Josèphe, ils ont indiqué, partout dans 
leurs œuvres, le même nombre de coudées que Josèphe lui-même. 
Il en est ainsi, par exemple, pour les dimensions des diverses parties 
du Temple. Peu importe, dès lors, que, dans leur esprit, ils aient 
donné à la coudée longue ptolémaïque une ou plusieurs équi- 
valences erronées. 

En résumé, les diverses coudées hébraïques connues sont les 
suivantes : 

1° Coudée des maçons, la cottdée des maçons babylonienne 

(hypothétiquement) m ,399 1/2 

2° Coudée vulgaire (chemin sabbatique ■, la coudée longue 

ptolémaïque de , ,n ,554 

3° Coudée sacrée, la coudée moyenne alexandrine m ,665.8 1/3 

4° Coudée vulgaire (2 e coudée vulgaire), le pied alexandrin, 

coudée de Josèphe () m ,443 8/9 

5° Coudée des vases, la coudée grecque moyenne, qualifiée 

de coudée vulgaire (3«) par certains Talmudistes. . m ,462 84 

On le voit, le nom de coudée vulgaire a été successivement donné 
à trois coudées fort différentes, qu'il y a lieu de distinguer avec 
soin, quand il s'agit de convertir en mesures françaises les lon- 
gueurs exprimées en coudées hébraïques vulgaires, sans dési- 
gnation plus précise. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUfVES 



CHAPITRE III 

POIDS ET MONNAIES 

Le système pondéral le plus anciennement usité chez les Hébreux 
est l'égyptien pharaonique, constitué par le kikkar ou talent, ce 
dernier divisé en 50 man ou mines, chaque mine divisée, à son 
tour, en 60 sicles de 20 guérah ou oboles. 

Chez les Hébreux, comme chez les Égyptiens, le morceau de 
métal, cuivre ou argent, qui servait d'unité de prix, était de 
même poids et de même nom que l'objet en pierre ou autre 
matière qui servait d'unité pondérale. C'est comme si, en France, 
on appelait kilo et le poids d'un kilo et une unité monétaire pesant 
un kilo de métal-cuivre ou de métal-argent. C'était l'argent qui, 
chez les Hébreux, était le type du poids-monnaie. On comptait et 
en sicles et en talents d'argent. La valeur de cuivre, comme poids, 
était représentée primitivement par des objets d'usage, tels que 
boucliers, marqués chacun d'autant de traits qu'ils pesaient de 
mines. 

Le poids-monnaie d'argent a rempli la fonction monétaire, celle 
de base d'évaluation de prix et d'instrument de payement bien 
avant d'avoir été constitué en une monnaie proprement dite par le 
fait d'avoir été marqué d'une empreinte. 

Le sicle, comme poids-monnaie, consistait alors en un morceau 
de métal-argent qui était carré, quand il avait été coupé à la cisaille 
dans une plaque, rond et plat quand il avait été coupé en travers 
d'une barre. Quand un de ces morceaux représentait plusieurs fois 
l'unité, le sicle, il portait autant de traits qu'il pesait de sicles, traits 
faits avec le tranchant d'un burin, à coups de marteau. Parfois le 
trait était remplacé par l'empreinte delà pointe émoussée d'un outil 
de fer, ce qui constituait une sorte d'annelet. Il en a été ainsi dans 
l'enfance monétaire de nombre de peuples. 

Vers le vu" siècle avant J.-C. les disques d'argent constituant les 
poids-monnaies ont commencé à recevoir une empreinte destinée 
à en certifier le poids, à éviter la pesée lors de la prise en payement; 
car les poids-monnaies, de parleur procédé de fabrication, étaient 
d'un poids nécessairement assez irrégulier. 

Le but de l'empreinte était l'abandon de la pesée et son rempla- 
cement par la prise à la pièce, le comptage des pièces. Ce but n'a 
été complètement atteint qu'à la longue. On a bien commencé par 



NOTE SUR LES MESURES HÉBRAÏQUES 471 

ne plus peser, quand il s'agissait d'une pièce seule ou dun petit 
nombre de pièces, dans les transactions courantes, mais, dans 
celles qui étaienl tant soit peu importantes, la pesëG a continué à 
ètfè pratiquée bien longtemps encore après l'invention de l'em- 
preinte, de l'institution de la monnaie proprement dite. 

Ces brèves indications étaient utiles en raison de l'objection, sans 
cesse renaissante, qu'il ne peut être raisonnablement question, 
dans les Écritures, de pièces d'argent, de bourses contenant des 
pièces, etc.. quand il s'agit d'époques antérieures à l'invention de 
la monnaie et l'on entend par là faire allusion à l'invention de l'em- 
preinte. Or, il a été incontestablement fait usage de poids-monnaies 
chez nombre de peuples bien avant que ces poids-monnaies 
eussent reçu d'empreinte, qu'ils fussent devenus des monnaies 
au sens moderne. Tout se fait par degrés, dans la marche de la 
civilisation et non par sauts brusques. Les hommes ont acheté et 
vendtt, paye et reçu, bien avant que l'empreinte n'eût été imaginée. 
Nombre de moutons ont vécu avant qu'aucun n'ait été marqué. 

À. Talent sacré. 

Bien avant les Ptolémées, les premiers souverains d'Egypte qui 
aient frappé monnaie, les Égyptiens possédaient le système pondéral 
suivant : 

Guérah 1 Ogr. 708 1/3 

Sicle 1 20 14 gr. 16 1/3 

Man (mine) 1 60 1,200 850 gr. 

Kikkar (talent) 1 50 3,000 60,000 42 k. 500 gr. 

La petite mine pesait G sicles ou 85 gr. 

Les Hébreux ont appliqué à ce système les noms de : talent de 
Moïse, sacré ou du sanctuaire. 

Ils ont, de plus, fait usage des fractions de sicle suivantes, qui 
existaient vraisemblablement aussi chez les Égyptiens : la rébah, 
quart de sicle, 5 guérah, de 3 gr. 54 1/6; le békah, demi-sicle, 
10 guérah, de 7 gr. 08 1/3. 

B. Talent des Septante. 

Les Septante donnent le sentiment de la transformation suivante 
du système qui vient d'être détaillé, transformation opérée par la 
division du kikkar en soixante mines isystôme sexagésimal), au lieu 
de celle en 50 mines système quinaire et centésimal) : 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Guérah 1 Ogr.708 1/3 

Sicle nouveau ou drachme 

(ancienne békah).... I 10 7 gr. 08 1/3 

Didrachme (ancien sicle) . . 1 2 20 14 gr. 16 2/3 

Man ou Mine 1 50 100 1,000 708gr.l/3 

Talent (kikkar) 1 60 3,000 6,000 60,000 42k.500gr. 

Le talent n'a donc pas changé de poids, non plus que la guérah, 
mais il est divisé en 50 mines au lieu de 60, ce qui ramène la mine 
de 850 gr., ou 1200 guérah, à 708 gr. 1/3 ou mille guérah et fait que 
la drachme, le sicle nouveau, centième de la mine, ne pèse plus 
que la moitié de l'ancien sicle. 

C. Talent du second Temple. 

Le système suivant a été constitué à l'époque du second Temple : 

Méhah, pluriel mahim (ancienne guérah). 1 gr. 708 1/3 

Zuza (drachme) 1 6 4 gr. 25 

Séla (Tétradrachme)... 1 4 24 17 gr. 

Man 1 25 100 600 425 gr. 

Talent vulgaire 1 50 1,250 5,000 30,000 21k. 250 gr. 

La méhah égale l'obole attique, comme la guérah des Septante 
et celle du talent sacré. La zuza égale la drachme attique, le man 
égale la mine attique. Le talent égale le talent attique, tel qu'il était 
avant d'avoir été porté de 50 mines à 60 mines, soit de 21 k. 250 gr. 
à 25 k. 500 gr. Il égale, de même, le talent lagide ou ptolémaïque 
et, comme celui-ci, il est de la moitié du talent à la fois dit sacré 
par les Hébreux et royal par les Égyptiens. 

La séla pèse les 6/5 de l'ancien sicle. La mine pesé la moitié de 
l'ancienne mine, ce qui a fait dire que le talent sacré contenait 
120 mines. 

Le côté du cube d'eau du poids du talent mesure m ,277; c'est 
le pied ptolémaïque. La coudée longue, double du pied, mesure 
m ,554, c'est la coudée vulgaire des Talmudistes. 



D. Justification des poids attribués aux talents. 

a) Maïmonide donne à l'ancien sicle la valeur de 320 grains et, 
au nouveau, la séla du second Temple, celle de 384 grains. Le rap- 
port de 320 à 384 est celui de 5 à 6, celui-là même qui est men- 
tionné ci-dessus entre le poids du sicle ancien et celui de la séla. 



NOTE SUR LES MESURES HEHRAIOUES 173 

Mais, de plus, Maïmonide confirme, par son évaluation, le poids 
donné par nous à ces deux sicles. En effet, il a pris pour base de 
sa comparaison le dinar arabe d'Abd-ul-Mélik, de 4 gr. 25, préci- 
sément du poids attribut' 1 par nous à la zuza. Or, 4 dinars d'Abd- 
ul-Mélik, à 96 grains l'un, font exactement 384 grains. Maïmonide 
donne donc au sicle nouveau, à la séla, le poids de 4 dinars d'Abd- 
ul-Mélik, les 17 gr. que nous lui donnons nous-méme. 

Comme l'ancien sicle est de 320 grains, soit des 5/6 de 17 gr., il 
pèse donc, selon Maïmonide, les 44 gr. 16 2/3 attribués comme 
poids, par nous, à ce même sicle sacré. 

b) Josèphe Antiquité livre 111, ch. vu) dit que le candélabre d'or 
était de 50 mines, soit d'un kikkar hébreu, égal à deux talents 
attiques. Le kikkar sacré, le kikkar hébreu, est donc bien divisé en 
50 mines, comme nous l'avons indiqué, et il pèse donc bien deux 
talents attiques de 50 mines l'un, selon la parité que nous donnons 
ci-dessus, à propos du talent du second Temple. Deux de ces 
talents, à 21 k. 250 gr. l'un, égalent en effet le talent sacré de 
42 k. 500 gr. 

Notons que l'Exode (ch. xxv, v. 39) fait précisément le chandelier 
d'or d'un talent sacré. Vraisemblablement il ne s'agit pas, dans 
cette évaluation, d'un talent d'or en poids, mais bien de la valeur, 
en or, d'un talent courant, d'un talent d'argent. Le rapport de l'or 
à l'argent était de 13 à 1. Le chandelier d'or devait donc peser le 
treizième d'un talent d'argent, soit 3 k. 700 gr. environ ou un 
talent d'or, et non les 42 k. 500 gr. du talent sacré. 

c) Josèphe {Antiquités, livre XIV, ch. xn) donne à la mine le poids 
de deux livres et demie. Or, la livre égypto-romaine pèse 340 gr., et 
2 livres 1/2 font précisément les 850 gr. que nous avons donnés à 
la mine sacrée. 

d) Saint Épiphane donne, au talent sacré, la parité de 125 livres. 
Or 125 livres, à 340 gr. lune, font précisément les 42 k. 500 gr. du 
talent sacré. 

e) L'Exode (ch. xxx, v. 13) donne 20 guérah au sicle. Ézéchiel 
(ch. xlv, v. \% confirme le fait. 11 ajoute que 20 sicles et 25 sicles 
et 15 sicles font une mine (sacrée). Or, 20 sicles ou drachmes 
d'Athènes, à 4 gr. 25 l'une, 25 deniers égypto-romains de 3 gr. 40 
l'un et 15 dariques fortes perses de 5 gr. 2/3 l'une, font les 85 gr. 
de la petite mine sacrée, le dixième de la grande. Notre estimation 
de 850 gr. pour la mine sacrée, sa division en 20 sicles et la divi- 
sion du sicle en 20 guérah sont donc confirmées par le témoignage 
d'Ézéchiel, d'accord sur le dernier point avec l'Exode. 

f) Nous avons donné 100 drachmes à lamine du talent du second 



174 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Temple. Cette division est confirmée par les Chron., II, ix, 46, qui 
donnent à chacun des boucliers d'or la valeur de 300 monnaies du 
second Temple (ce qui ferait 3 mines du môme système), comme 
équivalence des 3 mines sacrées du livre des Rois, I, ch. x, 17. 
Les Chroniques se seraient trompées de moitié si, par monnaies, 
elles n'entendaient des didrachmes du second Temple, de 8 gr. 1/2 
l'un. 

Comme pour le chandelier d'or, il ne doit pas s'agir, pour chacun 
des boucliers, de 3 mines pesant d'or, mais bien de 3 mines d'or 
pesant chacune \ /13 de la mine d'argent. L'or dont chaque bouclier 
était couvert ne pèserait donc pas 2 k. 550 gr., mais 196 gr. 
environ. 

E. Talent des Talmudistes. 

Ce talent se détaille comme suit : 

Méhah 1 Ogr. 59 1/36 

Zuza (ancienne rébah). 16 3 gr. 54 1/6 

Sela (ancien sicle sacré) 1 4 24 14 gr. 16 2/3 

Man 1 25 100 600 354 gr. 1/6 

Kikkar 1 60 1,500 6,000 36,000 21 k. 250 gr. 



Ce système résulte d'une erreur commise par les Talmudistes. 

Ils ont pris le talent de l'époque des Septante pour le talent sacré. 
Comme ils savaient que le talent vulgaire était de la moitié du sacré, 
ils ont cru qu'en calculant un talent dont chaque division était de 
moitié de celle qui correspond au talent des Septante, ils reprodui- 
saient le talent vulgaire, le talent du second Temple. 

Leur mine, de 354 gr. 1/6, non seulement correspondait à la 
moitié de la mine des Septante, mais encore égalait le poids de la 
mine lagide, ce qui était logique, puisque le talent lagide, égal au 
talent vulgaire de 21 k. 250 gr., était divisé en 60 mines, comme les 
Talmudistes divisaient le leur. Cette concordance entre leur mine 
et la mine lagide leur est apparue, à tort, comme une preuve déci- 
sive de l'exactitude de leurs calculs, d'autant plus qu'ils se rencon- 
traient avec l'approximation de 100 deniers de Néron : 362 gr. 2/3, 
donnée par les écrivains grecs pour la mine (lagide) du poids de 
354 gr. 1/6. 



NOTE SUR LES MESURES HÉBRAÏQUES 17b 



JUSTIFICATION DES RESULTATS PRESENTES 



Il ne nous est pas possible, pour justifier les résultats présentés par 
nous, d'entreprendre l'examen et la réfutation de tous et chacun des sys- 
tèmes, pour ainsi dire sans nombre, émis, depuis nombre de siècles, en 
vue de la détermination des divers poids et mesures hébraïques. 

Nous allons donc nous contenter d'analyser les assertions présentées, à 
ce propos, dans L'ouvrage de compilation intitulé Hebraeische Archaeo- 
lot/ie, de I. Benziger (2 e édition, Tubingue, in-4°, 1907), assertions qui 
apparaissent comme le résumé des plus récentes théories sur le système 
métrique des Hébreux. 

§ 1. Mesures de longueur. 

En ce qui concerne les mesures hébraïques de longueur, cet ouvrage 
présente, pour les expliquer et en déterminer la valeur en mesures déci- 
males françaises, l'équation ci-après (pages 189 et 190) : 

1° Le doigt du pied de Goudéa mesure 16 millimètres et demi; par 
suite, 30 de ces doigts font une coudée, laquelle mesure 495 milli- 
mètres ; 

2° Ezéchiel indique que la coudée vulgaire est de 6 palmes, tandis que 
la coudée sacrée en contient 7 ; la coudée sacrée est donc des 7/6 de la 
coudée vulgaire; 

3° La coudée vulgaire est celle de 30 doigts de Goudéa, la coudée de 
495 millimètres; par suite, la coudée sacrée est des 7/6 de cette dernière 
et elle mesure 577 millimètres. 

Examinons cette équation. 

Premier point. — La règle de Goudéa présente 16 doigts, soit un pied, 
dont les 24, soit un pied et demi, constituent la coudée moyenne. Gomme 
la règle de Goudéa mesure 264 millimètres et demi [Journal Asiatique, 
Janvier-février 1909, page 79), la coudée moyenne ressort à 396 milli- 
mètres 3 

G'est par une confusion entre les mesures effectives et les mesures de 
calcul qu'il est attribué, dans l'ouvrage cité, 30 doigts effectifs a la coudée 
de Goudéa. 

Toute mesure, pour la facilité du calcul sexagésimal, peut se diviser en 
30 doigts et 180 grains de calcul, lesquels ne sont qu'une équivalence 
artificielle des 24 doigts effectifs et 144 grains effectifs qui constituent 
toute coudée moyenne. On ne doit donc compter la coudée de Goudéa que 
pour 30 doigts de calcul, pour 24 doigts effectifs, pour une fois et demie 
les 20 doigts de calcul, les 16 doigts effectifs du pied, de la règle de 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Goudéa. Encore faudrait-il tenir compte du t'ait que cette règle, comme 
toutes les mesures antiques, ne représente pas exactement la longueur du 
pied qu'elle est censée donner, mais qu'elle constitue un échantillon 
négligé de la mesure théorique auquel ce pied se rapporte. 

Second point. — C'est par une hypothèse toute gratuite qu'est émise la 
proposition que la coudée moyenne de Goudéa, allongée arbitrairement 
de 24 à 30 doigts effectifs, soit de 396 millimètres 3/4 à 495 millimètres, est 
la coudée vulgaire des Hébreux. Non seulement rien n'est allégué pour 
soutenir cette proposition, mais elle se trouve en contradiction directe 
avec la longueur de 2,000 coudées vulgaires donnée au chemin sabbatique 
par les talmudistes et l'équivalence de six stades grecs fournie, pour ces 
2,000 coudées, par saint Épiphane.'Or, il est de règle, en matière mathé- 
matique, que quand une hypothèse est contredite, fût-ce dans un seul de 
ses éléments, par une donnée probante, cette hypothèse est considérée 
comme détruite. 

L'équivalence fournie par saint Epiphane a pour résultat, rappelons-le, 
d'identifier la coudée hébraïque vulgaire avec la coudée longue lagide 
de 554 millimètres. Or, cette identification est corroborée par deux 
faits : 

1° Les 6 stades grecs, à 600 pieds l'un, font 3,600 pieds grecs ou 
1,800 coudées longues grecques (puisqu'une coudée longue contient deux 
pieds) pour 2,000 coudées longues lagides, ce qui fait que 9 mesures 
grecques égalent 10 mesures lagides. Or, telle est précisément la base 
légale de conversion établie, en négligeant un insignifiant appoint entre 
mesures grecques et mesures lagides, quand les Ptolémées qui tenaient 
d'un côté à la Grèce par leur origine et à l'Egypte comme souverains de 
ce dernier pays, ont rendu prépondérant, en cette dernière contrée, le 
système dit lagide, remis en vigueur par eux, mais qui leur était fort 
antérieur. 

2° La coudée longue lagide correspond à tin pied qui est sa moitié et 
mesure 277 millimètres. Or, ce pied constitue précisément le côté d'un 
cube qui mesure 21 litres 25 centilitres d'eau, soit exactement le poids en 
eau des 21 k. 250 gr. du talent lagide, du talent du second Temple et du 
talent des Talmudistes. Il est absolument logique que la coudée vulgaire 
se trouve en rapport direct et mathématique avec ces trois talents, tous 
égaux entre eux et dont chacun est de la moitié de l'ancien talent sacré 
de 42 k. 500 gr., autre relation également simple en logique. 

De plus, l'une des conséquences de l'identification de la coudée longue 
lagide avec la coudée vulgaire des Hébreux est de faire que la coudée des 
vases soit celle qui est issue du pied assyrien et grec de m ,308.56, lequel 
a pour cube les 29 litres 376 de l'épha. La coudée des vases représente 
donc une fois et demie le pied dont le cube constitue l'épha. C'est encore 
là un rapport simple et logique. 

Enfin, du fait de l'identification de la coudée vulgaire et de la coudée 
longue lagide, la coudée sacrée se trouve identifiée avec une mesure abso- 



NOTE SUR LES MESURES HÉBRAÏQUES 177 

lu m en I courante et connue : la coudée moyenne alexandrin e de 

D, ,665,8 1/3 et le pied de cette même coudre, la coudée de Josèphe se 
trouve mesurer les 2 3 de cette même coudée moyenne, ce qui main- 
tien! le rapport de 1 à 1 1/2 entre les mesures de Josèphe et celles des 
Écritures. 

Ces diverses considérations nous apparaissent comme autant d'argu- 
ments a rencontre de l'hypothèse présentée, dans l'ouvrage précité, à 
propos de la coudée sacrée des Hébreux. 

§ 2. Poids. 

L'évaluation des poids, pages 200 et 201 du même ouvrage, est établie 
sur l'équation suivante : 

1° Un sicle d'or babylonien pèse 8 gr. 185 ; 

2° L'or vaut 13 fois el demi l'argent, à poids égal. 

Donc : 

1° Un sicle d'or babylonien de 8 gr. 185 vaut 13 fois et demie son poids 
d'argent, soit 109 gr. 133 d'argent ; le dixième d'un sicle d'or vaut 10 gr. 
9133 d'argent et le quinzième de ce même sicle vaut 7 gr. 275 d'argent ; 

2° Le sicle hébreu pèse, en argent, 2/15 du poids d'argent qui corres- 
pond, en valeur, au sicle d'or babylonien, soit 14 gr. 55. 

Sur cette équation et son corollaire est basé, sans qu'aucune justification 
soit fournie, le système hébraïque pondéral suivant : 

Sicle 1 14 gr. 55 

Mine 1 50 727 gr. 50 

Talent 1 60 3,000 43 k. 659 gr. 



Cette fois encore, l'hypothèse est établie sans tenir aucun compte des 
parités mathématiques fournies, à propos du sicle hébreu, par les auteurs 
cités plus haut, quand nous avons traité des poids hébraïques et des 
quatre talents qui se sont succédé : le talent sacré, le talent des Sep- 
tante, le talent du second Temple, enfin le talent des Talmudistes. 

Mais l'hypothèse de l'ouvrage précité, en ce qui concerne les poids 
hébraïques, n'est que le corollaire de celle au moyen de laquelle il base 
le système babylonien sur l'équation suivante : 

lo Le sicle d'or babylonien de l'or, de 8 gr. 185 n'est qu'un demi sicle ; 
le sicle entier pèse le double, soit 16 gr. 37 et 3,600 de ces doubles sicles 
font le talent de l'or, de 58 k. 994 gr. 

2° Le sicle d'argent babylonien est d'un poids égal ci celui du sicle d'or, 
soit 16 gr. 37, et 3,000 de ces sicles constituent le talent d'argent de 49 k. 
110 gr. Ces deux poids, donnés aux talents babyloniens, l'un de l'argent, 
l'autre de l'or, sont en contradiction avec les 30 k. 300 gr. donnés au 
talent babylonien page 191, mais aucune explication n'est fournie à propos 
de cet écart. 

En fait le système des pages 200 et 201, celui qui est appliqué, tout à 
T. LV11I, M» 116. 12 



H8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

la fois au talent ancien babylonien de l'argent, au talent babylonien de 
l'or et au talent pondéral hébraïque, est basé sur le double du poids d'un 
sicle d'or. 

En vue de nous rendre compte delà valeur de cette théorie, examinons, 
tout d'abord, comment s'est constitué le sicle d'or. 

Le talent monétaire perse, celui de l'époque achéménide, se présente de 
la façon suivante, poids faible : 

Sicle d'argent 1 5 gr. 44 

Petite mine 1 100 544 gr. 

Grande mine 1 2 200 1 k. 088 gr. 

Talent 1 30 60 6,000 32 k. 640 gr. 

Le talent assyrien, que nous avons souvent cité, est des 9/10 du talent 
babylonien monétaire, soit de 29 k. 376 gr. 

Notons, tout d'abord, que dans le système babylonien-perse, le rapport 
de l'or à l'argent n'est pas de 1 à 13 1/2, mais bien de 1 à 13 (Hérodote, 
livre II, 95). 

D'autre part, un sicle d'or vaut 20 sicles d'argent, d'où il ressort, mathé- 
matiquement, que 13 sicles d'or ont le môme poids que 20 sicles d'argent. 
Les 20 sicles d'argent, à 5 gr. 44 l'un, pèsent ensemble 108 gr. 80, dont 
le treizième, soit le sicle d'or, pèse 8 gr. 36 12/13. 

Au lieu du poids théorique de 8 gr. 36 12/13, l'ouvrage précité a pris 
8 gr. 18 1/2 comme le soixantième d'une mine hypothétique. De plus, il 
fait dériver le poids de l'argent de celui de l'or, tandis que le procédé 
contraire a été celui qui a été réellement appliqué. 

Gomme on savait par ailleurs que le sicle hébreu commun (qu'il ne 
faut pas confondre avec le sicle du talent sacré) pesait 14 gr. 1/2 environ, 
on a cherché une combinaison déchiffres qui approchât de ce poids; 
ainsi a été établie celle qui aboutit à faire le sicle hébreu commun de la 
fraction extraordinaire de 2/15 de 13 fois et demie le poids du sicle d'or 
hypothétique de 8 gr. 18 l/"2. 

En fait, la constitution du sicle hébreu commun est beaucoup plus 
simple. Ce sicle fait partie du talent assyro- égyptien, usité en Egypte, 
lequel se comporte comme suit : 

Sicle du marché ou commun. ... 1 14 gr. 688 

Outen 1 2 29 gr. 376 

Mine 1 20 40 587 gr. 52 

Talent 1 50 1 ,000 2,000 29 k. 376 gr. 

Ainsi, l'on se trouve, une fois de plus, en présence du talent assyrien 
de 29 k. 376 gr. égal au poids de Tépha, ce qui est absolument logique et 
démontre l'unité du système métrique hébreu. 

Si le poids du sicle hébreu commun se rapproche, dans la pratique, du 
poids de 14 gr. 1/2, au lieu de présenter les 14 gr. 688 de la théorie, cela 
tient à la tolérance de frappe. 



NOTE SUR LES MESURES HÉBRAÏQUES 179 

D'autre part, l'aspect phénicien et enrtha-inois du même talent est le 
suivant : 

Drachme A 

Sicle . ! ,^' 672 

n ,., { 4 14 gr. 688 

Petite mine 1 ^ , nn or , * nrt 

1 ~° 100 367 gr. 20 

Grande mine 1 9 k ^r, 70 , ° , A 

du „uo /34 g r . 40 

lalent 1 40 80 2,000 8,000 29 k. 376 gr. 

Ce dernier relevé explique comment certains auteurs font le sicle 
hébreu commun égal à quatre drachmes. 



§ 3. Mesures dites de capacité. 

Dans l'ouvrage précité, le tableau des mesures de capacité est le 
relevT ^tournons, Pour en faciliter la comparaison avec notre 



Litres. 



Log 



Orner (assaron). . . , 

1 14/5 7 1/5 3.C44 

1 12 /3 3 12 6.074 



1 4 2.0248 

ci (assaronj. . . 

Hin 

f™ 1 2 31/3 6 24 

f" . 3 10 18 7 ;■ 8 

îf tokh J » '* 30 50 90 300 182 2 

Cll0mei ' 1 2 10 30 60 100 180 720 364^4 

i«£!£ M £s.. ftIto du s6 r ?■ sath > qui est ici de 24 '°s comme *■* 

Josephe, Und.s ; que nous le fa.sons de 22 log et demi avec saint Épiphane 

llÏTrff '' dU Cab 6St Ia même qae la nôtre ' D » PO'" «n- 

•■ ■ 1 .l.Bere : nous n avons pas fait figurer le Iétekh dans notre tableau. 

tien nt ' a r ^ " ""^ d " C ° r hébra ^' e ' ™ is jl -W*. 
tient pas au système hébreu. Il constitue une partie intégrante l'un 

Z eZvTl" ^o'T éP ° q,,e ' baSé S " r ' e "«* babylonien mon - 
taiie de 32 k. 640 gr. Or, d après nous, le système hébreu a pour base non 
pas le talent babylonien, mais bien le trient assyrien de 29 k. 370 Jr' 

4u ?' ^ l0US CaS ' C ° mment Se P, ' ésente le s * stè ™ égytfeD dont il 

Cada 

Makukouhénu.... ' Uit - 02 

Wnrbe ' 4 4 ~ 08 

Cafiz . ' + < 6 16 ~32 

l.etekh , ., ?,., a 9 ° 97 ~ 92 

r ., ' H/2 41/2 9 36 144 146 — 88 

Ganbe « H/3 22/3 8 ,6 64 256 261-^2 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le cafiz est le cube du pied babylonien de m ,319,6 ; le garibe est le cube 
de la coudée longue babylonienne, de deux fois le pied, soit de m 639,2, 
cube qui est, mathématiquement, de 8 fois les 32 lit. 64 cent, du cube du 
pied, lequel égale, en poids d'eau, le poids du talent de 32 k. 640 gr. 

Avec raison, le létekh est considéré, nous l'avons dit, comme valant la 
moitié du cor hébreu, puisque ce cor mesure 10 talents assyriens de 
29 lit. 376 ou 293 lit. 76, dont la moitié, soit 146 lit. 88 est précisément la 
contenance du létekh. Mais, notons-le, cette proportion de moitié, du 
létekh au cor, n'existe que si le cor est considéré comme constitué par 
10 fois le cube du talent assyrien de 29 k. 376 gr. ou 29 lit 376. 

En effet, la proportion de moitié résulte du fait que le talent assyrien 
est des 9/10 du talent babylonien. Le létekh étant de 4 fois et demie le 
talent babylonien, 2 létekh se trouvent nécessairement égaler, à la fois, 
9 talents babyloniens et 10 talents assyriens, soit le cor hébreu, mais il ne 
fait pas partie intégrante du système hébreu; il constitue simplement le 
lien entre ce système et le babylonien. Voilà pourquoi nous n'avons pas 
fait figurer le létekh dans notre tableau. 

Observons toutefois que puisque, dans le tableau de l'ouvrage précité, 
il est admis que le létekh vaut moitié du cor hébreu, c'est-à-dire 4 talents 
babyloniens et demi, la conséquence logique et inéluctable serait de faire 
le cor de 9 talents babyloniens, de 10 talents assyriens, de 293 lit. 76 cen- 
tilitres, comme nous le faisons nous-même. 

Mais une différence fondamentale sépare notre tableau de celui de l'ou- 
vrage précité. Nous évaluons le cor à 293 lit. 75 centilitres au lieu de 
364 litres 4 décilitres. 

Voici comment il a été procédé pour arriver à cette dernière évaluation : 

Tout d'abord, l'existence d'un talent babylonien de 30 k. 300 gr. a été 
supposée; ce poids ne s'éloigne que de très peu de celui qui est donné, 
à certain talent babylonien, par la moyenne de divers poids assyro- 
babyloniens conservés dans les musées d'Europe. L'ouvrage précité 
détaille ce talent comme suit : 

Mine (0 lit. 505) 1 

Kapithe 1 4 

Hin 1 3 12 

•Saton 1 2 6 24 

Maris (30 lit. 30) 1 21/2 3 15 60 

Maris plus hin 1 11/5 3 6 18 72 

Métrètes 1 12/3 2 5 10 30 120 

Cor 1 6 10 12 30 60 180 720 

De nombreuses objections seraient à élever contre une pareille consti- 
tution d'un cor dit babylonien; ne nous y arrêtons pas, pour abréger. 

Une fois supposée l'existence d'une mine de 505 gr. et d'un maris ou 
talent de 60 mines ou 30 k. 30, il a été admis, par l'auteur de l'hypothèse, 
que le log égalait la mine, soit 505 gr. 



NOTE SUR LES MESURES HEBRAÏQUES 181 

Toutefois, dans lu tableau de la page Ift3, le Log est es,timé, en eau, 
non pas a o lit. 505, ce qui représenterai! le poids de l'eau à son maximum 

de densité, niais bien a lit. 506,2, ee qui aboutit, pour les GO log ou le 
talent, à une contenance de 30 lit. 372, au lieu des 30 kil. 30 que donne 
l'eau à son maximum de densité. A partir du log, les autres estimations 
résultent de la capacité donnée au log : 0,506,2. 

Le système établi dans le tableau dressé sur ces bases ne tient aucun 
compte des indications fournies, par les divers auteurs que nous avons 
cites, sur la contenance du log ou de ses multiples; il est constitué 
comme si Ton était, prive de toute donnée comparative applicable a la 
fixation soit du cor, soit des mesures partielles qui entrent dans la com- 
position de ce dernier. 

Cependant les équivalences suivantes, bien que laissées de côté dans la 
formation du tableau, sont citées par l'auteur: 

1° Pour l'hin, les deux ehoiïs attiques indiqués par Josèphe; 

2° Pour l'orner ou gomor, les 7 1/5 sextes de saint Jérôme et les 7 co- 
tyles de Josèphe, que nous avons vu plus haut devoir se lire 7 1/5 sextes. 

Or, le système attique se présente comme suit: 

Cotyle 1 lit. 204 

Sexte 1 2 — 408 

Chénice 1 2 4 — 816 

Maris 1 2 4 8 1 — 632 

Hecle ou modius 1 4 8 16 32 6 — 528 

Métrètes, cube du pied 1 41/2 18 36 72 144 29 — 376 

Médimne 1 11/3 6 24 48 96 192 39—168 

Le ehoiïs est de six sextes, soit de 2 lit. 448. 

Or, les deux ehoiïs attiques de Josèphe font bien les 4 lit. 896 que nous 
avons donnés à l'hin, et non pas les 6 lit. 74 du tableau inséré dans l'ou- 
vrage précité. 

De même, 7 1/5 sextes, à lit. 408 l'une, font bien les 2 lit. 957,6 que 
nous avons attribués au gomer, et non pas les 3 lit. 644 du tableau de 
l'ouvrage en question. 

Ce tableau est donc en contradiction formelle avec les parités four- 
nies par les divers auteurs comme applicables aux mesures hébraïques 
dites de capacité. Il ne saurait donc être pris en considération en ce qui 
concerne la fixation de ces mesures. 

En résumé et comme conclusion, notons qu'il est admis, en matière 
mathématique, qu'une solution est considérée comme démontrée du 
moment qu'elle répond à toutes et chacune des données composantes du 
problème posé. Par contre et comme corollaires : 

.1. N'est pas une solution celle, prétendue telle, qui ne répond pas à 
toutes et chacune des données du problème. 

B. Est considérée comme annulée toute solution qui, après avoir 



482 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

répondu à toutes les données connues du problème, au moment où 
elle a été présentée, se trouve ne pas répondre à une nouvelle donnée à 
introduire dans le problème par suite d'une découverte postérieure à la 
présentation de la solution. 

Or, nous croyons avoir compris, dans chacune des solutions proposées 
par nous en matière de mesures de longueur, de mesures de capacité et 
de poids hébraïques, toutes et chacune des données du problème. Nous 
croyons avoir démontré, d'autre part, que les solutions présentées dans 
l'ouvrage examiné, non seulement ne tiennent pas compte des données 
de chaque problème, mais sont en contradictions formelles avec elles. Elles 
doivent donc être rejetées comme non probantes. Ajoutons, toujours en 
matière mathématique, qu'il est admis qu'aucun raisonnement non chiffré 
ne prévaut contre une démonstration mathématique. 

Nous ne présentons pas nos solutions comme définitives, car nulle 
démonstration concrète n'est à l'abri de la survenance d'un nouvel élément 
à comprendre dans le problème et ce en conformité avec le corollaire B 
ci-dessus formulé. 

J.-A. Decourdemanche. 



ENCORE LES OUVRAGES LINGUISTIQUES 

DE SAMUEL HANNAGDID 



I. — Dans mon article sur Les ouvrages, linguistiques de Samuel 
Hannaguid ', j'ai étudié les fragments du KMnoaba aana découverts 
par M. Kokowzoiï'et notamment l'article I^n publié par ce savant à 
titre de spécimen Dans cet article, Samuel cite d'abord l'explica- 
tion du Targoum sur quelques substantifs dérivés de cette racine, 
puis le passage connu du début de Beréschit Rabba sur les diffé- 
rentes significations du mot itok, enfin, sous le titre commun de 
nswrta ■•si, l'explication du Targoum sur tos (Josué, vu, 20) et un 
texte talmudique sur diverses acceptions du mot jçç. Je remarquai 
à ce propos que le Targoum est souvent désigné par les auteurs 
juifs écrivant en arabe comme ■oarno, mais non comme ■roKia, et 
que le texte talmudique cité par Samuel ne concorde pas dans les 
termes avec Schcbouot, 36 a, où la signification du mot 15» est 
examinée 2 , 

M. Kokowzoff m'apprend maintenant, dans une lettre, que •rçjNtii 
ne désigne pas ici le Targoum, mais le Talmud palestinien, qui 
contient en effet les deux citations. Je reproduis ici in extenso les 
paroles de Samuel :i : tratrû ici Naurrp ^naun "oa» rrstt^ ^NtabN ^d"i 
irunawb ]T:tx ©•> ."paa i»n no^n mwsi îS-iaiian nbapb jen w H2?û 
nasec iww vr .■»•" V-^ *w UBi 'w waw t*« rwiaon nu a^pn j^b 
[]»» "raK"i "p^n pk] *Tnrp p nivaa p-n : a-nain. Sur la première 
citation, voir j. Sanhédrin, vi, 3 (23 ô, 1. 22 d'en bas) : fi» p* jyn 
BKwaip rr^a nn?a !ra« i^tn Jiuirp 4 ; sur la seconde, j. So|#, n, 5 
(18 6 en haut) : inrovb pN nbapb iwn wwi "ja idv 'n auja -iwrb n 

1. Revue, LVII, 253 et suiv. 

2. ttûf., p. 256. 

3. D'après kok.jwzull', dans le Bulletin, p. 1368. 

4. Le Targoum de Josué à fifâtDIpa. 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hn 'ipn isiaô rwnaujb 173M .rroiOM nbapb itz» .er-iann i^n^ ibn 
arrw ja maa i^^ a-na-in îan»*" ^n /un ^pmaab vi^aoa "jidk 'anarcn 
"tin it:n nttN'n Y'ôîi nN p^n '. 

Samuel Hannaguid est ainsi le premier auteur connu jusqu'ici 
qui désigne de cette manière le Talmud palesiinien ; son contem- 
porain Aboulwalîd, par exemple, rappelle bimzr yna YWsbn 2 , appel- 
lation qui est la plus fréquente chez les Gueonim 3 . C'est seulement 
chez un auteur du xn e siècle, Samuel ibn Djâmi, qu'on trouve la 
désignation "TOfiWjba ™bnbac, c'est-à-dire Talmud palestinien 4 . 

II. — J'ai également examiné, dans le môme article, l'écrit polé- 
mique de Samuel Hannaguid contre Aboulwalîd, connu sous le 
nom de pas-iba b^on. J'ai traduit ce titre, avec Derenbourg et 
Bâcher, par « Lettres des compagnons », mais en faisant remarquer 
que malgré ce titre, l'ouvrage n'avait pas plusieurs « compagnons» 
pour auteurs, mais seulement le Naguid b . M. Goldziher m'écrit à 
ce propos que paan n'est pas le pluriel de pw « compagnon » (qui 
ferait Kpsri), mais l'infinitif de pon, III (c'est-à-dire pD^n), et que 
b^ao-i ne désigne pas ici des lettres, mais des traités, des disser- 
tations. Le titre de l'ouvrage signifie donc quelque chose comme 
« Traités du compagnonnage ». 

J'ai remarqué, d'autre part, que le seul auteur, après Aboulwalîd, 
qui nous ait conservé plusieurs citations de ces Traités était Juda 
ibn Bal'âm et j'ai édité à cette occasion un assez long passage de 
son commentaire manuscrit sur I Samuel, xv, 5 6 . M. Israelsohn 
m'a encore communiqué, avec son habituelle obligeance, quelques 
extraits du commentaire inédit d'Ibn Bal'âm sur Ezéchiel, dans 
lesquels les Traités de Samuel sont cités et parfois assez violem- 
ment pris à parti. J'en donne ici le texte et la traduction 7 . 

/. — Sur vu, 24 : 

^ÉWsaabN yn nbanb» copbN im ibbnai nbirt* .DrruHpM ibrm 

1. V. les passages parallèles du Midrasch Sc/wher Tob et de Debarim Rabba dans 
Bâcher, Agada der Pal. Amoràer, I, 113, n. 1. 

2. Ousoul, 455, 1. 11 et 692, 1. 13. Cf. Hacher, Leben und Werke des Abulwalîd, 
p. 71, n. 12. 

3. V. mes S Indien zur gaonàischen Epoche, I, 33. 

4. Cf. Steinschneider, dans la Jùdische Zeitschrift de Geiger, 1, 234, n. 4 (lire ainsi 
dans Bâcher, J.Q.R., XVIII, 565). 

5. Revue, l. c, p. 262. 

6. Ibid., p. 263. Lire aussi dans ligne 8 — iDtD]" 1 au lieu de ")D[D]^. 

1. M. Goldziher m'a donné quelques renseignements concernant la traduction, ce 
dont je le remercie vivement ici. 



ENCORE LES OUVRAGES LINGUISTIQUES DE SAMUEL HANNAGUID 188 

aip yyn pipny npi ^arm»«b«i btnpaabà n«3*tti "pbpiob» pk«h 
on?:jT3 -jri p-rvi nriamba ^yn ï» hsk arvunptt nbnsi nbip id 
ïtb3*8-i ttnm ûmna ra "HD"m ïibip im piocba ^a anpp N7:d 
IwsbM v: 3»a an tnbp *nb« ppb aaixb» rrôi "pba ">3*Ea [a]nb 
nbri ^a b«pi pNBibN bwai aras ribnpss "nba ■'finba fcrin ypa^e 
nnpn ph bbntt *3an -dh "jNa?2 ^a ttbip Nin *Ô9 b-bnbsi rrcara 
^brra Syfbi aa^y pw t^T«a taary ■pwi Sy;;s [aa7^ •p&w] 
casobab» l« «abp wN?jn pan ipD .orwipn ibrrai NTNa ^tznp» pn 
\n in o**b carrunptt *brfci *p rbrei bna ^a unpttbtf ^a fraipttbN 
(i. tKnn»kbtn] bKrrnrttbBi bfirôaabH w& p ba nn«mb« ^yn 

. iiftbfir 

« ^brçi : la forme primitive est "ibbnn ; c'est la troisième forme 
Vit" al d'un verbe géminé, dont la signification est « être profané et 
méprisé ». Quelques-uns ont cru que "ibnn a le sens d'héritage et 
ils ont cru pouvoir le corroborer par ce qui précède dans le même 
Miset: « et ils hériteront de leurs maisons ». C'est ce que nous 
avons vu chez eux touchant le sens du texte, mais l'explication 
exacte est celle que j'ai donnée, sans compter que leur explication 
ne donne aucun sens. Cette opinion est réfutée aussi par ce que 
l'auteur des Traités du compagnonnage s'est approprié. Il dit au 
cours de son développement : La preuve en est dans les paroles du 
prophète en un autre passage (xxiv, 21) : Je profane mon sanc- 
tuaire, l'orgueil de ma force, de sorte que ûst* fia» répond à notre 
wty "pau et ■ro'rp» pn bbrra à notre arnmptt ibnn. Il est donc établi 
que les verbes qui précèdent le mot tznptt (dans Ézéchiel), comme 
bru (xxv, 3 , nbnn (xxn, 16) et "ibnn (ici), n'ont pas le sens d'héri- 
tage, mais celui d'être profané et méprisé ». 

On ne connaît pas l'auteur de l'explication réfutée, qui est 
également donnée par Raschi. Cf. encore Aboulwalîd, Opuscules, 
p. 187, et Louma\ 128, 1. 22, et 261, 1. 3. 

2. — Sur xvn, 14 : 

"Wn b"«p wzd m -naarb nbatKi "i^pSe .îTïttyb îp'na pn ntttab 
(l. «ba) ïia n;ÛT pas-ibN b^an 3rtN£ ïts obsi .rrnaa nyn ba 
tabr V 272 V nî * :D -13 npanbi bnÉ Nr-rbc* -pt?û -nûtEa rom p^aE 
rroana r-pa rt±~xi nto w tababa yzvzi ânm i» ^"i^" 1 HK-ipba ^a 
172a nas: ]y b*»«pb« nsabi bfiôpnNbN "jn-p» ^d rr^np narn ipb 
'i. ^y) ^y im p«*»pb« »iy»a Riansnai y^py^bN ^a teniea ■•{n 

.runpb» •nân \a "nn "nn N^a 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« rrajb est une forme abrégée et aurait dû être en réalité i:o*b 
m, comp. II Rois, xxii, 3. L'auteur des Traités du compagnonnage 
S'est donc trompé en croyant que ce mot est sans mappik et appar- 
tient à la catégorie de l'infinitif avec un hé additionnel, comme ïipmbi 
(Dent. , xi, 22). Tu en as assez de quelqu'un \ qui fait des fautes dans 
la lecture (du texte)et, se fondant sur la faute, produit des arguments 
contre ce qu'il s'imagine combattre. Certes, son pied est ferme 
dans l'arène de l'argumentation 2 , mais il parle de sa propre inven- 
tion (c'est-à-dire sans fondement). On voit comment nous péné- 
trons avec succès dans les difficultés et assumons les fardeaux de 
l'analogie 3 , tandis que lui, comme tu le vois, est même incapable 
d'une lecture correcte (du texte) ». 

Cf. Louma\ 274, 1. 2. 

3, — Sur xxn, 24 : 

ï-i3N pi pND-ibN [b-wi] nrtNs :-pd aba .ûjt DTa rrEun abi 
î-iHiaa "pra Epcâro D"b bmn Bppân in ira nbipb p^D7û -ra 
rtbip *ç omn 1 in pé» toi .w TO^ri «ai ■'loparn [C]Np tpeàron] 
tab nïï ma? (lire nriNb) i"i eïb (i. nDp5':) Nssitt ntt^a "pia in 
Db "jnd ribariTs «b «nba p^Dtt wi riDT3> Nb *pN brifc nb^Ns po* 
SiT^bN ^b* ms pTTobND nbj-'ND qd^ nb ntq h:n bipbfc* ftt *in pi 
C]Np epearn bip^ ^n pin insi m^i y^p qn^3 ïttms ^ nbna 

.rirpND rnNrubN nais bw cbs iBparfl 

« (Au sujet du mot) i-rcnztt, l'auteur des Traités du compagnon- 
nage s'est trompé et a cru qu'il est sans mappik. Il dit en effet : la 
forme légère (c'est-à-dire sans dagnesch) du mot bmn (Is., xliv, 20) 
n'est pas comme celle du schin léger dans ïtoiûs et du kof léger 
dans i^pnm 'Ez., xxvi, 21). Mais il est impossible qu'il se soit trompé 
et ait cru que le schin soit sans daguesch, car puisque, d'après lui 
(nttizja) est une forme Poual passive, comme nmy (Jér., xiv, 25), il 
doit sans doute (avoir eu en vue?) le mappik dans le hê. Or, si 
c'est nécessairement un passif, le mappik est irrégulier, comme 
dans ïmDM (Is., xxvm, 4) et dans d'autres mots. Il aurait donc dû 
dire : comme le kof léger dans ^aprim, mais il ne l'a pas fait ; aussi 
sa façon de s'exprimer est-elle fautive. » 

La forme rnaToa fut l'objet d'une controverse entre le Naguid et 
Aboulwalîd, comme nous le savons par le Ousoûl (148, 1. 1), où 

1. C'est-à-dire : tu sais quel cas tu dois faire de lui. 

2. Sans doute ironiquement, comme le croit M. Goldziher. 

3. C'est-à-dire d'une argumentation logique et juste. 



ENCORE LES GIVRAGES LINGUISTIQUES DE SAMUEL HANNAGUID 487 

l'auteur se réfère à son Tronba aaro (cf. Opuscules, p. m). Mais 
il semble qu'ils discutaienl en réalité sur le daguesch du schin, non 
sur le mappik du hé. Cf. aussi Kimhi, adloc. 

M. Israclsohn croit que le passage suivant d'Ibti Bal'âm, sur 
xxxvi, II, est également dirigé contre Samuel et ses Traités du 
compagnonnage. Particulièrement virulent, il est ainsi conçu : 

.^jaab ar rrn ^d mr^n p nwi a'J^ p ^ *^b niînb najavi 
cape "WnbK 17a \ao îbi ■'naoTii l*ob brub* bxMbb $reb*ô i«d ibi 
SwiK Ktti .^nn w\72D ddhp n:nb rp TnatîïTi bnu viwtam l^ab 
pi nn«i rç*» ■* labxa wonsM nwon ■pbn» iacj mj ia b«p p 
&P3W i« aire risâbKi bpiibaa BjbnâN nrtNi b^N «13:138 rpan Db 
W81 *hy Tib« b-Non nam i« n?3Ni oan i» o?^n^i airs» ^b^ 
Ni3a »b« nbnia ■'b* ihn oipa n?3 iiûn ihd paôssaÔNa nb^b^ ain 
na iT3^i insi ttNsa -no atsba ûbr p anp-< Db p D-ip73 i«a 

.oi^bM* ^ba» 4ibN ^ba bttib&o ^œbN 

« ^n'a"»uirn est un mot irrégulier, car le commencement est 
formé comme naçpçi (Jér., i, 11), qui vient de aa\ et la fin comme 
ï^ 2 ^" I Rois, vm, 18) (qui vient de ara). S'il était formé entiè- 
rement d'après la première racine, il devrait faire ■'nacrrn et s'il 
n'était formé que d'après l'autre, il devrait faire vi1n , wn, comme 
••nia^rn (Amos, i, 8) ; mais c'est, comme tu vois, une forme 
mixte. Qu'il s'est donc trompé, celui qui a dit que iaa (Nombres, 
xxiv, 5 et ma^n (I Rois, vm, iS) sont deux racines de la même 
signification ! Celui qui ne sait pas qu'ils appartiennent à une seule 
racine confond la forme grave et la légère (le hifil et le kal) ; il 
devrait aller à l'école élémentaire et se mettre à étudier dès le 
commencement. Mais qu'(un homme de ce genre) compose un 
ouvrage de polémique contre un représentant universellement 
reconnu de cette science (c'est-à-dire la grammaire), c'est là un fait 
auquel personne n'en est encore venu à son instar. C'est comme 
s'il était arrivé que quelqu'un qui aurait à peine lu un abrégé de 
médecine eût poussé la présomption et l'ignorance jusqu'à entre- 
prendre de réfuter Galien. » 

On sait qulbn Bal'âm a coutume de s'exprimer dans les termes 
les plus violents même sur le compte de prédécesseurs ou de 
contemporains éminents; mais il faudrait encore prouver qu'il 
vise ici Samuel Hannaguid, d'autant plus que nous ne connaissons 
pas jusqu'à présent de controverse entre lui et Àboulwalîd sur les 
formes examinées dans ce passage. 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Citons, enfin, un dernier passage d'Ion Bal'âm, sur Ezéchiel, vi, 
9, où il mentionne le -piranba 3NP3 d'Aboulwalîd, qui était dirigé 
principalement contre Samuel. Il est ainsi conçu : ra Tnaiea iid» 
osb -on narra im b^DStf n^:n r«N -pbibs nas bap .naïm onb 
Nbi nbip skis -in£r nb p rrba nxpMB nN-isba yy NÎm nsiTn 
■n^n^N-i TnisnbN rusna ->d mb* -nbibN -dn in nb-ôi y<zii2 n«b 
n£tf"iba b^bnbto msbbK ■jamabfcta arriwbN. « "nnausa est, d'après 
Aboulwalîd, un Nifal et se rapporte à n:"iTn Mb. C'est l'explicalion 
exacte, mais elle fut réfutée par celui pour qui l'exactitude de 
son assertion n'était pas manifeste, ni claire la position de son 
argument. Aboulwalîd lui répliqua dans le Kitâb al-taschwîr et 
appuya son assertion de preuves claires et évidentes. » 

Aboulwalîd dit formellement dans le Louma , 162, 1. 25, qu'il a 
examiné ce point dans son Kitâb al-taschwir (cf. Opuscules, p. 6, 
349), sans doute dans la deuxième partie de cet ouvrage (cf. ibid., 
p. xxxvn) *. 

Samuel Poznanski. 

Varsovie, juin 1909. 

1. Un fragment du commentaire de Samuel Hannaguid b. David sur le Pentateuque, 
qui est mentionné dans l'Appendice de mon article (Revue, l. c, p. 265), se trouve 
encore dans le ms. Bodl. 2780, 11 (sur les Nombres, mais défectueux au commencement 
et à la fin). Sur le Abraham b. Hillel mentionné ib., p. 266, v. encore Abrahams dans 
le Jews' Collège Jubilee Volume, p. 104. 



L'AUTEUR DU COMMENTAIRE DES CHRONIQUES 



M. Aptowilzer,dans une étude publiée ici-môme 1 , a signalé notam- 
ment un texte des plus intéressants du livre t-myo 3*3*15, qui cite 
un passage du Commentaire des Chroniques faussement attribué à 
Rascbi (sur II, xm, 2) au nom du « N"aim dans son Commentaire des 
Chroniques 2 ». Ce fait m'a conduit à reprendre l'examen du com- 
mentaire en question et je crois avoir réussi à résoudre le problème 
d'une manière satisfaisante. Mais, avant d'exposer cette solution, 
il me paraît nécessaire de passer en revue, une fois de plus 3 , toutes 
les données que nous fournit le commentaire lui-même. 

Outre les commentaires de Raschi 4 et de Joseph Kara \ et une 
explication donnée au nom de Menahem b. Helbo (II, xx, 6), qui 
est probablement empruntée au commentaire de Kara, l'auteur 
cite des explications verbales qu'il tient de la bouche des savants 
qui suivent : 

/. — R. Eléazar b. Meschoullam (**b nr®, **b *\m é "«Dia ; I Chr., 



1. Revue, LV (1908), 84 et s. 

2. m 73*5 3*3*15, apud Ginsburg, Massora Completum, p. 194, col. 2 : 3r»*3 pi 

13TO3 ïto b«TW nn •irP3 ,> ?3 by n^n^ri ^31 nsob novY^oa tkné'iri 

JD1 T*3« DT*53 T3 173» pi "îï***38 13^^ ÛU33 '"fP*** ÎTpn HTH P"*)0»ÏT1 
b"33* n:'I5 Y'** p ...T*** SpOliaiS Dip"0 533 V3N *15T"PD3 **n**:£?3 (comme 
dans notre commentaire, avec de petites variantes). 

3. Cf. Zunz, Raschi, 344-5 ; Joseph Weisse, dans Kérem Hémed, V, 234-243. 

4. Cf. Weisse, l. c, p. 243. 

5. II Chr., m, 15; v, 8; xxv, 27; xxv, 24 (cf. Weisse, p. 241). Dans le ms. de 
Munich n° 5, I Clir., xvm, 17, est cité au nom de ^D"p '") et se retrouve dans le com- 
mentaire de Kara, v. Geiger, Parschandata, 28-29, et Ozar Nechmad, IV, 45; la 
citation de* II Chr., v, 8, se trouve également dans Kara, v. Parschandata, 27; Ozar 
Nechmad, ibid. Cf. Revue, l. c, p. 230. R. Joseph est cité en outre dans le ms. de 
Munich suri Chr.. xn, 32 (est-ce notre explication?), v. Parschandata, 25, et sur 
I Chr., xxix, 21. v. //. IL, XIV, 130. — Ce qui est dit dans notre commentaire sur 
Gen.. xxxi, 33, se retrouve dans Raschbam, ad toc. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

iv, 31 ; xvi, 35; II Chr., ni, 4; xnr, 2; xxvn, 2* ; xxxv, 18; xxxvi, 
12) 2 . Cet Eléazar b. Mesclioullam est le maître de notre commen- 
tateur; c'est ce qui ressort du ms. de Munich n° 5 8 , sur I, ix, 20, 
où une explication dont notre texte n'a conservé que le 
commencement est suivie des mots : ^an im û^aa "m» '^B *p 
V^oat» }n pnif *ia rrabia "wa-i ib ^n *pi tabia72 iran fa ^-iTjb» 
^ntt» "pi fumn nia72 'n "pria »"n ûioa -iwara nb r ^-> n->72n tau» 
•pjttu) n"a gpv ,h n nb ; . Comme d'une part, R. Eléazar b. 
Mesclioullam et R. Salomon de Montolieu (voir plus loin, p. 192) 
furent personnellement en rapports avec notre auteur et que, 
d'autre part, le scribe du manuscrit de Munich n'est pas un copiste 
dans le sens véritable du mot, mais un rédacteur, qui va jusqu'à 
mentionner le nom de Raschi dans le commentaire de ce dernier 5 , 
on peut affirmer avec certitude — ce qui sera confirmé tout à l'heure 
par ailleurs — que dans le "m» du manuscrit il faut voir notre 
commentateur et que le R. Eléazar b. Meschoullam si souvent cité 
par lui est, comme Zunz l'avait déjà supposé 6 , son maître. 

2. — R. Kalonymos b. Juda, son oncle ou frère de sa mère 

1. Lire DbUJ72 "12 au lieu de nU272 ""D ; v. Weisse, p. 240. Cf. Il Chr., xxxvi, 12. 

2. D'après Berliner, Magazin, I, 57. l'éd. de Naples 1486 contient, sur I Chr., xvi, 
35, une longue explication dont il ne nous est resté que la signature : "iTl'bN '"1 *E13 
b"T DbtI272 "p. C'est probablement au même Eléazar que le commentateur fait allu- 
sion dans II Chr., in, 16 ('^D "IT^bN 'm), et ix, 11 ('iq b"iIT -|TJ>bN 'Tl). ■ 

3. Le commentaire des Chroniques n'y est copié que jusqu'à I, xxix, 21, v. H. B., 
XIV, p. 130. 

4. Cité par Berliner, Monatsschrift, XII, 396; Steinschneider, //. J3., XIV, 130; 
Magazin, 1886, 239 (cf. Aptowitzer, p. 89, n. 7); la citation complète est donnée par 
Epstein, Moïse ha-Darschan, p. 33-34. Elle débute ainsi : NI" -]U'btf "p DW2D 

..."ixnNn bai (Gen. r., 60) 'idi nns^ ntay» hy oa^ji pian wb» p onss ; 

cf. notre commentaire, ad loc. 

5. Steinschneider, l. c, p. 128. Cette méthode du disciple copiste était d'ailleurs 
usuelle à cette époque. Ainsi, l'élève de R. Péreç qui a copié le Semak avec les gloses 
de son maître nomme souvent ce dernier dans les gloses : ...lD"D"in "m 72 "172 "IN "H 3% 
"•"WïTt TOTfln (§ 214), B|"nn?2 -l72wS1 (g 222), etc. De même dans le ann TlD de 
son maître, copié textuellement par lui (§ 184 : "»rPU5 y~)D "ai "m 73 nO"*©»), il 
écrit :..OJi a"inab73 5>"l3?3b U31U3 yiD l"n "*T»ab rimai au lieu de tt)i ^K 
212723 comme porte, au nom de Péreç, le Mordechaï, Guittin, § 454. Un autre dis- 
ciple copiste a fait subir le même traitement aux gloses de Péreç sur le Taschbeç 
(§§ 111, 201, 306, 456), etc. 

6. Lileraturgeschiclile, p. 178 ; cf. Gross, Gallia, p. 416. M. Aptowitzer, l. c, 
p. 90, croit à l'omission de l'un des rapporteurs, qui serait le maître de l'auteur (il se 
réfère à ce propos à b. Naz/.r, 56 6, 5*nn272'0 33", ce qui ne convient pas à notre 
passage, où il n'y a que deux personnes citées, i*"n72 et -|T23N '"*l, mais pas d'in- 
termédiaire). Ce serait possible à la rigueur s'il y avait 1373 ; mais il y a plu- 
sieurs fois "Ô "1725*, "'b *1DD (voir plus haut), ce qui exclut une explication de ce 
genre. 



L'AUTEUR DU COMMENTAIRE DES CHRONIQUES 191 

il Ghr., iv, 7 ■ : S"si rrnev n'a owïfcp 'n Tri *a* tik -»b '*& p, 

//;/>/., 17 : b"T im *k*V p a ). 

;,'. - 11. Nalan 11, Chr., v, 8: ib'^D'p 1 ). 

Ces trois savants sont cités sans l'indication de leur lieu de 
séjour, d'où Ton peut conclure qu'ils étaient du môme pays que 
l'auteur. 

Sont nommés avec l'indication de leur lieu de séjour : 

/. — Eliéiser b. Méirb. Isaac d'Orléans (I Ghr., xxix, 11 : "■£ '■♦s 4 ), 
petit-fils d'Isaac b. Menahem d'Orléans 5 , fils du païtan R. Méir b. 
Isaac, contemporain de Raschi 6 . 

2. — R. Isaac b. Samuel de Narbonne (*b -i»a, ^s» : I Ghr., 
ix, 40; xviii, 3, 5 T ; II, xxiv, 14). R. Isaac b. Samuel signe une 
consultation avec R. Meschoullam b. Natan de Narbonne 8 , le 
célèbre contemporain de R. Jacob Tarn. L'auteur rapporte en un 
autre passage (I, xx, 2) ce qu'il a entendu à Narbonne ; il a donc 
séjourné quelque temps dans cette ville. 



1. D'après l'éd. de Venise, 1518; "»b manque dans les éditions postérieures. Par 
(■outre, *3QW TIN manque dans l'éd. de Venise. 

2. Dans l'éd. de NapleB, 1486, on lit 0"l»" ( 3"lbp '"1 T» au lieu de ■«b '*D p 
b'T "HTl et l'explication au nom de H. Kalonymos manque au v. 7 [Berliner, Maga- 
zin, I, 57). Mais cette divergence, ainsi que celle de 1 Clir., xxix, 11 : inNX» *p 
TW: "13 Wb« '") WTO )D"\ nmm TObfcTT3 (v. plus loin, n. 4), celle de 
I Chr., iv, 31 : ...'") ©TS "pi (sans *b) et beaucoup d'autres (v. Berliner, ibid.) 
prouvent (pie l'édit. de Naples ne peut pas représenter le commentaire dans son état 
primitif, mais en est un remaniement. 

3. D'après l'édit. de Venise : 'if) '«mail p3 '"1 ib '•»*) "p. 

4. Éd. de Venise, de Bàle et éditions postérieures : TW2 -13 "iT^bfi* '"") "»b '"D "p 
■^bOTT» P^m pi 1W»3T1Ô«3 pnif "in >b n»T-J»3 manque dans l'éd. de 
Venise» : éd. de Xaples : -)3 -)TJ>bN 'n UJTD pi rWWl ^ttbœfVa TINS» "p 
TWJ, sans "«b, mais voir plus haut, note 2. En revanche, l'éd. de Naples a une 
explication sur II, 11, 13, avec cette remarqua : TN» "13 "iT^Tfc* '1 T», v. plus loin. 

5. Zunz, Kérem Hémed, V, 241 ; cf. Magazùi, I, 77-79. 

6. V. Magasin, I, 77-78 ; Epstein, Magazin, 1887, 12, et "JpWl, I, 29-30. Cf. les 
paroles de Raschi dans Schibbolé ha-Lékef, § 290 : *E72 in^?3U3T DU572 TN3U5D1 

p wp»3 "W q« TOron fmo»© b"XT prnr^ n3 -n«» 'n p-nsr im« ; 

C« fte pétti être R. Méir l'officiant de Worms, puisqu'il fut en rapports avec lui après 
son retour de Worms (au» TN3\DDVj : c'est donc celui d'Orléans. 

7. L'éd. de Venise lit, dans I Chr., ix, 40 : bÉtlBttJ "13 pnS" 1 "m *b "1»N 
K313TOn : de môme dans I, xviii, 5 : p bfin»tt) '^3 pniP m ^b -|»M HT DS 
(N2"I3~:3 ? N:t3"!3. an lieu d« pnS" 1 '"") n»N "IT Û3 des éditions postérieures ; par 
contre, il y manque, au verset 3, p inj>731ïJ N2131j3 bNlîatB '13 pn^ 'n Tj», 
mais ce n'est probablement qu'une faute, fomme le prouve HT D^ au v. 5. 

8. Gross, Gallia, 411. 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

3. - R Salomon de Montolieu (I, iv, 34 : ^73 ; II, n, 13 : ^b '^d 1 ). 
D'après le manuscrit de Munich, il était fils de R. Isaac, gendre de 
R. Lévi, le frère de R. Moïse ha-Darschan ; d'après nos éditions, il 
était fils dune sœur 2 de Moïse ha-Darschan, fils (?) 3 de R. Lévi, le 
frère de R. Moïse ha-Darschan. 

L'auteur était un Allemand. C'est ce qui résulte: 1° des gloses 
allemandes qui se trouvent dans le commentaire, en plus ou moins 
grand nombre \ à côté des gloses françaises; cette méthode est 
propre aux savants allemands des pays rhénans :i ; chez les Fran- 
çais, elle n'apparaît avec quelque certitude que sous la plume de 

î. i Chr., iv, 31 : ^rtN ■nb i"n rtnbtt 'i f *s pi b"ï ûsidto na niihn 'n isn 

ÏID-nn TOM 'n; éd. Venise : b^aaitt )12 )lDmn,... ""b 'iS p*i; ^e même éd. 
Naples : l^n-rn nu:?2 'H TIN "nb 13 (au lieu de ri7jb;Z5) ûbllD72 '-) U)-PD pi 
b^uaiWW (Berliner, £6.). II Chr., n, 13, dans nos éditions : 1^3-| ■'273 in3>7J1D *p 

■jiamn nu)», irai bo nmriN p «b-nura» *nb -d n?ûbtt; l'éd. Venise a 

seulement : b'nEaaiEW H7abîD "l^nn ""SE ^FyJZ'Q p, tout le reste manque (cf. 
Aptowitzer, p. 92). L'édition de Naples n'a pas cette explication de R. Salomon, 
mais elle a par contre une autre explication au nom de R. Eliézer d'Orléans ; v. plus 
haut, p. 191. 

2. V. n. 1. Cette donnée n'est pas en contradiction avec le ms. de Munich, car 
Salomon pouvait avoir épousé la fille de son oncle R. Lévi et être ainsi neveu et 
gendre de la même personne. Néanmoins, dans II Chr., n, 13, il faut effacer i"ib *D, 
qui manque effectivement dans l'éd. de Venise. Cf. la note suivante. 

3. Je serais tenté d'expliquer "H5 "Y'D, dans I Chr., iv, 31, par "»13 /ta ] Dtf33, con- 
formément à la leçon du ms. de Munich. M. Gross distingue un Salomon b. Lévi et 
un Salomon h. Isaac (Gallia, 320), mais cette opinion n'est pas séduisante. Seul, le 
ms. de Munich sur ce passage pourrait éclaircir ce point. 

4. Cf. Aptowitzer, l. c, p. 85-89. Il faut considérer les gloses suivantes comme 
étant probablement primitives : 1° I, VI, 29 : ""P*7"n33, ne fût-ce qu'à cause de n7a3VT 
T3D\25N "J "111353 "1WN31Z5 (qui se lit aussi dans l'éd de Venise); 2° I>xi, 18: fcnttl23 "H 
(éd. de Bàle et d'Amsterdam) pn3 "pVT ; 3° II, i, 16 : NMïûiZJ ; & 6 II, xxxiv, 11 : 
tL3};D123 (éd. de Venise, au lieu de "p^DIZ}), ces deux dernières à cause de leur ortho- 
graphe, le N muet et le 123 du pluriel, qui est très fréquent chez les auteurs rhénans 
de cette époque ; le s du pluriel ne se retro«ve pas chez les auteurs postérieurs, v. 
Giidemann, Erziehungswesen,!, 278, 279. Paraissent encore primitifs : 5° E|U3 *"PTn3, 
I,xv,9;6° "pD-ITlDa»! H, m>4; 7» p"n3, H, x, 11 («Pfriemen», v. Aptowitzer, Le, 
p. 86, n. 6) et 8° ttEÔTU, II, xvi, 10 (éd. de Bàle et d'Amsterdam). Le « petit nombre» 
des gloses allemandes ne peut pas [trouver que le commentaire est français, car le 
Séfer ka-Terouma de R. Baruch de Ratishonne ne contient pas une seule glose alle- 
mande, le Hokéah de R. Eliézer de Worms n'en contient que trois (pbtiJDTl^, 
*TZTT73 ; § 106 : "*p'"P , iri, « Holdor », sureau) contre seize gloses françaises ; cf. Giide- 
mann, op. cit., p. 274; le Eben ha-Ezer de R. Eliézer b. Natan de Mayence a dix- 
huit gloses allemandes contre cinquante françaises (parmi les gloses aJlemandes j'en 
compte même quelques-unes qui sont désignées comme T?b, par exemple § 321 : 
lï5lbï32TV, moyen-haut-allemand « Wantlûs », punaise ; § 326 : 12£31*1, moyen-haut- 
allemand « Runze » ; $ 356 : V3""lj3, Ep*% « Kranz » et moyen-haut-allemand « Reif », 
cercle). Les gloses allemandes sont donc partout en minorité. — Cf. Wellesz, Revue, 
LVI, 230-231. 

5. V. Giidemann, op. cit., p. 275-280 ; cf. la note précédente. 



L'AUTEUR DU COMMENTAIRE DES CHRONIQUES 193 

ceux qui, comme Raschi et Joseph Kara ', ont Longtemps séjourné 
sur les bords du Rhin et y ont étudié ; 2° des paroles de L'auteur sur 
II Chr., xxxv, 28 : rm» û^-nm by aaa 'ua nwp û-n^atTo i3nid txnm 
OTa^a r-ivnNTsn 3 , car la récitation d'élégies Le 9 Ah sur les mar- 
tyrs de la première Croisade) était réellement en usage dans les 
contrées rhénanes ; c'est ainsi que Kalonymos h. Juda, oncle de 
notre auteur, dit, dans son élégie &n "na&n im ^ : BpDittb ya ^ 
mwa vmb orn p rnn mnab vibiT tnpnb ^«i rruam nauî toto 
En France, par contre, on m* récitait sûrement pas de ces élégies le 
9 Ab, comme le prouve l'absence d'une élégie de ce genre composée 
par un Français. 

L'auteur connaît bien les choses de la vie et de l'Etat 3 ; il paraît 
avoir beaucoup voyagé *. 

Quant à sa méthode, on trouve dans le Commentaire, à côté 
d'explications rationnelles et critiques '\ une i'oule d'explica- 
tions par guematria 6 et notaricon \ par lettres surabondantes 

1. R. Joseph Kara a étudie à Worms, v. Epstein, npinn, I, 29, cf. Magazin, 1887, 
1». 17. — Pour H. Menaheni b. Helbo, par contre, il est difficile de prouver, contraire- 
ment à l'opinion de M. Pozuanski, qu'il ait eu recours aux gloses allemandes. Sou 
explication de I Rois, vi, 9, n'a été conservée que par Raschi, ad loc, et la glose 
ûSwna VXSéiK "ptabai -rb?.K ÏSmiDba ib V^V^ est probablement due a 
Raschi ; de même son explication de 1 Sam., im, 21, provient du commentaire de 
Joseph Kara et la glose allemande pourrait appartenir à celui-ci. Reste une seule 
glose, celle d'Ezéch., xxvn, 11 : ^"DIlû imN fmpl, niais il n'est pas prouvé que 
les explications de Menahem sur Ezéchiel ont été rédigées par Menahem lui-même, et 
quant au passage en question, il concorde mot pour mot avec le commentaire de l«. 
Joseph sur ce passage. — De même, l'attribution bNl?31D *ia prtil" 1 '"1 ">b 172N p 
dans II Chr., xxiv, 14, se rapporte probablement à l'explication et à l'identification de 
mb* avec tby (Prov., xxvn, 22), tandis que la glose T3aUJN 11U5ba b*iaiï3UJ émane 
plutôt de l'auteur (contre Aptowitzer, p. 85 ; cf. p. 86, n. 4, et voir plus loin) ; du 
reste, l'éd. Venise a T^ba (]"lb" ( D) "pïZJ'B, « pilon ». 

2. Ed. de Venise. 

3. u, xxin, 13 : ^bnn ibu -im ûTOYin D*ian»D a^nsE avn mjn 
man pn anoiob imanb ibaviû na m'na aip^a oia-nn ■»«; i, xv, 27: 

(éd. de Venise et de Bàle, ici et sur II, un, 9) : Tinûb tXU'û "pa b"Hanb ÏTim 
bia □" 1 "lwT D"Ob?3 3!"1372 p (expression fréquente dans la littérature mystique) 

D-nba bia D^iDiab c^:ib apina DTiba ny û-baiwa a^a ; i, xx, 2 ; 
..."jbîa bw -ina "pbïnia bxyzv p-i«a ^n:?: *a «aianaa "inyttizn; ren- 
seignements militaires et guerriers : II, xvm, 31 (cf. I, xix, 9) ; I, xi, 2 (mais **DNT 
nain p TPN") manque dans l'éd. Venise) ; II, xxxvi, 17. Cf. la note suivante. 

4. C'est ce qui parait ressortir de I, xvi, 21 : D^a"!! "naiSO p'tnb 5712731 
rnb"»bj QTfhy (éd. Venise : DWaTltt) fKSI/a ïlbnb piO^ai ; I, v, 8 : p ■© 
DrpnTW Dttîa ÛTnnn m^pb ÛTH "J* D'nan 371373, ce qui se rapporte 
aux nombreux noms de villes commençant par « Saint». — Cf. Revue, LVI, 228-229. 

5. V. Weisse, /. c, p. 237, n. ; Geiger, Ozar Nechmad, IV, 45-46, et plus bas. 

6. I, m, il; xvi, 10. 

7. II, xxxiv, 6 ; II, iv, 7, au nom de son oncle R. Kalonymos (▼. une explication de 
ce genre de R. Kalonymos dans Magazin, 1886, 183). Cf. ses explications de noms 
propres, empruntées du reste en partie au Midrasch, I, i, 7, 41; n, 26; II, vin, 4. 

T. LVIII, V 116. 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(plene { ) ou déficientes 2 et beaucoup d'autres interprétations de 
ce genre. Le commentaire montre môme des traces de sa dépen- 
dance vis-à-vis de Técole des mystiques allemands 3 , de sorte que 
R. David Kimhi le considère avec raison comme « en majeure partie 
homilétique » 4 . 

Si nous résumons les résultats acquis jusqu'à présent, nous 
obtenons les données suivantes : L'auteur était un Allemand, dis- 
ciple de R. Eléazar b. Meschoullam et maître de Salomon b. 
Samuel de Wurzbourg, le « rédacteur » du manuscrit de Munich. 
Il était, de plus, neveu de R. Kalonymos b. Juda ha-Rahour. Il 
paraît avoir beaucoup voyagé, a séjourné quelque temps en France, 

1. I, i, 12; ii, 15 : m btt "maa ^D7a Y'r Nbtt ^aUin Wl ; H, xiii, 2 : 

pi va« a\aa "à -iTaa pi -irybN iaa-i o;aa *pra npn ïith rnoxm 
nrma nwn it maa aiaa Ym cpoirro aipTa baa T'a» îaimsa ^r»*» 

. . .roblE nW ï"Pbn* "l?aa (cf. mlusn "»T73n de R. Eléazar de Worms, f'° 15a : 

fcoaab pTmwi naiiDw (rrnw) TOta 'i Nb?a p aina m»ip3a maaa ,vra>iai 
•maab p vrwnpi ; îôidem .- miD *ab D^aba irppîm "irpï* a^ra i&oi 

Tliaab p îanan irpaHD^ nnaOTTa) ; I, xxi, 8, sur in y, interprétation midra- 
schique d'une notice massorétique ; sur nab et ab : I, xxviu, 9; xxix, 9, 17, 19. 
V. encore II, n, 16 ; xxxiii, 6. 

2. 1, xn, 38: xix, 11 : a^na C^H "na"J (éd. Venise) baatZ) "^aNb .^tt33N •T'a 
bban 1?a INartD D^aiE ibfitta nab ^np itûaN Ull (leçon de l'éd. Venise) -»U5aN 

b^ama anaa mn nson baia ^a« nîn naon baa ipb-i moTan ^a ba> 
...n-io7an *d ban ...in nab ^iD^aa bava ta nsa baai ...mi bia maa; 

II, xvm, 8. 

3. n, iv, 7 : a"artt) b"aan a">aaia n^auî naaa mm-ia n^aïa-i; n, xxn, îo : 
anann mttn ao m bjru: nTaia a^ab^ai ...nai iirab -mm apm 
p^-ipi ûvnTaTan "|b7an iaa ^inn im« aiwm (n Rois, xi, 2) au a*na "nïra 
a&o in 7a -îa'aia 27aia?a û^maittn masab dn um &np7ab dn um D-maiwn 
Nbi min ]rab ûmo 11 ■"p ba» Q"»abim ovinie o^mîcnn mi07ab 
a^abin êôn nnbab a^nTa abta m7an coi tpia^a nn-«7a îïin nnbfctb 
■o aan (Jér., xvi, 4) QiMibnn TiTOTa waaim D^n7a aiiai a'wbnna D"DTi»i 

nnbfitb ÛTI73 aa^N an SA. Cf. Sêfet Hassidim, éd. Bologne, § 412 [cf. ibid., 

§681 et éd. Berlin, 172-173) : mab na$»»n Jiï ba nN -i a n m a-^na 

nrtM HUJN (d'après une variante dans les mnnD7a de l'éd. Bologne) ^ É n^ ,, 

nnnpb mm rra a^a an nb la^a "pra id\hh ntt&n ba>a nnpb 'nstn 
n^a i"T> b^ a m n n?au5T a^nn n *• a a "• t> niDNn nnpb 
...TnTaT d ■» n n n Disnpi maia (Cf. ïôêd. .- apm ma n7a ^a nn«n. . . 

. . .naim). Ainsi, notre commentateur et le Se fer Hassidim se complètent mutuel- 
lement. Cf. encore I, xxix, 20 i. f. 

4. Préface du Commentaire des Chroniques : Naïama HDn ^n^^TOUÎ 5*btf 

yn a^abin ^a ^nwm annan» m?a^ ^na?m va -ison nra û^itd 

ai"ia UJmn» H est certain que dans ces commentaires est compris le nôtre (v. Zunz, 
Raschi, p. 345; Weisse, l. c, p. 236); cf. I, i, 13 (□'^-]D7an *Tni*b ^m&H) et 
notre commentaire, ad loc. ; I, n, 24 (D" , -17:iJ< 1D^) et notre commentaire; ib., 35; 
ib., 43, 44 (a^\0-lD?a C), 52 (idem), 55; iv, 18; vi, 28 ; vu, 21, xv, 22; xx, 2 
(...7a"■ , . ..Û^bNTttS), cf. notre commentaire, ad loc. ; II, v, 21 (D^UînDTa 1D" 1 ); xxiv, 
14; et beaucoup d'autres emprunts indirects. 



[/AUTEUR DU COMMENTAIRE DES CHRONIQUES 19* 

à Narbonne, Montolieu et Orléans. Amateur du midrash homilé- 
tique, c'était un adepte de la mystique allemande. 

Cet auteur n'est autre, à mon avis, que R. Samuel hé-Hassid l>* 
Kalonymos de Spire, qui a voyagé pendant sept ou neuf ans 1 , a 
séjourné à Narbonne 2 ainsi qu'à Kamerupl 3 . Son maître était 
K. Etéazar b. Meschoullara ha-Hazan de Spire 4 et son oncle était 
R. Kalonymos b. Juda s , dont il cite, comme notre commentateur 
— étrange coïncidence! — des explications par notaricon*. 
K. Samuel hé-Hassid écrivit aussi des commentaires sur le Penta- 
teuque, sur la Mecbilla, le Sifra et sur des traités talmudiques 7 , 
commentaires qui contenaient sans doute beaucoup d'explications 
simples et naturelles 8 , à côté des interprétations midrascbiques. 

1. V. Epstein, "nom bfcOttttî (tirage à part de pttl, IV), p. 10. 

2. Raban, f° 416 : N 31 313 ^3^p ^pT 7D DWS'lbp '"13 bfiO»lD 'l 15 1MN 
...l^m* N^ilDm^DI ; cf. Epstein, /. c, 10-11. Ce que le Raban rapporte f° 80a : 
• ..pinip?! bDTD p "pâma 8313*133115 ^nJttlDI, a pu être entendu par lui de 
Samuel hé-Hassid. 

3. Y. Epstein, l. c, p. 10, n. 21. 

4. Zunz, Zur Geschichte, 72; cf. Epstein, l. c, p. 5, n. 7. Zunz identifiait déjà 
cet Eléaiar b. Meschoullam Hazan avec le nôtre, mais sans trouver la vraie piste, 
parce que, sur la foi des Tossafot de Yo?na, 9 a, il attribuait le commentaire, avec 
Rapoport, à un Saadia (Kérem Ilémed, V, 238), attribution dont la fausseté est 
apparue depuis la publication du Commentaire éd. Kirchheim (v. l'Introduction de ce 
dernier, p. iv et note). 

5- trfcm?3N1 D*N3n •OirP, ms. Oxford, 2199, m, 312, porte (ainsi qu'il résulte 
du rapprochement des passages cités par Epstein, Monatsschrift, XXXIX, 451, n. 12; 
449, n. 6 et 448, n. 1, et Samuel Hehassid, p. 21) : J— irrrOTa *npn3>n •""IT 33 

r"bT •«« un "a» *3-pT jpTn oin*3ibp wa-i p bttifcizj N33i *T* "b" 1 ?:» 
•d mi m B03-1 p oi»*3ibp r^33n i3^n C3ii25?3i ■«b , tt)7a n?T73 BJ'tti 

. ..*T131 1jin *Tl3n . — 'D (pour '^d, abréviation de H5"PD) ne peut se rapporter 
qu'à R. Samuel b. Kalonymos, mentionné précédemment, ce que prouve d'ailleurs 
l'expression 13"11"ï, c'est-à-dire l'oncle du chef de la famille, au lieu de vrn comme 
on dit ordinairement, par exemple ibidem, ni, 132 6 {Monatsschr., L c, p. 451, n. 10). 
Comparer j"3 ^-|?2 N3N UN TIN ©"îDIpE E|01" "Y'n dans N3p?3n EjOT, § 57 
(Bêt Talmud, III, 14) à côté de 0^np?3 5p"P Yn 13TH [ibid., p. 44). imi ne 
signifie donc pas « mon oncle », mais dans le second cas « l'oncle de mon père » 
et dans le premier « l'oncle de mon grand-père » (de R. Juda b. Kalonymos frère de 
Samuel b. Kalonymos). — La table généalogique dressée par Epstein, l. c, est confir- 
mée par Hayyim Or Zaroua, Consultations, 221. 

6. Comparer surtout notre Commentaire sur I, n, 17 : Û^IS^ÏT bsb 3JK p3N 
H3 3>33 «bl 1513X31 ibiSN H3DTS mim ntf5N "HÏTO, avec ms. Oxford, 2199, m, 
310 (cité par Epstein, l. c.) : ...QT«Db rnS 13^ni3~) Û11Z5TT125 m3Titt ta |b~ n 

ba N3 abi -)p nar rrrvv -pisi ip a-siss *3N n^n^j onb m3» ^:n 
p bannis «331 *t» "b^ba n3-n3?3 •npn*n ht b3 ...jwip omp nn 

DTWSlbp N33^. 

7. Epstein, l. c, 11-13 ; Monatsschrift, l. c, 447-448. 

8. Sur l'esprit de son commentaire talmudique, voir Epstein, Monatsschr., ib., 
p. 447 ; Samuel Hehassid, p. 7. Les citations de sou Commentaire du Pentateuque 
(Epstein, Samuel, p. 11-12; sont pour la plupart du genre midrascbique, mais à côté 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Son commentaire sur Samuel 1 , peut-être utilisé par Eléazar de 
Worms 2 , est perdu. Il faut donc, dans l'ouvrage m»ta yau: corriger 
r^'aunn en p"auj-a; c'est une faute qu'il est facile de concevoir. 

K, Samuel hé-Hassid passa àRamerupt avant 1147, car il y ren- 
contra R. ïam 3 , qui s'établit à Troyes à cette époque, au moment 
de la deuxième croisade 4 . Ses voyages en France se placent donc 
avant 1147 et il a pu être en rapports avec R. Joseph Kara*\ qui 
vivait probablement encore, ainsi qu'avec R. Eliézer b. Isaac d'Or- 
léans, R. Salomon de Montolieu, R. Isaac b. Samuel de Narbonne 
et vraisemblablement aussi avec R. Samuel b. Méir 6 . 

Mon hypothèse touchant l'auteur du Commentaire des Chroni- 
ques se trouve encore confirmée d'autre part. On a vu que le 
copiste du manuscrit de Munich, qui se nomme Salomon b. Samuel 
de Wurzbourg et qui écrivait en 1233, était un disciple du com- 
mentateur des Chroniques. Or, R. Samuel hé-Hassid avait effecti- 
vement un élève du nom de Salomon : l'auteur de l'ouvrage 
Œ?3"in bu) n^y'û 7 . Ce Salomon n'est autre que le copiste du manus- 
crit de Munich, qui contient, aussitôt après le Commentaire de 
Raschi sur Ruth, des (ml biû) d"wa, qui consistent, comme les 
Win b;a ûwa, en notices massorétiques traitées par la guematria. 
En voici le début : 'pb^nnïï mn ndOdu; d^piosn bs . . .tr^urt p nba* 
d""n*n bdi trpioD fy dn Y'"»n "pb^nn^i: dmao . . . dm cppios 'wn yin Y'-nd 
y"pn ibai iba '"la^a n'bn 'attaa Y'"nd *jnbnnn "paiu d^pios 'm n"on 'tawad 

de ces explications, il s'en trouvait probablement beaucoup d'autres, plus naturelles, 
comme dans le commentaire des Chroniques, mais où R. Eléazar ha-Darschan dans 
ses Guemalriot et R. Salomon dans ses 2" , 733'G, n'ont rien trouvé qui convînt à leurs 
ouvrages (v. Judische Zeitschrif't, X, 313, n.). Cf. Tossafot Sota, 12 a, et R. Simson 
de Sens, Commentaire du Slfra, péricope 3>"HTn, parascha d" 1 ^}, n, 2. 

1. 1 Ctir., xn, 18, dans l'éd. de Veuize (v. Aptowitzer, l. c, p. 92) : Ï3U5TD 13D1 

2. mnUDn T3"l, 17 b (v. plus loin, p. 198, n. 2) semble emprunté au commen- 
taire de R. Samuel sur ce livre biblique. 

3. V. Brùll, Jahrbiicher, IX, 26, et cf. Epstein, /. c, p. 10-11. 

4. En 1147, comme il avait été dépouillé de sa fortune par les croisés, qui ne lui 
laissèrent que ses livres (Chronique d'Éphraïm de Bonn; cf. Se'fer ha-Yaschar, 81 c : 
"Tri:*! "HDO "Tlba ">b nst03 tfb"l, et Graetz, Geschichte, VI, 179;, il mit en gage 
ses livres avec les meubles qui lui restaient encore (V3jb:û731 "P^DD) chez un voisin 
pour 30 livres et se rendit dans la ville de son grand-père, à Troyes, la ville com- 
merçante [Mordechaï Guittin, § 453 et § 446), où il s'établit définitivement (Or 
Zaroua, I, § 4 42, cf. laid., § 113; II, § 437 ; Hagah. Maïm., mttî'W, ix, 1 ; nbsn, 
xi, 3 ; n^it" 1 ^, i, 9 ; Se fer ha-Yaschar, éd. Berlin, § 26). 

5. Ms. de Munich : "J"|y72lD 12 C|D"P '"! "lb 172X pT ; cf. plus haut, p. 189, n. 5. 

6. V. Geiger, Ozar Nechmad, IV, 45 ; outre 11 Chr., x, 15 ^Raschbam, éd. Rosin, 
p. 71-72), v. I Chr., xxix, 21 et Raschbam, p. 39; xxix, 25 et Raschbam, p. 70; i, 13 
et Raschbam, p. 226. 

7. V. sur cet écrit Epstein, Monatsschrift, 1905, 562-567. 



L'AUTEUR DU COMMENTAIRE DES CHRONIQUES 497 

. . .ibwj 19 ûnïtt» -wr^tt un &m ^o. A la fin, on lit : tartan np->bo '. 
Lesrvnbtta'Wta correspondenl donc exactement aux iBttinbtBû'wa 3 
et ont probablement I» 4 même auteur. Et comme le copiste du 
manuscrit de Munich étail un disciple de Et. Samuel b. Kalonymos 
de Spire, on comprend qu'il cite à plusieurs reprises des explica- 
tions qu'il a entendues de la bouche (■'de tj»©) d'Isaac b. Ascher 
ba-Lévi 3 . Ce R. Isaac b. Ascher le Jeune, qui mourut martyr en 
1495, fut en rapports avec les autres disciples de Samuel b. Kalo- 
nymos ; . Il mentionne encore, sur I Clir., xvi, R. Ephraïm de 
Ratisbonne, surnommé ^^p" 1 , qu'il désigne comme son parent : 
■*aba nana vais wam *mb tostm ^aab *pna -nasa ^p"» 'n» v»bap pi 
. . .^M-p ■mto nnna ba> ^nnpa ^ab îa^ uniai :i , ainsi que R. Baruch 
h. Samuel de Mayence î^aroaa ^p-o 'i (suppléez *de v^ttian ou 
quelque chose d'analogue) 6 . Salomon peut bien avoir vécu en 
1233, date du manuscrit de Munich : un autre disciple de Samuel 
hé-Hassid, R. David b. Kalonymos 7 , vivait en 1224 (ou 1223) 8 et 
R. Baruch b. Samuel de Mayence est son co-signataire 9 . 

Outre les rabbins déjà nommés, le Commentaire cite encore : 
-pbpn (II, xx, 1, il), er«Btt (I, xxv, 3 ; xxvm,9), m» ^d» (II, xn, 40), 
a-itt ^dt: (II, xiv, 10), erçnwa (II, iv, 20) ,0 , ta^-istt w (I, v, 36) H , 



i. Cité par Berliner, Monatssckv., XII, 397 et s. 

2. V. des exemples, Revue, XLIX, 22.3-228, et Epstein, l. c. 

3 Stcinschneider, Uebr. BibL, XIV, 130. 11 est donc sûrement, comme l'avait conjec- 
turé Epstein, l. c, 567, identique avec le Salomon qui questionne Isaac b. Ascher 
(01"PD3 K"3"Hb b"T riDbtt) "l"n btf'Iîl) dans le Commentaire du Pentateuque attri- 
bua à R. A selier D'OpT 1171, 4 b. 

4. V. Monatsschrift, 1895, 459 ; cf. Or Zaroua, I, § 760, et Hayyim 0. Z., Consul- 
talions, 26. 

5. Cité par Stcinschneider, Hebr. Bibliogr., XIV, 130. Cf. Epstein, Moïse ha- 
Darsckan, p 33 et s. — Êliézer b. Nataii désigne aussi R. Éphraïm comme sou 
parent, v. Eben ha-Ezer, § 95 : û^HDN ian -3T*p ">ab«;û ...rfibÉW) 'ta "lb*>tf 
(telle est la leçon exacte dans la Table des matières : le corps de l'ouvrage a par 
erreur aibtt)) et cf. ibid., f- 132 a: iaa"1 ^lip ■•DbKÏÏJ'.B mnb«»a ^33 VHDTD 
"nnan d^~IEN (allusion à la 3 e question du § 95, i'° 31 a). Il est appelé non seulement 

iinan, mais aussi -naan et biian. 

6. Allg. Zeit. d. Jud , 1838, Supplémeat n* 13, p. 50. 

7. Epstein. Monalsschriff , 1895, p. 451, n. 13. 

8. Juda Minz, Consultations ; Méir de Rothenbourg, Consultations, éd. Prague. 

9. Ibidem. — Notre R. Salomon esl probablement identique avec le Païtan R. 
Salomon b. Samuel b. Yoël (acrostiebe de sn seliha Tinbo laS"^'^), contrairement à 
Zunz, Lileraturgeschichte, p. 287. 

io. a^nsa bic pb?a aratinb. 

m. ...û^n m*i cn2 © , nn ht »bi . . .a — i7û"in u^i . . .D"»iD"iD?a iav L'opi- 

nion citée ici au nom de D^aHDja "Û** se trouve dans les Tossafot de Foma, 9 a, s. v. 
lia 73*3 fctbl, au nom du Riba (N"3""l : R. Isaac b. Ascber I); elle était suivie par 
R. Tarn (Tossafot Yeschénim, ad loc.; Se fer ha-Yaschar, § 277). Celle de notre 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xx, 2 ; xxvi, 24; II, xvi, \Abis ; xvn, 2, 7) ; û'nttia i25-< (I, v, 36 ; xi, 22, 
xn, 24, 33; xxvii, o; II, n, 9; m, 16; ix, 11); n"2, abréviation de 
^nna "p* (I, n, 50, 55; vin, 14; II, in, 5; vu, 10 bis) ; Ttfttttî (I, i, 
44; II, m, 15). 

Gomme Geiger Ta déjà remarqué 1 , notre commentateur est 
imprégné de l'esprit de Rascui et de R. Joseph Kara ; il utilise non 
seulement leurs explications, mais encore leurs expressions : 1"nns / 
txnïn t ...b* bs-13 ...littîb, ... Ilttîb bDi3 )$a t ...rrann xbi25. Il ne dédaigne 
pas les interprétations midraschiques des lettres superflues ou 
déficientes (voir plus haut), mais ailleurs il les explique comme 
des leçons douteuses et indifférentes (I, n,6 ; cf. II, xvi, 4; xxn, 5) ; 
il interprèle des noms propres par la méthode midraschique (voir 
plus haut), mais proscrit ce procédé pour d'autres noms: niM bnx 
tafib frû «-«33 ">d by xb ^ wnrrh 13ns ab û"nnx (I, i, 19). Il fait 
ressortir les explications conformes au sens naturel (noTO» "«sb, 
II, v, 1 bis), pose des règles pour l'élucidation du sens simple du 
texte (I, xxix, 14, 21, 22 ; II, i, 2, 18; i, 3; n, 17 ; xvm, 26 ; xxi, 10) ; 
il connaît les pauses que Ton fait en déclamant les chants et les 
élégies (I, xvi, 34), le noan énergique (II, xix, 9) 2 . 

commentateur est mentionnée sans nom d'auteur dans les Tossafot Yeschénim, ibid., 
par R. Isaac l'Ancien, le maître du tossafiste ("Y'73) : ""11257 0"3123 d'OTtt 123" 17P73 
. ..pTJ£73 2"123np"l ; notre commentaire porte : D"31231 2VH25nb 125" pil^M NTN 
...""ID03T N2n fiOp"H23 13"£73 pT rmi25 7? pn£73 "TH 2"3ri3 "11237. A ce 
propos, je ferai remarquer que le "•TablOTT 1 p""H73 "HDO (v. Aptowitzer, l. c, p. 92 ; 
noter que le n° 25 du Parties n'est pas une consultation française, mais mayençaise ; 
elle est empruntée au Û">3"lNan 7Tw"73. v. mon observation dans TTIT73ri, II, 216) 
n'est pas inconnu de Samuel hé-Hassid. Le manuscrit de Munich 59, commentaire 
du Sifra par un disciple de l'école de Spire, élève de R.. Samuel hé-Hassid, ou, 
comme je le crois plutôt, de R. Méir b. Kalonymos de Spire, frère de R. Juda b. 
Kalonymos (la première opinion est soutenue par Steinschneider, JUdische Zeilschrift, 
X, 315, et Epstein, Monafsschri/'f, 1895, 448, n. 2), cite, au nom de son maître, un 
« ancien exemplaire provenant de la Palestine » : ïjpT HD03 2Î1H ""P73 K!£72 "pi 
bwXHlD" 1 y-!N73 N3123 (Steinschneider, Le; Epstein, Z. c, p. 456; "nom 3X173123, 
p. 13). Cf. QiblDTP na^b^W X3n ~\DO, Hag. Maïtn., Keriat Schéma, I, 2, et 
!T , "3N1. On sait que les Juifs de Mayence correspondaient avec les savants de Jéru- 
salem, v. Ù"»733n ni2"np, 53 ; ipinn. I, 217 ; Monatsschrift, XLVH, 340 ; Mélanges 
Sokolow (baTTl "IDO), 181. Dans la Monatsschrift de 1908, p. 729, Epstein a publié 
un article sur Q"DlN^n n 125 3' 73, où se trouve aussi un tableau comparatif du DTIS 
et du D^INSH Ï1123773 ; dans ce tableau le n" 25 du OTiD est noté également. 

1. Ozar Nechmad, IV, 45. 

2. V. Weisse, l. c, p. 237. R. Simson de Sens dans son commentaire du Sifra, péri- 
cope y"1Tn, parascha D"3*33, n, 2, fait, au nom de Samuel hé-Hassid, une fine 
distinction entre le nom d'unité m3>123 et le nom d'espèce ^7125 et motive ainsi la 
halacha. Cf. notre commentaire sur I, xxix, 19; II, v, 8; Rabad, Commentaire de 
Tamid, 27a, 5. v. "|bx : ...Ti"? Tcnn bi073w '"171 ISTinDa 3n23 "pOI ; 
Eléazar de Worms, m"l23Dn "T731, f° 17 6, au nom de Samuel hé-Hassid : ni23"1 

i73ibD won ban b*œ n73ib w6n ">ba-ii i-rb ^vzo bon t23H"bj> 



L'AUTEUR DU COMMENTAIRE DES CHRONIQUES 199 

Il a encore mis à profit d'autres commentaires, entre autres, à ce 
qu'il semble des commentaires homilétiques de II. Mcschoullam, 
le père de son maître (II, xm, 8), et l» 4 commentaire anonyme édité 
par Kirchheim; il a copieusement utilisé celui-ci, et le transcrit 
môme souvent mol à mot'; il n'est pas jusqu'à sa critique des 
sources (I, vin, 29 ,si étonnante pour Geiger a , qu'il n'ait empruntée 
à ce commentaire (I, i\,H : imon «x» D*nso 'a Tn*m mra ^to 

C'est ainsi que notre commentateur transplanta l'exégèse simple 
el naturelle des Français et de l'école dite « de Saadia » en Alle- 
magne ; mais elle n'y trouva pas un terrain propice à son dévelop- 
pement et déjà la méthode de son fils, Juda hé-Hassid,est presque 
exclusivement midraschique. 

J.-N. Epstein. 



TBW Db-iJn DrvOTa; Epstein, -ronn bNTatt), p. 12, sur Gen., i, 26; Exode, 
xxi, 20. Samuel s'efforçait ainsi de trouver par n'importe quel moyen un appui dans 
le texte biblique à la balacha et à l'aggada. Cette méthode passa à son fils R. Juda 
hé-Hassid, voie Tossafot Hadar Zekénun, sur Ex., xxn, 16 ; R. Jacob de Vienne, 
tPWWDI D^UUJD, p. 10; Paanéah Raza, sur Deut., i, 3; xxi, 23 ; xxn, 1. Cf. Se fer 
Hassidim, éd. Bologne, §288 (éd. Berlin, §732) : *Tmba min Dinn mur "Tilt 

rrnnn ton pu -mn by nrr*a ^^"U5 m* an —in» \Dsnb "j-nattD n*n*n. 

1. Comparer notre Commentaire sur I, i, 35 avec le Commentaire éd. Kirchheim, 
ou encore n, 9, 13. 24, 52, 55 (comme Ibn Koreiseh] ; m, 1, 11 (éd. Kirchheim, v. 24); 
iv, 23, 24 (éd. Kirchheim, v. 25; cf. v. 1) ; v, 4 développé dans le comm. éd. Kirch- 
heim), vi, 13 ; vin, 1, 6 (éd. Kirchheim, v. 7), 14 (np*3H N"3> ; éd. Kirchheim, v. 14, 
17) ; xi, 8 ; xvi, 7; II, vi, 33 (éd. Kirchheim, v. 30; la source est le Tanhouma, 
Terouma), etc. ; exemples de copie littérale : I, n, 35 (éd. Kirchheim, v. 34); iv, 10 
(éd. Kirchheim, v. 9 : 'g ÏKTT'p -lûaNl). 

2. Ozar Nechmad, p. 45-46. 

3. Notre commentateur parait avoir confondu les mwa "•UJSN avec le Yerouschalnii 
v. Geiger, /. c. 1 ; de même sur I, vm, 1 (v. Geiger, l. c.) ; cf. éd. Kirchheim, vi, 62. 



ETUDE 

SUR 

LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 

DU V e AU XIV e SIÈCLE 

(suite *) 

CHAPITRE V 

LES ARCHEVÊQUES ET LEURS JUIFS 



Antipathie de l'archevêque Guifred (1018-1079) pour ses Juifs : sa collabora- 
tion au concile de Girone (1063); son attitude en face des violences des 
bandes françaises (vers 1067). - II. L'archevêque Dalmace (1086-1096) et ses 
Juifs : baux à cens consentis en faveur de ces derniers (1092). — III. Juifs 
leudaires de l'archevêque Pons d'Arce (1162-1181). — IV. L'archevêque 
Bernard 1 er Gaucelm (1181-1191) et la bulle de 1188 favorable aux Juifs. — 
V. Juifs engagistes des leudes archiépiscopales sous Arnaud II Amalric 
(1212-1225). — VI. Attitude bienveillante de l'archevêque Pierre Ameil (1226- 
1245) a l'égard de ses Juifs : sentiments judéophobes du clergé narbonnais ; 
le concile de Narbonne de 1227; remontrances du clergé à l'archevêque pour 
avoir accepté certains présents des Juifs (1241». — VII. L'archevêque Jacques 
(1257-1259) et le concile de Montpellier (1258). — VIII. L'archevêque Pierre IV 
de Montbrun (1272-1286), émancipateur de ses Juifs : examen de la charte de 
franchise de 1284. — IX. Situation de la juiverie archiépiscopale à la veille 
de l'expulsion de 1306 : les principaux possesseurs de maisons ; le quartier 
juif de Belvézé ; le cimetière juif de Montjuzaic et deux inscriptions funé- 
raires. — X. Conclusion : politique judéophile imposée aux archevêques par 
le souci de leurs intérêts temporels. 



I. — De l'attitude intransigeante et irrémédiablement hostile que 
l'Eglise ne cessa de garder en face du judaïsme, pendant presque 
tout le Moyen Age, on pourrait être tenté de déduire a priori, avant 
même d'aborder l'examen détaillé des faits, que la condition des 

1. Voy. Revue, t. LV, pp. 1 et 221 ; t. LVI, p. 75. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 201 

Juifs narbonnais placés sous la domination des archevêques fut 
plus précaire que celle de leurs coreligionnaires de la juiverie 
vicomtale. Il en aurait peut-être été ainsi si les archevêques se fus- 
sent bornés à n'être que de simples dignitaires d'Eglise, uniquement 
préoccupés des intérêts spirituels de, leur archidiocôse. Mais il ne 
faut pas oublier qu'ils étaient à la tête de domaines considérables 
et que, par suite, l'une de leurs obligations primordiales consistait 
à en tirer le plus de revenus possibles. De plus, seigneurs de la 
ville de Narbonne au même titre que les vicomtes, les archevêques 
trouvaient dans leur juiverie le même genre de ressources que les 
vicomtes dans la leur, et ces ressources n'étaient pas négligeables. 

Dans ces conditions, une seule politique s'imposait, politique ren- 
due encore plus nécessaire par la présence d'une juiverie rivale, 
et il va de soi qu'elle ne pouvait s'inspirer des prescriptions coerci- 
tives des conciles wisigothiques. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner 
si, presque au même moment, les archevêques souscrivirent des 
déclarations nettement hostiles aux communautés juives et promul- 
guèrent des chartes de garantie en faveur de leur juiverie : c'est 
qu'en maintes circonstances, les principes outranciers du grand 
dignitaire ecclésiastique durent céder le pas aux considérations 
plus pratiques du grand propriétaire foncier. 

Nous avons vu plus haut 1 que le vieil archevêque Nebridius ne 
s'était pas laissé émouvoir par l'argumentation passionnée de son 
collègue de Lyon. Il aima mieux régler sa conduite, dans ses rap- 
ports avec ses Juifs, sur les nécessités locales que sur les sugges- 
tions intempestives et inopportunes du pamphlétaire Agobard. Les 
exhortations de l'archevêque lyonnais auraient certainemen ttrouvé 
une oreille plus complaisante en la personne de l'archevêque Gui- 
fred ou Guiffroi, que son père, le comte de Cerdagne, avait imposé 
au clergé et au peuple narbonnais comme successeur d'Ermen- 
gaud -. 

Ce triste personnage, dont les mœurs firent scandale, manquait 
tout à la fois de scrupules et d'esprit pratique. Il apporta sur le 
siège métropolitain de Narbonne une mentalité de prélat wisigolh. 
Il éprouvait à l'égard des Juifs la même antipathie que pour les 
Sarrasins, et il n'est pas douteux qu'il prit une part active à l'éla- 
boration des mesures antijuives promulguées, en 1063, au concile 
de Girone. 

L'archevêque Guifred assista aux séances de ce concile et sous- 

1. Chap. ii, § x. 

2. Ilist. de Lang., t. III, p. 248, et t. V, note eexi. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

crivit l'acte final. Il fut môme, à notre avis, l'inspirateur principal 
du canon 14, qui porte injonction d'assujettir aux dîmes ecclésias- 
tiques les terres acquises par les Juifs de propriétaires chrétiens. 
Ce canon 14 est ainsi conçu : « Quant aux terres que la perfidie 
détestable des Juifs a achetées aux chrétiens, il a été décidé que la 
dîme continuerait à y être perçue au profit de la paroisse dans le 
territoire de laquelle se trouvent lesdites terres, comme si elles 
étaient toujours cultivées par des chrétiens; car il est injuste que 
l'Eglise perde des dîmes qu'elle a commencé à prélever bien avant 
que les Juifs vinssent s'installer sur ces terres. Qu'au moins, si elle 
y perd les prémices et les oblations, elle puisse persister à y 
recueillir les dîmes '. » 

Il saute aux yeux que cette décision conciliaire procède en droite 
ligne de la mesure prise par Charles le Simple en faveur de l'église 
de Narbonne : nous rappelons que le diplôme royal du 1 er no- 
vembre 898 portait concession à cette dernière de tous les domaines 
que les Juifs avaient acquis de propriétaires chrétiens et sur les- 
quels les églises avaient accoutumé de prélever les dîmes, pendant 
tout le temps qu'ils avaient appartenu aux chrétiens 2 . Or, qui 
mieux que l'archevêque de Narbonne, dans les archives duquel 
se trouvaient les diplômes de Charles le Simple relatifs à cette 
expropriation partielle de terres appartenant à des Juifs, aurait pu 
proposer au concile de faire revivre, en la généralisant, la mesure 
spoliatrice du monarque carolingien ? 

Nous sommes donc autorisés à revendiquer pour l'archevêque 
Guifred la paternité du canon 14 du deuxième concile de Girone. 
En suggérant cette mesure à ses collègues, Guifred comptait, sans 
doute, que les Juifs auxquels elle s'appliquerait renouvelleraient le 
geste des Juifs narbonnais, qui plutôt que d'accepter l'établissement 
de servitudes onéreuses et injustes sur toute une catégorie de leurs 
immeubles, avaient préféré s'en voir frustrés par ordre souverain, 
quittes à profiter de la faiblesse du pouvoir central pour se main- 
tenir quand même en possession des biens confisqués. 

Il est curieux de voir ce qu'est devenu le canon 14 du deuxième 
concile de Girone dans le procès-verbal du troisième synode de 
Girone, tenu dans cette ville en l'année 1078. Ce synode se borna, 
en général, à reproduire les décisions des conciles antérieurs, et 
notamment, le canon 14 du deuxième concile de Girone. Voici en 
quels termes est énoncé le canon 10 de ce synode : « Il a été encore 



1. Florez, Espana sagrada, t. XLIII, Madrid, 1819, in-8-, p. 479. 

2. Voy. plus haut chap. m, §§ il à vin. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 203 

sanctionné que la dîme prélevée sur toutes les (erres que cultivait 
la cruauté exécrable des infidèles juifs serait fournie à l'église dans 

la paroisse de laquelle étaient situées lesdites terres, comme si elles 
étaient cultivées par des chrétiens*. » Ainsi donc, au lieu que le 
canon ! \ du concile ne visait qu'une catégorie de terres cultivées 
par les Juifs, à savoir celles que ces derniers avaient acquises de 
propriétaires chrétiens, le canon 10 du synode prétendait s'appliquer 
uniformément à tontes les /erres cultivées par les Juifs, aussi bien 
aux domaines patrimoniaux qu'aux acquêts, assimilant les uns et les 
autres, du point de vue de la dîme, aux terres possédées par les 
chrétiens. 

On voit par là que le canon 10 du synode n'est pas seulement la 
confirmation du canon 14 du concile ; il en est aussi la déformation. 
Tout en déclarant qu'ils se bornaient à sanctionner la décision d'un 
précédent concile, les membres du synode exagéraient la portée 
de cette décision; ils en faussaient même le sens, et cela volontai- 
rement, de manière à en faire une arme terrible contre la propriété 
juive tout entière. 

Le canon synodal marque une étape de ce mouvement qui se 
manifestait alors dans le clergé et qui visait à assujettir au paiement 
des dîmes toutes les terres, aussi bien celles des chrétiens que 
celles des hérétiques et des infidèles. Ainsi s'édifia peu à peu la 
théorie de l'universelle seigneurie de Dieu et, par suite, de l'univer- 
salité de la dîme. Mais on avouera que, si cette théorie réussit à 
obtenir force de loi par des procédés de falsification analogues à 
ceux qui présidèrent à l'élaboration du canon 10 du troisième 
synode de Girone, les fondements sur lesquels elle reposait étaient 
singulièrement fragiles 2 . 

Quoi qu'il en soit, nous voyons que l'archevêque de Narbonne 
contribua pour une large part à la propagation de cette théorie 
prétentieuse et profondément injuste. Il n'y a donc pas lieu de 
s'étonner si ce prélat judéophobe se montra par la suite complè- 
tement indifférent aux tribulations de ses Juifs. Tandis que, vers 
1007, le vicomte Bérenger s'opposait résolument aux violences que 
les bandes françaises qui se rendaient en Espagne pour y combattre 
les Sarrasins se préparaient à perpétrer sur la population et les 



1. Florez, op. cit., t. XLIII. p. 483. 

2. Nous avons relevé les traces de cet effort du clergé, en vue d'assujettir les biens 
des Juifs aux dîmes ecclésiastiques, dans les actes émanés de la chancellerie royale 
d'Aragon. Il semble bien que la plupart de ces tentatives aient échoué, les rois ara- 
gonais se montrant très peu disposés à permettre que les biens de leurs Juifs fussent 
grevés de servitudes que rien ne justifiait. 



204 REVUE DES ETUDES JUIVES 

biens de la juiverie vicomtale, l'archevêque Guifred ne prit aucune 
mesure de protection en faveur de ses Juifs, donnant ainsi libre 
cours aux pires excès des gens de guerre. 

Cette différence d'attitude ne passa pas inaperçue aux yeux 
d'Alexandre II, l'un des papes les plus tolérants et les plus éclairés 
du Moyen Age. Aussi, tandis qu'il adressait des félicitations au 
vicomte Bérenger, le môme pape rappelait sévèrement au métro- 
politain de Narbonne que toutes les lois, aussi bien les lois ecclé- 
siastiques que séculières, s'opposent à l'effusion de sang humain 1 . 
Alexandre II écrivit également à tous les évoques d'Espagne pour 
leur enjoindre de ne pas tolérer que les Juifs fussent assimilés aux 
Sarrasins 2 . 

IL — Heureusement pour les Juifs archiépiscopaux, l'attitude de 
Guifred trouva peu d'imitateurs parmi la suite des prélats qui se 
succédèrent sur le siège métropolitain de Narbonne. 

Au lieu de chercher à restreindre la propriété juive, les succes- 
seurs de Guifred parurent, au contraire, vouloir en favoriser le 
développement. C'est ainsi que l'archevêque Dalmace (1086-1096), 
qui avait reçu en donation d'un certain Pierre Gautier un manse 
confrontant, au nord et à l'ouest, les manses de deux Juifs, Bon- 
jucef et Maïr Crasso, se décida, le 23 juillet 1091, du consentement 
de son chapitre, à le vendre à Pierre Raimond, sacriste de Saint- 
Paul, moyennant le prix d'entrée en possession de 100 sous nar- 
bonnais et la redevance de demi-livre de poivre, qui devait être 
fournie à titre récognitif, tous les ans, à la Saint-Just. L'acquéreur, 
ou plutôt le tenancier censitaire de ce manse, — car il s'agit ici 
d'un véritable bail à cens, et l'on ne saurait se méprendre sur la 
valeur exacte des substantifs donatores ac venditores ou des verbes 
donamus ac vendimus, — reçut le droit d'en élever les murs de 
clôture et de le vendre à n'importe qui, comme s'il s'agissait d'un 
bien allodial, mais après en avoir obtenu préalablement l'autori- 
sation de l'archevêque 3 . 

Le sacriste de Saint-Paul ne dut pas être satisfait de la somme de 
revenus que lui fournissait ce manse, puisque, huit ou neuf mois 



1. Dom Bouquet, Historiens des Gaules et de la France, t. XIV, p. 538; Migne, 
Pafrologie, t. 146, c. 587; Mansi, Concilia, t. XIX, p. 980 (fragment). Cf. Hist. de 
Lang., t. III, p. 356 et t. V, Preuves, c, 1554, n° LX. Voici le passage important de 
la lettre pontificale : « Noverit prudentia vestra quod omnes leges, tain ccclesiastine 
quam saeculares, effusionem humani sanguinis prohibent. » 

2. Hist. de Lang., t. III, p. 356. 

3. Pièces justificatives, n° II. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE Î05 

seulement après lavoir acquis, il songeait à s'en débarrasser. Il 
trouva des acheteurs en la personne de deux Juifs Abraham et 
Abomar. Mais il fut obligé, avant de conclure le contrat, de solli- 
citer le consentement de L'archevêque. Ce dernier ne fit pas, semble- 
t-il, d'objection a ce (pie son inanse passât entre les mains de deux 
infidèles. Le 2 mars 1002, l'archevêque Dalmace, d'accord en cela 
avec les chanoines de sa cathédrale, donna et vendit à Abraham, 
(ils de Boniils et frère de Benjuves, — ce dernier Juif de l'abbé de 
Saint-Paul, — et à Abomar le manse en question, mais il majora le 
prix d'entrée en possession, qui fut porté de 100 à 150 sous; quant 
à la redevance annuelle, elle resta fixée à demi-livre de poivre. En 
retour de l'exécution de cette double clause, les deux Juifs et leur 
postérité jouiraient dudit manse comme d'un véritable alleu 1 . 

Il ne saurait y avoir de doute sur la valeur du mot alleu. Ce terme 
ne désigne pas ici un immeuble possédé en toute propriété, mais 
un bien censitaire assujetti à une redevance déterminée. 

L'acte que nous venons d'analyser est rédigé au nom de l'arche- 
vêque ; ce n'est donc pas l'acte de vente proprement dit, mais l'acte 
autorisant la conclusion de la vente. Il faut noter que ce consen- 
tement donné par le propriétaire éminent à l'aliénation ou à la 
transmission du droit utile de l'un de ses domaines, consentement 
qui se manifeste ici en un acte distinct du contrat de cession, ne 
sera mentionné plus tard qu'en quelques lignes, à la fin de ce 
dernier contrat. 

Comme cette autorisation, qui donnera naissance plus tard aux 
droits de mutuation, ne paraît pas avoir été dans aucun cas un acte 
purement gracieux et bénévole, on peut se demander quel fut le 
prix dont l'archevêque fit payer son consentement. A cette question, 
l'examen de l'acte de vente proprement dit nous fournira une 
réponse facile. 

Le 8 avril 1092, le sacriste de Saint- Paul Pierre Raimond déclara 
faire acte de vente, avec l'autorisation de l'archevêque et des cha- 
noines de Saint-Just et de Saint-Paul, à Abomar et Abraham, 
« Israélites », du manse qu'il avait acheté à l'archevêque, ainsi que 
d'une portion de terrain située derrière la maison de P. Gautier, 
l'ancien propriétaire du manse, au prix de 200 sous narbonnais 
payés comptant, et moyennant la redevance annuelle de demi-livre 
de poivre. Les nouveaux acquéreurs obtinrent également le droit 
de surélever les murs de l'enclos 2 . 

1. Hist. de Lang., t. V, ce. 724-725 (texte de l'acte), et c. 1556, n° lxxiv (analyse) : 
cf. Saige, op. cit., p. 70. 

2. Pièces justificatives, n" 111. 



206 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Il est peu probable que nos deux Juifs aient payé une première 
fois 450 sous à l'archevêque et une autre fois 200 sous au sacriste. 
Il est clair que ce dernier a reçu 100 sous pour prix du mause et 
50 sous pour prix du terrain avoisinant, taudis que l'archevêque 
recevait 50 sous à titre de droit de mutation. La majoration d'un 
tiers que subit du 23 juillet 1091 au 2 mars 1092 le prix d'entrée en 
possession du manse archiépiscopal n'aurait pas de raison d'être si 
elle n'avait pas été faite en vue de se procurer, moyennant finance, 
le consentement de l'archevêque. 

III. — Il découle des actes que nous venons d'analyser qu'il ne 
répugnait nullement à l'archevêque Dalmace de bailler à cens, en 
faveur de tenanciers juifs, des portions du temporel ecclésiastique. 
Un de ses successeurs, Pons d'Arce (1162-1181), alla même plus 
loin : il confia la perception de son droit deleude ou de péage, pro- 
bablement vers 1168, à deux Juifs, Momet etMatofias, qui remplirent 
cette fonction douze années consécutives. 

Toutefois, il ne faut pas interpréter la nomination de ces deux 
Juifs aux fonctions de leudaires archiépiscopaux comme un exemple 
et une preuve du droit d'accès des Juifs de Narbonne aux charges 
publiques. La nomination de Momet et Matofias comme leudaires 
n'est autre chose que le résultat d'une combinaison fiscale, et plus 
spécialement, d'un contrat de prêt sur gage. L'archevêque Pons 
aura eu besoin pour une échéance immédiate d'une forte somme 
d'argent, et, à cet effet, se sera adressé à des créanciers juifs, qui 
lui auront consenti un emprunta la condition d'en être remboursés, 
en quelque sorte par annuités, sur le produit de la leude archiépis- 
copale. La dette contractée par l'archevêque devait être assez élevée, 
puisque les deux Juifs engagistes conservèrent pendant douze ans 
la perception de la leude. 

L'archevêque ne fut, d'ailleurs, pas plus tôt rentré en possession 
des revenus de son droit de leude terrestre et maritime, qu'il l'en- 
gagea de nouveau, en 1180, à Pierre de Quillan, en garantie d'un 
emprunt de 6,000 sous 1 . 

IV. — Il semble bien que les archevêques narbonnais de la fin 
du xn e siècle aient voulu régler leur attitude sur celle de la papauté, 
qui se montrait alors pleine de conciliation à l'égard des Juifs. 

La cour romaine paraissait se convaincre de plus en plus de la 



1. Ribl. mun. de Narb., Invent. ms. des arcii. de l'archev. de JN'arb., t. I, f" 313 v° 
a 314. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 207 

vérité de l'adage populaire : plus fait douceur que violence. Telle 
est du moins l'esprit de la bulle publiée par le pape Clément III le 
10 mai 1188, et de laquelle l'archevêque de Narbonne, Bernard I er 
Gaucelm (1 19*2-1211), reçut un exemplaire. Le pape interdisait à 
ses fidèles chrétiens de contraindre les Juifs à recevoir le baptême 
contre leur gré, de les blesser, à plus forte raison, de les tuer, de 
leur voler de l'argent, des terres et autres biens, de troubler leurs 
fêtes, en leur lançant des poutres et des pierres, d'en exiger des 
services forcés, enfin, de saccager leurs cimetières et de violer leurs 
tombes '. 

Il ne semble pas que les Juifs des archevêques aient jamais souf- 
fert des avanies que réprouve l'acte pontifical ; en tout cas, les actes 
ne font aucune allusion à des excès de ce genre. 

V. — L'exemple de l'archevêque Pons d'Arce engageant à des 
Juifs les leudes archiépiscopales ne resta pas isolé. Nous trouvons 
des Juifs engagistes de ces leudes au commencement du xm e siècle. 
L'archevêque Arnaud II Amalric (1212-1225) déclarait, le 16 mai 
1213, qu'il avait pris l'habitude de partager la perception des petites 
leudes de la Cité et du Bourg avec ses Juifs et ses feudataires 2 . 

Nous ferons remarquer que ces petites leudes urbaines différaient 
profondément des grandes leudes terrestres et maritimes. Les 
grandes leudes étaient des droits de péage perçus sur le transport 
des marchandises le long du rivage narbonnais et à l'entrée du 
port de Narbonne, les petites leudes, au contraire, étaient des droits 
de marché prélevés sur la vente de certaines denrées à l'intérieur 
de la ville 3 . Les revenus des petites leudes étaient probablement 
bien inférieurs à ceux des grandes leudes de terre et de mer. Il n'y 
a donc pas lieu de s'exagérer l'importance et la portée de la décla- 
ration d'Arnaud II Amalric 

VI. — Et, d'ailleurs, dès le second quart du xiii siècle, l'opinion 
ecclésiastique redevenait hostile aux Juifs et préconisait à leur endroit 
le retour au système draconien des conciles wisigothiques. Ce revi- 
rement du clergé s'explique aisément. Entièrement absorbée par la 
lutte contre les hérétiques, l'attention du clergé s'était détournée 
des infidèles. L'hérésie albigeoise une fois extirpée, l'activité des 

1. Bibl. muD. de Toulouse, ms. 625, f 01 104-103 ; Bibl. mun. de Narb., Invent. ms. 
des arch. de l'arcbev., t. I, f° 522. 

2. Inr. ms. des arch. de l'archev., t. I, f° 123 v°. 

3. Voy. ce que nous disons de ces différentes leudes dans notre étude sur 
Amauri //, vicomte de Narbonne, 3 e partie, chap. m, § m. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

militants du clergé se trouva sans objet, mais enthousiasmés par 
leur récente victoire et convaincus à nouveau de l'excellence du 
système coercitif, ces militants se retournèrent bien vite contre les 
communautés juives el reprirent à leur égard une attitude hostile 
et provocatrice. 

Le clergé narbonnais ne resta pas en arriére. Allait-il, enfin, 
mettre en pratique les mesures restrictives préconisées autrefois 
par l'archevêque Agobard ? Toujours est-il qu'au carême de l'an- 
née 1227, l'archevêque Pierre III, fils d'Ameil (1226-1245), présida 
à Narbonne un concile provincial où la question juive fut longue- 
ment discutée. Finalement, quelques mesures furent arrêtées. Les 
Juifs ne devaient pas exiger des chrétiens des intérêts trop élevés. 
Ils devaient se garder de prendre à leur service des nourrices ou 
des domestiques chrétiens. L'accès aux fonctions publiques devait 
leur être rigoureusement fermé. D'autre part, préoccupé d'établir 
une distinction très nette entre les chrétiens et les Juifs, le concile 
décida d'imposer aux Juifs le port d'une « rouelle » d'un demi- 
pied de circonférence. Enfin, les prélats furent d'avis d'assujettir 
chaque famille juive au paiement d'une taxe annuelle de six 
deniers melgoriens, redevance qui devait être perçue à la fête de 
Pâques par l'église dans la paroisse de laquelle les Juifs étaient 
domiciliés '. 

Il est certain que les Juifs archiépiscopaux n'eurent pas à souffrir 
des décisions du concile de Narbonne, bien qu'elles eussent été 
prises sous la présidence de leur seigneur et maître. Ce dernier 
montrait, d'ailleurs, très peu d'empressement à faire l'expérience 
des prescriptions conciliaires dans sa propre juiverie; ajuste raison, 
il en redoutait les conséquences prochaines, et d'autre part, il ne 
voulait pas faire le jeu de son rival le vicomte, en fournissant à la 
« grande juiverie » de nouvelles recrues, transfuges de la sienne. 

De leur côté, les Juifs de l'archevêque ne cachaient pas à ce der- 
nier leur satisfaction et leur gratitude. Très habilement, ils s'appli- 
quaient à s'attirer ses bonnes grâces. En procédant avec tact et 
discrétion, ils réussirent à lui faire accepter certains cadeaux. Pour 
le coup, les chanoines de la cathédrale Saint-Just, déjà très mécon- 
tents de la tiédeur qu'apportait l'archevêque dans l'application 
des canons du dernier concile, firent entendre leurs véhémentes 
protestations. 

Le 22 octobre 1241, le chapitre métropolitain adressa des remon- 
trances à l'archevêque, « qui avait reçu des présents des mains de 

1. Hist. de Lang., t. VI, p. 623. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 209 

ses Juifs, sans crainte de porter préjudice aux chrétiens e! d'en- 
lever toute impartialité à la justice 1 ». 

Lt's chanoines de Saint-Just ne faisaienl que rappeler à L'arche- 
vêque la décision énoncée dans le 58» canon du quatrième concile 
de Tolède et portanl Interdiction aux prêtres, et même aux laïques, 
de recevoir les présents intéressés des Juifs-, — timeo Judaeos et 
doua f éventes. 

VIL — Ainsi, l'examen de la politique suivie au xm e siècle par 
les archevêques à L'égard de leurs Juifs nous fait assistera un spec- 
tacle très curieux : les archèques paraissent adhérer au mouvement 
d'hostilité qui se manifeste à l'égard des Juifs et ne manquent pas 
de souscrire les déclarations judéophobes des assemblées ecclésias- 
tiques ; mais ils se gardent bien de soumettre leurs Juifs au régime 
coercitif dont ils viennent d'approuver la remise en vigueur; ils se 
résignent à entendre les récriminations des chanoines, mais ne les 
écoutent pas ; dans leur altitude à l'égard de leurs Juifs, ils s'ins- 
pirent uniquement des nécessités de leur situation temporelle et 
foncière. 

Cette attitude contradictoire, qui se présente comme un exemple 
savoureux de conciliation entre les conflits de la conscience reli- 
gieuse et du sens pratique, les différents archevêques narbonnais 
du xm e siècle se la transmirent comme une tradition de gouverne- 
ment et comme un compromis d'application facile. Ainsi, voyons- 
nous, par exemple, l'archevêque Jacques (1257-1259) tenir un 
concile à Montpellier, en septembre 1258, souscrire des décisions 
sévères contre la cupidité des usuriers juifs 3 , puis, rentré dans sa 
métropole, s'abstenir de toute ingérence dans les opérations finan- 
cières de ses Juifs. 

VIII. r — Il arriva un moment où les passions judéophobes du 
clergé narbonnais s'apaisèrent, le dernier mot restant à l'habile 
duplicité du gouvernement archiépiscopal, si bien que l'archevêque 
Pierre IV de Montbrun (1272-1286) put promulguer, sans que la 
moindre protestation s'élevât, l'acte émancipateur de sa juiverie, la 
charte de franchise du 10 janvier 1284. 

1. Eist. de Lanr).> t. VIII, Preuves, c. 1079: « Judeorum mimera in christianoruffl 
prejuriicium contra justiciam recepistis... » Cf. Saige, op. cit., p. 47. 

2. Voy. plus haut, chap. i* r , § v. 

3. Catel, 1 Mémoires de V Histoire de Languedoc, p. 798 ; Hisl. de Lang., t. VI, 
p. 862. 

T. LV1II, no 116. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il ne s'agissait plus de mesures négatives, de neutralité bien- 
veillante, mais de concessions positives et de véritables garanties, 
individuelles ou collectives. Le préambule de l'acte en caractérise 
à merveille l'esprit. Le viguier de la cour archiépiscopale explique 
et justifie la mesure d'extrême bienveillance dont l'archevêque va 
faire bénéficier ses Juifs et qui pourrait faire douter de son ortho- 
doxie par quelques prélats trop zélés, en recourant au vieil argu- 
ment sur les excellents effets de la présence, à côté des fidèles, des 
Juifs, dont la destinée malheureuse est un exemple vivifiant pour 
la foi chrétienne. Cela est dit en passant, l'archevêque ne se déci- 
dant pas par prosélytisme, mais par intérêt. Le viguier ne le cache 
pas : il est de l'intérêt de l'archevêque que les Juifs étrangers qui 
viennent se fixer dans sa juiveiie soient protégés contre les exac- 
tions illicites. 

Aussi bien, l'objet de l'acte de 1284 est-il le même que celui de 
(outes les chartes de franchise : substituer à des obligations 
variables et exigibles à toute réquisition, des redevances ou des 
services fixes, fournis à des termes convenus. Ainsi, aucun Juif 
du for de l'archevêque ne pourra être contraint de fournir chaque 
année pour les taille, quête, don et service, rien autre que les 
obligations spécifiées dans la charte de franchise (art. 5). Or, voici 
en quoi consistent ces obligations : Les Juifs de l'archevêque s'en- 
gagent à lui payer, sous l'obligation de leurs biens présents et 
futurs, par feu et par an, à la Noël, un cens de 10 sous tournois. 
Le viguier, le sous-viguier ou quelque autre lieutenant de l'arche- 
vêque pourront saisir les biens du Juif récalcitrant. 

Le feu ou foyer familial étant pris comme base delà contribution 
annuelle, l'acte détermine en quels cas le père et le fils seront 
considérés comme formant un ou deux feux. Premier cas : le père 
et le fils domiciliés dans le même manse ou la même maison, 
mangent à la même table ; dans ces conditions, pourvu que le fils 
n'ait pas été émancipé ou marié, et que les gains réalisés par l'un et 
l'autre soient confondus dans la même bourse, le père et le fils ne 
seront taxés que pour un seul feu. Mais si le fils, marié ou éman- 
cipé, habite un domicile séparé et s'il cultive sa part de bien, le 
père cultivant, de son côté, la sienne, père et fils seront réputés 
constituer deux feux. Toutefois, si après avoir séparé leurs domi- 
ciles et leurs biens, le père et le fils veulent les réunir et manger 
de nouveau à la même table, ils ne seront plus taxés pour deux 
feux, mais pour un seul (art. 7). 

La charte de 1284 ne se borne pas à préciser et à limiter les 
obligations auxquelles les Juifs archiépiscopaux resteront soumis. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARRONNE 211 

Elle leur confère, en outre, de nombreuses prérogatives judiciaires 
et civiles. 

Et, d'abord, L'archevêque s'engage à prologer ses Juifs et à les 
défendre dans les cas licites et honnêtes (art. 2). La liberté indi\i- 
dnelle dos Juifs reçoil des garanties sérieuses; l'accusateur d'un 
Juif doit s'obliger à la peine du talion (art.' 1 er ). Comme on Le 
voit, cetle dernière disposition s'inspire Jde l'esprit de l'Ancien 
Testament. 

On ne s'étonnera pas, étant donné l'activité commerciale de la 
ville, que la charte s'occupe assez longuement des poursuites judi- 
ciaires pour dettes. Si un chrétien justiciable de l'archevêque a 
contracté quelque obligation, en raison d'un marché, à l'égard' d'un 
Juif et promis d'y satisfaire à terme convenu, la cour archiépisco- 
pale saura le contraindre par voie spirituelle et temporelle à rem- 
plir ses engagements. Relativement à la contrainte par corps, la 
charte édicté des mesures très libérales, qui témoignent chez l'ar- 
chevêque d'un réel souci de concilier les exigences de la justice 
avec le libre exercice du culte judaïque. Tout Juif détenu à la Cour 
pour affaires civiles, pour dettes, ou pour non accomplissement de 
toute autre obligation, et cela à l'instance d'un Juif ou d'un chré- 
tien, jouira de la faculté, — après en avoir préalablement demandé 
l'autorisation à l'oflicial, au viguier ou à tout autre membre de la 
Cour, — de sortir de prison la veille du sabbat, et de tout jour de 
fête, mais à la condition d"y revenir le lendemain, de lui-même, 
sans qu'il soit besoin qu'un sergent l'y ramène '. Cependant, dans 
les affaires criminelles, pareille autorisation ne pourra être 
accordée (art. 4). 

La charte consacre plusieurs de ses articles à un mode de prêt 
très fréquent à cette époque, comme nous l'avons vu dans les 
pages qui précèdent, le prêt sur gage. En cas de contestation, les 
créanciers juifs engagisles, ainsi que leurs débiteurs, devront 
obtenir prompte justice (art. 8). L'acte prévoit les termes à l'expi- 
ration desquels les gages, selon qu'ils consistent en espèces ou en 
nature, peuvent devenir la propriété du créancier. Les Juifs qui 
reçoivent des gages en argent peuvent, du consentement de l'offi- 
cial, les vendre ou en aliéner une partie jusqu'à concurrence de la 
dette en garantie de laquelle les gages leur ont été remis, au bout 
de deux ans. Pour les gages consistant en vêlements, le terme ne 

1. Cette disposition est, sans doute, inspirée des codes justinien et théodosien, qui 
interdisent de citer en justice les Juifs ou les chrétiens les jours de fôte et de sabbat 
(Voy. Th. Reinach, art. Judaei, dans Dictionnaire des antiquités grecques et ro- 
maines, de Daremberg et Saglio, p. 630, 2 e col.). 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sera que d'une année (art. 9). En aucun cas, les Juifs de l'arche- 
vêque ne pourront perdre le montant d'un prêt consenti sur gage, 
à moins, toutefois, que ces gages ne consistent en étoffes, vêle- 
ments ou ornements d'église, en vêtements tachés de sang ou 
perforés avec la lame d'un glaive, en vêtements et étoffes fraudés 
(art. 10). 

Enfin, la charte dispense les Juifs archiépiscopaux de l'obligation 
onéreuse de la résidence et leur permet, une fois leurs engage- 
ments remplis, de se retirer de la juiverie archiépiscopale avec 
tous leurs biens : dans ce cas, l'archevêque et ses agents doivent 
même les guider sur toute l'étendue du territoire archiépiscopal. 
Toutefois, par leur départ, les Juifs ne doivent enfreindre aucun 
des articles de l'accord 1 conclu entre l'archevêque et le vicomte 
(art. 6). 

Les Juifs archiépiscopaux obtinrent ces privilèges par l'entre- 
mise de cinq de leurs coreligionnaires délégués : Bonisaac de Les- 
tella, David du Caylar, Samuel Bonjudas, Jacob Çasala et Crescas 
de Florensac, qui prirent l'engagement de remplir avec exactitude 
les obligations auxquelles l'archevêque les soumettait. Les délégués 
déclarèrent recevoir ces franchises avec humilité et gratitude, pro- 
mettant de rester fidèles à l'archevêque et à sa juridiction, et de ne 
commettre aucune fraude. Ils jurèrent d'observer l'ensemble des 
articles les mains posées sur la sainte Loi de Moïse. Deux jours 
après, le 12 janvier, l'archevêque confirma les décisions de son 
viguier. 

Il est à noter que, comme toutes les chartes de franchise oc- 
troyées par les seigneurs du Narbonnais 2 , la charte de 1284 n'est 
pas une concession gratuite et désintéressée : les Juifs remettent, 
en effet, à l'archevêque, à titre de droit d'entrée en possession, la 
somme de 10 livres tournois 3 . 

La charte archiépiscopale de 1284 appelle un rapprochement. Si 
on la compare avec la charte vicomtale de 1217, on constate que 
celle-ci est moins catégorique et moins claire que celle-là. L'esprit 

1. Il s'agit de l'accord du 20 avril 1276. (Voy. plus bas chap. vi, § iv.) 

2. Voy. notre étude sur le vicomte Amauri II, 2 e partie, chap. iv, § iv. 

3. La charte du 10 janvier 1284 a été publiée par Du Mège (Hist. de Lang., Preuves 
des additions et notes au t. IV, p. 135), d'après la copie qu'en fit le P. Laporte aux 
archives de l'archevêché de Narbonne (Bibl. mun. de Toulouse, ms. 626, f° s 692-695). 
Nous avons collationné avec la transcription du P. Laporte le texte édité par Du Mège, 
et nous avons constaté avec une véritable stupeur que cet éditeur avait commis à peu 
près régulièrement deux ou trois fautes par ligne. Il nous a donc paru nécessaire de 
rééditer cet important document : on le trouvera aux Pièces justificatives (n° vin). 
Saige a donné de cette charte un commentaire très insuffisant (op. cit., pp. 48-49)-. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 213 

des deux acles est le même : substituer une situation légale à un 
régime arbitraire. Mais L'acte vicomtal reste muet sur nombre de 
points importants. Il manque même de précision relativement à la 
question dont il s'occupe. Etablissant une redevance annuelle de 
10 sous narbonnais, il oublie de spécifier s'il s'agit là d'une rede- 
vance collective, familiale ou individuelle. Le rapprochement des 
deux chartes de franchises permet de résoudre cette difficulté : il 
en ressort que le cens vicomtal de 10 sous narbonnais ne frappait 
pas l'ensemble de la communauté, pas plus que chacun de ses 
membres, mais chaque famille, chaque foyer: c'était en un mot 
un fouage. 

Il faut remarquer, de plus, que le prix d'entrée payé par les Juifs 
archiépiscopaux est plus élevé du double que celui que versèrent 
les Juifs vicomtaux. Quoi qu'il en soit, la charte de 1284 conférait à 
la juiverie archiépiscopale des avantages considérables : c'était, en 
somme, une reconnaissance formelle de l'existence de cette jui- 
verie en tant que véritable personnalité morale. 

L'acte de 1284 est le dernier que nous connaissions relativement 
a la politique suivie par les archevêques à l'égard de leurs Juifs. 11 
résume, au total, l'histoire de ces relations et marque bien l'atti- 
tude à laquelle, en dernière analyse, s'était arrêté le gouverne- 
ment archiépiscopal. 

IX. — Bien que moins importante que la juiverie des vicomtes, 
la juiverie des archevêques se trouvait dans une situation assez 
prospère à la veille de la grande expulsion de 1306. Le principal 
propriétaire de maisons en était Dieulosal de Florensac : 
sa maison d'habitation valait 200 livres tournois 1 ; il possédait 
encore, dans la paroisse de Saint-Félix, une deuxième maison qui 
valait 35 livres 2 ; il percevait, en outre, un droit d'usage de 
2 livres sur la maison de Pierre Guxac, sise dans la juiverie 
vicomtale, et qui fut vendue 150 livres 3 ; il possédait, enfin, au bar 
des soeurs Minorettes, tout près des fortifications, à la barrière, un 
jardin d'une valeur de 25 livres 4 . Bref, Dieulosal de Florensac était 
à la tête d'une fortune immobilière d'au moins 410 livres tournois. 

1. Acte de vente du 18 septembre 1301 (Saiire, op. cit., pièces justif., pp. 273-277). 

2. Acte de vente du 3 janvier 1307/8 lbi<i.. pp. 289-290). 

3. Ibid., pp. 282-283: « Item duodecim libras turonensium usaria [corr.\ usatici] 
Juliani quas Dieuslossal de Florenciaco, Judeus de BelloviiJere, percipiebat annis sin- 
(çulis, absque alio directo doiniiiio, in quodam hospicio Pétri de Cutsiacbo, fusterii et 
ejus fratris, quod hospitium confrontât de altano et circio in viis, precio centum 
quinquaidnta librarum turonensium parvorum. » 

4. IbUL, pp. 287-288 v acte de vente du 3 janvier 1307/8). 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans la juiverie vicomtale, Dieulosal se serait donc placé au troi- 
sième rang, après Momet Tauros et Samuel Vidal de Lescaleta. 

Bien au-dessous de Dieulosal de Florensac, venaient Meïr Boni- 
saac de Lestella, avec deux maisons valant 100 livres tournois 1 ; 
Vivas Astruc de Limoux, avec une maison valant 60 livres 2 ; Moïse 
Sagrassa, avec une vigne sise au tellement de Gazanhapas, et 
valant 26 livres 3 ; David Cohen, avec une maison de 45 livres 4 ; 
Astruc Bonafous du Gaylar, avec un mailleul ou vigne nouvelle- 
ment plantée, d'une valeur de 42 livres 5 ; enfin, Jacob Sasala, avec 
une quarterée de vigne, valant 4 livres 45 sous 6 . 

Tous ces immeubles, la maison louée à Pierre de Cuxac non 
comprise, représentaient à peine une valeur de 465 livres tournois; 
c'est bien peu comparé à la valeur totale des immeubles de la jui- 
verie vicomtale, que nous avons évaluée à plus de 4,000 livres. 
Bien que tous les actes relatifs à la liquidation de la juiverie archi- 
épiscopale ne nous soient pas parvenus, nous pouvons affirmer avec 
une quasi certitude que les riches familles habitaient pour la plu- 
part les Jouzaigas majeurs et que dans la petite juiverie vivaient 
beaucoup de familles pauvres ou sans grandes ressources. 

Les Juifs archiépiscopaux habitaient le faubourg de Belvézé 7 , 
situé sur la rive gauche de l'Aude, à l'ouest de la maison des Hos- 
pitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, hors de la vieille enceinte de 
la Cité. Jusqu'à la fin du xn° siècle, le quartier de BeJvézé demeura 
dépourvu de tout appareil défensif : ce n'est qu'en 4155 et 1497 que 
le feudataire de Belvézé, Raimond d'Ouveillan, fut autorisé à entou- 
rer ce faubourg d'une muraille et d'un fossé, sauf du côté du mur 
de Saint-Jean de Jérusalem 8 , c'est-à-dire du côté de l'antique 
enceinte de la Cité. 



1. Ibid. 

2. Ibid., pp. 286-287 (acte de vente du 3 janvier 1307/8). 

3. Ibid., p. 283 : « Item unam vineatn que fuit Mosse Sagrassa, Judei de Bello- 
videre, sitam in loco dicto « A Gasanhapas », confrontatam de altano in honore d'en 
Foravilha, de meridie et circio in tenencia Berengarii Ancelatoris, peissonnerii, pretio 
viginti sex librarum turonensium parvorum. » 

4. Ibid., pp. 2S5-286 : «Item donium cum trancurte que fuit Davi Cohen, de 
Bellovidere, sitam in Bellovidere, confrontatam in tenentia de Raimundi Jacobi de 
circio in muro, pretio quindecim librarum turonensium parvorum. » 

5. Ibid., pp. 289-290. 

6. Acte de vente du 22 septembre 1307 (A. Blanc, op. cit., pp. 561-565). 

7. Siméon Luce (H. E. J., t. H, p. 47, note 1) déclare que la gare actuelle du che- 
min de fer du Midi marque à peu près l'emplacement de ce faubourg : ce n'est pas 
tout à fait exact. 

8. Archives de l'Aude, H 211 (Inventaire ms. de la mense abbatiale de Fontfroide), 
« Fief de Narbonne », cote.B. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 215 

Los Juifs de Belvézé n'avaient pas de synagogue particulière. Ils 
s'acquittaient de leurs devoirs religieux dans les synagogues de la 
juive rie vicomtale '. 

Par contre, l'unique cimetière des deux juiveries de Narbonne 
se trouvait à l'extrémité septentrionale de la juiverie de Belvézé. 
Ce cimetière est tantôt appelé cimetière des .luifs et tantôt mont 
judaïque 2 (prov. Montjuzaic). Or, il ne s'étendait pas sur le som- 
met d'une colline, pas même sur un plateau, mais sur une sorte de 
hutte, dont la hauteur insignifiante ne justifiait pas l'appellation 
de mont judaïque. Il est vraisemblable que le cimetière juif de 
Narbonne était appelé Montjuzaic, parce que telle était en général 
la dénomination donnée aux cimetières juifs, en raison de ce 
fait qu'ils étaient établis le plus souvent sur le penchant d'une 
colline 3 . 

C'est du cimetière juif de Montjuzaic que proviennent, sans 
aucun doute, les trois inscriptions funéraires qui sont conservées 
aujourd'hui au musée de Narbonne. Le fait est absolument certain 
pour l'inscription des années 688 ou 689 \ puisqu'elle a été décou- 
verte dans la cour de M. Figeac, rue Romain, c'est-à-dire en un lieu 
certainement compris dans l'enceinte du cimetière juif. 

L'inscription n° 206 est du 8 novembre 1321. Elle a donné lieu à 
toute une série d'interprétations, mais les érudits hébraïsants ont 

1. Saige, op. cit., pièces justif., p. 205, art. vi (Accord du 13 mai 1276 entre l'ar- 
chevêque et le vicomte). 

2. Acte du 22 novembre 1297 : « . . .cimiterium Judeorum Narbone vocatum Mon- 
temjudaicum. . . » (Bibl. mun. de Toulouse, tus. 626, f° 554). 

Il est question du cimetière juif dans de nombreux actes. Il était situé au nord du 
quartier du Broïl (Arch. de l'Aude, H 211, « Fief de Narbonne »,cote 5 E), lequel occupait 
l'espace compris actuellement entre la cathédrale et le tribunal, d'un côté, le collège 
Victor-Hugo, de l'autre. Un acte du 3 novembre 1285 mentionne que ce cimetière se 
trouvait dans le quartier du Broïl même (Invent. ms. dus titres de la mense capitu- 
laire de Saint-Just, copies de M. Bories, « Possessions de la Cité », n° 26). Le cime- 
tière juif est très souvent mentionné dans l'inventaire ms. des archives de l'arche- 
vêché, notamment le 9 octobre 1323 (t. I, f°" 199 v°-200 v°), eu 1325 (Ibid., f» 243), en 
novembre 1333 (Ibid., f° 244), le 29 septembre 1339 (Ibid., f» 162 v), le 26 mai 1342 
(Ibid., f° 164 v°). Ce dernier acte relate que le cimetière des Juifs se trouvait « en la 
plaine quy estoit hors la porte royalle, près des Tiradours, hors des murs de la Cité 
de Narbonne, du costé d'autan ». C'est tout à fait erroné. Il est encore question de ce 
cimetière en 1344 (Ibid., f» 98), en 1346 ^f 523 v°), le 22 février 1352 ((*• 173 v°- 
185 v°), etc. 

3. A Barcelone (Fidel Fita, El cementorio hebreo de Barcelona en 1111, dans 
Boletin de la real academia de la historia de Madrid, t. 17, pp. 196 et 199) et à 
Girone (Girbal, Los Judios en Girona, Gerona, 1870, in-8°, p. 57), le cimetière juif 
était situé sur le penchant d'une colline, désignée encore dans l'une et l'autre de ces 
deux villes par l'appellation de Monljuich (mont judaïque). 

4. Voy. plus haut, chap. I er , § vu. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

uni par se mettre d'accord sur la version suivante * : « Deux jours 
après la mort de sa femme, il a pris le même chemin. Oui, David 
est abrité en moi, en moi il est caché ! » 

L'inscription n° 207 présente un texte fort mutilé : c'est la stèle 
funéraire d'un fils de Joseph. Nous ne connaissons même pas 
l'année de sa mort, l'inscription ne portant que la date du mois 2 . 
On voit que les données fournies par les inscriptions 206 et 207 sont 
trop sommaires pour permettre l'identification des personnages 
dont elles recouvraient les restes. 

X. — De l'étude des relations des archevêques avec leurs Juifs 
se dégage la même conclusion que de l'étude des relations des 
vicomtes avec les leurs. On constate des deux côtés le même effort 
persévérant vers la conciliation et la tolérance. 

Il faut noter, cependant, qu'à la différence des vicomtes, les 
archevêques ont eu à vaincre des résistances : il n'est pas douteux 
que l'opinion de la majorité du clergé narhonnais n'ait été hostile à 
la juiverie des archevêques et, par suite, défavorable à la politique 
judéophile de ces derniers. Mais, peu à peu, le clergé s'habitua à la 
présence, non loin du palais archiépiscopal, de la communauté 
juive de Belvézé, et comme ces Juifs s'acquittaient avec beaucoup 
d'exactitude de leurs obligations fiscales, se prêtant même docile- 
ment aux combinaisons financières du gouvernement archiépisco- 
pal, ils parvinrent à dissiper à peu près complètement l'atmosphère 
d'hostilité et de réprobation dont les enveloppait le clergé local. 
Après avoir subi la présence de ces Juifs, les ecclésiastiques nar- 
bonnais en vinrent à l'accepter comme une situation de fait, puis, 
enfin, à la reconnaître comme une situation de droit. 

Un archevêque subtil et retors contribua puissamment à ce der- 
nier résultat, en déclarant que ses intérêts temporels se ressentaient 
heureusement de la présence d'une juiverie dans le territoire de la 
Cité soumise à sa juridiction, qu'il y avait donc lieu à en favoriser 
le développement, et qu'au surplus, la présence de Juifs à côté de 
chrétiens était pour ces derniers un témoignage permanent des 

1. Voy. les différentes interprétations émises au sujet de l'inscription n° 206 dans 
R. E. J., t. 34, 35 et 36. M. Moïse Schwab ayant signalé cette inscription (p. 301), 
M. Israël Lévi en compléta le texte et en donna une traduction (p. 302), mais David 
Kauf'manu et M. A. Kaminka en proposèrent un texte et une version différents (t. 35, 
pp. 293-294). M. I. Lévi revint à la charge (pp. 294-295) et eut l'heureuse idée de pré- 
senter un fac-similé de l'inscription (p. 295). C'est alors que MM. S. Poznanski et 
Kahan proposèrent un texte et une traduction qui mirent tout le monde d'accord (t. 35, 
p. 295 et t. 36, pp. 111-112). 

2. Voy. le texte hébreu et la traduction de M. Israël Lévi, dans R. E. J., t. 34, p. 302. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 217 

vérités de la loi. Par cette formule heureuse, qui, tout en répondant 
aux exigences de la fiscalité archiépiscopale, dissipait le malaise des 
consciences ecclésiastiques, la juiverie des archevêques se trouva 
reconnue et consolidée, pour la plus grande gloire de Dieu... et, 
surtout, pour le plus grand profit de l'église narbonnaise. 



CHAPITRE VI 

RELATIONS ENTRE LES VICOMTES ET LES ARCHEVÊQUES 
AU SUJET DE LEURS JUIFS. 



Reconnaissance par le vicomte Bérenger et l'archevêque Guifred du droit 
d'usage dont jouissaient leurs Juifs sur certaines salines (1048) ; accusation 
de simonie portée par Bérenger contre Guifred (vers 1057). — II Conflit de 
juridiction entre le vicomte Aimeri IV et l'archevêque Pierre 111, fils d'Ameil, 
au sujet de l'immigration juive (1234). — III. Différend entre Amauri I' r 
et Guillaume I" de Broue relativement à des Juifs vicomtaux (1251). — 
IV. Accord transactionnel entre Aimeri V et Pierre IV de Montbrun au sujet 
de l'immigration juive (1276-1277); conflits de juridiction entre les mômes 
[1288, 1289, 1292, 1297). — V. Attitude des Juifs vicomtaux dans le diiTérend 
entre Amauri II et Gilles Aicelin, et, notamment, dans l'émeute de 1302. — 
VI. Conclusion : conséquences de la coexistence à Narbonne de deux jui- 
veries. 



I. — Les Juifs narbonnais se montrant très bons contribuables, 
aussi bien dans les circonstances ordinaires que dans les circons- 
tances extraordinaires, leurs deux gouvernements ne visaient qu'à 
une chose : augmenter sans cesse la population de leurs juiveries 
respectives. Cette aspiration commune aux deux pouvoirs, vicomtal 
et archiépiscopal, engendra entre eux une véritable concurrence, 
puisqu'il devait arriver fatalement que la population de l'une des 
deux juiveries se développât aux dépens de la population de l'autre. 
Leur concurrence, semblable en cela à celle des commerçants qui 
s'appliquent par tous les moyens à se ravir réciproquement leur 
clientèle, dégénéra en querelles, en procès, et quelquefois même, 
en émeutes. 

Néanmoins, la première fois qu'un vicomte et un arebevêque dis- 
cutèrent ensemble d'une question relative à leurs Juifs, ce fut pour 
tomber d'accord sur l'attitude qu'il y avait lieu d'observer à l'égard 
de certains de leurs droits. 

Le 23 avril 1048, quand l'arcbevêque Guifred et le vicomte Béren- 
ger — ce dernier conjointement avec sa femme, Garsinde, et ses 



218 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fils — firent donation aux chapitres de Saint-Just et de Saint-Paul 
de la dîme du poisson et de la dîme du sel recueilli dans certaines 
salines des basses-plaines de Narbonne, au sud-est de la ville \ ils 
réservèrent expressément le droit d'usage dont jouissaient les Juifs 
narbonnais de recueillir du sel pour leurs besoins domestiques dans 
le territoire de 1' « Alleu Judaïque 2 ». 

Guifred etBérenger, tous les deux d'un caractère inégal et vio- 
lent, ne vécurent pas longtemps d'accord. Ils se brouillèrent bien- 
tôt, et tout de suite, leur différend se traduisit en injures des plus 
grossières et en accusations des plus graves. Vers 1057, le vicomte 
alla même jusqu'à incriminer l'archevêque de simonie et de sacri- 
lège : des patènes de calices, d'or et d'argent, ayant servi à la 
célébration du saint sacrifice, avaient été remises par Guifred 
entre les mains d'orfèvres juifs, avec ordre de les réduire en 
morceaux et de les vendre en Espagne; l'argent réalisé devait 
être employé à installer son frère Guillaume sur le siège épiscopal 
d'Urgel 3 . 

II. — A partir du xm e siècle, la juiverie vicomtale, qui venait 
d'être pourvue, en 1217, de sa charte de franchise, devint un centre 
d'attraction très puissant pour les Juifs établis dans les baronnies 
avoisinantes, de sorte que la plupart des Juifs étrangers qui accou- 
raient à Narbonne, se plaçaient de préférence sous la domination 
des vicomtes. Les archevêques, voyant que ce mouvement d'immi- 
gration juive ne profitait que dans une très faible mesure au déve- 
loppement de leur propre juiverie, s'en montrèrent très affectés, 
et, tout aussitôt, leur gouvernement chercha querelle à celui des 
vicomtes. 

La rivalité des deux pouvoirs ne se manifesta d'abord que sous 
forme de simple différend : c'est ainsi que le vicomte Aimeri IV 
et l'archevêque Pierre III, fils d'Ameil, consentirent à déférer le 
règlement de leur conflit à l'arbitrage des deux chefs de leurs 
tribunaux respectifs ; les deux représentants des parties devaient 

1. Hist. de Lang., t. V, ce. 454-455 « ...quae sunt de Lutobanna usque ad ipsam 
Fox, et de Villa Judaica usque ad Narbonam... » Nous identifierons cette Villa 
Judaica plus bas, quand nous nous occuperons de la propriété juive allodiale. 

2. Ibid., c. 455: « excepto illo sale quod exierit de alode judaico, quod hodie 
habent, illam videlicet partem quae in opus illorum Judaeorum exierit. . . » 

3. Ibid., c. 498: « Patenas insuper calicum aureas vel argenteas, ubi sancta sacri- 
ficia sumebantur, in manibus aurificum judaeorum misit,ad destrueudum et Yspaniam 
venumdari pro ipso episcopatu. » Cf. Hist. de Lang., t. III, p 306 ; Du Mège, op. cit., 
dans Mémoires de la société des antiquaires de France, t. VIII, p. 339 ; C. Port, 
op. cit., pp. 169-170. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 219 

s'adjoindre, comme troisième arbitre, un homme de loi, impartial 
et indépendant. 

En 1334, Pierre Bonis, Figuier archiépiscopal, Raimond Bedos, 
aîné, viguier vicomtal, et Aimeri Palier, juriste narbonnais, ren- 
dirent leur sentence. Ils décidèrent, entre autres choses, que le 
vicomte pourrait rendre la justice en matière civile ou criminelle à 
tous les Juifs qui viendraient s'installer à Narbonne, sous la réserve 
pour l'archevêque de revendiquer par voie judiciaire son droit de 
possession ou de propriété '. Les arbitres reconnaissaient donc au 
vicomte qu'il y avait présomption en sa faveur pour les Juifs qui 
venaient habiter la ville, sauf à l'archevêque de prouver ses droits, 
s'il en avait, sur les nouveaux arrivés. 

L'énoncé de la précédente sentence ne nous a été conservé que 
par une analyse ultrasommaire, et partant obscure. Il est regret- 
table que Fauteur de l'inventaire des archives de l'archevêché ne 
nous ait pas transmis les considérants de la sentence et les raisons 
qui déterminèrent les arbitres à donner entièrement raison au 
vicomte. Il est cependant probable qu'il s'agissait en l'espèce 
d'émigrants juifs qui se dirigeaient vers Narbonne avec l'idée bien 
arrêtée de se fixer dans la juiveiïe vicomtale. 

III. — La transaction de 1234 ne résolut pas le conflit. Les 
vicomtes continuèrent à drainer de leur côté le flot des immigrants 
par l'appât d'une situation privilégiée. A plusieurs reprises, les 
archevêques en laissèrent transparaître leur ressentiment et leur 
amertume Le 4 décembre 1251, Guillaume I er de Broue dénonçant 
l'attitude hostile que manifestait le vicomte Amauri I or à l'égard 
des clercs, à qui il refusait l'autorisation d'acquérir des immeubles 
dans l'étendue de sa juridiction, ajoutait amèrement que, selon les 
usages du pays, cette autorisation ne se refusait à personne, pas 
même à des Juifs 2 . L'archevêque sous-entendait évidemment que 
le vicomte témoignait plus de considération pour un Juif que pour 
un ecclésiastique. Le même jour, 4 décembre, l'archevêque repro- 
chait au vicomte d'avoir fait enlever au prieur de l'église N.-D. de 
Lamourguier, et cela sur la plainte de quelques Juifs, certaine quan- 
tité de vendange, bien que le prieur se fût offert à ester en droit 

1. Bibl. mun. de Narb., Inv. ms. des archives de l'archev., t. I, f° 134. 

2. Baluze, Concilia G al lise narbonensis, Appendix, p. 115 : « Item inhibait et 
inhibet, seu inhiberi fecit et facit, quod clcrici in suo potestativo non emant alodift, 
empta occupari faciens donec ipsi clerici se redemerint aliqua pecunie quantitate, 
quod ab olim cuilibet licuit et licet secundum usum et consuetudinem bujus terre, 
etiam Judeis. » Cf. Hist. de Lang., t. VI, p. 826. Voy. plus haut, cliap. iv, § vu. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

devant la cour archiépiscopale 1 . Quand, après avoir excommunié 
Amauri I or , Guillaume de Broue lui donna l'absolution, en 1252, il 
lui imposa l'obligation de restituer au prieur de Lamourguier la 
vendange qu'il lui avait saisie, l'année précédente, sur la réquisi- 
tion de certains Juifs 2 . 

Evidemment, l'archevêque ne pouvait soutenir la concurrence 
contre un rival qui s'abaissait à de pareils procédés. Il n'était pas 
étonnant après cela que la juiverie du vicomte prospérât, tandis 
que la juiverie archiépiscopale restait stationnaire. Gomment un 
Juif étranger désireux de venir habiter Narbonne aurait-il pu 
hésiter à établir son domicile sous la domination d'un seigneur 
qui, sur la dénonciation de quelques Juifs, infligeait l'humiliation 
d'une saisie au chef d'une communauté religieuse ! 

IV. — Le compromis de 1234 relatif à l'immigration juive à Nar- 
bonne fut confirmé en 1253 3 , mais même après cette dernière 
date, le problème restait entier. 

Gette question de l'immigration juive atteignit son maximum 
d'acuité dans le dernier quart du xni e siècle. L'arrivée à Narbonne 
de nombreux Juifs, venant pour la plupart de Gapestang, de Mont- 
pellier, de Lunel, de Béziers et de Perpignan, fut l'occasion de 
démêlés très vifs entre le vicomte Aimeri V et l'archevêque 
Pierre IV de Montbrun. Le vicomte prétendait que les Juifs établis 
dans sa juiverie et dans les autres parties de la Cité ou du Bourg, 
ainsi que ceux qui venaient se fixer à Narbonne, dans n'importe 
quel quartier de la ville, devaient relever au civil et au criminel 
de sa juridiction et non de celle de l'archevêque. A l'appui de sa 
thèse, Aimeri V alléguait que tel était l'usage depuis un demi- 
siècle. 

L'archevêque, au contraire, soutenait que tous les Juifs, aussi 
bien les anciens que les nouveaux venus, avaient le droit d'établir 
leurs domiciles sous sa juridiction et de se rendre ainsi justiciables 
de sa cour temporelle. Toutefois, il ne disconvenait pas du droit, 

1. Baluze, op. cit., p. 116: « Item abstulit vel auferri fecit priori ecclesie Béate 
Marie de Burgo narbonensi, ad querimoniam quam sibi exponebant de ipso priore 
quidam Judei, quandam quantitatem viudemie, licet idem prior offerret se paratum in 
nostra curia stare juri. » 

2. Invent. ms. des arcb.de l'archev. de Narb.,t. I, f° 212 v° : « Item que ledit vicomte 
feroit restituer l'estimation de la vendange que les Juifz, soubz la faveur dudit vicomte 
avoient ostée au prieur de la Morguier. » Cette saisie avait été probablement motivée 
par l'infraction qu'avait commise le prieur de Lamourguier aux règlements du vet du 
vin ou banvin. 

3. Ibid., f° 134. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 221 

dont jouissaient indistinctement tous les habitants de Narbonne 
Juifs ou chrétiens, de décliner la juridiction de leurs juges natu- 
rels et de choisir le tribunal par lequel ils désiraient être jugés, et 
cela en vertu de la coutume connue sous le nom d'allegatio fort*. 

Finalement, les deux parties recoururent de nouveau à l'arbi- 
trage. Soucieux de voir leur différend réglé par un homme absolu- 
ment impartial, le vicomte et l'archevêque ne s'adressèrent pas à 
un Narbonnais, mais à un homme du Nord : ils acceptèrent comme 
arbitre Ainiel Mercier, chanoine de Laon, le 20 avril 127G. Le 
12 mai suivant, Aimeri V et M e Raimond de Polhes, archidiacre du 
Razès, procureur général de l'archevêque, comparurent devant l'ar- 
bitre, dans le portique voisin du siège de la cour archiépiscopale. 
Le vicomte donna procuration à son viguier Guillaume-Raimond 
de Montpellier. L'arbitre cita les parties à comparaître le lende- 
main pour ouïr le prononcé de la sentence. 

Le 13 mai, à l'heure fixée, Amiel Mercier rendit sa sentence en 
latin et en provençal. Il commença par déclarer que les Juifs 
étaient soumis au droit romain et que son jugement se fondait sur 
l'accord conclu précédemment entre l'archevêque et le vicomte 
relativement à leurs Juifs. Il fit connaître ensuite sa décision. 

Les Juifs domiciliés dans la juiverie vicomtale et y résidant 
seraient justiciables du vicomte; ils ne pourraient jamais être cités 
par la cour archiépiscopale, ni quitter la juiverie des vicomtes 
pour aller s'installer dans celle des archevêques. 

Les Juifs originaires delà juiverie vicomtale, mais n'y résidant 
pas, tout en y conservant cependant leurs maisons, seraient 
considérés, s'ils revenaient habiter Narbonne, comme justiciables 
du vicomte, et ils ne pourraient s'établir sous la juridiction de 
l'archevêque. 

Les Juifs non originaires de la juiverie vicomtale, mais y résidant, 
resteraient justiciables du vicomte, aussi longtemps qu'ils vou- 
draient conserver leurs domiciles dans sa juiverie, mais ils seraient 
libres de se transporter sous la juridiction archiépiscopale, pourvu 
qu'ils fissent abandon, au préalable, de leurs maisons au vicomte. 
Toutefois, ils resteraient justiciables du vicomte s'ils allaient s'éta- 
blir dans la juiverie de Relvézé, après avoir vendu leurs maisons 
en fraude, sans le consentement du vicomte. 

Quant aux Juifs immigrants, originaires ou non de la juiverie 
vicomtale, mais n'y possédant pas de maisons, ils se rendraient 

1. Sur cette coutume, voy. l'application qui en était faite par les cours vicomtales 
(Amauri II, vicomte de Narbonne, 3 e partie, chap. n, § i, A ; h, A ; iv). 



222 REVUE DES ETUDES JUIVES 

justiciables du seigneur dans la juiverie duquel ils viendraient 
s'établir, et ils le resteraient aussi longtemps quils y conserve- 
raient leurs domiciles. Ils auraient, en effet, la liberté de changer de 
résidence. Mais si leur séjour dans l'une ou l'autre juiverie durait 
plus de dix ans, ils seraient assimilés alors à la catégorie des Juifs 
originaires et résidents, et perdraient la faculté de passer d'une 
juiverie dans l'autre. 

L'arbilre faisait une exception en faveur des femmes juives, qui, 
par suite du mariage, pouvaient être amenées à changer de jui- 
verie. Toutefois, si la femme qui se disposait à changer de juiverie 
possédait une maison dans l'une ou l'autre juiverie, elle devait en 
faire abandon à son seigneur, avant de quitter sa juridiction. 

L'arbitre reconnaissait à tous les Juifs narbonnais, Juifs de la 
ville ou Juifs de la banlieue, Juifs du vicomte ou Juifs de l'arche- 
vêque, le droit d'entrer dans les synagogues de la juiverie vicom- 
tale et d'y séjourner aux heures accoutumées, selon la loi judaïque. 
En aucun cas, le vicomte ne pourrait refuser l'accès de ses syna 
gogues aux Juifs domiciliés hors de sa juiverie. 

En prononçant sa sentence, le 13 mai 1276, l'arbitre s'était 
réservé le droit exclusif pendant deux ans de l'interpréter, de la 
compléter ou d'y retrancher. Conformément à cette clause, et à la 
requête des parties, l'arbitre Amiel Mercier déclara, le 8 février 
1277, en présence du vicomte et de l'archevêque, apporter à sa 
précédente sentence, entre autres modifications, la suivante : les 
Juifs domiciliés dans l'une ou l'autre juiverie seraient libres de 
changer de juridiction après la cinquième génération [. 

On voit par l'examen de ce très intéressant accord que la liberté 
de résidence dont jouissaient les Juifs narbonnais était limitée dans 
certains cas, mais que ces restrictions ne pouvaient s'appliquer 
au delà de la cinquième génération. 

Même après la transaction de 1276 1277, de nombreux conflits de 
juridiction éclatèrent entre le vicomte et l'archevêque au sujet de 
leurs Juifs. En 1288, Aimeri V fit arrêter par un de ses sergents le 
Juif Samuel Bonj usas, domicilié sous la juridiction de l'archevêque. 

1. L'acte comprenant le compromis du 20 avril, la procuration vicomtale du 12 mai, 
la sentence arbitrale du 13 mai 1276 et les clauses additionnelles du 8 février 1277 a 
été publié par Saige, op. cit., pp. 200-207, d'après Bibliot. nat., Collection Doat, t. 37, 
f° 180. Il existe une autre copie de ce document, copie que Saige n'a pas connue, à la 
Bibl. mun. de Toulouse, ms. 626, f 0s 664-669. On en trouve une longue analyse dans 
l'Invent. ms. des arch. de l'archev. de Narb., t. I, f 09 136-137 et une briève mention 
dans un vieil inventaire de l'ancienne cour des comptes de Montpellier (Arch. de 
l'Hérault, B 9, f° 9 31). Cf. Saige, op. cit., pp. 46-47 ; Ulysse Robert, R. E. J., t. III, 
p. 217, n° 49. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 223 

Pierre IV de Montbrun protesta. Le vicomte déclara qu'il était prêt 
à remettre L'inculpé à la cour archiépiscopale, pourvu qu'on lui 
fournît la preuve que Samuel Bonjusas résidait effectivement sous 
la juridiction de l'archevêque '. 

Peu' de temps après, le chapitre métropolitain de Narbonne se 
plaigoitaux clercs du roi tenant le parlement de Toulouse des em- 
piétements répétés de la justice vicomtale : des agents du vicomte 
avaient arrêté des Juifs qui étaient justiciables de l'archevêque ; ils 
les avaient soumis à la question préalable, leur extorquant par la 
terreur des sommes d'argent, leur tendant même des embûches sur 
les voies publiques et les mettant en état d'arrestation insidieuse- 
ment, au mépris de la paix commune. 

Le 11 janvier 1289, le parlement de Toulouse transmit sa décision 
au sénéchal de Garcassonne: ce dernier devait citer par devant lui 
le vicomte de Narbonne, le contraindre à restituer les sommes qu'il 
avait extorquées à des Juifs archiépiscopaux et à payer, en outre, 
à ces derniers des dommages-intérêts pour les désintéresser des 
mauvais traitements qu'ils avaient endurés; le vicomte devait, 
enfin, payer au roi l'amende à laquelle le parlement le condamnait 2 . 

L'intervention du parlement de Toulouse ne mit pas fin au diffé- 
rend qui divisait le vicomte et l'archevêque relativement à la juri- 
diction à laquelle devaient ressortir leurs Juifs. C'est ainsi que Pons 
Girbert, officier de la cour vicomtale, ayant fait arrêter parles ser- 
gents de la cour Bonisaac de Lunel, Juif de l'archevêque, Aimeri V 
dut promettre à l'archevêque Gilles Aicelin, le 20 août 1292, de 
contraindre son officier à rendre justice à l'archevêque. 

Six jours après, le même incident se reproduisait: un Juif de 
Gapestang, justiciable de l'archevêque, était arrêté par des ser- 
gents vicomtaux. Le 26 août, les agents de l'archevêque présen- 
tèrent au baile royal de Narbonne les lettres du viguier royal de 
Béziers portant injonction au vicomte de restituer à l'archevêque 
le Juif de Gapestang que la cour vicomtale tenait en prison. Sommé 
de remettre le prisonnier à la cour archiépiscopale, le vicomte 
déclara s'en remettre à la décision de la justice 3 . 

Aimeri V et Gilles Aicelin ne se contentaient pas de se quereller 
au sujet de leurs Juifs vivants. Il leur arrivait aussi de le faire 
autour de leurs cadavres. Loflicialité de Narbonne rendit, un 
jour, une sentence par laquelle elle interdisait d'en terrer le Juif 



1. Invent, des arch. de l'arch. de Narb., t. I, f° 522. 

2. Hist. de Lang., t. X, Preuves, ce. 216-217 : cf. Saige, op. cit., p. 36. 

3. Invent. des arch. de larchev. de Narb., t. I, f" 143yM44. 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Abraham Quatre dans le cimetière des Juifs. Les gens du vicomte 
passèrent outre et firent ensevelir à Montjuzaic le corps du 
défunt. Cependant, en cette circonstance, Aimeri V désapprouva la 
conduite de ses subalternes et reconnut, le 20 novembre 1297, que 
ses officiaux, en méconnaissant la décision de l'officialité, avaient 
fait injure à l'archevêque 1 . 

V. — La rivalité des deux grands seigneurs de Narbonne attei- 
gnit son paroxysme sous le gouvernement du vicomte Amauri II et 
de l'archevêque Gilles Aicelin. Elle dégénéra même en émeute. Un 
beau jour, les partisans du vicomte donnèrent l'assaut au palais 
archiépiscopal. Les Juifs vicomtaux se joignirent aux émeutiers. 
A un moment donné, on vit une troupe de Juifs s'élancer de la 
maison de l'un d'eux et rallier la masse des manifestants. Les par- 
tisans du vicomte envahirent alors la cathédrale et la chapelle de 
l'archevêque, brisant les vitraux de la chapelle, lançant des pierres 
et des carreaux d'arbalète contre la cathédrale et la chapelle, pré- 
cipitant du haut de leurs autels et les réduisant en miettes la croix 
et la statue de sainte Marie Madeleine, bref, perpétrant publique- 
ment toutes sortes de sacrilèges, au grand préjudice de l'arche- 
vêque, de son église et de la sauvegarde du roi. 

Non contents de s'en prendre aux édifices et aux objets du culte, 
les émeutiers s'attaquèrent aux personnes : ils blessèrent griève- 
ment un très grand nombre de clercs et de laïques, soit dans le 
palais archiépiscopal, soit dans la cathédrale, soit dans la chapelle; 
parmi ces blessés, quelques-uns succombèrent. L'intervention du 
baile de Narbonne ne put arrêter les excès des partisans du 
vicomte, et le sergent chargé de leur notifier les ordres du baile 
fut impitoyablement mis à mort 2 . 

Bien que le vicomte Amauri II fût absent de Narbonne 3 le jour 

1. Ibid., f°«150v°-151. 

2. Acte des 4-14-18 juillet 1302 (Bibl. nat., collection Doat, t. 49, f ' 270-280): 
« . . et in vituperium Dei, de domo cujusdam Judei, Judeorum turba sibi coadunata, 
cathedralem ecclesie et capellam ipsius archiepiscopi turpiter et atrociter invaserunt, 
dicte capelle frangendo vitreas, carrellos et lapides piojiciendo in dictis ecclesia, 
capella, crucem et imaginem béate Marie Magdalene de saper altaribus diruentes, 
frangentes, et commiuuentes multis et variis modis vim publicam, sacrilegium et alia 
delicta varia in dicti archiepiscopi et narbonensis ecclesie ac gardie nostre prejudicium 
commiserunt, etiam letaliter vulnerarunt quam plurimos clericos et laicos in palatio, 
ecclesia et capella predictis, quorum aliqui inde obiisse creduntur, predicta facinora 
committentes contra prohibitiones per bajulum nostrum ex parte nostra sibi factas, 
dictum servientem vulnerando ad mortem . . etc. » 

3. C'est ce que l'archevêque reconnut lui-même quelques années plus tard, le 11 oc- 
tobre 1305 (Bibl. nat , coll. Doat, t. 49, f 09 366-375). 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 225 

où ses partisans donnèrent l'assaut au palais archiépiscopal et à la 
cathédrale, l'archevêque n'en porta pas moins plainte contre lui. 
An mois de juin 1303, la justice royale ouvrit une enquête. Les 
conclusions en durent tMrc défavorables à Amanri 11, puisqu'il fut 
oblige de se soumettre à l'archevêque, « au nom de tous ses com- 
plices, chrétiens ou Juifs ». 

VI. — On voit par ce qui précède que les relations des vicomtes 
avec les archevêques au sujet de leurs Juifs furent loin d'être ami- 
cales. Elles auraient été certainement meilleures si la population 
des deux juiveries s'était maintenue dans un juste équilibre : mais, 
sous ce rapport, la juiverie vicomtale distança de très loin la jui- 
verie archiépiscopale. La concurrence des deux grands pouvoirs 
seigneuriaux de Narbonne aboutit au triomphe complet des 
vicomtes, qui réussirent à attirer dans leur juiverie la presque 
totalité des immigrants et à se les attacher, ensuite, au point de 
s'en faire des auxiliaires dévoués de leur politique. 

Mais qu'importaient à la population juive de Narbonne les riva- 
lités de leurs seigneurs? En souffrait-elle? Bien au contraire, puis- 
que le régime de la concurrence mettait vicomtes et archevêques 
dans l'obligation d'améliorer sans cesse la situation de leurs jui- 
veries respectives. 

Ainsi donc, si la coexistence à Narbonne de deux juiveries fut 
pour les vicomtes et les archevêques de cette ville une source per- 
manente de conflits, elle n'engendra pour les Juifs de l'une et 
l'autre communauté que des effets bienfaisants ; si elle provoqua 
des procès entre les premiers, elle valut aux seconds des chartes 
de franchise. 

(A suivre.) 

Jean Rkgné. 



T. LV1II. \° 116 



MÉIR B. BARUCH DE ROTHENBOURG 



R. Méir b. Baruch de Rothenbourg est la plus grande autorité des 
Juifs d'Allemagne dans la seconde moitié du xin e siècle. Il lut le 
chef et le guide de sa génération, et, se multipliant, en quelque 
sorte, dans la personne de ses disciples, il influença le dévelop- 
pement des études talmudiques. Son rôle dans l'histoire littéraire 
tient, plus encore qu'à son activité d'écrivain, à la noble et forte 
personnalité qui, loin de s'épuiser dans l'enseignement, a marqué 
de son empreinte les communautés juives, à l'esprit fécond qui, 
réfléchissant les idées et les sentiments de son temps, leur a prêté, 
comme font tous les hommes éminents, un relief plus accusé et les 
a vigoureusement mis en valeur. R. Méir a eu son individualité; il 
n'est pas seulement une unité dans la légion des talmudistes, qu'une 
critique simpliste considère comme uniforme et figée dans son 
type; Tossafiste allemand, qui a commenté le Talmud à l'exemple 
des rabbins français, il est autre chose pourtant qu'un personnage 
de transition, qui transmet fidèlement la tradition qu'il a reçue, 
élève de ses maîtres et maître de ses élèves, c'est un homme 
d'action, dont les études abstraites ont d'autant moins pu remplir 
la vie que les nécessités du temps l'ont mis constamment au 
premier plan. Ses ordonnances et ses décisions ont exercé sur la 
vie intérieure des Juifs d'Allemagne une influence qu'il est difficile 
aujourd'hui d'apprécier exactement, les us et coutumes se réglèrent 
sur lui; sa conduite dans des cas douteux, consignée par ses dis- 
ciples avec une conscience minutieuse, fut considérée par les 
contemporains et la postérité comme exemplaire et décisive. Ses 
consultations, au nombre de près de quinze cents, témoignent 
d'une maîtrise souveraine dans le domaine de la halacha autant que 
d'une intelligence ouverte et claire, que n'avaient pu assombrir les 
malheurs du temps, de la vie dans toute la variété de ses manifes- 
tations. La fermeté du caractère, l'élévation des idées, le sentiment 



MEIR B. BARUCH DE ROTHENBOURG 227 

du droit, la prudence réfléchie fout do lui uu représentait éminént 
de son siècle el lui prêtënl ce charme indestructible, prestige 
conquérant des personnalités qu'on ne se lasso pas de contempler. 
Le romanesque lui-même ne saurait rehausser le prix intrinsèque 
de ces Qgures, la légende, qui voile hommes et choses, ne saurait 
amoindrir leur véritable valeur. Le docteur de Rothenbourg, 
honoré de tous pendant sa vie, plus vénéré encore après sa un 
tragique, n'a pas besoin d'apothéose; sa vie et son œuvre, étudiées 
et exposées objectivement, lui assurent une place incontestée dans 
l'histoire de la littérature juive 4 . 



I. — Lieu et date de naissance de Méir. 
Ses parents et ses maîtres. 

R. Méir b. Baruch (R. M.) 2 , est né à Worms, probablement vers 
l'an 1220. Nous n'avons pas de donnée précise sur la date de sa 
naissance. Frankel et Graetz le font naître vers 1230, Back vers 
1215 3 ; Gross '', adopte la date approximative de 1223, parce que 
Méir était vers 1235 l'élève d'Isaac Or Zaroua et qu'il était encore 
jeune à cette époque Je choisis celle de 1220, parce que l'élude du 
Talmud commençait à l'âge de 15 ans. A la vérité, Méir dit qu'il 
était enfant a l'école d'Isaac, mais il ne faut pas prendre ce mot à 
la lettre 5 . 



1. Biblioghaphie : M. Wiener, Regesten (Hanovre, 1862;, préface, p. x-xvi , Monals- 
schrift, 1863, p. 1 12. — Zunz, Literatur geschichte der synagogalen l^esie, p. 357: 
362. - Graetz, Geschichte, VII», p. 107, 170-172, 189-191, 254. - Geiger, Nachge- 
lassene Schriffen, II, p. 160. — S. Kohn, Mardochai ben Hillel (Breslau, 1878; 
tirage à part de la Monatsschrift), p. 30-32. — Gùdemann, Geschichte des Erzie- 
hungswesens . . . , I (Vienne, 1880), p. 170. — Renan, Les rabbins français, p. 453. 
— S. Back, R. Meir ben Baruch aus Rothenburg, sein Leben und Wirken, seine 
Schicksale und Schriffen. Erster Band (Francfort, 1895). — H. Gross, Gallia judaica, 
p. 479, 528, 566. — S. Bamberger, Geschichte der Rabbiner der Stadt und des 
Bezirkes Wiirzburg (Wandsbek, 1905). — J. Wellesz, Isak b. Mose Or Sarua (tirage 
à part de la Monatsschrift, 1904); Ueber R. Isak b. Mose's Or Sarua, dans le Jahr- 
buch der jud.-lit. Gesellschaft, IV (Francfort, 1906) ; Hayyim b. Isaac Or Zaroua, 
dans la Revue des Études Juives, LUI, 105 et s. ; m" | j"l?3" n 7û mî"W!1, dans Ha- 
Goren, VII, 35-59. 

2. Sur l'abréviation du nom, voir Léket Yoscher, éd. Freimann, II, 40 : û"nn 

Nin ann maie 'a û""in» a"-r.73. 

3. Op. cit., p. 86. 

4. Monatsschrift, 1871, 257. 

5. Mordechaï, éd. Riva, M. A"., L732 925 : '-n p*:^P "»rP**ftlD3 "^.aiT "irPtt*!. 
Cf. Monatsschrift, 1905, 702. 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Son père, R. Baruch b.Méir, était lui-même un savant connu 1 du 
cercle de Simha b. Samuel de Spire 2 et d'Eléazar b. Juda, l'auteur du 
Rokéah' 3 , membre du collège rabbinique deWorms; il commenta des 
pioutim'', correspondit avec son fils" ; et atteignit un âge élevé; il 
mourut dans le premier mois de l'année 5036 (1276), En eiïet, dans 
le millésime bnân qu'on lit sur son épitaphe 6 , le n désigne les mille. 
Il y a plus d'une raison pour ne pas placer sa mort cinq ans plus tard : 
une grande partie des consultations de Méir porte, dans la signature, 
l'eulogie rfnbT et il n'est pas possible qu'elles aient été écrites dans 

1. Schalschélet ha-Kabbala, éd. de Varsovie, 25 6; Korë ha-Dorot, éd. Cassel, 
20 6, d'après un passage du Mordechaï, B. M., 484 (340), où R. Baruch cite un texte 
du Sifré. Azoulaï, Schem ha-Guedolim, éd. Benjacob, I, s. v., veut conclure de la 
signature "tlin la "PN72 quo R. Baruch était un simple savant; mais -p est pour 
l"a, par omission des traits d'abréviation. Il est qualifié de '"| aiïl dans les Consul- 
tations de Méir, éd. de Prague, n os 50 et 919. Dans la consultation n° 1026 de la même 
édition, note de M. Bloch, Juda b. Meschoullam écrit à Méir : nT72 p"IFi72 l^n ID^n 
"pna 1"lïl p "1">JS?2 n"-in HT7Û p Ï1Î72 HTS S^m Ifi* ; cf. Literaturgesch., 361, 
n. 4, 5, 7. L'épitaphe de Méir l'appelle iT.a "i""in p. R. Barucli ne fut pas le cor- 
respondant d'Eliézer b. Yoël ha-Lévi, comme l'admet Back, p. 6, n 1, en se fondant 
sur la consultation n° 21 de l'éd. Berlin, où on lit : 'ian m^nb ""pia '1Ï1 nb"WZ5- 
Il s'agit ici de Baruch b. Samuel de Mayence et la consultation provient de VAbiassaf; 
cf. Or Zaroua, B. M., § 9, 10. — Menahem Azaria de Fano identifie le père de Méir 
avec Baruch b. Isaac, opinion déjà réfutée par Korê, l. c. 

2. Consultations, éd. Lemherg, n° 430 : "iTjtfti: ^vn 1"H "Pafi* ÛTZ53 l^m 

•ppa mu;yb b^m mniz) b"i nrrara iran au:a ; Taschbeç, m>3 : ra&w) -in&n 
'idt b-»a-i rm vn^wn nnfciB is^ama ib -pûn ^-na ">nn; Orkot Hayyim, i, 
2, 9, et Kolbo, § 31 : b"DNbi maa rrtzjioja na p^bmb nmftta û"-n anai 
'•Di "ppa b^n rrn nnttua ia\nn -paNit) ib -vas* (O. tf. .• -pas) in n^na 
"pna na^a-na 1731 en nitT^i» DipTa ïiraa, lire : ib liïtx va» ^ina la^a-rtD 

'131 nrra'sD la^aiU); Taschbeç, n° 110 et 111 : HT finn ^113 laitt. C'est le père 
de Méir. Cf. Gross, Zeilschr. f. Rebr. Bibl., XIII, p. 20, n. 4 et 5. 

3. Mordechaï, Sabbat, 406 : JpftaM bm Ûlfi* ^ '"pia n Va» Û1233 "ltt&n 
ND3iaa p ; Consultations, éd. Prague, n» 506 : fi*MTna bt^IS Û"TN n&ntt) 
p 3H3; #«#. Maïm., Sabbat, V, 1 ; Maharil, Consultations, n° 53. Ce bVU DTfi< 
NlZÎWma est Eléazar b. Juda, v. Rokéah, 52 : ïlifm imaa n"ll3 p^blH UNI 

b-ONb ycnuî ûip7aa iznp^ irifi* maa nitna b"Dtfb. 

4. Zunz, Ritus, 195. 

5. Consultation», éd. Prague, n 08 50, 115, 919 ; éd. Crémone, n° 31; éd. Berlin, 198, 
p. 196; éd. Lemberg, 355. Le n° 311 de l'éd. Lemberg, noté dans l'Index comme 
*]"na ,m fn "P3fi*b -pfi*73 '"lïl rmian, est d'Eliézer b. Joël ha-Lévi, v. Rabiah, 
n° 165. L'expression ^aiayttbl "»3sb7ab — plus exactement *aia:P73bl, d'après Gen. 
rabba, lxviii, 2 — montre que cette consultation est adressée au collège rabbinique 
de Worms. Dans l'éd. Berlin, n° 33, p. 157, Méir appelle Samuel b. Eliézer ha-Cohen, 
Kalonymos b. Ascher, Nahman b. Nathan ■^laynai " l 31Dbfi*72 ; c'étaient peut-être les 
membres du rabbinat de Worms. 

6. Levysohn, D^ISS nTZ5D3. n° 16; Back, p. 7, n. 2. — La consultation n° 500 
de l'éd. Lemberg (= éd. Prague, 615 : ïf'rjbï, éd. Berlin, 245, p. 243), est écrite 
peu après la mort de Baruch, car on y lit la formule "ia3UJ72 H1DD "0"HÎ1 ; de 
plus Méir y remercie pour les condoléances : mai "an "Ornons "O fPîin "piai 

abaTa tarin ab? ab by. 



MÉIR B. BARUCH DE ROTHENROURG 229 

1.' courl espace de temps de l w 2SI à 1286. L'épitaphe de Baruch loue 
sa piété et sa science, sa taille élevée et robuste, la vigueur et la 
verdeur de l'esprit, que la vieillesse n'avait pu affaiblir. Il semble 
en résulter qu'il était officiant de la communauté de Worms 
(d^TOïl npiai m? an? 1*1* irma* anpnnb «a aia taataa), ce que 
confirmeraient ses explications depioutim, et qu'il prenait part aux 
séances du rabbin a t (û-Taaa -lias mn>b &w» ^ù) A . 

Outre Méir, R. Baruch avait un fils, nommé Abraham, auteur de 
l'ouvrage manuscrit qui porte le titre de mo a , el un frère, Joseph 
b. Méir 3 . Méir cite un autre oncle, R. Nathan 4 , qui demeurait 
vraisemblablement à Seligenstadt 8 et avec qui il était en corres- 
pondance. 

1. Cf. Consultations, éd. Crémone, n° 31 : mn 'J^l "173 S M1!t "O. 

2. Zunz, Zur Geschichte, 162 ; Literaturgesek., 491 ; Micliaèl, Or Ha-Chajim, 
n° 68 ; Neubauer, dans Revue, XII, 92. Kohn, op. cit., p. 37, renvoie à Mordechaï, 
Guit tin, 404 (572 Rival : û"nn VPN DITH DHiaN 'l arSïB ^DSîVn Wl- La 
question de savoir si, en l'absence d'un cohen, un lévi peut être appelé à la Tora 
comme premier, ou même être appelé en général, est traitée dans les Consultations, 
éd. Prague, n° 505 ; Hagahot Maïmoniot, Tefilla, xn, "i ; Taschbeç, 200 ; Salomon 
b. Adret, Consulta/ions, I, 214 ; Ascheri, Consultations, III, 10. Or, le Taschbeç 
porte ÏTW1 ÊTan tf"a"ni. H faut sans doute lire dans le Mordechaï : ">"-) arOU) 
w'~n "PT1N 2'Ca DmaN p : il n'est pas question ici du frère de Méir, mais 

d'Isaac b. Abraham, frère de Simson. La consultation de Salomon b. Adret confirme 
cette correction, car beaucoup de numéros appartiennent au N"aUÎ"l, c'est-à-dire à 
Simson b. Abraham ; v. Giidemann, Erziehungswesen, I, 170, n. 3. Abraham b. 
Barouch ne fut pas le maître de Mordechaï b. Hillel, comme le remarque Kohn, op. cit., 
37, n. 6. Le R. Abraham cité dans le Mordechaï, aTIDD "Qiy, 292, est probablement 
Abraham b. Joseph de Nuremberg. 

3. Literaturgesch., 487. Cf. Hag . Maïm., Mezouza, vi, 1 : tfJVD ^111 1*11731 ; 

Ebei, iv, 9:b"xT -pN73 T'a tp"p 'n ann -nn 111731 (= mb ttarro, 56 a, 

§ 105). La consultation n° 144 de l'éd. Crémone porte : b"î 73"a t\0^ 1Ï1 11173, 
Gross, Gallia, 574, y voit un rabbin français, Joseph b. Méir de Saulieu, mais c'est 
peu probable. La consultation citée n'est pas signée, la précédente est de Samuel b. 
Baruch. C'est peut-être ce dernier qui écrit : n?3bo ~)"a 3py '"in '173 *]"H in3>73TD 
1737 Cj'^a ^DiTII et ce n'est pas lui qui peut appeler Joseph b. Méir 1*11*7. — Or 
Zaroua, I, 227 a, n° 768, débute ainsi: i"pa "O" 1 *! "boi JniTE lima T»3>3D 
blJP mas bî?3 a*>"i:- p E|01i l'n. La rime garantit l'exactitude du nom bîTO, 
mais ne pourrait-ce pas être une abréviation de b"T "T , N73 ? 

4. Consultations, éd. Crémone, 17, 20; éd. Prague, 122, 637; Raschba, 854; 
Taschbeç, 23. Cf. Back, p. 17, n. 4. 

5. Taschbeç, 232 [Kolbo, 31 «> : tta'OibîTa "jn; 'in "I731N- — Dans Taschbeç, 
354, on lit : NpilSTÛ"»» "JP3 'i nailBna a:73tt. Le nom de lieu pilDttTK ne peut 
guère désigner ici Augsbourg. Méir écrit, Consultations, éd. Berlin, 99, p. 193 : "O 

lairra bna iso wpiiDN nri7373 «aima 'nan ^"rb i«ai ^eb au:n mpn 

RpilSK ^TCan 'TDPE cf. Revue, L, 147). Le n° 193 de l'éd. Lemberg porte : D373N 

b"T Kp"nsN73 "jn: 'n raitan nairo ■'bffl û^aifiwn naîtra. Or, cette consulta- 
tion se trouve dans le Taschbeç, 354, où Np^lDN est devenue pilDiaiN. Un Nathan 
Gaon est nommé dans le n" 122, Prague. Orhot Hayyim, 11, mbaN73 *niDtf, 72, cite 
Np"nDN73 lr»j '"in. Gross, Zeitschr. f. llebr. Dibl., XIII, p. 18, n. 1. Voir plus loin, 
p. 237, n. 1. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sur les rapports de Méir avec son père, Ascher b. Yehiel rap- 
porte ce qui suit ' : nb^œ ûvttia aTnaariTa ^pne s m b? vb* nttK 
vb* ^2"« vaau) nxn abi vas ">5s b^ripii ab t-ibmb. « On raconte que 
R. Méir de Rothenbourg, à partir du jour où il parvint à l'autorité, 
ne rendit plus de visite à son père et ne voulut pas non plus que 
son père vînt le voir. » Comme R. Yeroham et Zaccuto citent un 
trait semblable de Méir b. Todros ba-Lévi Aboulafia, il est possible 
qu'il faille corriger, dans Ascheri, le nom de Méir de Rothenbourg 
en celui de Méir ha-Lévi 2 . Car un autre disciple de Méir, un des 
compilateurs des Hagahot Maïmoniot*, assure que le maître 
traitait avec honneur môme les disciples moins distingués et une 
telle conduite envers un père, quand même on pourrait la justifier 
de quelque manière par la halacha, n'en resterait pas moins singu- 
lière. On a proposé une autre explication, assez forcée: R. Méir 
aurait été le maître de son père, de sorte que celui-ci aurait dû se 
lever devant son fils; aussi Méir se serait-il complètement abstenu 
de voir son père, pour ne pas enfreindre l'étiquette K La modestie de 
Méir se découvre dans sa manière de signer 5 ; écrivant à son père, il 
se nomme : « ton vermisseau, Méir, (on fils » 6 . Je crois donc que le 
texte d'Ascheri doit être corrigé. J'ai proposé ailleurs 7 la rectifica- 
tion suivante: to^ vawa rrttn Nbi vn« ^:d b^npn nbrrtb rtb^uD dte 
T*ba i le mot Nb serait à effacer, car il peut être une dittographie 
des dernières lettres de rrbvrtb. Le sens ainsi obtenu est satisfaisant. 
R. Méir visitait son père, mais il ne voulait pas que celui-ci vînt le 
voir et lui présentât des hommages, parce qu'il occupait un rang 
plus élevé. 

Méir cite les rabbins suivants comme étant ses parents : 
1° Abraham 8 , peut-être identique avec Abraham b. Joseph de 
Nuremberg, martyr en 1298 9 ; ce serait alors un cousin de Méir. 

1. Kiddouschin, I, 57. 

2. Azoulaï, Sckem, s. v.\ Graetz, Geschichte, VII 2 , 33, n. 2; Levysohn, op. cit., 
p. 29 ; Micbaël, op. cit., p. 522 ; S. Poznanski, *"|57ï V"1N73 Û^in Û^.EO ""3123, p. 21. 

3. llag. Maim., Talmud Tora, V, 72 : THn mOriO "irai "niab Nr-Tn D:73N 

"»Nn vnD û^ion d^nizj nmsb nb^DN "■pxabnb. 

4. Back, 10-16. D. Kaufmann, dans Monatsschrift, XL, 1896, 186, cite Gavison, 
nrt-Cn ")73Ï3>, 137 r/, d'après <jui Ascheri se levait devant son fils Yehiel. 

5. ^n^m ŒDjD (éd. Crémone, n° 12 ; éd. Berlin, 162, p. 215) ; "innU)7û U5D3D 
(éd. Crémone, 6) ; 3TDD UVin (éd. Lemberg, 500). 

6. "pa TN72 "jnrbin DE33 (éd. Crémone, 31). 

7. Ha-Goren, VII, 29. 

8. Ltg., 358 ; Back, 18-20. Le B. Abraham, élève de Samuel de Bamberg, cité dans 
le Maassé ha-Gueonim, ms. Goldschmidt, peut être identique avec ce parent de R. M. 
ou son frère, v. Moîiatsschr., LU, 727. 

9. Syn. Poésie, 310; Lty.,494. 



MÉIR B. BARUCI1 DE ROTIIENBOURG 231 

La consultation d° 983 de l'éd Prague commence ainsi : brip iDsnbN 
Dmaa '"J Wip riî *0 xn p^ama ; la fin de la consultation se réfère 
au ii" 131, qui est également adressé à Abraham '. Le n° 17 de l'éd. 
Crémone cite un Abraham b. Joseph, qui eut une discussion avec 
Isaac b. Sabbataï. 

2° Barucli lia-Cohen b. Ourscbraga de Cologne 2 . C'est peut-être 
de lui qu'il est question dans le n° 209 de l'éd. Berlin ("ji-ra *anp 
pTO). Nous savons par ailleurs 3 qu'il portait le surnom de Sélig- 
niann, que sa femme s'appelait Mina, fille de Méir ha-Lévi, son 
gendre, Isaac- b. Jacob (apT»), ses fils Moïse et Isaac, ce dernier 
surnommé Pipin. Micbaél ' l'identifie avec Baruch Çarfati, qui eut 
pour disciple l'auteur du Commentaire du Pentateuque attribué à 
Ascheri 5 . 

3° Elie de Wurzbourg, appelé "anp wr^n "^-iba dans la consul- 
tation de l'éd. Berlin, p. 146, n° 19, qui mentionne aussi un David, 
sans qu'on puisse dire si celui-ci est également un parent. Il est de 
Wurzbourg comme David (b. Meschoullam 6 ). 

4° Eliézer, éd. Prague, n os 698, 1008. Il adresse une consultation 
à Méir en commun avec Eléazar ha-Cohen (b. Juda 7 ) et est, comme 
lui, de Cologne. 

5° \akar b. Samuel ha-Lévi de Cologne 8 , éd. Crémone, n u9 80, 
81, 161. Son gendre s'appelait Isaac {ib. y 153-155) : ■onn *TW3. 
Il était peut-être en relations avec R. Péreç, qui cite de lui une 
communication faite au nom de Simson de Coucy 9 . 

6° Joseph ha-Cohen, Consultations, éd. Prague, 974; éd. Cré- 
mone, 288, sans suscription, tandis que le ms. d'Amsterdam, n° 74, 
et le recueil de Prague, n° 383, portent : ">nnp ^b» vir» ^snba 
fprriDapy Vm inarr EpT Ynrr 10 . La Consultation de Salomon b. 
Adj'et n° 859 porte : 'to tpv Ym apsn Ylri "ni», 

1. Cf. ht remarque de M. Bloch, n° 1. 

2. Back, 19, n. 3. 

3. Briscb, Geschichte der Juden in Coin, II, Appendice. 

4. Or ha-Chajim, 641. 

5. Cf. Revue, LI, 73 ; LIV, 85. 

6. Brûll, Jahrbûcher, IX, 34, n. 

7. Brisch, op. cit., II, 3. 

8. Ltg., 487: Kohn, 127 ; Back, 18, n. 3; Gross, Gallia, 556. 

9. La glose de Péreç sur Semak, n° 184 : np* 1 ")"n - , D72 rprPUJ 317! "ni 73 3?73\U 
■*3t1p73 b«l73^3 ID^a") atZ)3 13HH "HIM peut être Méir) doit peut-être être corrigée 
en bN173'J ^3 "1p^ n"n "»C73 ïlbtfp» ~p^ "1 3*in ">D73 TU>73tZ5. Comme le 
remarque Gross, "JT-Np est Cologne. Cf. Gallia, 567. Ascheri, Sanhédrin, III, 8 : 

b"T np" 1 n"- p-ip^i 1ND73. 

10. "»3Tip se rapporte-t-il aussi à R. Jacob? C'est peut-être le père de Samuel d'Ei- 
senach. 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

7° Juda l). Moïse ba-Cohen de Mayènce '. 

8° Menahem b. Natronaï de Wtlrzboùrg 2 surnommé Koblin 3 , 
Consultations, éd. Berlin, 93, p 131 : osn wptti^D'ibN ^mbs ur«K 
crro 'nrj wzyn tpr, et n° 154, p. 281 : dnaw nSïi ■ro'wi "wbiD iztk; 
éd. Crémone, 205 : bbïi n"m ûn;tt Yn 'm-ip "^ir\% à moins qu'il ne 
s'agisse de Menabem b. David. 

9° Samuel b. Barucb de Bamberg' 4 . 

10° Samuel b. Jacob d'Eisenacb, Consultations, éd. Crémone, 14; 
éd. Berlin, 75, p. 127 (fiosratt). La seconde consultation porte : mw 
b"^T npy *i'rm nans ^©n barittœ "i"n la-Hp ; la première : nnro *rc5N 
npsn Ynfc nbnpu:. Jacob pourrait être le père de Samuel 5 . 

Back 6 cite encore B. Ascher comme parent de Méir en se fondant 
sur une consultation qui n'est pas signée (éd. Berlin, II, 107, 
non 108\ et qui porte : *wk •tcîn Vil itfnp -mia ^5 ^tt^pnb. Mais il 
est probable que le nom propre est tombé après "Y'ïi, car niEa est ici 
la particule relative. Enfin, le n° 372, p. 294 de Féd. Berlin, non 
signé, cite OTO^ibp 'n "ù^an "inp, peut-être Kalonymos b. Ascher 
de Worms 7 . 

Nous avons peu de renseignements sur la jeunesse de Méir. Nous 
le trouvons enfant a l'école d'Isaac b. Moïse Or Zaroua à Wurz- 
bourg 8 . Après son retour de France, Isaac s'était, en effet, établi 
dans cette ville 9 , où il fut en relations avecB. Jonathan b. Isaac 10 , 
avec le frère de celui-ci, Joseph 11 , qui était encore jeune à cette 
époque, et avec B. Jacob 12 . Là demeurait aussi son maître Abi ha- 

1. Monatsschrift, 1881, 195; Rabiak, h° 151, n. 34; Moïse Minz, Consultations, 
n° 102 ; Zuriz, Literaturgesch., 478. 

2. Micliaël, 1108 ; Kolin, 140; Back, 19, n. 1. V. Hayyim Or Zaroua, Consultations, 
n 03 110, 221 : (pmmrvitt) t*"Wl2 SnD7û 3"in pDD pT 

3. //. B., IX, 55. 

4. Michaël, 1203 ; Kohn, 149 ; Monatsschrift, 1907, 113. 

5. Les n° 6 37 et 244 de Hayyim O. Z. sont adressés à Samuel b. Jacob, le u° 247 à 
Samuel et à Menabem. Mais dans le n° 53 (15 c/) Hayyim cite bfittTSUJ "i"in "Hltt 
LÛir!OT3b73, avec lequel on pourrait identifier Samuel b. Jacob. — Le 1".™J73 IlO" 1 
NDDT" 1 i<73 cité dans Hag. Maïm., ïii^rKZJ 'H, vi, 9, et que Zunz, Lfg., 336, attribue 
à Yebiel b. Jacob d'Eisenacb, appartient peut-être à Samuel. 

6. Op. cit., 20. 

7. Cf. plus haut, p. 231. 

8. Mordechaï, Moëd Katan, 1732 (925) : Qi?: "rnp'Sfcïl p"i3\n Tl^rTOa W\S\ 
"pli 73 "'""l'irî ■>"?. Schalschélet ha-Kabbala, ayant mal résolu le chiffre, lit D"P '") 
Y*V2 mij. Il est inexact que Méir ait aussi un Isaac 0. Z. comme maître en France 
[Monatsschrift, 1905, 704, u. 2). 

9. Monatsschrift, 1905, 702 ; Jahrbuch der Jûdisch-Literar. Gesellsch., 1906, 98. 

10. Jahrbuch, l. c. 

11. Or Zaroua, II, 175 6 : 1HN mm ^bïW). Cf. Kohn, 135. 

12. R. Jacob de Wurzbourg, cité dans Schibbolé ha-Léket, 17, 195, 355. Dans Or 
Zaroua, I, 208 6, § 744, on trouve Dpy 'n nann. Ibid., II, 140a, § 329, Hayyim 



MÉIR B. BARUCfl DE ROTHENBOURG 233 

Kzri ', auprès duquel il avait étudié à Bonn 2 . De Wiirzbourg, Isaac 
Or Zaroua se rendil à Vienne où il termina son ouvrage vers 1240 
environ :{ . 

Le séjour de Méir à Wurzbourg dura plusieurs années, car il y 
acquil une certaine maturité. Ce qui est sûr, c'est qu'il fut relevé 
dlsaac du vivant d'Eliézer b. Joël ha-Lévi, qui mourut vers 1235, 
qu'il était alors un enfant de dix à douze ans environ et Ton peut 
supposer qu'il en avait quinze quand il se mit à étudier le Talmud. 
Ces renseignements ressortent de ce que Méir écrira plus tard : 
« Je me souviens que, lorsque j'étudiais dans ma prime jeunesse 
auprès de B. Isaac de Vienne, une femme non juive apprit à 
B. Joseph, frère de B. Jonathan, la mort de sa sœur et que l'on 
demanda à B. Eliézer b. Joël s'il fallait observer le deuil sur la 
foi de cette déclaration 4 . » Il a entendu de la bouche d'Isaac Or 
Zaroua que B. Guerschom prit le deuil pour son fils baptisé 5 , 
renseignement qulsaac tenait de son maître Simson de Coucy 6 et 
qu'Abraham, le frère de Méir, rapporte dans son livre Sinaï comme 
émanant de son maître Menahem sxnn 7 . Méir nous apprend 
encore qu'il étudia avec B. Isaac le traité de Baba Kamma*, qu'il 
engagea avec lui une discussion halachique 9 et prononça des 

b. Moïse de Wiener-Neustadt mentionne )r\î la apy 'l ^1173 {Ltg., 490], dont nous 
ne savons s'il demeurait en Autriche. 

1. Gross, Elieser b. Joël ha Levi, 25. 

2. Or Zaroua, 11, 45 a. 

3. Jahrbuch, p. 99. 

4. Voir Monatsschrift, 1871, 248 et suiv.; 1904, 142 ; Gross, Elieser b. Joël ha Levi, 
26 ; Jahrbuch, 98. — Isaac Or Zaroua correspondit avec Isaïe de Trani sur la question 
de savoir si la déclaration d'un non juif oblige à porter le deuil (0. Z., I, 218 6, § 754). 

5. Semahot, § 37 : baaro diidis iraiiD V't N3"Wa pris" 1 i"n "D73 TiyTsiDi 

">:?3tt Tiabb "pNlO b"tt Oj72tt laniDSlO "133 by; Mordechaï, Moed Katan, 1537 
(886). Cf. Kohn, 119. Il faut probablement ajouter : n?31, non : R. Guerschom prit le 
deuil pour son fils lorsque celui-ci fut baptisé. Cf. M. Guttmann, "njabrn nnD73, 
p. 167, n. 3. 

6. Or Zaroua, II, 176 a : 1?3n\OjlOO; llag. Asch. Moëd k., III, 1"VaniZ)3, o. c, 
p. 308. 

7. Gallia, 350 : 0111)13 13">aiU) V'iLT NS7373 071373 l"in "ni73 ''DM Tl*»1Z) 
1En*03ia 123 by b0Nri3. Le nom N£7373 désigne-t-il Metz? La même question se 
pose pour ItS'ttîOl dans le glose du Sema/c, car on ne mentionne nulle part ailleurs 
un rabbin du nom de Menabem de Metz. On peut supposer que Ni£7273 est une faute 
pour N*" , 1l73i qui désignerait Joigny, de sorte qu'il s'agirait de Meualicm de Joigny 
[Gallia, 251), à moins que ce ne soit une corruption de pnaitHE et qu'il s'agisse 
de Menahem b. N'atronaï. M. Liber suppose, dans une lettre, que le nom OT"G73 est une 
faute pour pn2C n , et par conséquent la communication émanerait de la bouebe d'Isaac 
de Vienne. 

S. Mordechaï, B. B., 724 (538) : fcWl73 prtiP l"fl "»3Db p"a "Httlba 3112)1- 

9. Consultations, éd. Berlin, 289, p. 42 : l"nn?37Û VI3>731I)1D "ON ri»VT?301 

'ioi iTvinb vsob \nr;i ■•n«a3 aiu) 0:73.x ioin rrmo «31173 pri»x 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

décisions casuistiques en sa présence 1 . Il mentionne ses enseigne- 
ments oraux 2 , correspond avec lui 3 et peut même avoir connu ses 
notes écrites 4 . Mais il ne cite pas le Or Zaroua, car cet ouvrage 
n'était sans doute pas encore répandu vers cette époque 5 . 

Il est naturel qu'on trouve Méir dans le même cercle qu'Isaac. 
S'il ne connaît pas Jonathan b. Isaac 6 , il est en relations avec 
son frère Joseph, dont il reçut une communication 7 et avec lequel 
il correspondit plus tard 8 , avec R. J. Jacob 9 , avec son parent 
Menabem b. Natronaï ,0 et avec Samuel b. Menahem, qui fut son 
maître, sans doute à la même époque, et qui était, lui, un élève de 
R. Moïse ha-Cohen de Mayence u et d'Eliézer b. Joël ha-Lévi 12 . 

On cite comme un des maîtres de Méir son parent Samuel de 
Ramberg 13 , fils de Raruch b. Samuel de Mayence. C'est un rabbin 

1. ibid., 55, p. lia : 'iai pror "V'-in rjsb 13^3 ^nn pi. 

2. Consultations, éd. Prague, 111 (-)731N ÊWmE pM^" 1 l'rtl) ; Taschbeç, 99 

(K3*nn pnsf» 'nn bi2 ^12 ^nywD dji), 105 (pn^ ^nnn "1731a) > 123 (l'anm 

'"»D pnst^ [?]); Mordechaï, B. K., 41 (ûtfja tf^l73 priST "l'n m» ^b "l£K 
lrû"P IS^ai); ifafl. Maïm., rjir?3i y73n 'n, vm, 6. 

3. Mord., B. B., 769. 

4. Ce qui le fait penser, c'est que des consultations d'Isaac sont contenues dans les 
recueils des siennes : éd. Prague, n 08 753, 973 (p^Li: ,,, '"171 "Jim 3 '"1 ">D73 Ty72tf3 1p ; 
cf. 0. Z., SanA., § 1 ; Mordechaï, Sanh., 1001 ; Teschoub. Maim., □"«UEM 'n, 
n° 8) ; éd. Berlin, n°« 516, p. 68 ; 520, p. 69; 108, p. 136. 

5. Michaël, 518. 

6. Isaac 0. Z., partout où il le cite, fait suivre son nom de la formule b M 2£ï; il 
mourut donc avant la composition de ÏOr Zaroua. Cf. Jahrbuch, p. 98. 

7. Semahot, § 5 : pn^" 1 *ja r|~T* "l"fi ^D72 Tiy?3tt5 (iôirf., on voit que Joseph b. 
Isaac est un disciple de R. Simha, ; § 48 : fpan Cfan qoi^ l"m. Cf. Z. f. H. B., 
X, 18. 

8. Teschoub. Mdim., mttPN 'n, n° 5. 

9. Consultations, éd. Crémone, 43 : 13 ncpn piiatD'Htt 31p3"> 'nniD "p JT 
arraipri pnt nnaïaa, 

10. Back, 19, n. 2; Bamberger, op. ci*., n° 20. 

11. Consultations, éd. Berlin, p. 305 (= Taschbeç, n° 322) : n""ltl 13b 172N1 

nu)?: n"n ûtaa 011:72 -n bNi72Ui ; *%. Maïw., naiû 'n, xxix, : bNi72U5 n"nn 

b"T y"l372 !"JUJt2 l"nri ffES ib nENtïï Ûn273 "13. Dans Taschbeç, § 322, p. 52, 
V'n372 ÏT&72 1"n DU53 "^TsnS "13 [ ] -|"n b"Nl, le nom de Samuel est tombé et le 
nom de la ville est corrompu. 

12. Taschbeç, § 165 ; Orh. Hayyim, I, 12172 3U5 ibin (= Kolbo, n° 60, p. 49c/) : 
(O. tf. : p-)13m"H172) pTl3£3n73 bK173E3 ~)"n *Ua "I731N Û372N- Samuel Menahem 
est cité dans les Tossafol de Yoma, 40 6; 7/«#. Maïm., r\n~Q 'n, xxix, 20 ; Taschbeç, 
§ 165 ; Orhot Hayyim, l. c, et peut-être dans Tossaf. Sabbot, 41 b : DU33 "»"n 
p-)13T""P73 "vD""iri7D, qui est une glose. Le Koré ha-Dorot, 20 a, le confond avec 
Samuel de Falaise, Michaël avec Samuel de Bamberg. V. Zunz, Ritus, 217 ; Ltg., 
330. On ne peut croire non plus que, comme prétend le prouver Bamberger, op. cit., 
p. 11, il soit identique avec Samuel b. Barucli {Monafsschrift, 1907, p. 113). 

13. Back, 18, n. 2; Kohn, 149; Gross, Z. II. B., XIII, 23. — Isserlès, dans ses 
Additions au Yohassin, le donne pour un élève de Baschi et pour l'auteur du Séfer 
ha-Pardès. Zunz lui attribue les Likkoutê Pardès. Cf. Buber, Introduction au Séfer 



ME1K B. BARUCII DE HOTHENBOURG 235 

sou vont cité dans le Mordechaï, les Hagakot Maïmoniot et les 
Consultations; il correspondit avec Isaac Or Zaroua\ Simha 1). 
Samuel de Spire 2 , Salomon de Vienne 3 ; Méir cite ses écrits \ 
rapporte ses opinions 5 , qui sont le plus souvent des traditions de 
seconde main . 

De Wurzbourg, Méir alla à Mayence, où il fréquenta Técole de son 
parent Juda ha-Cohen 7 . Ce rabbin, identique avec Juda b. Moïse 
b. Salomon na-Cohen de Mayence 8 , est un tossaliste allemand, dont 
les gloses sont citées dans la Schitta Mékoubéçet et sur le traité 
de Baba Kamma 9 . Disciple de Yeliiel b. Joseph de Paris 10 , de 
Joseph Clisson M il correspondit avec Isaac OrZaroua dans l'affaire 

Uu-Orah, p. 91. Le nom de Bamberg- est écrit diversement : p-)n33>133 {Consulta- 
tions, éd. Prague, 654), p-QWaa (690), p-|ya:aa (743, 957), p-)"iaaaa (éd. Ber- 
lin. 209, p. 229); dans le Mordechaï, outre les passages relevés par Kohn : p-p373"13 
{Sabbat, 318^, -nsana {B. B., 803). 

1. 0. Z., I, 214a, 229 6. 

2. lluyyim 0. Z., Consultations, 60-64. 

3. Consultations, éd. Prague, 690. 

4. Mordechaï, Berachot, 245 : bNT73'£ n"n Dn^!3 TWa "13^3"! t^KI pi 

p-majq ; Pes., 818 : pn33in?û bxvzv n"n mzn 3ina ^rN2t?2. 

5. Mord. Guittin, 544 : "«îpajQ btf"i73U3 ")"n ">mnp7D T^lD pi ; Consulta- 
lions, éd. Berlin, 209, 229 : p-pia333?3 baiEE n"H ^"Hp ^73 TUEE pi- 

6. Consultations, éd. Berlin, p. 141, n° 17 : ^a"Plp "nT73 DC2 TJ^r^D pi 

«:— j72 n^©- 1 irai DŒa ïama* b"N pi beriTsta -i"n (More/., Gwï//., 544); 

Teschoub. Matra., Û^bs^tt, n° 7 : -|"n ">3"np "m?3 DU) 3 p 1733 in* 731131 
^"iilT pna33372 baïawS ; Consultations, éd. Prague, 957 : rP*©i ")"n (3n3) pi 
P^y3j3370 btf"l73"i3 "l""in ÎD^n ^nyatt? pi N2ni373 ; éd. Crémone, 8, 205. Mor- 

dëchaï, Guitiin, 564 : p-ia^aa bfcnniD n"n ^mnp ^0131* mniD ^n3<73tf3 pi. 
— Remarquons à ce propos que Méir n'a pas correspondu avec Isaïe de Trani {Schal- 
schélet, 23 d\ et que ce n'est pas à un lsaïe qu'il communique une consultation d'isaïe 
de Trani [l'Ancien, non le Jeune, comme le croient Kohn, p. 132, et Gross, Zeitschr. 
f. llebr. Bibliogr., XIII, p. 50, n. 7). Dans Mordechaï, l. c. (*j"n "'b l^Ti pi 
8:11373 '^C 1 13^3"] Ûttî73 m*^* 1 ), le nom d'isaïe est dittographié ; dans les 
Consultations, éd. Berlin, on lit : "0^73* b"K pi- — Faut-il voir un élève 
de Samuel b. Baruch dans Ascher b. Jacob ha-Lévi d'Osnabruck? V. Weisz, Kalalog 
der hebr. Handschr. und Bûcher des Prof. D. Kaufmann, p. 133 : *~\V2 

mn «b b"3tT 82^7373 ^m3 TTi p pn333373 Vni73^ n'"Tn i3i-ip 

D , T""i73n ?3D D^plCD "I731N. Ce passage est peut-être emprunté à un écrit de 
Méir. Sur le copiste Ascher d'Osnabruck, v. Z. f. //. B., XI, 1907, 87. 

7. Le document cité par Louria, Consultations, n° 29, le nomme comme maître 
de Méir avant Samuel Sire Morel. 

8. Non avec Juda (b. Moïse ?) de Friedberg, comme l'admet Back, p. 18. L'Ano- 
nyme de Louria, l. c, dit que Juda ba-Cohen de Friedberg fut l'élève de Juda Sire 
Léon ou d'isaac de Dampierre (Gallia, 521), mais rien ne prouve qu'il ait été le maître 
de Méir. On ne sait d'ailleurs rien de lui. 11 me parait que le nom ;nn' , 1T , 1 n'est 
pas Friedberg (Zunz, G. Z., 35, 47), mais plutôt Wurzbourf/. 

9. Zunz, Zur Geschichte, 42 ; Gross, Gallia, 528. 

10. Gallia, ibid. 

11. Schibbolé tia-Léket, II, £ 45, d'après Buber, Introduction à cet ouvrage, 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du massacre de Francfort en 1241 1 et approuva ses décisions 2 , 
ainsi qu'avec Hizkiyya b. Jacob de Magdebourg 3 et avec Samuel b. 
Abraham ha-Lévi de Worms '' ; enfin, il signa les résolutions des 
communautés à Mayence : '\ C'est un des principaux maîtres de Méir, 
qui cite les opinions qu'il lui communiqua fi , les décisions qu'il 
prononça 7 et les écrits qu'il laissa 8 . C'est lui que le document de la 
consultation n°29 de Louria appelle R. Juda so^aa maître de Méir 9 

note 86 : ■jvfcb 5]DT> "l"n UW2 "{rO min" 1 "Vm. Cf. Zunz, Literaturgesch., 478, 
612; Gallia, 595. 

1. Or Zaroua, I, 213a ; Hayyim 0. Z., n° 9 103, 221, 222; Gloses des Schaaré 
Doura, n° 39. Cf. Rabiah, 151, n. 34. 

2. Or Zaroua, I, 208 6, 744, cf. Cous. éd. Crémone, n° 82. 

3. Consultations, éd. Prague, 887. Dans l'éd. Berlin, 317, n° 384, il est question 
du divorce entre R. Isaac surnommé Bonfos (iDIEia), fils de Juda ha-Cohen, et Hanna, 
fille de ï"pp?n '"Va ; mais on ne sait si les pères sont identiques avec les deux rab- 
bins célèbres. 

4. Consultations, éd. Crémone, 140. 

5. Consultations, éd. Prague, 1022 ; Moïse Minz, Consultations, 102. 

6. Consultations, éd. Prague, 95 : b"T *pa N"I"P ~l"n "m 73 ""aTlp ^b *"|72N; 
n° 227 : n»N pa KTP l"n; éd. Lemberg, 179 : nYlï"P "»"n ^aVlp ^1ÏÏ b"8 

b ,v T pan; Crémone, 95 : mim n"-in -an-ip ">-\vz rnxtD nna D^a Ti-cn pi 

b"l£Tpa; Mordechaï, Pesahim, 915: pa min" 1 'n ^aTrp nia b"8 î ^6., 

125 : mzîtt ^ana nnn^ irai waon pi 73"n ana pi. 

7. Consultations, éd. Lemberg, 213 : "pan rniT "l"n ^"Hp ""1173 NaU) 12? 
b"T; Mordechaï, Baba Mecia, I, 294 : J-pNH ara 73 pa nmn" 1 "l"m, £aôa Batra, 
722 : pa miT n"n p mn "JND73 ; Hagahot Maïmoniot, mars, I, 73 : 
b"22T nTin" 1 n"n ■•arip "ma ^ab ^nn pi ; Taschbeç, n° 45 : -pria n^n a"j> 
-iDiN n^n mim ^ania wttrmri baN a"-ina. 

8. Tossafot Yoma, 63 6 : b"£ï min" 1 "V'n pan ^avip ^— i"1^a 71U3pn ; Consul- 
tations, éd. Berlin, 319, n° 760 : pan Ta") Diaa D"in ana ; p. 159, n° 41; 
p. 161, n° 42 : pn£ pa ^-1173; Orhot Hayyim, 1, D^nOD ^aiJ', n° 9 : -)"n 
pa ^î'^^^" , • On trouve des consultations de lui signées b"T pan ÎT073 na !mîT , 1 
dans les Consultations, éd. Lemberg, 173 ; Berlin, p. 1, n° 2 (tpfrTaN "IDD73 se 
rapporte à la suite). — Il est encore mentionné dans Agouda, B. K., n° 127 : ana 
pan Ta*! DlDa D"tn; Maharil, Consultations, éd. Hanau, n° 172 : DtDa D"~in 
ta j""»"in; //«#• Ascheri, Ketoubol, XII, 16, d'après le Mordechaï (ain 110^ " , PN^73 
pan). La consultation 891 de l'éd. Prague cite pan ÏTlin" 1 '"! fcWT3. Zunz, Zur 
Geschichte, 51, nomme un Juda ha-Cohen {Yoma, 63 6, Yebamot, 6 b, Baba Mecia, 
21a (Sota, 38 a ["»"-|] ?), « peut-être celui de Friedberg ». Mais il pourrait plutôt être 
identique avec notre Juda ha-Cohen de Mayence. 

9. -ris fcnp^n n73buî -n b&oaia n"nm ^û^aa îttîît 'n n^n onwai 

"■PN73 "l""in bap □n" l DlD73"l b*ntf. Gross, Gallia, 349, voit dans ">£3'i"ia Metz et, en 
se fondant sur un passage également corrompu des Tossafot Yoma, 7 b, il parle d'un 
Juda de Metz, qui aurait vécu vers le milieu du xnr 3 siècle suivant l'opinion de Zunz, 
Z. G. (51, Korê ha-Dorot, 16 b). Mais on ne trouve nulle part de savant du nom de Juda 
de Metz et du reste l'identification de it3"^?3 avec p73 est bien problématique. Il est 
certain que ces deux noms désignent Mayence. On peut citer d'autres altérations de 
ce nom : y-|373 dans Jlag. Maïm., na^D 'n, xxix, D (n"nn im DÏ5D D"~n73 ara 

y"D?3 nc?3 n""in ooa Dn:?3 na banata) ; yn^73 dans n""in73 ma-ia, éd. Riva, 

10; pan dans Taschbeç, 322, p. 52; Moïse, "p^-n} dans O. Z., n, 116, Nttaia 



MÉIR B. BARUCH DE ROTIIENBOURG 237 

el que celui-ci nomme une fois « mon maître Juda yna» » *. 

Suivant l'usage des étudiants allemands, Méir fréquenta aussi les 
écoles françaises. En France, il eut pour maître H. Samuel b. Salo- 
inoii Sire Aforel de Falaise 2 , qui avait été le condisciple d'Isaac Or 
Zaroua en même temps que R. Yehiel b. Joseph Sire Vives 3 . 
H. Samuel demeura quelque temps à Paris 4 et fut, en 1240, l'un 
des quatre défenseurs du Talmud. Méir pourrait avoir suivi ses 
Leçons à Paris, car il se réfère à R. Yehiel 5 , qui était devenu, après 
la mort de Juda Sire Léon, le chef de l'académie de Paris. Mais les 
rapports de Méir avec R. Yehiel ne furent que fugitifs ; son vérita- 
ble maître en France fut R. Samuel de Falaise. 

A l'école de Sire Morel, Méir apprend à connaître Péreç b. Elia 
de Corbeil, avec lequel il entretint plus tard une correspondance 6 
et qui le visita ensuite en Allemagne, peut-être à Rothenbourg 7 . 11 



dans Semahot, p. 35, n° 68, TZJ^I^a dans Mordechaï, B. B., 886. Les Consultations 
de Méir présentent les orthographes suivantes pour le nom de la ville de Mayence : 
N£:a?2, éd. Prague, 805; NX^», ib., 773; éd. Berlin, 319, n° 679; y^yi2, éd. 
Prague, 773, 898; y^?2, ib., 618, 890; yiWu, ib., Prague, 650, 879, 935, et yaM*», 
ib., 805. 11 est étrange qu'un nom si souvent cité ait pu être corrompu, comme l'ob- 
serve Gross, Gallia, 137, mais ce savant lui-môme offre d'assez nombreux exemples 
des altérations qu'ont subies du fait des copistes les noms de villes les plus courants. 
C'est ainsi qu'un mot comme tfJ^jTU désigne encore Mayence. Cf. Gallia, p. 136 et suiv. 

1. Tossafot Yoma, 7 6 : ©«m n"n ^Dtt *b H73N V'ST y^tt Ti*Vï7V* l"n "m?2T 
b"£T p~lDN73. Mais dans y^12 ÏTT1ÎT '"1 il faut voir R. Juda de Mayence, ne fût-ce 
que parce que Méir ne cite nulle part un maître du nom de Juda de Metz. Quant à 
l'autre nom, Zunz, Z. G., 56, le transcrit : Weis de pnsfc*; Gross, Gallia, 23 : Vives 
d'York. Mais ces explications sont fragiles, le passage étant corrompu. Je considère 
p*1DJ<73 Uni comme le nom d'une ville allemande, peut-être p-|"aX"PVI, p-|"DO"n 
(cf. Benjamin de Tudèle, éd. Grùnhut-Adler, 103). Le nom du rabbin est tombé après 
l"rî; peut-être faut-il restituer U5"~l!l (Samuel b. Menahem). Vives d'York est un 
inconnu né d'une conjecture. 

2. Gallia, 478, 529. — Méir mentionne ses maîtres français dans ses Consultations, 
éd. Prague, 83 ; éd. Lemberg, 365. 

3. Monatsschrift, 1904,209; Jahrbuch, l. c, 106, 107. 

4. Or Zaroua, I, 67 6, 225. Yehiel b. Joseph et Samuel b. Salomon sont appelés 
10"nB "^ESn et ©"nBatD Tim, OrZaroua, B. M., § 180. Piskè Recanate, n° 347 : 
?K173« "l"3 !-rab» nrail barm irm n£1X 133*1 (lire : Samuel b. Salomon). 

5. Back, p. 22, n. 2. Cotisait., éd. Berlin, 69, n° 521 (sans signature) : TrbfcNZ) 
bfiTm'l m» ^D nN ; Mordechaï, Berachot, vi, 32 {Taschbeç, 322) : 73"n nnDT 
«nons bnsab b^-l TT^n ttb barrr 13"mta. Bamberger [Geschichte der Rabbiner 
Wurzburg,\\. 16) écrit inexactement qu'en France Méir « étudia surtout sous la direc- 
tion de R. Yehiel b. Joseph de Paris ». Cf. Gallia, 528. 

6. Consultations, éd, Prague, 597 ; éd. Berlin, p. 163, n° 46 ; Mordechaï, Guittin, 
616. 

7. V. Gallia, 566. Teschoub. Maim., tiNbsn, *> Consultations, éd. Berlin, p. 192, 
n° 97 (éd. Crémone, 194) : îrrrpbM nriD nn»3 mn nD1tt?3 3YM 3TI 
TntlN TiaSOM ^N Û3Ï m^nm. Peut-être s'agit-il de R. Péreç ou de R. Eliézer 
de Touques. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

y entre aussi en relations avec d'autres tossafistes français, Eliézer 
de Touques \ Tobia de Vienne 2 , Jacob b. Salomon de Gourson 3 et 
d'autres savants avec lesquels il correspondit plus tard de Rollien- 
bourg. Méir parle souvent de son séjour en France; il rapporte ce 
qu'il y a vu 4 et ce que son maître lui a appris r \ Samuel Sire Morel 
était en rapports avec des savants allemands, notamment avec 

1. Revue, LIV, 107, 104, 105. 

2. Gallia, 193. 

3. Ibid., 574. Il ne résulte pas de la consultation 144 de l'é'd. de Crémone que Méir 
l'appelle son maitre : elle n'est pas signée. 

4. Consultations de Salomon b. Adret, I, 857 : nD"i}£3 ">nN31Z33> ; ibid., 878; 
Consultations, éd. Lemberg, 365 : PSHSfca 13*1 ^372 yiOlLlD 'TP125 "ma *£>12 ', 
Taschbeç, 480 : b"T D"ntt?3 *P 3rOE73 pn*3 nDi:£3 •^Nl pi ; éd. Crémone, 

36 : on 'n arca 'iizjn "«man nsnxa wniDS ; ibid., 37 : nsnasa wïi "«aai 
ama n^n pi b"£ï bvwn wm m» maa ; *£«*., 126 •. o-nia wan Da7aN 

n23nsb TOlDîlb nE1£3 ; éd. Prague, 45 : nsiSfca iman ; Tour Or.Hayy., 680 : 
1121^3 TH^ÏIIÛID ; Hag. Maim., Sabb., v, £ : nD"i:£3 TP&O {Consultations, éd. 
Prague, 45; éd. Crémone, 177); ibid., vi, 6: «pfl naiïa "»S 17aiN TW73 '"1 ^11721 
">"|173 maa nmn d^ma (éd. Prague, 92 t. /'. ; éd. Crémone, 4); éd. Lemberg, 121 : 
nS^ita bina np',bri72 "^rP&n ; Likkoutê Amarcol, 24, 6 : i-|172 nB"12£3 "^rPfin 
b"2£T bN172UÎ "l""l!l. — Dans les Consultations, éd. Berlin, p. 317, n° 383 (glose, sans 
signature), on lit : a"D!-P3a "p™ (!) ^m n^3 3 TOn ""1173 ^sb !m»2?7a TT6m 
IN© b^T 5 W 3ÎTO73 Mm p^H 1T*bN "Y'nrî '173 D^b !"pm '3 Û"P3 iblD 
b'^y D^ann 'a *71722b marib "H 3 Û^anDïl. Comparer à cette relation intéres- 
sante la consultation n° 17 de l'éd. Prague : D^ann ijlD ïllDa'Ta ÏTH pi 
p*1132£'"l ,, 113. Peut-être faut-il voir dans *itl5rî " I 'ni73 Samuel b. Menabem, ce qui 
concorderait bien avec la mention d'Eléazar lia-Cohen. Celui-ci pourrait, en effet, être 
identique avec Eléazar b. Juda ba-Coben de Cologne (Brisch, II, m), avec lequel Méir 
correspondit plus tard (Consultations, éd. Prague, 698). Il parle ici de la maison de 
son beau-père, dans laquelle se trouvait un oratoire. Il n'est pas impossible que Méir 
se soit marié à Wurzbourg et soit allé ensuite en France (cf. Taschbeç, n° 6). Mais ce 
sont là de simples conjectures, la glose n'étant pas signée. Il est vraisemblable que 
"HZ3n "H173 désigne Samuel Sire Morel et qu'il faut lire ijnn. Le beau-père de 
Samuel Sire Morel s'appelle Abraham b. Hayyim (Gallia, 479). 

5. Consultations, éd. Prague, 138 : nD"12£72 bNlWŒ "l"rt7272 ^nbap *p ; 146 : 
b"STT bN173^ n"im7372 "^nbap pi ; éd. Crémone, 57 : n"n THOB Tibap pi 
b"iTT ïiablû 13 btt"7aUî; éd. Lemberg, 157; éd. Crémone, 191; Tossafot Yoma, 
42 a : fl^bp &|OT 3HH DT2J3 ttîablD "13 58173123 'l ai H niH n b -173N1. More/., 

Houilin, 1005: rpitbip tpv> la'Q-i niD7a non 121 o^3 nn^nb û"nîi7: a"ai ; 

ÏTH573 est une corruption de ÛC72 ou Q11D72, car Moïse de Coucy ne fut pas le maître 
de Méir et "na!! est lD"-in, c'est-à-dire R. Samuel. Mordechœ, O^nOD " , 31^, 301 : 

D\r>3 -i?aiN mn h&vnxû n"m rrrizr «b ncaa- maa ttnpnrn d"-iï» anaai 

. ..^SZIptt TOtt. Hagr. Maïw., ,46e/, xi, 7 : fc"aam d»3 bai721D l"n b"Nï) ; 
Semahot, n° 40 : rpûblD 13 b&OttW l"n "niE b"N *p ; n° 48 : -|"n "m?21 

Dmae* n3 pnsp 'n duî3 iab -17a» (lire rtTab^ n3 bNi7a\D)bNi7a\D -13 !-!7abw. 

Ainsi Méir tient de son maître des enseignements de Joseph Glisson, de Simson de 
Coucy et d'Isaac b. Abraham; Consultations, éd. Lemberg, 473, 483; éd. Berlin, 
65, n° 509 : NT ,, " , bD7a btt172tZ3 "i"n ll^îb. Enfin, Méir a copié pour son usage des 
consultations d<: Simson b. Abraham, cf. Moïse Minz, Consultations, n° 96. Cf. Kohn, 
31, n. 6, 54, n. 1. 



MÉIR B. BARUCH DE ROTIIENBOURG 23S 

Eliézer b. Joôl ha-Lévi ' et Isaac b. Moïse 2 ; une question lui fut 
adressée de Magdebourg du temps que Méir étudiait auprès de 
lui 3 . Mais il est douteux qu'il ait correspondu avec Baruch b. 
Méir 4 . 

Il reste encore un point à examiner: qui est Samuel de Château- 
Thierry, que Méir nommerait comme son maître! Back ?i invoque 
cette citation des Tossafot Yom Tob (sur Ne g aïm, i, 1) arc d"nrrm 
'■dt mmiw 12b '** TrçaVrçattp» b"itT Skïm 'n ann ^rai b"n et il 
ajoute 6 que ce Samuel « est encore connu comme un des défen- 
seurs du Talmud sous saint Louis ». Mais ce passage ne prouve 
pas que Samuel de Château-Thierry ait été le maître de Méir, car 
c'est une citation des Tossafot de R. Samuel sur Schebouot. Quoi 
qu'il en soit, ce Samuel serait-il Samuel d'Évreux? Rien ne prouve 
que Samuel d'Évreux demeurât à Château Thierry, comme l'écri- 
vent Zunz et Gross 7 . Dans la consultation n° 29 de S. Louria 
on lit seulement : sntn TiV^n amrp '-rn b&rm r *i ^jb» mw 'i ^im* 
T«a -pan bfinmî. Samuel de Château-Thierry a-t-il pris part 
à la controverse de 1240 sur le Talmud? D'après la relation 
hébraïque 8 , les défenseurs du Talmud furent Juda b. David 
(de Melun), Samuel b. Salomon, Yehiel et Moïse de Coucy. 
Graelz 9 identifie ce dernier avec Samuel de Château -Thierry, 
sans doute parce que l'Anonyme de Louria cite les trois défen- 
seurs à la suite l'un de l'autre. M. Gross 10 fait valoir, par contre, 
que Samuel b. Salomon est d'ordinaire Samuel Sire Morel 
de Falaise; M. Liber me fait remarquer, dans une lettre, qu'on 
cite Sire Morel de Falaise (arbctt) et Samuel à Château-Thierry 
fnro Y"oa), leur identité serait donc parfaitement possible. 
Il nous paraît donc vraisemblable que Samuel de Château- 
Thierry, qui n'est cité que rarement, est Samuel b. Salomon Sire 
Morel. Il peut avoir été de Falaise et s'être établi à Château- 
Thierry. 

1. Gross, Elieser b. Joël Halevi, 78. 

2. Or Zaroua, 1, 223 a. 

3. Consultations, éd. Lemberg, 386; Teschoub. Maïm., mtCtt, n° 28; Hayyim 
0. Z., 147- 

4. Consultations, éd. Berlin, II, 54 (sans signature) : *mm ">",# D"ift *>p£"P3n 
b"2T 3-!H -m» nN n"nbT "UN "m» b«iZ)1Z) ^TOT nOISta. Mais s'agit-il 
(Je Baruch ? 

5. Op. cit., p. 24, n. 1. 

6. Ibid., n. 2. 

7. Z. G., 38; Gallia, 258. 

8. Vikkouah, éd. Thorn, p. 1 ; éd. Wagenseil (dans les Telea ignea), p. 6. 

9. Geschichte, VII, 2» éd., 105. 

10. Mu!jazin,l\, 179; Monalsschrift, 1869, 148. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On sait que cette controverse se termina par l'autodafé du 
Talmud; c'est peut-être comme témoin oculaire de cet événe- 
ment, dont la date est incertaine 1 , que Méir composa son élégie 

[A suivre.) 

J. Wellescz. 



1. Graetz, op. cit., 107 et dans la Note 5, admet la date de 1242, année de l'auto- 
dafé du Talmud. Mais le Schibbolê ha-Léket, § 263, et le Tanya, § 58, indiquent le 
9 Tammouz (17 juillet) 1244. C'est la date que donne Zunz dans la Synag. Poésie, tandis 
que dans la Literaturgesch., 361, il donne celle de 1254. Cf. Monatssclirift, 1869, 
97. Mais y a-t-il eu un second autodafé du Talmud so>us saint Louis? V. ls. Loeb, 
Revue, I, 193-195. 






LES POESIES INÉDITES 

D'ISRAËL NADJARA 



Israël Nadjara a édité en 1587, à Safed, cent huit de ses poèmes 
religieux sous le titre de Zemirot Israël \ Douze ans plus tard 
parut à Venise 2 , sous le même titre, un recueil méthodique de ses 
poésies. Cette collection est divisée en trois parties; la première 
(T»n pVij) contient deux cent vingt-cinq pièces; la seconde (nbny 
mu)), qui se compose d'hymnes sur chaque section sabbatique, 
comprend cinquante-quatre numéros; la troisième (iznn nVi?) est 
consacrée en majeure partie aux fêtes et forme soixante-sept 
morceaux 3 . La deuxième et la troisième parties ont chacune un 
frontispice spécial'', mais la pagination du volume est continue 
(81-96 et 97-136), bien que les poésies aient une numérotation dis- 
tincte. Quelques années plus tard, Israël Nadjara fit suivre cette 
édition de ses poésies de celle de ses écrits en prose, intitulés 
berw *WD 5 . La continuation de la pagination (137-171) fait de ce 
volume, qui parut chez le même éditeur, une partie intégrante du 
recueil poétique. Il avait déjà été annoncé à la fin de ce dernier, 
mais l'impression dut probablement en être différée, peut-être 
parce que les frais d'impression, qui avaient été avancés au poète 

1. V. Steinschneider, Calai. BodL, col. 1170. 

2. Chez Juan di Gara. Le frontispice indique Damas comme lieu de séjour de l'au- 
teur (pUÎ73T -P3>3 Y'XP TilNÀN] bô*"")^" 1 ). Correcteur Isaac Gerson. 

3. Donc 346 poèmes en tout. Sur le frontispice, le nombre total est indiqué par les 
mots 'n D1Z3D, soit 347, évidemment parce que le poème préliminaire est compté dans 
ce nombre. 

4. Le frontispice de la première partie porte la date de 359 (1599), celui de la 
seconde la date de 360 (1600). 

5. Le frontispice porte la date de 365 (1605) et indique toujours Isaac Gerson comme 
correcteur. Tandis que sur le titre des 2NT»!? 1 rn"T?0T ou parle du poète à la troisième 
personne, ici c'est Israël Nadjara qui parle de lui-même a la première personne. Dans 
les vers qui se trouvent au frontigpiee le poète fait allusion à la ville qu'il habite, 
Damas. 

T. LVIII, R" 116. 16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par les frères Ephraïm et Manassé Katsin pour l'édition de ses 
œuvres poétiques K dépassaient ses ressources 2 . 

Cette édition des poésies, parue du vivant de l'auteur, fut suivie, 
deux cent cinquante ans après, d'une collection plus petite, intitulée 
D^nttîD 3 , tirée d'un manuscrit de la Bibliothèque de la Cour à 
Vienne. Elle se compose exclusivement de poèmes qui ne se trou- 
vent pas dans les Z.I.*. Le dernier poème delà collection 5 
s'arrête au milieu. Il figure en entier dans un manuscrit de Kauf- 
mann qui va être décrit tout à l'heure. Il est évident que le manus- 
crit devienne contenait primitivement un nombre plus considé- 
rable de poèmes. 11 est naturel de rapprocher cette collection plus 
petite des poèmes de Nadjara de la collection bNiw rvnwii dont 
parle Azoulaï 6 . J. Fûrst désigne cette dernière comme « la seconde 
partie » des Z. /. et ajoute que Salomon Dubno (Catalogue de ses 
livres, p. 58) la possédait 7 . Ce manuscrit possédé par S. Dubno 
devint très vraisemblablement la propriété du Bêt - Hamidrasch de 
la communauté allemande d'Amsterdam 8 . C'est d'après ce manus- 
crit que Léopold Dukes 9 publia en 1843 un poème de Nadjara, 
notant à ce propos que le manuscrit n'est pas complet et contient 
soixante et quelques poèmes, et d'autre part, qu'il porte le titre de 
banui^ rvm'ETtt 'n pbn (c'est sur ce titre que repose l'indication de 
Fûrst). Sabbataï Bass prétend que l'ouvrage a été imprimé à Venise 
et cette indication en l'air semble avoir été prise au sérieux par 
Goldenthal 10 . 

Le titre de ba-w m-iai» donné à une collection de poèmes d'Is- 
raël Nadjara reparaissait tout récemment dans le Catalogue des 
manuscrits hébreux du regretté David Kaufmann H . Le contenu du 

1. Israël Nadjara les remercie en prose et en vers dans l'introduction des Zemirot 
Israël. 

2. C'est à tort que Steinschueider, loc. cit., note qu'il mauque à la fin des ""^tt 
banU^ la suite de la table des Zemirot Israël et le petit écrit de Nadjara intitulé 
ban npn;Z573. Son exemplaire était incomplet à la fin. 

3. Le titre allemand est : ïïymnen des R. Israël Nagarah. Zum erstenmal heraus- 
gegeben von M.-H. Friedlânder, Vienne, 1858. 

4. Nous désignerons ainsi désormais le recueil Zemirot Israël; P indiquera les 
Pizmonim édités par Friedlânder. 

5. P, 120. D'après la description que donne Goldenthal du manuscrit (Catalogue, 
Vienne, 1851, p. 49), la dernière pièce serait le n° 122, non le n° 120. 

6. Ed. Benjacob, II, 24a : biOttJ" 1 rrnStO NipDT "»"33 "PaVDB "'3125 pbn UT llïl. 

7. Literaturblatt des Orients, IV (1843), 651, dans une recension de l'édition des 
Z. I. de Belgrade (1837-1839). 

8. Salomon Dubno termina ses jours à Amsterdam. — Voyez l'Appendice. 

9. Literaturblatt des Orients, ib., p. 526. 

10. Loc. cit. 

11. Max Weiss, Catalog... (Francfort, 1906), p. 158. 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 243 

n° 438 est ainsi indiqué : « Hymnes et chants d'Israël Nadjara sous 
le titre de btmw* nrpttn bRW rmatB; » celui du n° 437 : « Hymnes 
et chants synagogaux d'Israël b. Moïse Nadjara sous le titre de 
ÏWW nr-p^n binu:- 1 rmwa. » J'ai examiné ces deux manuscrits, 
qui appartiennent maintenant, avec la précieuse collection tout 
entière, à L'Académie des Sciences de Hongrie, et je suis arrivé à 
une conclusion aussi agréable que surprenante. 

Le n° 438 contient effectivement le Scheérikhràël mentionné par 
Azoulaï et est une copie écrite par Hauteur lui-même y tandis que 
le n° 437 renferme une partie des poèmes d'Israël Nadjara qu'on 
trouve dans l'autre manuscrit, à côté de poèmes d'une provenance 
différente. Décrivons d'abord le recueil poétique le plus considé- 
rable, celui qui se présente comme un exemplaire autographe du 
poète. 

Le n° 438 est un beau volume petit in-quarto élégamment relié. 
Les deux cent cinquante-cinq feuillets numérotés sont précédés 
de cinq feuillets non paginés; sur le troisième de ceux-ci le der- 
nier possesseur a inscrit une note sur l'acquisition du manuscrit '. 
L'ouvrage qui forme le principal contenu du manuscrit commence 
à la p. 1 a, mais sans titre. Le frontispice a certainement existé 
autrefois. C'est une main postérieure qui a ajouté dans la marge 
supérieure ce titre : banic rrnawn btxrw* nvv»T 2 . Mais le véritable 
titre, attesté authentiquement, se lit ensuite : à côté des titres de 
deux chapitres se trouve celui de l'ouvrage tout entier : rrnwD 
binur» mTttTtt bN-nu"» 3 . Le titre complet de l'ouvrage figure aussi 
comme titre en tête de quelques pages. Il fait évidemment allu- 
sion au recueil Z. /. imprimé : les poèmes réunis dans cette 
nouvelle collection, qui forment « le reste des poèmes » d'Israël 
Nadjara, sont désignés par l'expression biblique '• « Reste d'Israël ». 

La courte préface 5 nous révèle dès les premiers mots que c'est la 

i. « TDK p"eb a*»nri *jd^ Va Dia -o in basais nva D^biai-r» ^ba* Nain 

pN^D'np TH. Budapest, 1. Mai 1883. » 

2. L'indication du Catalogue est donc inexacte. 

3. P. 91 a, en tète du chap. v ; p. 237 a, en tète du chap. xiv. 

4. Mien., n, 12. 

5. hd nvnb "»33n .rtDj-n -pia ^sa "jn-n nr» n^nbNn aman ien 
ïivyn rwwb «raabi -nnb D^vib nuny?:i nam» TttJ E|KD2Mai ne tomb 
n-iNsn nTBifcb dv< dv cnaia mo br> b^ "n rnbnn TOTiibi mizjfina 
CjNi vmDia yyn ib ^n dvi dv ba uv dt « *pna by N-ima wrwia 
nman b* D^bbsna vn nus» Tnyn ^©ïnm *mrù bbnE n^ba hnt sa 

nv::?n '0723 NrPîCia. Le passage cité du Tulmud se trouve Berachot, 40 u. 
Quant à la citation do Taanit, elle est introuvable sous cette forme ; les membres du 
nm'iiiiKid, d'après Taanit, iv, 3, lisaient chaque jour de la semaine Les versets du 
premier chapitre «le la Genèse, niais même le Talmud, Taanit, 27 a, ne parle pai de 
prière eu faveur des créatures. 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

main du poète lui-même qui a tracé les beaux caractères de ce 
manuscrit Car lui seul peut se désigner sans plus comme « l'écri- 
vain » de ces lignes. Un copiste aurait nommé d'abord le poète ou 
aurait ajouté une eulogie au mot aman. Le contenu de cette pré- 
face montre qu'elle se rapporte non à l'ouvrage tout entier, mais 
au chapitre introductif qui suit immédiatement. En effet, ce chapitre 
contient d'abord six hymnes pour les six jours de la semaine, se 
rapportant à l'œuvre de la création de chaque jour. Le poêle a 
puisé l'idée de ces développements, comme il le dit dans la préface, 
dans des enseignements talmudiques, mais c'est à l'inspiration 
poétique, affirmée avec une conscience sûre, qu'il doit l'impulsion 
intérieure. Les différents poèmes consacrés aux jours de la semaine 
sont appelés ntapa (prière, oraison) *. Ils donnent en acrostiche le 
nom de l'auteur (bant!)" 1 ) et chaque morceau est suivi de versets 
bibliques appropriés, comme dans les poèmes de la première partie 
des Z. I. Les morceaux sont numérotés et commencent ainsi : 

inN û"p npa p-ian ■UTn&tt b« ma -iniDK a 

T3U) ût npa -iwîtf 13125 "pai nnN twb a 

iiDibia uv npa vna "^"Hp b« ^ma «aa a 

■»ahai d*p npa -piN *^ana ^iia rtyu> n 

iiDTan ûv npa -paw "«©m -pjn tznn -piaa n 

^oo ût npa -pua "»n^s ■■©■'tû ti bs Tina -^aa i 

Le sixième poème est immédiatement suivi, sans titre spécial, de 
cette remarque de l'auteur : « Dieu m'a donné la grâce de composer 
de nouveaux poèmes pour toutes les néoménies : une prière silen- 
cieuse, convenable et belle, pour chaque mois. Ils doivent être 
récités la veille de chaque mois 2 . » Suit un hymne intitulé n"-ib m 
■jD^s qui célèbre Nissan comme le mois de la délivrance et dont 
voici le début : 

p^a mn totna nna>« p">a d->-p laNir ba b« 

En acrostiches, le nom d'Israël. Puis vient un autre poème sur 
Nissan mois du printemps 3 ; il commence ainsi : 

-pir-i ba ■pa* "puîtt prnn aa u)aa tt 

i. inN avb rnapan nan ; ^ata avb..., etc. 

2. bapntn nt» -m û^iznn ^tas-i bab a^unn û^dt* mio^b D^nbx rjana 
oiptta ima -n»Nb û^tain ■■rcan n-na^ab ywoi iunm unn -HTab -naribn 

TD"in tt)8"l any. Après le mot ÛïpTaa il faut sans doute suppléer iDinn nbl*. 

3. Voici un passage de ce poème : 

^nbnn nbin "nasa ûbi^ti Yt ïi«a -mn 

"p^T osna nb ms-ina nb aa nepi Na bx «a» 



LES POÉSIES INÉDITES D'iSRAEL NADJARA 245 

La fin de ce poème manque; car nous constatons ici pour la pre- 
mière ibis que la nouvelle œuvre de Nadjarane s'est pas conservée 
au complot. La pagination continue du volume caclie de grandes 
lacunes; elle n'est pas originale, mais a été ajoutée de seconde 
main. C'est ainsi que les trois premiers feuillets, qui viennent 
d'être décrits, sont suivis du feuillet 4, bien que le poème sur 
Nissan coupe court et que ceux des onze autres mois manquent 
totalement. 

Il convient donc, avant de continuer à indiquer le contenu du 
Scheérit Israël, de décrire ici l'état du manuscrit tout entier. Les 
feuillets qui contiennent des parties de l'œuvre de Nadjara sont les 
suivants : 1-14, 21-22, 49-51, 59-78, 84, 91-96, 104-118, 128-138, 
139-155, 156-161, 175-189, 199, 200, 203-208, 216-220, 229-232, 
237-245, soit 146 feuillets en tout. Un nombre considérable de 
feuillets paginés manquent (25, 29, 30, 34, 37-39, 41, 42, 47, 48, 94, 
154, 155, 209-211, 213-215, 224, 227, 228); d'autre part, on trouve 
aussi des feuillets non paginés. On doit donc se représenter ainsi la 
formation de ce volume : le manuscrit original de Nagara, devenu 
défectif et qui comprenait entre chaque chapitre des feuillets 
blancs, fut complété par de nouveaux feuillets et le tout fut paginé. 
Puis, de nouveau, le volume fut endommagé et des feuillets se per- 
dirent. Une dernière main le mit en ordre et lui donna la reliure 
qu'il a conservée. A cette occasion des feuillets furent intercalés 
entre les feuillets déjà paginés. Dans le stade moyen de ce pro- 
cessus, il se produisit quelques erreurs attestées par la pagination : 
Parmi les feuillets appartenant au manuscrit original, celui qui 
porte actuellement le numéro 84 aurait dû venir après le 208 e ; de 
môme le 69 e devrait précéder le 68 e , tandis que le 200 a devrait se 
trouver entre le 189 e et le 190 e . Quant aux parties du manuscrit qui 
ne sont pas occupées par le recueil de Nagara, elles ne sont restées 
vides qu'en petite partie; la plupart des feuillets sont remplis par 
d'autres poèmes. Plus loin nous analyserons brièvement le contenu 
de cette partie de notre exemplaire. Le manuscrit primitif, écrit de 
la main du poète, tranebe nettement sur les éléments étrangers 
appartenant à di fie l'en tes mains par la calligraphie, le soin et l'élé- 
gance uniformes aussi bien dans l'écriture que dans la division des 
hémistiches, qui concorde complètement avec celle des Z. /. 

Les lacunes qui affectent le Scheérit Israël dans notre manuscrit 
ne sont heureusement pas tellement graves qu'il soit impossible de 
donner une description exacte de l'œuvre. La partie de beaucoup la 
plus considérable de celte seconde grande collection de poèmes, 
réunie après l'achèvement des Z. /., est conservée ici dans la copie 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de l'auteur lui-même. Il est dommage seulement que la préface de 
l'ouvrage, qui formait peut-être une introduction étendue, soit 
perdue. Mais même dans l'état actuel nous reconnaissons distinc- 
tement le cadre qu'Israël Nagara a donné à son second recueil. Il 
a partagé les poèmes — sans compter ceux des jours de la semaine 
et des néoménies, qui forment une introduction — en quatorze 
chapitres correspondant aux quatorze modes qu'il leur destinait et 
qui sont mentionnés pour la plupart en tête des poèmes du Z. /. 
et du P. Malheureusement on n'a pas encore fait, que je sache, 
d'étude sur leur signification. Peut-être la liste complète qui en est 
donnée ici pour la première fois provoquera-t-elle des recherches, 
qu'il faudra étendre aussi aux mélodies que Nagara nomme dans 
les titres de ses chants et qui seront mentionnées tout à l'heure. Je 
suis obligé de me contenter d'expliquer lexicographiquement, dans 
la mesure du possible, les différents termes qui servent à désigner 
les modes. 

Dans l'analyse que je vais faire du nouveau recueil poétique 
d'Israël Nagara, je reproduirai le titre de chaque chapitre et le court 
poème introductif, ainsi que les premiers vers des poèmes appar- 
tenant au chapitre avec la numérotation du poète lui-même. La 
numérotation des chapitres a été ajoutée par moi. 



I 

POÈMES DU MODE DE RAST 

(4 a-U b) 

1 a ta n n r-nnn bip b n n m n d 

s-nam ït»sik "pn "maai n ab ^n wy vm 

rmaaa nï&« bvwn b« nia "moa -pan imb« dœ s^arc 

i. lO^NI, Qui rime dans le poème introductif avec FlXÛ"l", est évidemment le mot 
persan ras/, « nomen soni musici » (Vullers, II, 6 a). Le tf) rime souvent avec le 1D 
chez Nadjara. Peut-être lisait-il lui-même le nom du mode : ?'ast. L'orthographe avec 
U, au lieu de n, prouve qu'il ne connaissait pas le mot persan et qu'il l'écrivait 
d'après l'ouïe. 

2. Nadjara apostrophe son âme sous le nom de Débora, la femme prophète et poète. 
L'âme occupe ici la place de la Muse, comme dans l'exorde de la Messiade de Klopstock. 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 247 

t^-na bN obpn-» '^rm wn *a ^n? ■»*naa nsi *jn3£ D3i 
ntt-iaa ^sibtttt rit rrob mvin ftam »wa ^mban b« 

rrssba 8 îid ïrav« "«air nban 3 

■nuis in 13^ rn&na "ntûa nnyro ^730^ a 

manaa ^■'ttî^Taa ba narn tpa nV )wip Nitas tit» *i 

toaipb 1^3» dy naio ba idtp n 

bbnb nmauj-n j-i-piû d^ny ly»»'* 1 

•nprai ^nb ittnb ^ints ^ niïi "^ t 

yujyrnBN misa Trin *baa !-n n 

S*n y^D rvna naita baia ay b« i» b« ïjt u 

4 N-<b ^jû ^aatm ewi ennab ^a*ri * 

■»5 rn "»b^2M3 ''bbirra "'bab ^bn S-W to 

"jt rtaa rnaip "»33-i?3 bai aprt nyTatt m 3^ 

*3ai»» mir ^bsoa rtyau) ^b jp 

^paia ba ^b ietn Tiato rrya TT *r 

■nnbîtn «ma bt< au? pn d^t "ia-n vnïl tu 

■pmca "*anpa ^mi ^b« nb"«b3 "pm^ i^ca t» 

6 rr^3ir -»N3 myrEn isyn pb n 

*n^ i>:ip7373 ^33b *nm m 

î— raanbi nittîb na^a -narob ira m tr 

fiiffli D3"»a D3 arab D"m3 ^nc\D vrv a 

irnaTNi Tes ^b rraa "maa i-nis "jb to 

^icn3 Nin ^mpn "naai non jq^T 3b3 qan 33 

*p& ^ry^ tin?: irviatt itt3 n" 1 ^ 53 

ysn 7 7-D12 bwS DH31 "nri33 bttb D^TT 13 

y^-< ";ppi^ -^Di Est ûv Tsffl ^tiv rta 



1. C'est l'expression araméenne, mais qu'il n'est pas difficile de lire en hébreu, tirée 
de la phrase talmudique (Megailla, 14 6, etc.) : NPy?2\a D^TiOn h T3" , a*l "^ft. 

2. C'est ainsi que je lis au lieu de ^:n ; le mot suivant devrait être correctement 

3. Lire riD" 1 au lieu de ris (Cantique, vi, 4). Dans P, où ce poème est imprimé en 
tète, il y a également 7ID, qui ne donne aucun sens. Cet exemple comme celui de la 
note précédente et ceux qui seront encore signalés montrent que l'auteur lui-même, 
copiant ses poèmes, n'est pas à l'abri des fautes. 

4. D'après Berachot, 58a. Le poème est en araméen. 11 ligure dans P sous le n" 27. 
Mais, chose singulière, il est incomplet ici ; les quatre dernières strophes, qui con- 
tiennent la seconde partie de l'acrostiche pin btfT£"\ manquent. 11 y avait donc un 
autre recueil dans lequel le poème était complet et dont dérivait le ms. de P. V. les 
deux notes suivantes. 

5. Dans P, où ce poème est édité sous le n" 12, il est plus long d'une strophe 
qu'ici. 

6. La dernière strophe manque ici. Le poème est complet dans P, n° 6. 

7. Dans P, W 16, il y a dy après b3£. 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

yrin ^pc ^waxb iznn ^rnnaa "iarr ia 

cnna enn i v :nn n-nbi bn fain m Ta 

■pnbn ^Tib tins ^abto V2ap nnrt tn^ na 

■na pa iisiab àira an srnw nja^ip aœ a*p D"p iaa 

iytp ^nb b^ vtt "irta n^aan na\a ir* mtr b 

1 -na*i t»3di« ba> iai n^u: ^an nam «b 

pnm Tara ^b nsr ^ra barri a*n *y*v ab 

*mp -n» rnï« ib aip wy wdn ^b th ne^ ab 

tzaainaa b» na»n ta^rra "uaai •uidjtû'' Tb 

ï-rb^ba» an ' mai» ^in naiantt na^ nb 

pinnn ba» maa moi nu: a» ''ban ^b isn ib 

->b"<nu) Tia»iaa auî n;naa bN -<&na W ïb 

r-ibiSitt i*r ba> v «b* abi laïaaa ba ba> brava an itp nb 

d^ïin aan npna njatr nraa ba njna-' ab 

t^tnpN wai bbirttt ^b iaïN w h 

i-ibnn -pra bab viara itw^ nto 

•»b« "*bN ->aaïyn bai ^b&na ra^a abra* abra i-n a7^ 

* v«ii)i« amp ^bbnb n^ra ^b->bn iet ^b«b "jn** a?a 

mana np n J* naat* ^n?an tôt nn« n?a 

nai^tt nar mra naia>7a m "ob» n?a 

•pan baa "jannN ^nnp ^aab inp» i*d 

Sur ces quarante-six poèmes, trente-huit présentent en acros- 
tiche le nom du poète, soit nra?a p bimzr> (2, 3, 4, 6, 24, 30, 31, 32- 
35, 37, 38, 40), soit biora^ (1, 5, 7-11, 14-18, 19-23, 25-29, 36, 39). 
Quelques-uns n'ont pas de nom en acrostiche (18, 43, 4o) ; un seul 
est alphabétique (21). D'autres noms sont donnés en acrostiche par 
les n os 12 (Isaac), 13 (Lévi b. Israël), 41 (Juda), 42 (Moïse), 44 (idem), 
46 (Moïse Juda). Nous ne pouvons dire ce que représentent les 
noms étrangers en acrostiche dans un recueil de poèmes d'Israël 
Nadjara. A part Lévi b. Israël, qui est peut-être le nom de l'arrière- 
grand-père d'Israël Nagara (son père s'appelait Moïse b. Lévi), et 

1. P, 19, a une strophe de plus que notre ms. Elle complète l'acrostiche na b^nra^ 
!-Ka?3 par pffi. 

2 C'est le mot turc qui signifie Seigneur : Efendi. Il forme la rime de tout le petit 
poème, dont voici les autres vers : 

■nra^N bap mann bip ,m * ^aa ^an ^ab 

■na^N rpra?a banan Kna*n ban» -pa> ha binra" 1 bm 

■nr>a-K nn?a D^baia* apn ùn^o» b^ia a^miD ynap* 

i^s^s-in ranp7a iianptt maabi ^ranp baraa ^raaai wi 

■na^a n;nba ona» i^n "O dnan ^Ta^ hy anm nain 

Ici, « Efendi » désigne toujours Dieu ! 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 249 

le double nom du n p 46, les autres sont souvent nommés comme 
auteurs de pioutim. Ces poèmes qui portent d'autres noms ne se 
distinguent en rien dans leur caractère de ceux d'Israël Nadjara. 

Dix-huit poèmes de ce premier chapitre se retrouvent aussi dans 
la collection plus petite éditée par Friedlander (P). Ce sont les n os 2 
(P, 1), 3 (2), 4 (3), 5 (4), 6 (-21), 10 (25), 15 (12), 16 (14), 17 (6), 21 (20), 
22 (17), 24 ^16), 25 (8), 26 (15), 27 (7), 28 (13), 31 (19), 36 (11). 



Il 

POÈMES DU MODE DE PENDJIKA 

(21 a-b) 

De ce chapitre un seul feuillet est conservé dans notre manus- 
crit, et encore est-il fortement endommagé. Il contient quatre 
poèmes, qui portent les numéros « à t. Il n'y a pas, comme dans le 
chap. i, de titre suivi d'introduction. Heureusement lejms. Kauf- 
mann 437, déjà mentionné, complète ici le ms. 438. Un chapitre 
(23 a) y débute par ce titre : traits ' rtpwc man bipb rimne, qui est 
immédiatement suivi de trois poèmes; or, ceux-ci sont identiques 
avec les trois premiers de notre feuillet : 

•p:n nain '■pu? t&o "^an ^aoin « 

n;pt] y-in mddto nb-u mpTaa mm nb m: n*a na-p a 

cpcn -pn* bna "jrpa ftzn x^w a 

Le quatrième poème, qui manque dans le ms. 437, commence 
ainsi : 

—m* -i72 "irm ina ■nr* "6* spbrp 

Les n 08 2 et 3 présentent en acrostiche le nom entier du poète : 
Israël b. Moïse; le n° 1 n'a pas d'acrostiche Du n° 4, on ne peut 
lire que le commencement et la fin. 

1. Encore un mot perse, qui se rattache à pandj, cinq. Mais je ne l'ai pas trouvé dans 
le dictionnaire. Tout au [plus pourrait-on en rapprocher <£>.> viL.5 **v^, « nomen 
septimae viginti melodiarum citharoedi Harbud » (Vullers, I, 376 6). 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



III 



POEMES DU MODE DE MAI10UR 

lta -nrrNtt mnn bip b« nn^ns 

•*miD7a nbM5 nmn b3 "psTai nvbs 'npiri n 

rnvbs npin "rimai Tsna 

î-rba ni^ rmnb i»y ï-t^aat rmob 1323 bp «13- 

ï-pnrn -^cy •'ns'Nû 'ppnb mon "»b3 dîtd3 ieiid 

il^œa -nsp b33 DTna msizn d^u^ ynpb ta^an 

8 — nmi nbna oto* b3» ûa> mm ma û-pn ■ira) b« 

•'bbn iian ■hat-i ^b ■'s bbma *<a w 3 

TnDN "*73tt ^1Ï3> mN t^"PK ^»73 "ni» "natT» 5 

ipa» 133 na 3K ni3t -rmit» ^bo b« i-p i 

i3it) 3i ira TifciDa k -iarY' n 

•«ttbiN 3*nhii miD «■« ta? b« uiin ûtn ûv i 

^112)1 *rm ail» -»3^t»-» ^nbN Dm t 

w* aa ^«13 miy nwa>ai rttt^sn ^^ n 

nuN wun •'tas» di^Ni rtsz "»w Ni3^ ta 

*tiin -obin ûin ->3binb p» ba m 

ttiii w ^pia* Tia riûisz ■'sn *aja w «^ 

■■hwao ûip ■o'n 3*nb rraiba?n b3 ynr 3^ 

ib ytet -nrssi bin»3 b&* ibbm a*' 

"-ima 5 ^np3i -ab *pia tatan p^Tm t 

*by p^lAttn rra-bsi mz)i3 iu)3b-> ira 

Le dernier poème se termine à la page 51 b, mais sans l'indi- 
cation de la fin du chapitre. Il y avait donc d'autres numéros, qui 
manquent maintenant. Des quinze compositions qui restent, huit 
(2, 3, 5-7, 13-15) donnent en acrostiche le nom complet Israël b. 
Moïse, les autres ont seulement Israël Six d'entre eux sont publiés 
dans P : 3 (29), 8 (28), 9 (32), 10 (33), 11 (31), 12 (34). 

1. Vullers, II, 1130 6 : v^, « nomen rami sive partis musices ». 

2. "lima (= inïaa) rappelle le nom du mode. 

3. Verbe de ninril (Juges, v, 22), dans le sens de « chasser, poursuivre t. 

4. Dans P (n° 33) le poème a deux lignes de plus qu'ici 

5. L. TSlpi. Dans ms. 434 (33 6), il y a "pin au lieu de *pij. 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 2!>1 



IV 



POÈMES DU MODE DE HOUSEINI 

(59 a-lS b) 

1 1 a ■* ■* o i n nian bip bs in m n d 

■W2nn ^mpisrTa» "S^n "•tna njb^ -patb » 

n;b-n -patb 
n^ban ib "p** ba hiTlïib jr^a ra^N "<3N êtv* 

t-pbaia U3D3 ^y nvsib fpm maom Tiaia 

t-pb* nabia by nN "«a ïywû -pid ^ss ^n 

■^■naba rray» fm tv»aii mua np-n^ ^n 

•wnnian n» ^iûd3 Tann m: ï-pmiïi ï-wn a 

ott" 1 o»n n;&m ba ab pp npas -n» !w a 

ma» npastt îiat* •frm» njbs naa n 

Siaai UHp?a raitan ^nna^ai Siatb mby n;b t-itt "Hrp tt 

iw«) p-nn *77au3 -»a npaïi» m» S? ba 1 

ma mai *na y-an nar ^d ysm «b»-» t 

"ni» t» ïiD^ na •ybnb ann n;T nsia a^3 «nia l-n n 

•wi» m "W b« pTnn mai a^-p ta 

tarna n? baa ïjwn ^n b« ^bnp iba^riE j»*» 1 * i 

imsr dnn idnie ybo raia^ wv« *o 

T»mm« niatp baai "p-on Dîna pi© b« im av 

i-ibi*a?a an rrattiu) aa> ^a rtbiau) ^brtit smp* vi an 

n3y?2^n û"nmn ^têo ûnw W îisnpu^ T 

i-rnn -i»a miap mina biore ab nbrm ita 

arh ana -w artT ny ♦■'•un ta 

•!-rb*3 b« an pio nbia^ rub^su^ n 

nay ^iia ^a «a ib^a w» m 



1. Vullers, I, 619 6 : ( ^JLJlJL > « nomen soni cujusdam musici ». 

2. Le mode n'est pas indiqué dans cette introduction, mais la rime en éni est 
empruntée au mot Houseini. Cependant ce mot est peut-être sous-entendu dans le der- 
nier mot de la première ligne, "»5N 1, 3Éin. H se peut aussi que les mots Tiaum et 
aiC3 ( v - 3 et 6) fassent allusion à l'étymologie de Huseini. 

3. La strophe qui contient la lettre 1 de l'acrostiche blKntf)'' manque. Dans P, 38, 
le poème est complet. 

4. Autre forme pour !T13n, 

5. L'acrostiche bN"}'^ figure dans la première ligne. 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



bam «a "b "nsan? rrsa ton "naam a-> 

'fcmayn "Hbra nay D-mo rra» "pb^b n^ a 

rnbaïrb Tipnsi fcoab nanp •nania"' no 

■fTWK -irnaa *-indpn ^a niaa bfinizr» aa 

a nnN bina 'i-i n?3U) "3 ">:niBb p>n aa 

•p "«rn ba pa ba ann aran b« nn *ia 

'■naabn ^*wa "^fci V" * 1 TD l 73 ^ 

iib->b myn ib rrat Win ^n bN "nmia ■£ 

own *ba iaa bi* pbn ^ab npum iip" 1 ta 

nb rma» a-«u5n eon rrn narra rw na 

ir-rain ^ddd naun ^b« m^n mb* ua 

bi3> ">nb b? th oia?"» av d"p b 

i-wn nn b« n^a ->nnu5 -nna ^dï Nb 

ban Nia*» ba •Ha-iybi ibied "na-i? y" 1733 W 1 sb 

qnnn rrbtia b* rwpa ïrra !-ot ab 

•jiacb ^3» Drrbuî-iaa "pn"^ ïiibrr nb 

■*n ba ^ba D^nn ûtuî ab -nat»» ta-nu) rtb 

5 \z3*n ->b ûrr "jn 173N baa ib 

*-paN 03 -nbia "çnba tp îb 

*7* pw *p3aba saina D*nn no^a- nb 

iann u^n ©tito ^puî"» nan 1"" ^b 



i. C'est l'histoire de Joseph. 

2. Le poète fait précéder ce morceau de la remarque suivante : ïlilîpaïl PNT1 

bu: trna "jnb n^ban v-ibab bbnb mb^-na" 1 m^ia n-'bmai nain i^rîa 
p-pn o^nin n-ûiiûb baa nnna 1-wbai hdu: "urba naTb D^von barra 

Û^TI DTlbN " , ia ta I D!"PBa •jWa^. Par les mots bfcOa bu: DTQ, Israël Nagara 
entend la mélodie d'une chanson arabe (« strophes de Mawàl »), qu'il a appliquée à 
son poème judéo-religieux. 11 intitule le poème mb^-HD^ HTIO, non seulement 
parce qu'il s'appelle lui-même Israël, mais encore parce que chaque strophe s'ouvre 
par le mot b^-lUT. Le poème ne se trouve au complet que dans P, n° 51. 11 a 22 
strophes, dont les commencements de vers donnent trois fois l'alphabet, tandis qu'une 
23* strophe présente en acrostiche le nom d'Israël. Notre ms. n'a que les douze pre- 
mières strophes (N à b) ; la note préliminaire manque dans P. 

3. Ce poème est également précédé d'une remarque : r>V~\V "03!! ntZJpai "paTB 

■arab nwn baa n-op -a -ras rira nnbnn in^en rrapa ibik by minn 
•ja b^TiD"» ^an^ ■•nitw "jnb wio 1 .ïi^in b^ian nzy N^bon pnt by 

D^an by\ D^UJblï) b3> Û^nian DTiab "^O pTn nW2. C'est-à-dire qu'il a pris 
pour modèle une composition commençant par "^1?2N nntf, mais qu'il a déployé un 
art particulier pour son poème, dont les strophes reproduisent quatre fois l'acrostiche 
Israël b. Moïse. Dans P (n° 49), il ne reste de cette note que l'indication de la mélodie 
(égypto-arabe). 

4. On voit par P (52) que la dernière strophe, qui, à la suite de l'acrostiche bNIUÎ^, 
donnait le mot pTn, manque dans le ms. 

5. Avec cette remarque préliminaire, qui se retrouve dans P (66) : nrPnsn rWH 
*p:PD ba D~np nrn"ua?3. La seconde strophe manque dans le ms. 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 253 

tabtt -p* ba "r\n tua ni ^y pTn*> thh d"p » , 

du m iioiaba -rnn ^»j -nn-» N73 

î-ït ipttn yn Tn mujp pa m: -«3 nrp 373 

iûD3"n bt* n3£ ov yen "*ab b« nmnb 373 

DDn D^nrai "•a-nt* mi D3n ^3i»nb* 173 

caimarn ba Qy b? irrna m oip*< n» 

8t*abd Dip"» "HNd NUJ3n^ 173 

Wp»b tp*b laa *b*îi !W T73 

i-nni uîn mat» ût "misa p N"ip r?a r-p nw 

^-DTDN V" 1 "'ba Ipn 1^1 ^sb ppfci £373 

WP ib ^nDtfii b« mpisx ••a-nab rwrp 3 

urua ditj T'a» n^373 ^n -pa» Din-> dniT 1 N2 

">3N aU5 TI73 ^73T ûb^D ^331d dbi" 33 

tanbn dj naan nbi? p nain S-p 53 

d^rcanït ipion h*n ion an iian rr 13 

■*r* -pkïi mi irw "oia pâma oi:p ri3 

t-ni i;b idn du: 1 vib bx ^ba tmo ab -pt> 13 

173N bN ">3sb HO 1TIH73 IDttP T3 

s*mp v»aK ba nab "nartt na nos w na 

ttetba -intf ^3N nazis ïibara ni C33 

bW T»73n -IIEÉT 1ptt3p373 ^3 irP31ZP 11ZP1ZP 

!-ib\37373 in nbnn3 *pt» nb?73 ni nb*a bx no 

rmbi3 ri3i3>73i rrn» m mba maa lia-» rtyiû ao 

la^lN 131330 "O 133ip3 b« «3 njbi 30 

Db"<3n idia oinns Ta dbi? nai» ti^?i ^n io 

mbiaob banian mbna bsn apan no 

■nanuîn m»n n^n ^a inn?aTa -nia* *" n;m« " 1D 

'n-pbaa nanb^m imnitai *ab rwup to 

S-I3310N ^n dn rapaai «3 ri73ipN no 

in ib inn ->b rt3n ûbrc n">:a tao 

-nnTs *r»n D">aaia3 û-»3nb aasim D^a-narr 3U)t» y 

1 in -<b ^jion nn73 "»a3UJ73 mx ^ou:n T 1 »» ^ 

Sur les soixante et onze numéros de ce chapitre, quarante ont 
l'acrostiche Israël (1-9, 11, 16-18, 22, 24-27, 29, 30, 32, 33, 36, 37, 
39, 41, 43, 44, 47-51, 53-55, 60, 63). dix-huit l'acrostiche Israël b. 
Moïse '12-15, 19-21, 28, 31, 35, 33, 40, 42, 45, 46, 52, 56, 58), un 

Tacrosliclie Israël b. Moïse b. Lévi (20). N'ont pas d'acrostiches les 

i. l. Tms. 

2 La fin ilu chapitre est indiquée par le mot an répété quatre fois. 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

iv* 31, 56, 61, 68, 69, 70. D'autres noms sont donnés en acrostiche 
par les n 0B 59 (Isaac), 62 (Salomon), 64 (Jacob Sabbataï), Qij (Moïse), 
67 (Joseph), 71 (Moïse). 

Vingt-huit numéros de ce chapitre ont été édités dans P : 2 (35), 
3 (36), 6 (44), 7 (41), 8 (38), 10 (58), 11 (56), 18 (71), 19 (72), 20 (53), 
22 (51), 23 (49), 25 (52), 21 (46), 27 (48), 28 (55), 29 (39), 30 (43), 
31 (60), 32 (61), 33 (42), 36 (m), 39 (68), 40 (69), 47 (74), 48 (70), 
49 (73), 54 (26). 



POÈMES DU MODE DE ZANBOULI 

(91 a-m b) 

^bia::: r-nati bip b« r-irnnô 

a, »bi3 fvntt tib^itn -^biaî vmi piu) b« s-n n 

pw ba ïr* 
n733f mirra ^nYwi v«i yx •pm mB** 

ri72ir un? nM ara^i vn tii tibia*» mV»c 

n»iD^> nrra i»y ab vib 15 nw« ^n 

">bn»73 aiav Nin ^»n n» 1 » *wi -1731» b« 

inuatti bania-» natt b&a "<ab Sr a 

"•ba^n?: vrn ^-n 3 M o «^pp a 

am^irnb m» d"vz) ^pa^ia spiya ^n 1 

B]oa3 rpT a? ïpyb tpa îana** ab nato n 

ai-p ia&n nit b? b-w i*a aman 1 

wp ipian an bi nat m cp-p na iapa* î 

yp^i -nar -on "jn i* ■•au) n;in lia- 1 n 

na?» ban nar-m yism ^»b ban natT» 

ma i3aia?a bx idin an Tin iaab ty» "• 

i-raian -»syDy?2T 131* na^uj "p^ w «^ 

ïïwro 1B5» û^man iman a^n njb^ ï-r ai 

ta^n ns\a bj>ir> bina nian baniai s-nw a 11 

1. Ce mot a peut-être quelque rapport avec S;**- 5 ;, nom d'un instrument de 
musique (Vullers, II, 147 a). Dans l'introduction de chaque chapitre il est orthogra- 
phié le plus souvent ibiaSIT. 

2. Les deux mots qui riment entre eux dans cette ligne consonnent avec le nom du 
mode Israël Nadjara prend 513 dans le sens de binr Cf. David Kimhi, Dictionnaire, 
5 v, bl3. 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 2Sft 

ybn nb yb -is» ^bbnn ywib nban -n 

mon v«r pm ^iia r 23 ■***• n2n *"*» >t3 

ttbri naa "O ^de>3 ndi ""taBio m» pjd"» v 

■^aab aiiab oa -as a* •b t r 

■fisrm "TOa wman abi ^mjd «b an* ••b* nw m 

iyb* -ns: ©vnb ^ab *7* % bynnb nnr ns^ w 

•t-nbnptta "ma '«a» ^nbab ^aab m^ a 

De ces vingt poèmes, un seul, le vingtième est sans acrostiche; 
les n os 8, 14, 12, 13, 15, 19 ont en acrostiche Israël b. Moïse, les 
autres Israël. Cinq se trouvent dans P : 5 (99), 6 (100), 8 (104), 
9 ^10^,10(103). 



VI 

POÈMES DE L'AIR DE SABA 
(104 0-118 6) 

♦I-Î3N0 maïi Stp bs* i-n-nna 

rtao éph a")^3 rtaïav: ^a nnaio nTaraa ^ï-jb» 8 
8 ï-i?:^3 Tiba iiaiB err? "ipaai 
ïiwy «bs n*»^y ^a -pu)*» naœn avb av 

rrarai n?aan mapb "posa "pa nn1 ^ n33ttî 

rronfita arapn ■p-ujatt ^p 03 " 1 "pmabca ncmi 

riaiim *pnaa «oa nnn?a rtaniamn ^ca ^pari nas b« 

VaiN "bi -vaTitt ba ^a» b« rr 3 

■pan mm jt»* arn aiio aiaa a:an pbn it a 

na na bwi "pa* by ■jwd nb^n-» i 

•pintBK -n-nbai ■'aab av> av "panm n 

t-nNsn mu* ïian a*ip niai"» an* nsr !-p i 

m latana laan spat -ja^a ^anb ipntt t 

naaw bat ta *bN nabi -iun aa-ora *mi n 

■•bTi na nw rtbnbna ■•a nbb"» tw« ta 

1. Ici un espace de 6 à 7 lignes est resté en blanc à la fin du poème. Peut-être ce 
dernier devait-il être complété. 

2. Peut-être pour b"^nb, « faire éclater en jubilation ». 

3. Le cbapitre est terminé par le mot an» 

4. C'est peut-être un nom propre ; *$U* est le nom d'une Tille dans l'Irak. 

5. La rime en H3U3- fait allusion au nom du mode. 

T ? 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pnrtf *hid tnt ^n ba ^aab -inu* 1 "> 

ttbtf nnn mpN mu; mp aum i-p to 

nais nm« omnb -no» rmo snai ma oia-> 'a*' 

2 -nno7a u^a?a twuît: bbima Y 573 "inv» "^ 

3 me -13U53 ^a vîm mw rmrp te 

Ï-T3J3 matas "p^ aaa iipn ma miu m -n 

tr maa mba maa rmat -ie ^ab bw n 

Tjixb ^sa omtttt wp» ■'am i-pt m 

n?2N p mm mma nj«p biwaa map rm ef 

D^aa iara iy a^an ^anptt ba in aum a 

^nsa ab b? trniap mtb-io "«a nnb-p b«n «a 

m m ^ii dw m^a ^n ta'w s~n aa 

*miab *pay "lia"»» a-naa ^ta** a^au: mr aa 

liam abna a>aian m" 1 pynn miwxa ■rçîaa fo'sjo 

maa naa ib *rç&o aab n»a ^b *m mm *o 

5 -imo ma mnn mis maa ma jwi na 

itt)M Kijtin xû^n iao»E r-n ia 

•Niia û^n batt "mu: «ma nmsia a^ i-p Ta 

aitap iy Dtfîsa yr* û-maa iia-i -iaa>m ra 

unn ^a maya "jbbnb ^o ba ^w©* taa 

mwa nmaaa nnc» pap-» b 

ï-rainn naita nai pa» ns"> ab 

am©in ^b instar mil b» *pan ba "b mpi ab 

priai npin ab ba mat* m ma masb a? 

rwa^ttJN "oa a^mun d^n m nb 

Striu^ anpa m p inabw» ba? dw ^in 1 rsb 

maa ma "mas ">bjn maria ^a nat ab rntap'» ib 

mm m«73 mnrt "ja spon yp man bab ©■< Tb 

eau) T>aa na ymp-n Dm*a ba maa païai nb 

m mm ^m© -^«a» a^s-ib» m.m ub 

1. Le nombre a^ a été sauté par erreur dans la numérotation. 

2. Poème dont tous les mots commencent par ft. 

3. Dans P, 87 : mU5. 

4. Ce morceau s'arrête p. 110a. Les pages 1106 et 111a sont remplies par cinq 
poèmes écrits d'une autre main. La suite des poèmes de notre chapitre reprend 
p. 111 b et la numérotation recommence fautivement par aa (au lieu de la), de sorte 
que le dérangement causé par l'omission du numéro a*' disparaît dans le total. Le 
poète a sans doute sauté par mégarde un feuillet en passant de 110a à. 1116. Les 
deux pages restées en blanc furent ensuite i emplies comme il vient d'être dit par la 
même main qui a écrit les autres pages laissées libres par le Sckeéril Israël. 

5. Dans P, 80 : -HO- 

6. P, 85 : nma 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 2S7 

rrp*»B y^ «tû d^ Nia* 1 ^3 ai m "O nw 

irnsfin rwa «np?ai ^h"»t fvby ba sran vvtrt stt 

î-na rrana rrun î-pd^ lanaab 5» 

rwwÉW ■n** mai nn*» -h nan ->n2 t» 

ttrana aarn *pa m* ^b rrcy -jb rra 

iy<j i^jn n^b n72U3">1 V7^ 3"^ 173 

■»tt)&n n*is ^snn maria pm "nap a->mb a^N tw 

Fibiawi bina bN ttbs» rtao ^wuî di n» rra 

nsn ^b nbb-in tu "^an *pa nbbin -pu bN a» 

•j-paai bm ^a* a? pittj ti a 

ra» ^ao n« mbnb ^aaiDE b* tu>D3 nniN aa 

Sur les cinquante et un poèmes de ce chapitre, dix-sept pré- 
sentent racrostiche Israël b. Moïse : 4, 5, 8, 10-12, 20, 24, 29, 32, 
34-40; vingt et un l'acrostiche Israël 1, 2, 6, 7, 15-19, 21, 22, 23, 
23 bis, 25-28, 30, 31, 33, 47. D'autres noms sont contenus dans les 
acrostiches des numéros 42 (Lévi), 43 (Lévi b. Israël), 44 (Meschoul- 
lam), 45 (Salomon), 50 (Hayyim). Les numéros 3, 41, 46, 48, 49, 51 
sont sans acrostiches. 

Dix sept poèmes de ce chapitre se retrouvent dans P : 7 (77), 
14 (89), 15 (^2), 16 (87), 17 (81), 18 (93), 20 (54), 21 (95), 23 (78), 
23 bis (79), 25 (80), 27 (85), 28 {SQ), 29 (97), 30 (98), 31 (94), 47 (83)." 



VII 

POÈMES DU MODE DE SCHIGYA 

(128a-138a) 

'ïiN^a 1 !!) m an bip Sn nmns 

■S-PTOa mm "pruaa nnws "»b« tzmnbî* n 

Sa^rtb» n^i yn«a "mua ^b nraa 

ûibtt) a-n by "wa^rm ^piapaa ba nnn^i v>mim 
Bibm na^ra i-pmn Bmrona *ptfnp7a Tnmia -ipab 0^-173110 
Bibm im« nst ûibn-n -nsoa tdiu Ttt~9 biara ûam nan 

1. Ecrit sans n à la fin dans les titres des différents poèmes (de môme dans Z. 1. 
n" 111 et suiv.). Je ne suis point parvenu à identifier ce mot. 

2. <Xte rime est le seul point d'attache avec le nom 'In mode. 

T. IA11I. v 116. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

caibn i733> mur mujp^ I3nu5:> 

i-nisatt mbujvn *pnb 

ib nny ^rotfj-i ^n^n ^bi3T3 *ju5 mc3?3 by lu)"* 3 

—ins *>3b *pbN "p 1 ^ 5 * xb oai "»tt a 

•nbn ba i-rbn ba bTiiN du** us b* N3is nitv i 

Tlfi«53 "W T»bN NUJ3 D^731D3 ^3UÎV» tl 

■>3*ini *n* ^-1273 "«Db^n ^im ^îana "»ib tin nsu) i 

^31 isa dus iraan r-iibnn aiav izmp i-r t 

■«by N3 ^narw usn pbn ab n 

mttN Tn ^b mat» un tien Trt ib t: 

0315 135 D^n 17a ba osan banz^ ^ma 

ttw 1732b ma ■>t»i unit» rraarn n73t»n ^ab n^ 

0733 Û3273D m?^an N573 ^abi m3^o by T© ^B *w m 

!-i73u:3 ss riDu: a*>3 "j^a ib -«3n p b« oin r-n r 

1352 1H3 m N3 13 1D1t»a -p© bip iDt» Î1S "pli T 

^dn3 ûin nT ûiini ms w iro 

^m "»b "pu; ^ca :inN ->oi3?3 -yra* -n 

ts^mb iiT73 3^3^73 ">n b« û^biy iiarb ■'Dvan m*» p 

D73in wbn thet "ns m 

',:_- *b win ^ba-i ann ba t»in ïisn ^bu>i73 nn dtt« tt a* 1 

£np m-)73-iN ib ibiD ûbvn bs by ^jba "pon ï"p a 

W-nd "ȕ3pb tin ^b "wa rran nd 

t|i*a i^a rw nai ipab aa 

^DDD 713*731 71T 71732 ->3b73 b«b ^371 ^»D3 33 

C313"» Nb ir 13b wiia nu^ ia 

nbbnnrt -ma ^nn ^ai*» "13 na 

rrabwb rm i*;»73 n«3 b« 13 

3 ta* , 3>3 ba "p û^-> *6 n^in D"nas?3 2 mi73 td 

ï-imn -<D^b ^3 min» m- , n-' Tipb nio "»npb hd 

nno ■aasan pnan m« nn nspu)3 dv aa 

^bbn tin n^ntri niN3 w*» b 

•»bNnai -"nir m73î*n n->u)N ^b «b 

NU53 ti bN ^st^- 1 «b nujinp -i^3> pT bpb 2b 

i^t ûbub "ib->^ v'i iu5pa?3 nb n73U3"> ab 

nttiio iiuj-kd "T5N iiiû^fio mi» ib 

rrnn» n^ ^ns^ nnsy ^b ^« n-«-i3nb ^b» b«v au) -»ba ni nb 

nit -n n ûin73 3U)3 biS73 uîiin bâta ib 

■»b oben ^aafai'' nuît mwa ^bNia mmaTa "•tt b^ ^bnr Tb 

i. l. tnsttîi. ks ' 

2 L. I-je. 

J. \voc cette note préliminaire : D^^ll 0^1^73 11M by E)^3 l^tî ^ni3î11. 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 259 

Des trente-sept poèmes de ce chapitre, trois ont d'autres noms 
en acrostiche : Lévi b. Israël (31, 32) et Tsaac (35); deux n'en ont 
aucun : 13 et 37; cinq ont Israël b. Moïse : 3, 7, 16, 18, 27; les 
autres ont Israël. 

Aucun de ces poèmes ne se trouve dans P. 



VIII 

i 

POÈMES DU MODE D'iRAK 

(139 a-150 a) 

•psi^s r-nnn ^Tp -?n r-imn© 

pna 173D d^u) b» ^mba naiart ^n « 
naran ba "p-i"'» **3 b« ^batt }« -ij» 
■n»« <ab n^"> ■m*a -oD^a tmrp 

■nan "«sa oto nm "m»* ns-pb mrt an 

p-im rrnai -pt»a vyw ïi^tt)*' -peide b« 

■^7273 ï-ibrona nb^as n* a 

•pan ■'boa «t^ue ^ns r-r a 

î-rn «iMitûb û:n is^b pinto tk abw *i 

^naa mfm nttb ra* a-ua w» ri 

s rm»73b -iao *iab ïropma nb« -nur i 

"•bas w iTabui"» ib*«a w ■umnm t 

*i i»* nn* b« iw aifr ->-i *i»bi3>b n»« -12m n 

"JEO NTP rvjVP ->b 1P ^pEI» ÛT) bN m* NTO fTP 12 

Tirn'D arn orn ba ->Diu)b bs> n* mo"> i 

yn?r wa iin iba ^ma» p b&ô nna^ ar 

n* ^S3 ^aaimn ^aayn *wip ai" 1 ai 

t|D "p** ^ y ^^ û"^«b nab sp 

"-ma mm-ut "main ba> -rnaity w* T 

mw "n* ivba» naa-» f-pat antov *iu 

1. Marrie orthographe dans les titres; dans Z. I. (n 08 147 et suiv.) pTN. Mais 
c'est évidemment OJ'j^i Ir ^> * e nom géographique bien connu, puis ■< nomen modi 
primarii musices » (Vullers, II, 564 a). 

2. Pour obtenir un mot qui consonne avec le nom du mode, le poète dit pTN 
au lieu de p~nN (cf. aïO^l, Gen., l, 20). 

3. Poe. ne araméen. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aabtta 1*p£ ^aai "puma banu^ n?a^ r 

^birr np-^ n-m bm ■© ns -n» nana ï-p n 

^niai» n»n a» vin Nittta vnt ï-p n^ 

1 ^aa-ia^ ^nba "paun b-rin ^n niz)** tu" 1 

ain D^nban ton «in 'n ittia marinai irna» ain *ba a 

■^d* nnnc "jnwn yan "mb -wa ttban nby «a 

* J-ib» mb nia» !-P3tt na anba n^b as 

liwzm ^m»n "ni v*fîaa ravis" 1 aa 

înaianb npn tn bx niaia ba ba» ûtti^n-» na 

ia*nb Dn^ba» nna ^a yna "«ab^ ba ■ptp na 

ïbab nn ainab -n ya 8 -ko3 ■»»« "ib la 

i-i7aip ^mîyb uîin ^imn n^r Ta 

iiroan ya-» loai nn?atti yrara la^ na 

laaprava iaaa7a la^nba vs a •*» taa 

rnvaan naT ->di ^avabi maian marj -»aab rttir b 

i-no ba ^bizia y^*r> ^bran -pn»*» «b 

tavv "*by nas ^mat ^aa» aai ab 

yon "pas- ■■» ^vai i»rib "jma m ab 

■h^t ^aana «i»* -pn a>v nb 

an û->!rbab bma ■>»5> ana nraab -«as itsin nb 

■nzr anaa -voip» naa^ ^^nbn n">aa vaa*a mata»-» ib 

Snbnnn n,bip ina»ttra tpni ^nzni na"> îb 

pin ^bab d^tu) iea pvi»K ab» p^naw y ai nb 

la^T^ nai insi» iaaia"n -pu) -îana-» rab 

*pona -<aa*v25Vi û^ib pi© an ^b» » 

^-naa -p*ïn ûa^a* ^b û^aa* ab îT>nn m n» 

-»bana ->b naa ^b&oa mai ba s-n 373 

D*mar ba nazv bina -prab nn diTffla ""s bbn- 1 a?j 

4 ï-ib^aa •pwi naa j-paz maauîw ind n?: 

De ces quarante-quatre poèmes, la plupart (vingt-huit) ont en 

acrostiche Israël b. Moïse; onze ont Israël : 1, 2, 8, 9, 21, 26, 30, 

33, 38, 39, 41. Le n° 18 n'a aucun acrostiche. Cinq numéros ont 
d'autres noms en acrostiche : 29 (Moïse), 40 (Mordechaï), 42 (Moïse), 
43 (Isaac), 44 (Salomon). 

Aucun des poèmes de ce chapitre ne figure dans P. 

i. Poème araméen. 

2. Poème araméen à allure litanique. 

3. C'est-à-dire T»3_, papier. A la rime -p"^- t,. Q^73\D pour ^TJ'iî. 

4. A la fin du chapitre : an. 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 261 

IX 

POÈMES DU MODE DE EWDJI * 

(156 Ô-161 b) 



hais ^bi Tria jwiïi in ib non «ib»-» ii 

•jma 38 npiir n5ta ima T« 133b îmrtS i 

Sa ma wvb 313 rtai w* t 

ibain "mat «3 natn id nwa s-n n 

•pn^ K3 13 ffiwa ^73125 mittîp ns rpn mis* wr» ta 

Ï&& Tiba nb*5 "pib^b nbbirr ibVfi tib^b ta ai 37311 ■* 

-laio aim mtatt ba> 13a )w naa ûiai ao 

ibi3Tb ym irai ba> oa i^n nw» ^ 

J-wiai ^n bN rtun b? ra^tf mnnrr w* ba mpsi a* 

&1-W51 ^b» 81257373 ^738 p AZ3D31 t 

w»n battt umn ïa.aa> ttm ib 

tain Di*ib nbip m rjaia>7373 3i25pn ni v 

mn *]b insi nwn ni73i3 ïinrv ïTvrr p 

"pi» 17381 ^33373 ^1173 "»ra*ïi rw* ni 

173183 3125pïl 3p3>i "P38 î-p 131 

nbo i3b72 binttii 8t3n b8 ni35>i aa 

*J738 lïlbN Qi33> 13131 Ï-Ti 83 

■ma pinnsi 131073 mus *m npiuînb 13b aaiTam 33 
obin ït»îi 13b -pat n8 ï-p mit 13b lin ^obTa ï-p as 

tDI-1 m ib 13H 173T1 11125 113125 13n Tn8 b«b *ï3 

Des vingt chants qui subsistent de ce chapitre, un (16) n'a pas 
d'acrostiche; le n° 24 nomme en acrostiche Lévi b. Israël, huit 
nomment Israël b. Moïse : 6, 14, 17-21, 24; les autres Israël. 

P Q3 contient aucun de ces poèmes. 

1. Le commencement du chapitre manque. La suite des poèmes restants commence 
avec le n° 5. Le nom du mode est fourni par les titres des morceaux : "<à:rN. Le mot 
esl évidemment turc et est en rapport avec eiv (j.j.1), « maison ». Je dois cette conjec- 
ture à M. le professeur Vâmbéry. Dans les titres des n 0i 5, 9, 10 et 24, iJ3"N est 
accompagné du nom du mode précédent, p8T8. 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



POEMES DU MODE DE NAWAH 

(175a-189£, m<i-ô) 

'î-infco man Sip Sn nmnD 

i-ibnn 2 mN3 û^a ">t> irïibab ïtiet nia ■ns n 

ïti»ï aia ">d 
!nb^bs> ama ba ^acb insN inatnb yȔt 

ï-ibiy b« ■'asb ana" b«i îmatb any w© 

nb-i^a np-» nbrtm na'nsaa nanai naa-i 

î-ibtt naairaba Dtzn iauîD3 a^na ûcn Sn 

mbnna niai* b« *pD mbnb *aab iw 3 

•o^an i?2N ba Nin in ■ow -mas rcw ^enn ùr a 

■^■na ©an law nsuia -i-puc t 

*-!* mann na ma nua ba-ni^ •paur» ïi 

■pz^ nvrra ^i^pi fnn in larvan i 

nbbiîiE na iront nrnnnan ma* w t 

Sibai apnan nnanen ^a mann ab oi^a^ n 

iian^ttm *ph5 '«Dana traru» na pnn» npn *jb a 

•na? !-nn*na ûbn*b ona^ tô mn ba mni ■• 

t^3 "tdd bN mn'rm ba ipoi -"pian nby »•» 

naia -jnariND rafcn ^ab ma m«b tpoa^ a^ 

ns^ ^b ^tt)D3 ^nia-ps 'yba "•n" 1 3P 

Dtm aman an*» bi onn m t 

•»b rainab ran -ot» nu «mb ^ba iana h p© , 5 nu 

i-nm. an m ï-nm ba npam v 

3 ">n aa a^pu;nttn7a n-nna m^iy hd"> r 

ïia^n tej antab Na n;nba ksyi nb *pN nb-in iw m 

1. Écrit aussi Ï1N33 dans un assez grand nombre de titres et une fois (12) îiNStfa. 
Dans Z. I. (n° 8 172 et suiv.) toujours JlDNa. La prononciation du 3 aspiré résulte du 
poème introductif, dans lequel le mot mttD (?idwâ) rappelle le nom du mode. D';.p.ès 
la seconde orthographe Ï1N33, on peut identifier ce mot avec le persan lp (nawà), 
qui signifie « mélodie, chant » en général, mais qui est aussi « nomcn modorum quo- 
rundam canendi » (Vullers, II, 135 b). Le mot est écrit une fois Hltf: (n° 55). 

2. V. la remarque précédente. 

3. Dans le ms. 437 (93 6), ce vers est ainsi conçu : nrpy;nn73 mina ^pas riD^ 
"H aa. Le sens reste obscur pour moi. 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NàDJàRA 263 

tnrôy n,bin -oaN i»« wi mbaifc ■obïa mn s-v» a- 

ta^ain r»rw bt* nbnn D^m mnaia *ian a 

i73ta aaïaa naaia «in nranan y-iNn natv «a 

■«ma» yw *»b '■pnN un "paa nb^ba ^npyx ni"» na 

ia^73 Nb n,&o nwiD ia">a> nrisa nb y^p* aa 

VI W "»b ^mu: rpraab in ns 1 » *ia 

*t<an i*b ï"ffnaa ^dn aa^nn f»a^ ^att rr na 

■n*npfi ^ixjw b« *am bab -»3N nan la*^ na 

■*bfcoa ^bma am -«ma baa» uaw ta 

TWi «naba ti»n» m ^naia b« jm na 

^nb»a n?3 ^a» aant* nvîab ni»» n*^r taa 

ta^ax an awN an T»b* mbnb nnap* nb a^a ^d ai5-> b 

■j»an io pnbm nam mia na» "»ab a»m anm «b 

aa "^nbi *awip "ma* w ab 

Tina nnm nab mnm m-ua ^733» n&<n w» ab 

ï-rbnn ma* a->amn bx usa*» »bi b« aonm nb 

naa>73 b^m« n;?373i n;b miab *s n^a iMa 1 » yrr» nb 

pra anar ba mam -piN h - nsan nanb ib 

na» "«b^a "W -us-in-n rsn ^ -i^m !m tb 

nmaaai na^a a^nia ûna vmsw w nb 

-na* "m ">ab n?3un "moai ^îoata» aayrr^ iab 

te^pi *b ^urbia arm dw»» na^rr » 

■nia rt^aio m *b« mm ma nri mm Nnp"> nb 

•jpman ban a^aan ba* pin'm nss mi» mtaa dt: 

*^k ^n "inbtnn naia "jb baia ba nnp naia la a?3 

am aa*b abaia rr 173 

■m naan ba an "•»«) ba» nn naaiaa ns» bvu Sa ntt 

innn^ "»a ura in7aN -«mib 173 

oin ba ^b-'bT - | ?3v mis ^b T73 

Tin» liny mus m© mna b» m n?3 

V* «b dt» DT« «npN ^saujwn ms mnb a?a 

••ma^ao ^a^iN ba ba* nna> ^ni ûim 3 

ta23iNa mat o^aiy» m d^ik ^n nd 

na "»a '■ptto nan: mi nan^ ms rm a3 

ï-ibnnbi D*cb û"»»"iNb b* nb-uob ^bx mar ^:73^^ as 

rmx "rN ndh?: nbu: nmic b'M qiaan rtar» ^d 

"nsp lymba inan ainn nati- 1 "jnba ^i -«73 na 

nai?3 *r b^ insz nnan73 n^ab "jm nbu: n^ id 



1. Poème araméen. 



264 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1 i^n iin ny nsa "p* *pa mnn "ni« . .. Ta 

î-ian&n rrnoN -ntttt Tmb rmuîK ïttmzîk na 

amnm npa aa an? û">en ^b ^n mnnid» ua 

-nTauj: an ^mi ^na nn» ^nan&o m*» *pum ^ab^ o 

■>5>bo nnN "o ^b-ip na^pn ^«jipppi ^bsia ^aa*» aa 

i^b -nab ^mauja Nbi ■•ijûb wnb ba ao 

2 ti ti aipy ba -w»ttb d^tt)» ^o 

Des soixante-trois poèmes de ce chapitre, vingtjet un présentent 
en acrostiche le nom d'Israël : 1, 3-7, 9, 10, 12, 13, 18, 23-26, 29, 
30, 33, 35, 41, 54; vingt-deux ont Israël h. Moïse : 2, 8, 11, 14 17, 
19-22, 27, 28, 31, 34, 36-40, 42, 48, 50. Les n s 43, 44, 52, 53 sont 
sans acrostiches. D'antres acrostiches apparaissent dans les n 08 7 
(Moïse), 45 (Salomon), 46 (Lévi b. Israël), 47 (idem), 49 (idem), 
51 (Moïse), 55 (Méir), 56 (Jnda), 57 (Abtalion), 58 (idem), 
59 (Moïse), 60 (idem), 61 (idem), 62 (Abtalion), 63 (Moïse,. 

Un seul n° (38) se retrouve dans P (59). 



XI 

POÈMES DU MODE DE NEWROUZ 

(199 a, 203a-208£, 84a-6) 

3 yinat3 r-inan Sip Sn ï-imna 
ib m-hhb pb ynrran np^ ba nvnnb n 

im^a di H ûv rrrua ib ria-rn inbba tizîn non w -r>p^ 
rtîj* «b nspT 12 a an inb»5 ^a *\y par ^n "h;d 

1. A partir de ce numéro les titres indiquent, comme nom du mode, UOÙy (voir 
plus bas, noie 3), au lieu de natfD ; le n° 62 a DIIDj dans le titre (v. plus bas). 

2. A la fin du chapitre : DP- 

3. C'est le persan newroûz ()j;>J), « Nouvel An », qui est aussi « nomen soni 
cujusdam musices » (Vullers, II, 1357 a). Le mot devrait être transcrit avec T à la (in. 
M lis Israël Nadjara écrit le mot avec y, peut-être pour le décomposer en V"H D^mots 
qui figurent dans le poème iutroductif. Les titres de quelques chapitres ont 1D (c.-à-d. 
ffi). Dans Z. I. (n 03 15$ et suiv.) le mot est orthographié d'ordinaire UÎT133, mais 
aussi DTiaa (01"I^D est une faute d'impression). Le nom de ce mode est accompagné 
parfois d'une seconde désignation : Età2 (dans Z. /. on trouve aussi DfcÙN^ ou 
□ày) ou même celle-ci ligure seule ; elle indique l'origine persane. V. aussi plus 
haut, n. 1. 

4. V. la note précédente. 



LES POÉSIES INÉDITES D ISRAËL NADJARA 265 

irvrr 3i1 h.T'^a ^t»s înb^ ba» ;yns nvh mai 
■n-nan r:a- inban wa ©*« nmiD im bK b« 

y ma '-udn 

■naab ^iin mana "maa bip mata-» 3 

Smn bn b« nb^ mno yp l-n a 

E|dt^ ain ba ma mn dtt) ticmanb ^ab nna-« n 

maint* na -ptra ■'apttîïi aitan mari "m n 

ibaro^ nraai nm ma» piray a« waa^ t 

^ma y^Ta *pn mi» nan ->b n 

^anauîn mfcn nsab m !t»b u 

■W* inra» ^au>3> ■'ïiba ara bw ■» 

Éar^ia û^iai nmram ^ra a^ab7a *\b ib*>ar tr 

D^bKa pTbbîTnn bas ^ai* ba iraia^ a^ 

*ama yaw *asn yTWa ^raoab m»« "•a» ^nanra* r 

2 "yama bi*n naa pa a->tatti bip nc^ m 

■*bma bea ^pbrta *barw "His <mm ita 

•jb^N ara y ba Nia *;bn aima nttb y 

mb»^ mnitr bai *paba »jb im r 

rrb^cN ^ran na^io» m^i ^ab yp^ m 

taa7at ^b nraj* nn« ba ■nmata Sa *a«m ca^ 

111 1731K2 mra N3 ^72125 tDIINI HS TTl 1^ a 

yan ■'aiNu lis b« "pn wain a^a na*» bara-i aa 

irmb* m nmnb yin "jTnava iiric^ aa 

yi m* -las uaa wvn law iaim aa 

n?i ^nara ip-» bai a^aa am am ra-> na 

mr-i* Nin bsiw m maa* anta m bara» ï-n na 

imnr yen ib miy y» a^a cjn vm rrs^ ia 

mbnn 'yiaô mnai 'yjam iaiNia^ ta 

nTï) b&nra*' ^"it ba im^ S)« i^yiin'' ra 

nastt)» bx a;a aaa^a aa^ittî» b^ ny bmxar* L:a 

uîa^ aia^a ^a^i "»icaa bi:a ■%■' b 

^a -HUN bai ■n ^ba -iy viro Tib^^ »b 

3 ^nbnn ^nN» ^mTan mit aip au:i^ ab 

Tous les trente-deux poèmes de ce chapitre ont en acrostiche le 

1. "HZJN est suivi d'un autre mot que je n'ai pu déchiffrer. 

2. Interprétation de Prov., m, 9 Cyirw lu avec n au lieu de n) d'après Pesikta, 
95, Pes. r., ch. 15. Ce poème est uue glorification du chant noble, qui est un don de 
Dieu et qui doit exalter Dieu. 

3. A la fin du chapitre : abl? N*.13 V&b --- Dr'aai ar. 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nom de Nadjara : douze ont Israël b. Moïse (4, 6, 17, 19, 24, 26-32), 
les autres Israël. 

Cinq morceaux se retrouvent dans P : 2 (119), 3 (118), 4 (117), 
5(106), 23(105). 



XII 

POÈMES DU MODE DE BUSLIK 

(216 a-221 a) 

1 p ■» b o i a n n a n S i p Sa n m n e> 

p^h*i Ttta ^bntabtan ^mba an i» a 

p^bo "bi nna ■£ 

ï-pttb-iN Bppn ^am b">y3 -w "pîm 

îrnp i» bna u^bpi tt-bn tfaa-i 

ïtxjwi ïiba-ito T'in ■jnmiDim "»5ann yan p^aa ^duj b^y ^sia 

t^namE "pvri tay mu? ^n "pn^ra ban «a^n» fcpyn 

p*bm a^ba N-»73iN "pa kï-p in *iy rr»ia aap b&* ban»** Sn 

ï-iaoa ^ba -»b û^ainan i-na jm mïrm ïrm ïm ït a 

abm m ^din nbai nnanttNa p-ro irm a 

maria in na ab *pn imam ma ma n 

n-p maritt rnan îa^att rran ^rys"» n 

^ttntt ^a» "lia by "^y -^a *^y tpbT i 

ia ""iran *rm "j-ien bana ab na:* ^aa t 

^naa "nr-inu^ Dn^ trab^ iTapi iètp n 

tovbn -jb "*a rmy ypïi ">3U> -naa )w sa 

narr» au: na ^aabi Trâ ^aaa ^n ba bna-> i 

"p^ i7an"> Nb ^t»&n û^nTa ■mas rp et 

iiDiptt ma bn by mpra î-mar» "nanta ba w a» 

sp abw natttt ^b an piat rtab» '■pxp a-» 

^aia ibay Niuj tien* ab a i^ ^aaa mo*» n* 1 

1. Mot turc, du perse ^^ (t= **»>?), « baiser ». Pour obtenir la rime du nom 
de ce mode, Nadjara a composé le poème d'introduction qui suit, en langue araméenue. 
Des deux côtés du titre se lisent ces mots : ÛJ, Û"33") T1Z53 D^ya blpa *|b nlQTN 

û^aa dwb û^vrna trnroT. 

2. D'après Job, xv, 31, où "U23 est compris dans le sens de ïTHZÎ (v. le Dictionnaire 
d' 1 Kimhi, s. v. JliiZJ). Ta "•aSN signifie «• des pierres uniformes, solides ». 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 267 

innfco *jb 13 «nn -nia ■ , a" , n ^b ïwi* ita 

*-it3^ ta^ttîn br ûtib b73* ^wn b« -ino" 1 v 

ïrbnn ïtojt*! *]b ■« tut» m» tjt r 

"\aipa -<b* biaiw ïiny "ni* ^idk-i b* nna tn» peu: *|T m 

Deux de ces dix-huit poèmes (17, 18) sont sans acrostiches ; 
six ont Israël b. Moïse (9, 12-16), les autres Israël. 
Aucun d'eux ne figure dans P. 



XIII 

POÈMES DU MODE DE DJIRTA 

(229 0-232) 

l t^"«'-m n-ian ^ i p ^n î-i m n b 

î-rrn ^rasai i»T3» *WLy< ^sp t* 

îmm yon msn ■■idbs anm: nb^n 

iyw*n ba *p "»d im "wb*» rroiam ^j» m*»© w 
wn ^rnaa -pmniD ^o ^nns b* pain mrKfi ^mpio 
■sanpi ^n aip?: ■•BiiiBix -pw mi* nin 

*« ^natE n« naaiofco ^bb ïvpaa ym« 

mnb nNttb \2>paN ^ps n« r» iropa 2 -i»« ^b 

wn in» ïrorm -ab m-pp wm a 

ï-rsnn -on* bas ">?aip Tn^n" 1 û"p ûv -a 

ipTit anp-n rmian "m mTny urm i 

■wa» bx ■■rçinm Mn* ti b« iaron *pi n 

•^b ïrbtbn «rb npia ms ns» *w»n ^naab ttb^ i 

■o^ n^nn nvi pwr ^a ^ab t 

rwan iu53>"» ->b îm ba ba va* n 

knbas ^bb^aai noa3 "p* ^ """"^^ ivm u 

w*ba rssnbym ^mmûi "»ab n»w 

itt-iab ^n mTO "n^b ^ab t»©"' îo 

pra "port mis ^a û^idn p3? ->b ^*nn a-» 

■>n73 n* Nbrt ï-tcîjk n» ^nN 3^ 



1. Je n'ai pu découvrir l'origine de ce mot, qui consonne dans le poème introdurtif 
avec la rime en rP-. 

2. Aj. : <ab. 

3. Il faut peut-être lire ■'Jl^TTin*. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le dernier des treize poèmes de ce chapitre a en acrostiche le 
nom de Hayyim; les autres — à l'exception du n° \% qui n'a pas 
d'acrostiche — ont le nom de Nadjara; les n 08 3 et 10 ont le nom 
entier Israël b. Moïse. 

Aucun ne se retrouve dans P, 



XIV 



POÈMES DE L'AIR DE UZAL 

(237 a-244 b) 

'Sntin nnan ^îp Sn nmnB 

i^yn nbia br aw w ■•■a** ttfin "we n 
8 bnN -» Tm -ra» b« 
btbiT^T TT1B731 tvib» Spa !iba> bip nniN tp-r-p 
bw iaraa» ûnbn aa q-nca a-n*nia*n -nii» 
bî» bioia-'b •pai spha naani n*r aan an 
braan tpna taam nan sp"ia na iapa7a h^ 

■pan Bip aïoy laanm aviTa mi "la^ba» a-ia»-» a 

&U5 nbnn irra«i n s nnncN 5 

* fca*n» d^ms nia ïrau) bna> ab Niraa nab^ n 

iBiatsara nma bab ttbiai Tin nnb meo n 

^a> "para-n T»aT maab '■pas ba barp i 

tt)nn ^aab -hdn run-i b» ro-m ^aab n;a>iaï t 

^nnoa ba rwn "hiis ttpat* *pas nx in" 1 n 

ina^ ^b nb\D"« "paabb tn m»n mnat Nia-» a 

i^TNn na^a mapb la^an "pa " 

ronarp -pas ba "pry tin nma p bbn bbnrp N"> 

t^tiTTD"» îz^m ît-pn niai? maa ^apna^ ■wur y* 

mtaa ■pia aibta Dibia mirn np^o tjp a'» 

ib»a* Ntaa ipiariE ib na>"p ira sa "«no aa> t 

■«a na»aa ba t ^b ^aiain ""an an» main ira 



i. C'est peut-être le nom hébreu de la capitale du Yémen, Sanaa, qui a donné son 
nom au mode. V. la note 3. 

2. Lire 13*. 

3. Peut-être : bT1N?3 '{"PI, c'est-à-dire en Grèce de Uzàl (Arabie du sud). 

4. Ce poème plein d'art a été publié par Dukes d'après le manuscrit d'Amsterdam, 
(v. plus haut, p. 242), Literaturblatt des Orients, 1843, col. 526. 



LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA 269 

tnsîi -pu: lûnatt n*u: VT" 1 t 2 " 1 "^ 3tt5vi "i" 1 

1 «373 N3-> «nbat «3N *p a * s-p r 

"•b^rrt) pirn pn nttb -b^b^ na pn nnt b« r-n m 

Bjbo^ TO *P3U3 bn "pn ^b nnt< bai:» î-p ai 

"•rr^on *p *a iz»3N bN TPip ïm ^psnupb s 

nw "iwm i^ns w* *Tm ^7310 ■w-p «s 

tr*a -D i»»b mri dva wi'WB b&* ds> 33 

i-iunn main rrpi» *r»iz)b nis ^b ^b ûbup aa 

•ns-roi fTW ttpœn Tnbi ïid^it *pp?3 b^rp rrp *i3 

Des vingt-quatre numéros de ce chapitre, le sixième a seul Israël 
b. Moïse en acrostiche; les autres ont Israël, à l'exception du 
dernier, qui n'a pas d'acrostiche. 

P contient la l re strophe et les premières lignes de la 2* strophe 
du n° 3 comme numéro distinct (120). 

(A suivre.) 

W. Baguer. 

1. Poème araméen. 

2. A la fin du chapitre : ûbl3> Nil 3b fOU) ûbtZJSI DP. 



ÉTUDES SABBATIENNES 

NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SABBETAÏ CEVI 
ET SON ENTOURAGE 



Le dernier mot n'est pas encore dit sur Sabbetaï Cevi, cet extra- 
vagant personnage qui a provoqué une agitation si intense et fait 
au judaïsme de terribles meurtrissures dont la trace est loin d'avoir 
disparu. Il m'a donc semblé utile de livrer à la publicité les docu- 
ments et les renseignements nouveaux que j'ai pu recueillir dans 
ce domaine. 



I. — Le père de Sabbetaï Cevi. 

Le père de Sabbetaï, Mardochée Cevi, était originaire de la Morée. 
Il fit fortune comme agent d'une maison de commerce anglaise, 
établie à Smyrne, dont il avait su gagner la confiance. C'est dans 
ce milieu puritain qu'il entendit parler de l'approche du règne de 
mille ans, annoncé par l'Apocalypse. Hanté par les rêveries qui 
régnaient dans ce milieu touchant la cinquième monarchie, Mar- 
dochée, rentré chez lui, racontait aux siens les espérances de ceux 
qui attendaient pour 1666 la délivrance d'Israël et son retour en 
Palestine. Il n'avait pas d'auditeur plus attentif que le jeune Sab- 
betaï qui, né en 1621 et adonné de bonne heure aux éludes cabba- 
listiques et aux pratiques ascétiques, se crut peu à peu destiné à 
réaliser lui-même les rêves apocalyptiques. Il s'imagina que le rôle 
de Messie ne convenait à personne mieux qu'à lui, puisque personne 
n'avait été initié si jeune à la Cabbale. 






ÉTUDES SADBATIENNES 27* 

Ce n'est donc pas seulement à titre de père de Sabbetaï Cevi, 
mais aussi à cause <le l'influence décisive qu'il a eue sur la destinée 
de son fils, que Mardoché.e Cevi m'a toujours paru digne d'intérêt. 
Aussi ai-je saisi l'occasion d'une correspondance avec M. N. Amado, 
do Smyrne, pour lui demander une copie de l'épitaphe du père de 
Sabbetaï Cevi. M. Amado a eu l'obligeance de me l'envoyer en l'ac- 
compagnant des observations suivantes : 

« De renseignements puisés à diverses sources autorisées il 
paraissait résulter avec certitude que la tombe de Mardocbée Cevi 
n'était pas ici ou du moins avait disparu à la suite de plusieurs 
morcellements forcés et de l'aliénation d'une partie de l'ancien 
cimetière. Le vice-président de la société des Kabbarim m'avait 
même dit que de nombreux archéologues avaient fait des recherches 
à ce sujet, mais sans aucun résultat. Nullement découragé par ces 
renseignements négatifs, j'ai voulu m'assurer par moi-même que la 
tombe en question était introuvable et, accompagné par deux rab- 
bins de mes amis et par un archéologue, je me suis rendu sur les 
lieux. Après des recherches minutieuses, qui durèrent plusieurs 
jours et nécessitèrent môme quelques fouilles, nous avons fini par 
trouver le tombeau cherché. J'ai moi-même copié fidèlement l'ins- 
cription tumulaire, que je suis heureux de vous envoyer. Mardocbée 
est enterré près du rabbin Escapa et, sous la même pierre, repose 
un autre Cevi (Isaac Cevi : serait-ce un frère de Mardochée?) dont 
je vous envoie également l'épitaphe : » 



iwotîffi Sn mina pai 
itow ba y-iw non 'ï-i tm 

:vm»K* "pbm )iy pa 
"i"ro !W3i fiM xowm rmap na£E 
©•nnb Y'a ûv naD3 y'": *M pnjP 

.*l"72i fann nsia aa^ 



■vroataiâSK nwa pat 

ww ba y-\n noi 's-i n-p 

■nmpnat tob "i^ip 

•nmatty ■pbm W pa 

nbyai tnaa «ywi rmap mai:» 

-Hasa y": ^ \mE n"na 

^tti Y'AnM rota p-»3 tzmnb T'n or» 



La mort d'Isaac Cevi est donc survenue le 22 schebat 5423, soit 
le 30 janvier 1663, et celle de Mardocbée Cevi le 25 nissan 5423, soit 
le 2 mai 1663, l'un et l'autre étant très âgés [»•*©•»). C'est la date 
du séjour de Sabbetaï Cevi à Jérusalem, où il était arrivé après 
ses longues pérégrinations à Constantinople, Salonique, Athènes, 
dans la Morée et au Caire. 

Si ces deux vieillards, probablement frères, reposent sous la 
même pierre, portant deux inscriptions identiques, c'est qu'entre 
les deux décès il ne s'élait écoulé qu'un court intervalle de trois 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mois et que Mardochée mourut avant qu'on eût eu le temps d'ériger 
une pierre tumulaire à Isaac. On se sera alors avisé qu'une seule 
pierre tombale, portant deux inscriptions semblables et ne différant 
que par la date suffirait aux deux décédés. 



II. — Abraham Ha-Yakhini. 

Mardochée Gevi n'est pas le seul instigateur du mouvement mes- 
sianique parti de Smyrne; il en est un autre, non moins puissant, 
qui a contribué à la genèse du sabbatianisme : c'est le fils de 
Petahia ha-Yakhini. Prédicateur en vogue à Constantinople, c'était 
aussi un calligraphe habile et il fournissait des manuscrits hébreux 
à des chrétiens amaleurs de littérature orientale. Par intérêt ou par 
esprit de mystification, il mit entre les mains de Sabbetaï Gevi, 
fuyant l'anathème du rabbinat de sa ville natale et venu dans la 
capitale ottomane avec l'espoir d'y recruter des adhérents, un ma- 
nuscrit apocryphe dans lequel un vieil ermite, nommé Abraham, 
faisait cette révélation : « Enfermé pendant quarante ans dans une 
caverne, je m'étonnais toujours du retard inexplicable des miracles. 
Un jour, j'entendis une voix céleste qui me dit : en l'année 5386 de 
la création, il naîtra à Mardochée Gevi un fils qui s'appellera Sabbe- 
taï et qui est appelé à sauver Israël et à tuer le dragon. . . » Ce 
livre apocryphe, écrit en caractères archaïques, fut la principale 
cause de Fimposture sabbatienne, de l'aveu même de Sabbetaï, qui, 
plus tard, après sa conversion à l'Islam, aurait rejeté, en présence 
du collège rabbinique d'Andrinople, toute la responsabilité de l'agi- 
tation sur Abraham Ha-Yakhini 1 . 

Quoiqu'on ait déjà publié une lettre de ce rabbin à Natan de Gaza 2 
et une autre que lui adressa Ezéchias Romano 3 , toute la lumière 
n'était pas faite sur le mystificateur de Constantinople. J'ai eu la 
bonne fortune récemment de mettre la main sur un manuscrit qui 
pourra satisfaire sur plusieurs points notre légitime curiosité. C'est 
un in-octavo de 127 feuillets de papier ordinaire, renfermant des 
mélanges midraschiques, talmudiques, casuistiques, cabbalistiques 
et oratoires; d'une belle écriture cursive judéo-espagnole, parfois 
négligée, mais souvent soignée, il justifie la renommée de calli- 

i. nbart D-nairr bs ^b uns «ira D*naN n-naa* nvy ?ar^ narm 

"p-iptël VaTDa. Cf. nJH rp-p [El Progresso), Andrinople, 1889, n° 20, p. 333. 

2. Revue, XXVI (1893), 209-219. 

3. Ibidem, XXXVÏ1, 103. 



ÉTUDES SABBATIENNES 27i] 

graphe de Yaklrini, qui introduit fréquemment ses discours par 
*ywi Dmaa* iton ou nns TWi ûmat* ' . 

Ce recueil manuscrit nous fournil de précieux renseignements sur 
la vie el l'activité d'Abraham Yakhini, ainsi que sur son rôle dans 
te mouvement de Sabbetaï Gevi. 



1. — Biographie de Yakhini, ses relations. 

Dans une note marginale, datée de 1652 et qui figurera plus loin 
in-extenso, Abraham dil de lui môme : rmzî b *h ïit mina ^npiun ^n 
T^itWï Wi Taran. Cette indication, loin d'infirmer l'assertion du 
■mat nirns» 2 , qui fait naître Abraham le 11 septembre 1611, semble 
plutôt la confirmer : quand il écrivit cette note, il avait abandonné 
depuis vingt ans la légèreté de la jeunesse pour se consacrer à 
l'étude. 11 était de quinze ans plus âgé que Sabbetaï Cevi, né en 
1626, et cette différence d'âge explique on ne peut mieux l'ascen- 
dant qu'il a exercé sur lui. 

De ses parents, il nous l'ait connaître son grand père Schemaria 
Ha- Yakhini dont la sœur 3 fut l'objet dune oraison funèbre qu'il 
prononça peut-être le samedi suivant le jeûne du 9 d'ab d'une année 
incertaine, mais antérieure à 1653 '', en présence de plusieurs rab- 
bins, à la tète desquels le chef spirituel David 5 , que je crois iden- 
tique avec David b. Jacob Cohen, mentionné par Sambari 6 el par 
Samuel di Médina 7 . Abraham mentionne encore un certain Isaïe, 
qui lui était apparenté du côté paternel et dont il exalte la science 
en termes hyperboliques 8 . Ce pourrait être Isaïe, fils de Joseph di 
Trani u"Em:-ra) 9 . 

1. V. 15 a, 21 a, 37 6. La pagination du manuscrit est de moi. 

2. Lemberg, 1871, p. 3. 

3. Probablement épouse d'un rabbin Joseph, à en juger par ce passage de l'exorde 

(81a) : msTi: Db'àJn aann ©anb EprN "^D ht m^sn riT'Ssb n^an mDï» 
ib ib^ot D^n. 

4. Le toxte du sermon, Deut., v, 2-3, est tiré de la section Vacthanan, qui, en vertu 
de la règle lbitl "1731£, se lit le samedi qui suit ce jeûne. La date de 1653 est 
indiquée dans une note marginale, ajoutée après coup et dont il sera question plus 
loin. 

o. tnsai aiTi Miiy hd \yzp -xn pn iibiaasj nrman "w ^pT -m 
m "rbnn pnan73n aiïi b»-^ natiE bai irn^n bi*w DbiDaœ bipœ 
■nT?a mm aipTDn. 

6. Éd. Neubauer, Med. Jew. Chron., I, 153. 

7. Consultations. I, n" 198. 

8. F" 1146, en marge: jr-n N2N1 my-iT rmiD3l pina rmsîa nPD naai 
Y'-; rrv^ ira-, mi «bBi?a D"nn -ip"i*i *ro m na. 

9. Sambari, ibid. ; Conforte, 51 <i . 

T. LVlll. n 1115. is 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En outre, j'ai trouvé cités, dans notre manuscrit, comme contem- 
porains et concitoyens de Fauteur, les personnages suivants, que 
j'ai rangés dans l'ordre alphabétique : 

/. — Elie Abayi, dont la signature figure au f° 5 a, en haut 1 . 

2. — Eliézer b. Schouschin 2 ou Sasson, qualifié de rabbin savant 
et pieux (Tom pmua an;, fils de David Sasson de Salonique 3 . 

Ces deux rabbins sont mentionnés, avec Moïse Benveniste, dont 
il sera question tout à l'heure, à propos dune question rituelle sur 
le deuil. 

3. — Hanania b. Yakar (f° 7 b en marge : V't rran 'i mti) \ père 
de Yomtob ben Yakar' 6 , qui excommunia Sabbetaï Cevi 6 . 

4. — Moïse Benveniste, déjà mentionné 7 . Il est signataire d'une 
décision sur un cas de aggouna 8 et est appelé à ce propos l'auteur 
des Consultations rrcstt ^d 9 . 

5. — Salomon ben Moubhar (famille que l'on appelle mainte- 
nant du nom correspondant en espagnol «Escogido»), fils de 
Samuel. Il est l'auteur du t* pm, adaptation versifiée du Yad de 
Maïmonide, terminé en 1634 et édité par Firkowitch <0 , ainsi que 
d'une préface au livre ûb"tf mr™ de Salomon Algazi. Il est cité par 
Hayyim Sabbetaï 11 et par Israël Adator, rabbin d'Andrinople de la 
première moitié du xvir 3 siècle, qui, dans une des lettres inédites 
que je me propose de publier un jour, le mentionne en ces termes 
élogieux : Y'na nmitt ') n^bra -ï'nttD "i^d T»a»i ïtwi nm tbvn dam. 
Mais est-ce le môme que m -i"m -rai» '•; nttbuî, qui figure en marge 
d'un feuillet de notre manuscrit (80 a), et ce dernier, qui est dit 
« fils de David », ne serait-il pas plutôt le petit-fils de Salomon ben 
Moubhar I, qui est « fils de Samuel » ? 

1. V. Conforte, 51 b : IpODI bna D5n. 

2. Sambari, ibid. 

3. Conforte, 48 6. 

4. V. Sambari, ibid.\ Aron Sasson, Consultations n?2Jtf rmn, n° 19; Samuel di 
Médina, Consultations, III, n° 299; Joseph di Trani, Consultations, I, n° 65; II, 
n° 43. 

5. Conforte, 396, 516. 

6. Grzeti,Geschichte, X, 476. 

7. Supra, n° 2, et Pièces justificatives, I. Cf. Sambari, ibid. ; Conforte,' 51 a. 

8. Û"^jN 3HT, éd. David Frânkel, Husiatyn, 1902, n° 39. 

9. Ibid., Table des matières, n° ab, note Y». 
10. Odessa, 1866. 

H. D^n min, I, n os 63 et 65. Cf. ma revue nJH E|DT\ pp. 132 et 146. 



ETUDES SABBATIENNES 275 

Dans un acte de témoignage sur la mort du barbier Sabbetaï 
ben Âjnram fils d'Abraham Sanianon, daté du °2() tébet 1662, 
Yakhioi appose sa signature avec Les deux rabbins suivants 1 : 

6. - Jacob Alfandari, que je ne trouve mentionné nulle pari 
ailleurs, mais qui peut être un parent de Hayyim Alfandari 2 et des 
deux frères Moïse et ïsaac Alfandari, appelés respectivement ton 

Tom et bvu *p3>?o dsn 3 . 

7. — Moïse ben Schangui ou Sanche, signataire d'une décision 
sur une aggouna 4 et cité par Méir de Boton b . 

S. — Josué Raphaël, fils d'Israël Benveniste, consulté sur la 
môme question qui fait l'objet de l'acte précité, a signé une déci- 
sion qui complète le recueil de ses consultations récemment publié 
sous le titre de Jiufp "i*id par les soins de la Société Dobhebhe 
Sifthe Jesckenim 6 . On sait qu'il est aussi l'auteur du yioim rma 
sur le Yerouschalmi et du snDirr -«an*, sermons sur le Penta- 
teuque ; il est cité, parmi tant d'autres, par Joseph di Trani 7 . 
Enfin, il vient d'être mis à l'ordre du jour par le roman imaginé 
par M. Friedlander pour justifier la publication du Talmud Yerous- 
chalmi sur Kodaschim. 



2. — Activité littéraire de Yakhini. 

Notre manuscrit nous fournit des renseignements, non seulement 
sur certains des ouvrages dont nous le savions auteur, mais aussi 
sur ses autres travaux littéraires dont nous ne connaissions même 
pas les titres. En effet, les bibliographes ne mentionnent de lui, du 
moins à ma connaissance, que trois ouvrages : d^m^ra f p, pastiche 
des Psaumes, édité sous le titre de rrob» mn (Gonstantinopîe, 
IGoo), nana rnsonn, commentaire de la ïossefta et consultations, 
et dn-QN bu:N, recueil de sermons. De ce dernier, composé, paraît- 
il, de deux parties au moins 8 , et qu'il appelle son plus grand 

1. V. mon Essai sur les vocables turcs dans le judéo-espagnol, p. 2 (tirage à part 
de la Revue orientale [Keleti Szemle] de Budapest). 

2. Sambari, l. c. 

3. Conforte, 46 b. 

4. û^ttJ3« ani, d° 40. 

5. Consultations, n" 30. 

6. Édition Pilip Kowalek, Husiatyo, 1903. 

1. Consultations sur Eben ka-Ezer, n" 37, et II, sur Yoré Déa, a' l i 

8. i"D2 TîDiwn :w "o "»msm« 'a pbna yy ~± i. /'. . 



276 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ouvrage 1 , nous avons ici des fragments 2 , sans compter de nom- 
breuses références. 

En dehors de ces trois écrits, on trouve dans le manuscrit les 
titres et les mentions des ouvrages suivants : 1) et 2) : nco 
wba msin, que Jacob Kouli vit en manuscril en éloul 1730 :t , 
et ">b Ti ^"ido formant série avec le mabtt rn ^dd et le •— ido 
tarnaa braa (4 b) ; 3) Ja^pra nan '; 4) tnms ^iud 'o (31 a, i. f.) ; 
5) ya* ™*> gloses sur le ïalmud (?) 5 ; 7) Nm^i t^-iso 6 ; enfin, 
celui qu'il appelle O'nanp tout court (o a) ou "ina o^anp (33 a 
en haut). 

Voilà donc, avec les trois livres déjà connus et abstraction faite 
de notre manuscrit, dont on trouvera plus loin un aperçu des 
matières, au moins une dizaine de traités de Yakhini, ce qui 
explique l'épithète de « polygraphe » nmn û-nsa mm que lui a 
décernée Ezéchias Romano 7 . 

Il résulte de notre manuscrit ainsi que des fragments de ses 
autres écrits qui y sont insérés que Yakhini a embrassé toutes les 
branches d'études en vogue parmi les rabbins de son temps. 
C'était d'abord un prédicateur, excellant à trouver, par l'interpré- 
tation midraschique et mystique, des sens multiples aux textes 
bibliques et talmudiques. Tantôt il se contentait d'écrire ses ser- 
mons 8 , tantôt il les prononçait en public, peut-être dans le temple 
Galatiano 9 , soit sous forme d'homélies hebdomadaires ,0 , soit sous 
forme d'oraisons funèbres sur des personnes connues M ou incon- 
nues ; les noms de celles-ci ne peuvent être dégagés qu'avec peine 

1. . ..\-nan TJ58 ûït-dn braa 'oa -i?2N7: imw rcnan ^nanatt itûdt 
f'oa bnari "nson au) vo-ianœ n^a y^i (5 b). 

2. 1-131 nnttN n72N snr nbia p-iiuî vnjcaa -i©» omaN bm "ido hî 
173N mbir» "<Ta 'n yom ^^D"»n ûmaN ^a ûn^m û^an (66 b). 

3. Préface de la compilation exégétique judéo-espagnole intitulée Ï3>*lb D3>73, 
Constantinople, 1823, I : i w i "i^avi DmaN "l""iri72 mttm "irpbtf PSin. 

4. y>? V'oa ^nrrnp 'n *]^ustt573 rns E]n mnD vuû-n naa it na-i^ai 

Voa Û^pE ïlfitt 'on (13 6). 

5. "pam wia titjp dk -mo p 'sa ya-» mE*a 'ibni (H4a). 

6. Y'oa pi-i «ma&n însDa yiv et D-nn m»np»a isNstttn stti 
T'oa narrmwa (16 a). 

7. /îevue, XXXVII, 103. 

8. Par exemple : mbbaa a"PN blÛ W3* b* 1Z3TÏÎ (f° 65-67, ; «ibbtt menp» 
iriwX D"HC33ïpa "l^in "p73D DTUD-n (33 aï; spéculations sur divers passages agga- 
diques concernant le roi Salomon (116-118). 

9. 99 b en bas. 

10. OTOD 'S 'a fflW (68 a), dont nous publions l'exorde (ïimnDI !ia")3>73 
U5TTlb) dans les Pièces justificatives, I a, à cause du dernier alinéa, significatif au 
point de vue sabbaticn. 

H. ">DpT "173 mna maaan rrnas b* ^niana wim (8io; voir plus haut). 



ÉTUDES SABBATIENNES 277 

du fatras de l'exorde ou d'autres passages du sermon '. Aggadiste, 
il s'occupe spécialemenl de l'explication de certains sujets et textes 
talmudiques, tels que : Baba bat m, 7, v w/ : pim n"a mn -n na -Ta 
'"di û^top roio r-ntD*b rt"apn i^ny (98a-99) ; Sabbat, 55 a : ,ta n b"« 

'idi ^baptt ab b"N t^mba wn W ->3nb ntt -inrprmb *jwo 'nb îtpt 
IOOa-101 ; iàid.i 54 6-55 a : to* -»3pT û* Na^ ud;d*dd 'tt Y'to Nï^n ^"s 
'nm b"ntt un ïn«n 102 a-103) ; Pesahim, 66 ô : tnaba wtas "p ^tt n"a 
'•di ttbrtt ib "ppons ib^DK oy©tt (106a-i07); Sofa, 48 a : r-na anmntt 
'tdi ttittN ■'ttîaN nposi û^n» r-i^Di T»«n b-ja ©TpEfi (119a-121); sur le 
mérite de ceux qui se livrent avant l'aurore à l'étude de la Tora 
(4a-4), sans compter les nombreuses discussions talmudiques 
dont notre recueil est émaillé. 

Abraham apparaît comme casuiste, soit dans les textes dont nous 
avons parlé plus haut, soit dans d'autres consultations portant sur 
des questions théoriques- ou pratiques, et comme glossatcur des 
easuistes, par exemple dans les fragments de son i^aa b-ins précité 
et dans ses b ff TD w 33rin ^bdibe b* onm ^m (114a), indépendamment 
de digressions analogues fortuitement intercalées dans ses autres 
écrits. 

Gabbaliste, il ne se borne pas à rapporter les idées du Zohar 
(aberan, 10«), d'Eliézer de Worms et de Recanati par l'inter- 
médiaire d'Estori Parbi (72a en bas), d'Isaac Louria et de Vital 
Galabrese (16 ô); il nous fournit, de son cru, des échantillons de 
sa doctrine ésotérique et ses élucubrations sur les noms artificiels 
de la divinité (f os 27, 34, 48, 50, 60, etc.). Il pratique même la géo- 
mantie, comme en témoigne un curieux pointillage (63 a). Son 
ouvrage Sa Ti, dont le titre rappelle singulièrement le fameux 
Raziel, devait être exclusivement cabbalistique 3 . 

En exégèse, il a naturellement une tendance constante au 
Midrasch. Ses explications, parfois bariolées sur le même verset '•, 
portent sur presque toutes les parties de la Bible, comme le montre 
ce relevé des scolies contenues dans notre manuscrit, sans parler 
des passages déjà cités précédemment : I Rois, xi, 31 (6 a); II Rois, 

1. V. f° 13 a, où il s'agit probablement de la mort des enfants d'un certain Joseph, 
fils (?) de Moïse (peut-être identique avec le célèbre casuiste C3"73^n), comme il 
appert d'un passage que nous reproduisons dan* nos Pièces justificatives, I c, en le 
faisant précéder de l'exorde du même discours (I 6). Le même vague plane sur le 
sujet d'une autre oraison funèbre, mutilée au commencement et dont nous publions 
un passage du milieu [ld). 

2. «p-on» "naïTO^ n-p-i? "p5*a nbaiDiai vnx oanb proton "iidn ïm 
'iai ny-r naa "\i2zy naonb (1146). 

3. Cf. 10 a : TNW Db?S )^y HTI. 

4. Cf. Pièces justificatives, VII et X. 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ii (108-113); vi, 14 (1-4); Isa e, v (11-12); xxv (13-14); xxvi, 19-21 
(18-19); xxx, 18 (15-16); xxxv, 1 (20); Ezéchiel, xxi, 29-32 (21-23) 
Miellée, vi, 8 (27); Aggée, i, 5-7 (20); Zacharie, xm, 7-9 (24-25) 
Psaumes, xxm (48-51); xu (52-55); lxv, 2 (83-88); lxxvii, 5 (56-58) 
Proverbes, vm, 10 (32 6) ; xvi, 4 (89) ; xxiv, 5-8 (33); xxx, 4 (34-37) 
xxx, 18 (28); xxxi, 10 (80 6); xxxi (91-97); Job, xxn, 21-24 (71-72) 
xxix, 7-14(68-70); xxxvi, 22-25 (41-42); Cantique, iv, 9-10 (38-39) 
Rulh, i, 15-18 (61-62) ; iv, 9-13 (63-64); Lamentations, iv(90); Ecclé- 
siaste, xi, 3 (59-60); Esther, vm, 16 (16 b). 

Ses nombreux écrits sur les sujets les plus variés, ses connais- 
sances bibliques, casuistiques et cabbalistiques, qui n'excluaient 
pas une certaine curiosité scientifique, uniquement fondée d'ail- 
leurs sur les deux ïalmuds 4 , donnèrent à Yakhini une haute idée 
de ses élucubrations et une grande assurance dans ses assertions 2 , 
au point qu'il les accompagne presque toujours de l'une des expres- 
sions suivantes : nnsn mnsrD tin (3 6, 9 b, 10, 30, 33, 51 , 52, 57, 67, 80, 
etc.), *wn T 1 " 1 nn (**)> ™» *wa "pas fin (18), irwra im nisti (90\ 
wn "p^a ûTium ibbrr menp» (33), etc. Cette confiance en lui-même 
ne l'empêche pas de signer modestement en rimes : "wba fionON 
■>:nan ûmaa (115 6) 3 . 



3. — Les songes de Yakhini et ses rêveries messianiques. 

En digne disciple de Louria et de Hayyim Vital, notre héros 
devait avoir ses inspirations d'en haut et il les a eues à cinq reprises. 
Il les raconte de la manière suivante (je publie les originaux en 
appendice) : 

/. — Au mois de heschvan de l'an 5413 (1652), je vis en rêve un chameau 
énorme qui me poursuivait. Fuyant devant lui, j'entrai dans une chambre 
dont je fermai la porte à double tour. L'animal ayant enfoncé cette porte, 
je me cachai successivement dans plusieurs autres pièces ; dans la der- 
nière, il y avait une étoffe légère et transparente (?) comme une vague. 
Etant descendu dans la mer, je ne craignis plus le chameau. Là une 
jeune fille d'une grande beauté sortit à ma rencontre, m'embrassa étroi- 
tement et m'adjura de ne pas l'oublier, car je devais épouser une reine, 
cachée maintenant par le soleil et la lune. Très ému, je le lui jurai et je 
crois avoir eu des rapports avec e\\e. Aussitôt après, une autre jeune fille 
parut, puis le soleil et la lune, laissant voir la reine resplendissante de 

1. Par exemple sur certaines recommandations hygiéniques (40 a). 

2. Pièces justificatives, X, note 1. 

3. Cf. Baba Mecia. 85 A. 



ÉTUDES SABBATIENNES 279 

beauté qui m'étail destinée. Rempli de terreur, je me réveillai, ému par 

cette vision dont je n'ai rien caché, par la Tora ! ! 

2. J'ai eu un autre rêve en heschvan 5413 (1052). Je vis entrer dans 
la chambre OÙ je dormais un vieillard terrible, de taille moyenne ; à sa 
vue, je fus saisi d'une grande frayeur. S'emparant de moi, il voulut me 
juger ; mais je me prosternai devant lui et le priai de prononcer lui-même 
sur mon cas, sans me conduire ailleurs. Alors il s'assit et je lui dis : « Sei- 
gneur, depuis vingt ans je suis épris de la Tora et retiré des occupations 
de ce monde. Si j'ai péché en quoi que ce soit, c'est que je suis aussi formé 
d'argile et que le mauvais instinct m'a assailli. » Aussitôt, l'épouvantable 
vieillard se leva et je me confessai en hébreu et en langue vulgaire (judéo- 
espagnol?). Puis, comme je lui demandais son nom, il me dit : « Je suis 
la Mischna 1 , qui punit l'homme ; je ne suis autre chose que la Tora qui 
t'aime et te chérit ; ne parle donc plus ainsi ». Je continuai à me confesser, 
tous mes membres secoués de frayeur. Bientôt il se changea. . . en une 
belle jeune tille (?), que je soulevai dans mes bras en l'embrassant. Au 
moment où le terrible vieillard proférait ces mots, il embrassait... à coups 
répétés et avec des baisers redoublés. Je me levai, saisi d'une grande 
frayeur, les cheveux hérissés et fondant en larmes à cause de cette 
immense vision que Dieu seul comprend et dont seul il connaît l'expli- 
cation. Qu'il me fasse partager le sort de ceux qui étudient la Tora avec 
désintéressement. Amen ». 

Les deux songes suivants ne portent pas (ou guère) de date ; mais 
le premier trahit par son contenu la même époque, puisque le sul- 
tan Mahomet, dont il y est parlé comme d'un enfant, est monté sur 
le trône en 1649, à l'âge de sept ans. De la date du second, il ne 
reste que le jour et le mois, le chiffre de Tannée étant rogné ; mais 
il n'importe, car le contenu n'offre aucun intérêt historique. 

3. — Hier soir, je me suis vu en rêve coiffé du turban du sultan Maho- 
met et portant dans ma ceinture le mouchoir (?) de ce prince. Puis, j'ai 
vu des lits dressés, des atours royaux, des habits d'or et d'argent. J'ai 
aperçu aussi le sein d'une femme et, ayant pressé un des tétins, il en 
sortit du lait. Je me réveillai alors : c'était un songe. De plus, j'ai vu le 
roi parmi des enfants de son âge \ 

4. — Le 15 sivan de l'an 5413 (?) .. je m'y promenais et arrivai près d'une 
fenêtre, d'où je faillis tomber; la crainte d'une chute imminente me fit 
pousser des cris. Je reculai en hâte et par bonheur je ne tombai pas. Alors 
je remerciai Dieu et je récitai à haute voix les actions de grâces usitées 

1. Pièces justificatives, II. 

2. Comparer le fameux Magguid de Joseph Caro. 

3. Pièces justificatives, 111. 

4. Ibid., IV. 



280 REVUE DES ETUDES JUIVES 

en pareil cas. Ma femme me regardait balayer les ordures de la maison 
ainsi que les toiles d'araignées et d'autres ordures que je jetais au fumier. 
Ensuite, je me vis en songe, vêtu d'un habit blanc «kiamiza» (chemise?) : 
c'était la veille de Ki'ppour, peu après le repas préparatoire du jeune. La 
nuit suivante, j'aperçus une source d'eau vive débordant impétueuse- 
ment. J'ai vu aussi à deux reprises des ouvrages portant le nom de feu II. 
Hanania l . 

5. — La nuit de lundi de la semaine de Balak de l'an 5423 (1663) 2 , je 
vis en songe, écrits dans un livre les mots \:t cl pn et plusieurs autres 
noms à deux noun, ce qui indique, comme on sait, que Dieu va opérer en 
ma faveur des miracles 3 , pour que je puisse le servir et accomplir sa 
volonté. Amen ! — On me donnait aussi un panier plein de grosses poires 
et de gros marrons. Je vis aussi que je donnais dix piastres (?) pour que 
l'on m'ouvrit la porte de la ville, où j'entrai dans le port avec plusieurs 
personnes, car nous étions sortis de Gonstantinople. Je me réveillai alors: 
c'était un songe''. 

A ces témoignages de l'ardente imagination de Yakhini, ajoutons 
quelques-unes de ses visions eschalologiques. Elles pullulent dans 
notre manuscrit et il nous suffira d'en l'apporter deux, dont nous 
reproduisons en annexe le texte original, pour montrer en même 
temps sa méthode midraschique, qui ne diffère, d'ailleurs, en rien 
de celle de ses contemporains. Dans le premier de ces passages, qui 
porte sur un verset d'Isaïe (vi, 1), il prévoit la chute inévitable de 
l'envahissant Ismaël \ Il va plus loin dans le second, où il prédit 
sans broncher l'institution d'une nouvelle ïora dans les temps 
messianiques 6 , qu'il appelait de tous ses vœux 7 , en se bornant, 
d'ailleurs, à copier les Otiot de R. Akiba. 



4. — L'enthousiasme de Yakhini pour Sabbetaï Cevi. 

De ces rêveries et de ces divagations il ne lui restait qu'un pas à 
faire pour chercher et trouver l'homme digne, d'après lui, de per- 
sonnifier son idéal. On comprend facilement comment cet esprit 
accessible à l'autosuggestion fut d'abord le promoteur et ensuite le 

i. Est-ce Ben-Yakar (voir plus haut)? — Pièces justificatives, V. 

2. C'est l'époque à laquelle Sabbetaï Cevi se trouvait à Jérusalem, à la veille de 
débuter dans son rôle de Messie. 

3. En hébreu 03, qui commence par un noun. 

4. Pièces justificatives, VI. 

5. Ibid., VII. 

6. Ibid., VIII. 

7. -nnN •ppisnio r>&n ïtttijïi n^iiD^n û!-pb» ï-hu-hïi yyryvh (58 6). 



ÉTUDES SABBATIENNES 281 

fervenl adepte du mouvement messianique à la création duquel 

il a beaucoup contribué. Nous ne pouvons assurer que ce soit à 
l'intention de Sabbetaï Gevi qu'il a consacré un long commentaire 
(43a-47a) au psaume xlv, qui était, comme on sait, solennellement 
chanté à Smyrne par son idole, entouré de femmes et au milieu de 
gesticulations frénétiques et d'immoralités scandaleuses ' ; tout le 
fait croire dans l'exorde de cette homélie 2 , qui trahit, quoique* à 
mots couverts, ses préoccupations sabbatiennes. Mais il y a un 
autre passage 3 où cette exaltation se manifeste d'une manière indis- 
cutable, puisqu'il y parle, vers la fin, de la rédemption comme d'un 
fait imminent qui doit survenir dans deux ou trois jours (rjmnp 13 
D^" 1 rrobœ ix 'as wan^). Bien plus, le titre de ce sermon ('3 iûiti 
Dn:c 'd) indique la date à laquelle il a été prononcé. Si c'est l'an 
1666, comme il paraît résulter de l'assurance de cette prédication, 
le calcul nous conduit au samedi 14 tammouz 5426 (22 juillet 1666). 
On dirait que par ces mots fatidiques de l'exorde, il voulait justifier 
L'initiative audacieuse prise par Sabbetaï Cevi de supprimer le jeûne 
du 17 tammouz, qui devait être observé le mardi suivant 5 . Cet 
aplomb ne doit pas nous étonner de la part de Yakhini, qui, se sub- 
stituant au collège rabbinique de Constantinople, se hâtait, vers la 
même époque, de répondre à Jacob Sasportas pour confirmer le 
caractère messianique de Sabbetaï Cevi, qui se trouvait alors aux 
Dardanelles, préparant son apothéose 5 . 

Si les événements ne s'empressaient pas de donner raison aux 
prévisions de Yakhini, il n'était pas homme à se décourager pour si 
peu. Aussi fut-il récompensé de cet attachement fervent par la part 
quil obtint dans le partage imaginaire du globe terrestre fait parle 
faux Messie au bénéfice de ses disciples 6 . 

Son enthousiasme sabbatien atteint son paroxysme dans un dithy- 
rambe en l'honneur de Sabbetaï Gevi que nous publions en appen- 
dice, précédé dune partie de son commentaire d'Isaïe, xxx, 18, 
qui était bien de circonstance 7 . Ces compositions versifiées étaient 
alors à la mode, témoin celle que j'ai publiée autrefois 8 en l'attri- 

1. Cf. pjH tpV, p. 268. 

2. Pièces justificatives, IX. 

3. Jbid. t I a. 

i. Ce qui étail parfaitement d'accord avec sa théorie de réforme religieuse déjà 

indiquée : ->"j irnb Triais rronn min am-n aiûr mvrb r"n-pn -rru' 

PPtDtî Pièces justificatives, XII). 

5. Cf. n*n r|o-p, p. 3ii. 

6. Ibid., 296-297. 

7. Pièces justificatives, X. 

8. Revue, XXXV, 264. 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

buantà Samuel Primo. Voici d'ailleurs la traduction de ce panégy- 
rique mystique en vers, composé de six strophes, dont les cinq 
premières portent en acrostiche le nom d'Abraham : 

Je chanterai et je célébrerai le Dieu exalté par sa puissance, unique et 
redoutable parmi ceux qui l'entourent; pour les Juifs il est la lumière. 

Il a cueilli des aromates et de la myrthe ; le Saint d'Israël a modelé 
une figure; il a foulé au pressoir (les ennemis) comme des raisins ; un 
roi a régné 1 glorieusement. 

Rapide comme un cerf 4 , il agrandit la Tora ; admirable dans le conseil, 
il apaise le courroux ; bientôt il sera élevé et exalté ; sa vérité est un bou- 
clier et un écu. 

Il a mérité le règne et la couronne, extrêmement glorifié dans l'em- 
pire (?) 3 ; prodigieusement élevé dans les arcanes de la Tora ; c'est lui 
qui bâtira le sanctuaire. 

De la magnifique âme divine, elle est détachée, prémice sacrée ; il 
a hérité sa lumière du Dieu redoutable, dont l'âme est unie à la sienne. 

Le germe du Seigneur est (plein de noblesse) 4 ; l'empire a été placé sur 
son épaule 

Germe de noblesse, 

un roi a resplendi, 

un roi a resplendi, ô brebis dispersées ! 

On sait que cette foi inébranlable de Yakhini en Sabbetaï Gevi ne 
faillit jamais, même après l'apostasie du faux Messie, comme le 
prouve sa lettre publiée par M. Epstein 5 . 



III. — Samuel Primo. 

Sa maladie. — Dans une étude précédente 6 , j'ai rapporté une 
tradition andrinopolitaine sur l'infirmité du secrétaire de Sabbetaï 
Gevi. Je puis la confirmer à présent par une lettre signée de lui. 
Cette lettre, copiée d'un manuscrit, forme la pièce justificative 
n° XI. 

Ses relations. — Comme intermédiaire épistolaire, il indique 
dans la même lettre à son correspondant lsaac Lévi un certain 

1. Ou : « il a fait régner un roi ». 

2. En hébreu « Cevi ». 

3. Ou plutôt « dans les dix (Sephirot) » ? 

4. En hébreu « Cevi ». 

5. Revue, XXVI, 209-219. 

6. Revue, XXXVII, 103 et suiv. 



ÉTUDES SABBATIENNES 283 

Ephraïm.Nabon, jeune homme qui acquit plus lard une grande 
célébrité rabbioique par son ouvrage de casuistique tza-nra narttt. 
Je publie son épitaphe, copiée sur sa tombe à Haskeuy-Constanti- 
nople'. Elle nous apprend qu'il mourut le lundi 26 nissan 5495 

(1735). 

Constantinople, janvier 1008. 

Abr. Danon. 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



a) Exorde du onas 'a taw : 

dtpisï D'aras anon D"n2fcîaE pa ^abnb a^a ba ba» Umï aa"nuiN 

on^n ba maie iddnst mrrm» mabn nvnia mbaia» nartai nana 
iain Dm bai mbiaw .ïnbN "iîm a-oaaai rrnn it la^n nN ibbai 
— ian?an *|-n iaa nasb naatt b&nw ©Yip net tmpnb iinp r.rmTa 
aaans: apin D">bnr aibwn jn» net?a na-ia iwa^ mnw eta^rt Sa 
.■pj> inDTu: ab rrna "vèt najt 13> ûniaa "p-n 
irsn nn^n nn« min bu aaa t|naa "na;z)7ab m^nai bia»b -nroa 
in-pi a^Tabi^ nanur 'na a»taia a? ■■■nan ">'ana7a D^anbn -naa?a lana 
.(68 a) taa^ niabiu in 'aa "la^nanur navip ->a "ra^an ia"wnz) 

b) Sermon : 
Exode, xxi, 31-32. 
Zebahim, 115 6: «b ma lin» nOT "ib ^-ittct "pnfct bu: T»33 "intttta 

,'iai &tba *pa "intt 
r-rbpaa naaab in» n^.-pn mn Dbwn fa map mm "man ntn 
o^ina ,ab ba» dis cm "ptn erav^p n73 npir nTa na-ua a^N a y paT» 
Sni ia«?i nat îbbai nb»«ïi wtdi , T l n»VTi rrpbna raaa iinca 
ta^a D^niQ nai: "ïamK .iba lus a» a laa amaa iaw "paiia-» d-)dj> 
ynp ba ba» "pin m Ta w&n rrbian *atab NaTam TaaH ^ttTa Sa 

1. Pièces justificatives, XII. 

2. Soucca, 32. 

3. Taanit, 21. 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ï-^kt .'inairan )^yi2 rwnn by non 'nb rrn û^ann ^p^ir^i 'yipi 
tanbna-i 3, p3:nn?a iraia din ^a ^3>7aa anb yjp 'n vn* nbna 
nsa tt^nai .-in» rr^ ûnnnco n«ai mettrai n^nn Nan tzbi^b 
H:n ans b«3 vsa "nas» ^a anao ^D7a û^?aan anpa aonaro •pyrç] 
D"noD5i anan aan aan abir -^a bob -jy-i ma ^"uaba ^iba ûip?a 
ûiizîtd in ana»n p fancai ûmbiE maiy DiU5?a in û^ai '3 b->au;a 

.(73 a) 'iai nana b\a i-mo* 

c) 

*P*»od abn Nbpb aaab imzi D^^îm B^aniOtt bfcnuî* 1 mwï 
obtDNi ,Np^n3> -«b^TD *bi» ba 5 na?an by 113 m b b^na np Nnnaa no">a 
*n 'Nnmn nbrw fcnaa -un N7a->b îmo a^an 6 w?ana wi^n Draina 
in^na nbnn7a ,nsiz) na» im:n *pna nain -paVi* mnna lasnia 
bai nb^ta Na^ ^a 13> 8 a^pjN3 in ib&o a^nato nD7a fiba ûbiy bu: 
}w nom nna non ^n ba ^:a 9 y>nKb nn^n ra 'p-pnïa îbia erbîas 
u biT5npa nb ^bsr, a^nn y-i» -ua-p ïT»b* nai 10 ba^a bp?an 'naTi 
ab ba> na^b ^nTapia nan .mba itit' taniaaai «yaitû pn NbiT "jwn 
Kibet qoin^a mir namna Np^nia û^iwn tf) n tt ira an a vw aann 
i-i&m ^nara tï bra nainna naraTai îrnrro N-p-jna n*»b nbs ^n 
•p-panTa nraaan y^y nra?a ra-an abran aanb ,2 min na ra^ra ntt"»p 
t^norna ^nasi V iT ^^ T^" 1 V^na7a rnatt imin nny rw ra^ 
nrapan» nrara n*pa« ba> ,3 -mn "pTîrra a^aam -non na» ,fiW"aia 
.(74«) îmba aa^ra na> n^om Nnna>7aa n:i7a an- 
ci) 

t-p»y "«n ra^N "p ! *N^n ma^Ta o«T7i nTaa nai ^naoïn man 
ia">?a^b ^a«5 na^a n^DNb apaa insia rnan nn^a p^a?a pi mmna 
y'iN naa* bs û^DNiuîn ■jibNia^ ^aT ,n^bN7a naan nu:i-i^ u:n^ yon 

1. Menahot, 69. 

2. Berachot, 54 a. 

3. Baôa Ba^'a, 9 b. 

4. Guittin, 89a, et Moed Katan, 18 6. 

5. Sanhédrin, 90 a. 

6. Schabbat, 55 a. 

7. Houllin, 17 6. 

8. Cf. Sanhédrin, 84 6. 

9. Yebamot, 13 a. 

10. Moea 1 Katan, 18 a. 

11. £a6a Mm'a, 108 6. 

12. Kiddouschin, 32 6. 

13. Aboth, m. 

14. Ketoubot, 103 6. 



ÉTUDES SABBAT1ENNES 285 

^:na cvrna 'pbfcb '«3 ht p^ix ■«^a tr^a rrowa ïrm*h ba 

■n»N"> p by jcxrb* innî Nb D*«:ipT ">aaiai tin ian Nb 8 tNbitt?o 
un on*WJ T/ain bpa 4 ncn nsnw ^nnu)N mm naa ■»» D^bvnan 
7 iu5D:a nb^atïib jmai ■tstoxi -nby a^an "rèaan vw rrnafc "v>ap*a 
-jy nm 3pi2 na^a vw ù^ni 'brua nanbtua rmusp iuîd^-i 
uîp:r< m«nb •mmn Nmbjntti rr»a oth siaxa îapna nnn 8 cainnn 
■manb nntt wi* tbvb mb^a»» lf V5ta pa *aatN mna n^h 
yba y^TD" 1 ©^taca /imst inoyai tnnn bu:' nbtt^a ittiDa nujpm 
d-inh nm pnti D^aaa ïiam T by yaTpn "^i* Ep^ WH» 
■q *ittara rrbana b« yn ma ma*» "ihn "jy-iai m*ab -ira noop 
•nym imo:« D"nna »-np bip bain ^nairaa mma» "va by vnnujy 
idiot u a(?)maibn ï"Hoa "îmsi '♦obis "»b iman "Nrmmip "«om 
ypn -hdn watti nr D v unn ûam anta *jn ,"rwsaa u;na or m 
"mb^an mb^an nauîNi pn thkb "33 îbaia ^sb -in hw imaa -ibrrN 
mm aip* 1 rtny ," d^tn nb upuî na^Baa ima mTabm nvin bizî 
S*«ob "paria mN ib inai ma py rby paion yfys usa 'in 
■rn ba*n o^nn y^ spy ne "pya *tb cipTa nb "pi© pn Tina 

.(196) ndh ûbiyb 



II 



■nriN cp"n 5»a mm ^a"ibna w^n "puîn unnn : y s nn r— ou: 
iriN -nna ^noaaai r-ib-na nn^n -naDbTa rrna i3Ni nNTab Si^ 
qm bnam nns^ «bu: mnn ûpiyTa biyaTaa nbin pn rjsb mnaoi 
*a« "nn-ia Ninn Tnti 1?3"i in» mna -rima -oni biya7:n naun 

1. Yalkout Genèse, n° 150. 

2. Houllin, 91 ô. 

3. fiaôa 3/ecm, 109 a. 

4. Berachot, 46 a. 

5. Vayyikra Rabba, ch. 27. 

6. Pesahim, 25 a. 

7. Sanhédrin, 72 6. 

8. J&d., 97 6. 

9. Ca6a Mecia, 17 6. 

10. Ketoubot, 71 a. 

11. Bechorot, 50 6. 

12. Pesahim, la. 

13. Ba6a Mecia, 85 6. 

14. naaib» fooaî 

15. Ketoubot, 72. 

16. Ba6a .Vec/a, 84 6. 

c 

17. Eroubin, 21 6. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

*-52 Nirtti -nnb vn-ni éwh NnTHNï bas pn *iaa ûtzn nna ^t 
î-td-i nnN rna»a r-iNir* ûuji Ninn ?73an p "nfitT 1 »b aiuîi tprj 
w*a "jn nasira anb r»i &rm ixn (O^ap^ai ^apam -iNtt ribbina-i 
«nsba d^ fi«)anb ^3N Tna'ia iab nansiUN fitbio ^^inm man bs 
tDSin?3T U37ju:n nm« nos7a rmn ban nms noa?2 n-rrna nn« 
*p nniN naiat* abi ftWîanb ^3N rny nain N^nn Nnabafi N^n 
^nppT3ia "»b nTa-nasi nbn> nbyana nb "n^nujsi n^nca ^37373 niepa 
toin*n n-nm uj73tf)n i&wf a"ntn mn« rnrs ïiémf tpm nb p aa 
ttîTauja n-pna finm nb «roanb ma> vr«rnB N^nn nab?an nnfina 
•paa» riTi taibn nam yp^tn ^n^p nw^m ^nsn anai n-pnt7ai 
. rr-nnn "n nan Dira a ^mns Nb*i la^a t^be-ia 



III 



Tina nbia> nna ipt nam "pum tznna -rçnbna vron m* ia"->nn 
■maniai ^b» anpna ffïh ai-ib û^i«o n?aipn ^ai3^a aaaira ^tua 
13 ^3tnN ••bN lanpnnai ■npa n-ia>\D ^on mni ^afinp nno ima 
^intf DipTab ^aa^bv ba *o T3Bb ^nbsann ia«i Wib mrri frn 
-rai mnb ym ^aa^bin «bi auj"» cpm ">33^^ i73i:ya ann Nb« 
■^naran naia 'a *»b ht niina ^npian -q» ^31"ïn i^3Db Tnttfin Tibnnn 
—iirm ^3N aa ■narhp -i?3in73 nai ïmaa ^na<un dni î"na>n ^n 
^nî<C3n rsb ^s naifi* ^afin snnn aman pîn ûp -pei ^a naia ann 
■onfi* ^ ib TibNUii hnr» Ti^n anann trba aa vu»tBB -rma» 
*pnaanu: rmnn ^aafi* an&tn pn mo^Tan n3D73n ^a3« ^b -173^1 
rib^n D^nana nan tioin b« -intri ^b ^^npaim min ^"«nanNi 

"1^:13 î^T ^73iry ibnaa "D nb-na ri73^a T^asb nmrTa T^^n -ont 

t^man prn "i73Nu: n^ai pinrta -»3>inT ba> n^mnpm !~i2*< ï-nwb 

mpNi piu:3 nnN piu:3 pinn nnx pian pan73 n^n D^nann ûms 

rtN^Tan by aiib nan^i y^Ti nbnbna mnyœ -n^oai nbna nwsa 
trv» 'n^ an m nannnD yii Nim na-n van D^nbfi< rnfiîîn nbnan 

.(82 6) pfi^ nTattîb mina û^poia»a ^pbn 



IV 



TVEWTa i^La^iua "]^?an j'aia ->\Din by nam ^nbna ^n^^-i \z;72&* 
na*ib7a ^o^oan m^atiTa mu?a ^n^Nn aai n'h" 1 ibTan n-no ^tuns Dai 
n3?373 Nifn n^n73 'fi*a ^npmi mus ^ri T^fin aa rpai nnî ->iaa 
.(33o)ima3 D^ïb-> 1^3 n"n^ -jb'an ns< tpk-i ma»i 3ibn nam yp^si abn 



ÉTUDES SABBATIENNES 287 



1*ibnb m a» a m pa b^a» "•n^vn (?) a'^nn narc ivoa Y'ta D-pa 

■«nbea a a» Tara n a — irara amp "■iwn t=na?a Tiboa Nb© a^nai 'n 
r-nva vnwN twi Tibca Nb b"m *mnNb -inn Ti^ri t^tsi (?) nyaa 
*WWF ^nba 'n fna bina bip wipl TnTm ^nba 'n ^paeb ^w\ 
^pbua twi ^a rrmtna vhbki ai;a ba ^b^ai» m ma û^a^nb bttian 
D*nDiDa»n -ikidi "cpaaa>n i?a n^an iaa?a wm r-pan p bina ©ib* 
RT»fiO">p pb naa unab ^ni ijaibria "TPtn ai© .rnB\DNa û^bcai^n 
mn« b© nb^bai rnpoB7:n ïma»bb amp Dmsan ût b^b nb^bm 
caina onso tpèti dwb 'ai ,bna t|ai»a û^n u^n pw wfin 

.(7 b) S"t aran 'n ann o© ba» 

VI 

■jan iaa» aina isoa nsm a"ann pba 'b 'a ni" 1 b*>b ">»ibna iman 
î-nzjan a^oa "«03 ^a rit ir-ina ama naai i"»ana 'a» m»© n?a3"i 
Sa ""b pâma rm .pu mmaybi îm-ib pN pa n"::pn ■•533» 

■mnB^ttD Û1T1Î "^ Tins© TiNI Û3 "IN73 mblTl D^lttnan tZ)8"PB Nbtt 

iem&vip& 13N3C"» ->a b»aa ona 13a nto ^t:? 103333 -p3>n nno ^b 

.{27 a] oibn ïi3m Y*p">*n 



VII 



^N-nai nrba nsn Tri ibi&o aman wmb l"a*b rr&rp taa»Ni 
bbaa û"W?i "»awai nawjnau^i anN '3 ■»"* vn Y-^" 1 n ^ 3n I^ihe 
■naTD ^irôovpi dtin nbisa finm rva^an !-nnb nb©?23 -«7:3-1 -o 
aman ien fD^bi nna 'a *nn ana a^biba û"wn n«©i S'^n 
©na irpib by rrpînm nbnam n©pn ia-ina 'n iips* «iwi ova 
iaai 'a cm a^a -na« pnn pn anîn iinbpa> ©H3 irmb ban mia 
!-jt linbpj» ©na in^ib to^at?: nT n^na ©m irmb ^"©n ùiûT'C 
■»h« a^&op3 aman "«a dyin firn a">a n©^ vsnn pn anm *-n©N 
*13-iisn bN-iw mb^a an© nna n"^ n"3>b3 ^"t îcrv 1 ? nT ta3*»n 
na^bi ©ni mis nnN ba û^-i© 'a d^w^îi nwzn ai^NT bN^Tau:'' an 
ta«Dtt D^bNa»73©i art nTn n^iaa rjicB iiiab n^na iisrra in^ib rt3m 
*-!«© an bisa p©b iinbpa» ©n3 in^ib nrn n^naa tzabun" aina 
— no» V3nn n^ anm mai m»i« a^bsiaTûi a^biaa on ^a D^ayn 
.(î8 6)S't ">"©") ©-peu; 37aa oiin N^n ta^a 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



VIII 

pbwa ûi3i"pa "pn» D^unrr •psi^ia "in:** i»n b^aïaa va»» *pi 
Tn^ffi niznn rrvwi ro-nn arav nrnb î"i"ap?i rry wa -lairtt 
SfcrnbNta p ïoaviï itti^ ïTWWi d^073uî TPai mu:73 i"3> "jrpb 
•pasasi pin nN an^by ■pp'HSE'i pN D^runn 1*3^1 bnam 'ifrn 

.(67«) yn»3 "iwpa ^npnyn a"? py pb 

IX 

nanb traîna b*a pio ^did EiaiDa ^«na "n nu îtp utk ^niai* 
«au: u:ma «bi -<bn Nb ta^maan a-nnn bs> abnai bnsn na 
■jhid KmTiss Nnabn jiaabi m-pyb mba rr m an inbaba pn narrr 1 

.tabi? bu: i3iu:nr) 
nantie pn -iêop p*a ps» -o qin 12m maî inizj a^a? ^2^3 
.mai< a^pba 'in ^a var^nb mu nau: nbrob nna* 1 ab yianan San 
nsn ■ppsnan p ib« dik ^3a ^jusa nswam nann barnc r-n* 

.^mm yaiam basp ^baa ■»»■* i»n a^aa taw 
ta3W "i&oan rryu: nsnin û«nn "n* p naa pa^ ^b jaitzn 
pnp^bi msvaTn nso "nsab tranb abi? bu: naba ysn ûnn uto 
.ï-tpêti ^b p? aau^ ûbu3-> non bu: uina "PTon 0* 
au:i -iai* bu: na^ta na y^nnbi j*rb au:n pn bnars n^inn bai 
■nn bip anaïab noanc^a istn nu:m nabna p3-nsan a^n^u::: 
by nazsab naao rs3? vbbna bbaa"» n"vatn a^3i apan ^nba mu:a 

.(43 a) 'nai nnp "aab tarsunu: 

X 

taaamb ûvn pbi aaasnb 'n nam pbn nns -wm tan-na 
■nai p^aiu: "pn «b banuru: nab ontin û^annan t-isrr p 'iai 
3>3a3 tnt ban tabia<n maiN bu: Dnmaa 55» c^nuia rm o-N^asn 
t^an "»5 Hnviyn rr^TO^b firasr; rptaarii ^ntid^ bc dti^ iins 
Nb^n iTbrt n^ica S"t ^"u:n iDin^a bba rrn fnsfp n*b r!373Ta 
ibbîi û^pnoo rt3>a~,N «in*ib na-^NT inabN nT ^d b^n 1 h5"i p"mrta 
■^373T ^n pb pb -in?3 Nbsn"» hnti ba y*y rtJrn *]rîapi i^ona 

1. Yakhini, pour le dire en passant, est coutumier de ces oppositions aux plus 

grandes autorités, cf. 436 (p nain "pan . ..b"î ^"©n b^ ^3N pibmo nTtjb a"^i 
...NbwN ibata); "?6a (nn^atn «b a"^T ...D^p^rt b^a by matïi ism nnjn 
Tan P73^n ^j-n n^n^?3nCNT nra a'iprn b^ab ïr«b). 



ÉTUDES SARBATIENNES 289 

*na»as)3 pb avoi iranaiu "pc: «b« pb pa b"yn w:b u:"dt 
'n ^:a ira aipTj:: FTJttT nttMiïï rrob n-pno ht *im *ba» t-^ab 
'oa &np Knb ■^ta-ioTS'Oi nn;'3 irr «b riaœ-nK i^t rott^nN r»na*a 
"nasT *pfcn anspn ypn fETb manb r' s n a»a«J3 "jto nn a"«i pbn 
n^pn ïTMna?sj nar «btc ",72Tb runn» "nn -îttNr »»©i nsiaTiN irr 
*»*n îi'apnb nroM ■*» pin mn nanaieb "pis ~?a na^rr «bi 
nain V wS rrnn ms n* "o ma^a ma« at^pn yp na»bi .larrca 
Nb« jbaab "Ha btnvr bis jmat b^atoa &b*ia*n mniM a"D !-i"apn 
"-hddéti VP^ t»tb ïanbiaa fif»ni ptoT Dnia ^Ta '■»£« rra»ia©r! i»m 
rman na»iDa îar Rbv jrrn r-nTna» naia: i-T w apn ^a ©nôb r-nn 
nr? it rwiaw 73"7a -pi a m in «73 aiazprr ypn Na^ «b dn i-rbiNab 
fumo nn« tnaitt D^aob «ma mnama b"a «b« . mn^a ûtubi 
*»D3 0"na&7a ^ab?j ba* paT imxa a^nuia -nn barras** "-a irfapn 
-ns «natta rvibaa rnx a*na «anraa "•a ombr* nia nan S"t "-"un 
"parn im laa ïib'wa Nia '">dn orrau'HO n« mbab narnc a-nfin 
»b« r-nrraa wiar Mb mbpn TOTnan -tnao . metta r-T'apri bpai 
tanb obuab rrab a"a"i nmaar d"ïwi baTO"- pn ny^b nafcp inm-r 
nbTra mat anb nn abiarn maia ba> onnraa ûpn mn naaa m» 
îrm T73 obanab «bis s-rapn a^a-oa ht ban orra-a ■hjtaarn d-p» 
San aab -pn na«3nn «an Mb '-iba oaaanb 'n nan^ pbi '«îa 
iniaM^œ a::m a"nwsi dt»» ^aiïia ti3»ûx^Z5 ^-an nan^ wn:n nn2: 
aa7:mb avp pbi rTam pin\an 'jTana amby TTanyn ytt5*n îm^b 
ba« nam n:n iam« pnb n*,anb 'm ib rr^naïjnta -.ns* a"M 'nba 
^yn dit n^iaïaa pbi "p^ab îayttîr sb b^a-a?s>b ^a itcbm i^anb 
S? a^-ima an^a^3 mna n"3pr:uja ^ Dawrib abi^rt rm-:-^ 
&vmD n'np- y^'ca ^a^sbi a^nTa ors ^n^ cambra pbnoa afinc 
■»sb ms baa manb 'ntû r;7-i ber*.»^ b^ omb "na nTOtsn b^7a 
ni73nwsr! a^ onpa-n on« mTa na:a mtt "jm 'n a&tt37a Tibwa 
a"nNi caanTa -jt^t nytîatm cab ^'^^ an htd iis^n ana aann^at 
'm "p^ob nnbsn it htj itû^p »?att5i aarrnb ûmbjîs n"=pn aii^ 
1\ar»D3 pn«i n^Ta ^ D*HX7aa l"iaa dhn "aa •*"$ an ibbn aa-»7:nn 
Sa "n»» bas a^rTrcnn ^"^ ^a-a n^n^ -înoNi ^117: ^ nn^^n 
S^n'a- 1 n« b^atnb i733Za»a "nnn^ Nin sna^oa nba ^lan^ ib ^rnn 
— .lan» mbab inn ,Tn« 'p 330 ^ " inT ^^^ ^^ *in "ytiba «bi xnn 

,(15 a) '1DT iSTD 11350 

rrnaaâ y-i^a bsb mTaTNi nrn^N .i 

mw -n 1 - a*mrrb «nia T'axas ba» ttp 

fmas nas bfipw^ onp ~in "i"n "â cx-i osa .2 

n-:»Bna ^b7: ,ta |b7: !mia *]m a^::*~ 

i. En marge : inbarî. 

T. LMII, n 116. 19 



290 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ï— t-iny * -1073 n^y enban i-nin b^an ^aita yn 

r-innb raar nn^N mïroa «rcan ûtt 

2 i-rnaya ^Ntt ma mu an ms^ abirr 

ï-rrman ma bba^ rmn -nnoa an abD3 

fnin fcrn vi-p m'atn mmrna bx n73u;3?3 

n-nUJp 1U3D3a V»ÛB3 6^T13 btf£ m» un* 

mtD?aii "ittaia ba> ïrrvn ^a^b 'n n?3£ 

"•as mair 
^bTD mu 
.r-rmc nia ^b' 2 mf 



XI 



s^nso »3"nma T»mnDtt Spsiaa -pi ricana a« 
«a^bN jvtnnj>73U5 mb apboi amfcbn t^bai -nsai 
i"na "nbrr pmr 1 ^"nn^a ^a ht '^rr 'nn t^nabrn 
.n"-»aN -nmaaa u^aian "maa mn TW 

■na*ia û^Epb Bip in mt»a>b ma ma aiufi -i?a-ibii: mi^-n "nrtN 
■muas» ™a>E v*r nasia nu:N tf3:"n «pas ^a ma» bN nm^n 
vmn?aNa anaarnanb ^nmaïai tiwi Nmian «sin Nnabm aa^b« 
a^pb** m^rci nspT na> aa natin Tma^tt narrap Nian nït "pmmm 
rspipn irmrn "inanwa anv> '.— n rmaa»n ban mmn ba> "iriaïa" b« 
iua>a iii cpnb ^nba^ Nb^ N"7ana p*n irrnariN abia* nansn «aba 
■vibriai wii-niB mar b^a a->an D"*»"* ^b ï-ituî iam-i jan a-nn na> 
'i-îb naujbi m-nnb ^ba> nnan îw»i»n ^D73 a» Ta tu tunb ma ^bin 
ab ïvhjid n^"i ma m -pm ata^b na ^a «j-na m ^a> ^nTyu) 
^asTa ib a^nb a^m ny ^na» ri3n thés T"aa> mtam *ban rrra? 
^-pBTTaa «ba mrtîTaa ^ki ma>n ba> anan am N3ti am maan 
araniib ^i£»«73 ba bnnuji ma rEia^tra nbwan vaa» ba> «ab *rn*b 
rsa^n^ n^u:ri ->a nnb'ab -\nw ûn« liia^nn ûj'i n3"m nL3E^7j •— nnb 
u:ddt n73nrt i^dd mao bia^ i73ibu: pm ia"u:a ^ns "jn nn ' 5 "i 1^'^ 
ittbita *n"i73 ta i3 ^313» i33b naiam "itttbïîi inaia bwi innrtN^ "j^NDri 

.itt^ns Sni^u: rniNi -)^3>3tn 
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1. Ou: -isn. 

2. Dans la marge : 3d et ib sont intervertis. 



ÉTUDES SABIIAT1ENNES 291 



XII 



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NOTES ET MÉLANGES 



SUR UN VERSET DÉZÉCIIIEL 

Le chapitre xl, verset 5, d'Ézéchiel contient le verset suivant : 
riD^T !"iï3K3 niToa toi» nvnrt frtp uran t:i, que l'on traduit généra- 
lement : « L'homme avait en sa main une règle à mesurer de six 
coudées, d'une coudée ayant une palme (noa) de plus que la 
coudée ordinaire. » Ce serait donc une coudée de sept palmes avec 
laquelle on devait prendre les dimensions du temple : il conve- 
nait pour un ouvrage de telle importance de prendre un système 
métrique différent du système vulgaire; la coudée qui mesure les 
étoffes au bazar est trop commune pour les dimensions du sanc- 
tuaire. Ces considérations théologiques ne sont pas l'affaire des 
architectes familiarisés avec les mesures usuelles : il est peu pro- 
bable que, pour une fois, ils aient renoncé à leurs habitudes et 
adopté une coudée de sept palmes, d'un emploi si mal commode 
pour les subdivisions. Un architecte d'aujourd'hui, avec une culture 
générale plus développée que celle d'un architecte du second 
Temple, le ferait difficilement, car c'est non seulement un change- 
ment d'unité, mais un changement de technique, une modification 
à l'appareil de sa construction. 

Ne serait-il pas plus simple de traduire : « L'homme avait en 
main une règle à mesurer de six coudées, divisée en coudées et 
palmes », de même que nous dirions aujourd'hui : « Il avait en 
main un mètre divisé en décimètres et centimètres?» Ce détail 
aujourd'hui naïf était sans doute notable en ce temps. Le texte 
laisse en doute si la division porte sur toute la longueur. 

Tout semble en faveur de cette interprétation, le sens commun 



NOTES ET MÉLANGES 293 

el la grammaire ; c'est torturer le texte que dire qu'il s'agit d'une 
coudée supérieure d'une palme à la coudée ordinaire. 

Pour exprimer celte Idée il faudrait preudre une tournure diffé- 
rente : ou bien la coudée est divisée en sepl palmes ordinaires et 
l'auteur aurai! signalé ce détail caractéristique en disant : rrcja 
D^nfj rua©, de même qu'il a dit précédemment : m»« ions rrjp, le 
mot mp signifiant, non pas une règle, mais bien une unité de 
longueur, la verge égale à six coudées, comme on peut s'en 
rendre compte par l'emploi fréquent de ce mot dans les mesures 
ultérieures. Ou bien la coudée est divisée en six palmes, chacune 
valant 1 e de plus que la palme ordinaire, et alors la coudée ne 
vaut plus une coudée et une palme. L'auteur aurait indiqué une 
coudée autre que la coudée ordinaire, par une expression ana- 
logue à celle de mpn bpun (Nombres, vu, 43); de même que l'on 
distingue aujourd'hui le mille marin du mille anglais, et qu'on 
ne dira pas pour désigner le premier un mille et 270 yards. 

Si, au contraire, le sens est celui que nous proposons, on ne 
pourrait l'exprimer autrement que ne le fait le texte : c'est le seul 
exemple de cette construction que présente la Bible, ce qui permet 
toutes les hypothèses ; mais il faut remarquer que ni le tabernacle 
de Moïse (Exode , ni le temple de Salomon (I Rois) n'ont été mesu- 
rés avec une coudée spéciale. 

On pourrait lever la difficulté par la suite du chapitre ; mais ulté- 
rieurement aucune mesure n'est exprimée en palmes, de sorte que 
pour fixer le sens de cette incise on est obligé de se contenter de 
raisons vraisemblables, au lieu d'une démonstration précise. 

L. Dreyfus. 



LA PRÉTENDUE INTERCÀLATION D'UN SECOND ELOUL 

DANS L'ANCIEN CALENDRIER HÉBRAÏQUE 

On sait que dans le calendrier luni-solaire des Babyloniens, le 
mois intercalaire était placé tantôt avant celui de Nissan (Adar 11), 
tantôt avant celui de Tischri [Eloul II) i ; il en était de même dans 



1. V. Ginsel, Bandbuch der mathemalischen und technischen Chronologie, t. I 
(Leipzig), 190(3, chap. n. 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le calendrier des Samaritains ', alors que dans le comput des Juifs 
il n'y avait rien de semblable, et que, suivant toute apparence, le 
mois intercalaire fut toujours celui d'Adar II. Rien, en effet, dans 
la littérature juive ne permet de supposer qu'on intercalait autre- 
fois un second Eloid, et il y a môme de graves raisons pour qu'une 
telle intercalalion ait été impossible en fait, étant contraire aux 
prescriptions mosaïques qui ordonnent de compter le mois d'abib 
(Nissan) comme le premier de l'année, et de fêter d'une façon spé- 
ciale le premier jour du septième mois (Tischri). Cela n'a pas 
empêché certains auteurs mal informés de déclarer que dans l'an- 
cien calendrier hébraïque (celui dont on faisait usage au i er siècle 
de notre ère) le mois intercalaire fut quelquefois Eloul II, placé, 
par conséquent, entre Eloul et Tiscbri. Cette thèse, soutenue par 
plusieurs savants, fut défendue avec ardeur par l'abbé Mémain 
dans son Etude sur V unification du calendrier [Annales du Bureau 
des Longitudes, t. VIII, note complémentaire) ; ensuite, dans un 
mémoire intitulé Le calendrier hébraïque avant la ruine de Jéru- 
salem (Cosmos, des 21 et 28 juillet, 4 et 11 août 1906;. A l'appui de 
sa thèse, le savant ecclésiastique cite plusieurs passages de Josèphe 
(Guerre, II, 37), pour démontrer (\\\en Van 66, la fête de Pâque 
tomba le 29 mars et que la fête des Tabernacles fut célébrée le 
22 octobre, soit sept mois après. 

C'est surtout dans son Étude sur l'unification du calendrier, qui 
est un travail scientifique, que l'abbé Mémain reproduit les détails 
historiques sur lesquels il s'appuie, notamment en ce qui concerne 
la date du premier jour de Pâque qui coïncide avec le 29 mars 66, 
date qui nous paraît exacte. En revanche, en ce qui concerne la 
fête des Tabernacles, qu'il place au 22 octobre, il se contente d'af- 
hrmer, dans sa note complémentaire qui termine ladite étude, que 
cela résulte du texte de Josèphe (Guerre, II, 37, 39 et 40). 

Devant l'étrangeté de ce fait, nous avons pensé qu'il convenait 
d'en vérifier la matérialité avant de le discuter. Or. nous savons 
que la fête des Tabernacles, c'est-à-dire le 15 Tischri, doit coïn- 
cider avec la pleine lune astronomique, ou lui être postérieure de 
un ou deux jours, mais qu'elle ne peut jamais la précéder. En effet, 
au i er siècle de l'ère chrétienne, la fixation officielle des néoménies 
était faite soit par l'observation directe, à Jérusalem, de la première 
apparition du Croissant (environ vingt heures, au minimum, après 
la conjonctkm vraie astronomique), soit par le calcul astronomique 



1. V. Basnage, Histoire des Juifs, Paris, 1710, t. VI, p. 167 (reproduction d'une 
lettre des Samaritains à M. Huntington). 



NOTES ET MÉLANGES 295 

de ce phénomène physique. Or, en octobre QQ, la conjonction 
moyenne (ibto) eut lieu le mardi 7 octobre, à 5 heures du soir 
48 m. "20 s., el la conjonction vraie astronomique, calculée au 
moyen des tables des syzygies de Largeteau [Connaissance des 
temps, 1846) eut lieu le même jour à 8 heures du soir 8 m. 20 s. 
Dans ces conditions, la visibilité de la nouvelle lune pouvait avoir 
(Mi lieu, au plus lot, le lendemain 8 octobre après le coucher du 
soleil ; le 1 er du mois eut lien donc le jeudi octobre, et, par conse- 
il lient, le 15 de ce même mois juif tombait le jeudi 23 octobre, alors 
que le mercredi 22 octobre, jour allégué par l'abbé Mémain, coïn- 
cidant avec le 14 e du mois lunaire, ne pouvait pas être celui de la 
fête des Tabernacles. 

Voyons maintenant le texte de Josèphe, sur lequel s'appuie l'abbé 
Me main. Ce savant s'exprime ainsi : 

A propos de l'attaque des Juifs contre l'armée de Cestius, Josèphe 
(Guerre, II, 37) après avoir raconté qu'on célébrait alors la fête des Taber- 
nacles, ajoute en parlant du jour même de l'attaque : « Or, c'était le jour 
de repos le plus religieusement gardé par les Juifs. » A la suite de cette 
journée, Cestius, d'après Josèphe (L c, 37, 39 et 40), s'arrêta trois jours à 
Bétharon, attaqua les Juifs le quatrième, et puis alla camper à Scopus, où 
il s'arrêta encore trois jours, et enfin le quatrième jour après cette nou- 
velle halte, il attaqua la ville. « Or, dit l'historien, c'était le 30 Hyper- 
bérétée (octobre). » — Il s'était donc écoulé huit jours commencés entre 
cette dernière attaque et la première ; celle-ci doit donc avoir eu lieu le 
22 octobre, et c'était le premier jour de la fête (15 Tischri) f . 



1. Dans son Étude sur l'unification du calendrier citée plus haut, M. l'abbé 
Mémain démontre (première note justificative) qu'en Van 21 avant l'ère chrétienne la 
Pâque juive a dû tomber le 20 avril, au moyen de l'inscription de Bérénice, publiée 
dans les Mémoires de V Académie des Inscriptions (t. XXI, p. 225). Après avoir dis- 
cuté longuement le texte de cette inscription tque ldeler a citée dans sa Chronologie, 
Berlin, l S25-6) pour démontrer que le 22 Tischri (fête de Schemini Acéret) coïncidait 
avec le 21 octobre de l'année p roi ep tique 21, le savant ecclésiastique n'hésite point à 
en conclure que le 1" Tischri a élé le 30 septembre, el, par voie de conséquence, 
le mois de Nissan qui arrive six mois plus tôt (177 j.) a coïncidé avec la lunaison 
qui va du 5 avril au 4 mai, et la Pâque juive (15 Nissan) a pareillement coïncidé 
avec la pleine lune du 20 avril. Cette façon de raisonner suppose que le calendrier 
hébraïque était, au premier siècle avant l'ère chrétienne, absolument identique à 
celui qui est actuellement en usaue ; donc l'intervalle de Nissan à Tischri est fixe non 
seulement dans le nombre des mois, mais même dans le nombre des jours, alors 
qu'au premier siècle de l'ère chrétienne (87 ans après), cet intervalle entre Nissan et 
Tischri variait même dans le nombre des mois, ce qui est une contradiction évidente. 
En réalite, l'intervalle entre Nissan et Tischri fut toujours de s'ïx mois, mais le 
nombre des jours de cet intervalle n'était pas fixe antérieurement à l'établissement 
définitif du calendrier juif actuel, qui est basé sur les calculs des conjonctions moyennes 
fictives, les moledot. 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Comme on voit, il y a dans la démonstration de ce savant une 
hypothèse qu'il convient de vérifier, à savoir que le mois macé- 
donien hypetbèrètèe, dont parle Josèphe, était synonyme du mois 
romain octobre. Or, cette application des noms macédoniens aux 
mois solaires du calendrier romain n'était nullement uniforme dans 
le i er siècle, et nous trouvons, sur ce sujet, dans la Chronologie de 
Ptolémée (publiée par Halma, Paris, '1819), p. 89, des renseigne- 
ments édifiants. Dans ses Recherches historiques sur les observa- 
tions des anciens, l'auteur dit, suivant Noris, que les Macédoniens 
avaient, du temps de Galien, une année solaire qui commençait 
à l'équinoxe d'automne : Dius = 24 septembre, Apellaeus = 
24 octobre..., Hyperberetaeus = 24 août. Cette année solaire a 
été introduite dans toute l'Asie mineure. 

Suivant cette indication, le 30 hyperbérétée coïnciderait plutôt 
avec le 23 septembre qu'avec le 30 octobre, et il est évident que 
le calendrier de Josèphe n'était point celui des Romains. 

Nous sommes d'avis que Josèphe, dans Guerre, a désigné par 
les noms macédoniens les mois lunaires juifs 1 , comme il l'a fait 
dans les Antiquités (III, 10, § o) en parlant de la fête de Pâque 
qu'on célèbre au soir du 14 e de Xantique, de sorte que le mois 
Hyperbérétée désigne celui de Tischri et la fête religieuse du 22 de 
ce mois était celle de Schemini Acéret, faisant suite à celle des 
Tabernacles. 

M. Schtirer, dans sa Geschichte der Juden im Zeitalter Jesu 
Christi, t. I, 3 e éd., p. 004, a signalé le même passage de Josèphe 
dans ces termes : « Vier Tage spàter, am 30 Hyperberetaeus 
(Tischri, etwa Oktober) besetzte er, etc. » 

Dans ces conditions, il ne reste aucune raison sérieuse pour 
soutenir qu'en l'an 66, ou en toute autre année, il y avait un inter- 
valle de sept mois entre la fête de Pâque (15 Nissan) et celle des 
Tabernacles (15 Tischri); le mois intercalaire était, par conséquent, 
jusqu'à preuve du contraire, toujours celui d'Adar IL 

D. Sidersky. 



1. C'est ainsi que Josèphe raconte {Guerre, VI, 4 et 5) que les Romains ont détruit 
le Temple le 10 Lotis, le même jour que la destruction du premier Temple par les 
Babyloniens. Ceci a eu lieu, suivant Jérémie [lu, 12), le 10 du cinquième mois juif 
(Ah). V. Mêler, Chronologie, Berlin, 1825-6, t. I, p. 401. 



NOTES ET MELANGES 



KAW'AT HAMMAD 

Le général L. de Beylié vient de faire paraître une monographie, 
éditée splendidement, sur Kala'at Hamraad, qui fut jadis une ville 
importante de l'Afrique du Nord'. Nous y apprenons que Kala'at 
Hammad, ou Kalaa des Beni-Hammad, dont le site est à 31 kilo- 
mètres au sud de la station de chemin de fer de Bordj-hou-Arreridj 
(département de Constantine), fut bâtie en 1007 par Hammad, de 
la tribu berbère des Çanhadja, fondateur de la dynastie des 
Hammadides, qui en fit la capitale de son royaume. Cet État 
comprenait la partie septentrionale des départements actuels de 
Constantine, d'Alger et d'Oran, jusqu'à Tiaret. En 1067, al-Nacir, 
quatrième successeur de Hammad, transporta la capitale dans la 
ville voisine de Bougie, qu'il avait fondée à la place de la cité 
romaine de Saldae et qui existe encore aujourd'hui. En 1090, 
al-Mançour, successeur de al-Nacir, transféra définitivement la 
capitale à Bougie; mais Kalaa demeura une cité importante par sa 
richesse, ses édifices et sa nombreuse population, parmi laquelle 
se trouvaient des Chrétiens avec un évêque à leur tête. L'invasion 
des Almohades ne l'épargna point. Ils la détruisirent en 1152 et, 
peu de temps après, ils mirent fin au gouvernement des Hamma- 
dides. De cette ville autrefois florissante il ne reste plus guère que 
des ruines souterraines, dont la description forme la plus grande 
partie du livre de M. de Beylié. 

Ces indications demandent à être complétées sur un point : c'est 
que Kala'at Hammad avait aussi une population juive et fut le 
siège d'études talmudiques. C'est là que naquit, au témoignage 
d'Abraham b. David, le célèbre Isaacb. Jacob Alfâsi en 1013, c'est- 
à-dire six ans après la fondation de la ville. 11 émigra à Kairouan, 
où il fut l'élève de Nissim et de Hananel. S'il est appelé Alfâsi, 
c'est qu'il s'établit plus tard à Fez et qu'il y fonda une école. Mais 
on sait que, calomnié par un certain Khalfa b. al-Aa f djâb et son 
fils Hayyim, il fut obligé de quitter le pays en 1088 et qu'il passa en 
Espagne 2 . Nous ne savons naturellement pas en quoi consistait la 

1. La Kalaa des Beni-Hammad, une capitale berbère de l'Afrique du Nord au 
XI e siècle, Paris, Leroux, 1909. 

2. rîbnpn nOD, éd. Neub.iuer, p. 75 : p 3pjn '-)2 pmr> m D5373 b-|"tt Tl3n 

rr^n bfcODn r m ^p?"* ^nnn û^oa "1 bta vn»bm Twan n^bp p ^ONsbN 
n-iDOs d:d2i rnaia iy "oa D^m sawyNbN p nsbs isn«3 12 nrizsbm 
n"»nm na©a« 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

calomnie. Graetz* croit qu'Alfâsi fut probablement accusé d'un 
crime politique et que, comme des désordres régnaient alors dans 
le pays à la suite de l'apparition des Almoravides, cette accusation 
pouvait être particulièrement dangereuse. Mais il est plus vraisem- 
blable que la calomnie était d'un caractère purement privé. 

Une autre assertion inexacte de Graetz est qu'Isaac s'appelait 
Alfâsi parce que Kalaa est située près de Fez et qu'il a exercé son 
activité dans sa ville natale 2 . En réalité, ces deux villes se 
trouvaient dans deux pays différents (Algérie et Maroc) et dans 
deux royaumes différents (celui des Hammadides et celui des 
Zenata, plus tard des Almoravides), que si Isaac, à son arrivée en 
Espagne, fut appelé Alfâsi, cela prouve qu'il y était venu de Fez et 
qu'il avait enseigné dans cette ville. 

Nous en avons d'ailleurs des preuves positives. D'une part, le 
Ittour cite des Consultations émanant des disciples d'Alfâsi et 
écrites à Fez 3 ; l'école du maître se trouvait donc dans cette ville. 
D'autre part, il est probable que c'est seulement après la mort de 
ses maîtres, c'est-à-dire après 1053 \ qu'Alfâsi déploya surtout 
son activité et que ce n'est qu'alors qu'il devint le principal repré- 
sentant de la science talmudique dans l'Afrique septentrionale. 
Or, toujours d'après Abraham b. David, nous trouvons à Kala'at 
Hammad, après la mort de Nissim et de Hananel, un autre chef 
d'une école talmudique, Salomon b. Fourmasch, qui aurait 
d'ailleurs été peu important* 5 et dont nous ne savons rien, en effet. 
Que si Alfâsi avait enseigné à Kalaa, un autre n'aurait guère osé 
se produire comme maître dans la même ville. 

Quoi qu'il en soit, Kala'at Hammad mérite une place dans l'his- 
toire du judaïsme de l'Afrique septentrionale au xi e siècle. 

Varsovie. SAMUEL PoZNANSKI. 

1. Geschichte der Juden, VI, 84. Inutile de s'arrêter à la combinaison de M. Slouschz 
[Étude sur l'histoire des Juifs au Maroc, II, 103), qui met en rapport la fuite 
d'Alfâsi avec la première apparition officielle {sic /) du caraïsme dans le Maroc. 
Cf. Rivista Israelitica, III, 233. 

2. Ibid:, p. 69. Graetz l'appelle ici Alfâsi ou Alkalaï, quoique cette dernière dénomi- 
nation ne se trouve nulle part. Les indications de Graetz ont pénétré dans toutes les 
encyclopédies juives [Jew. Encycl., I, 375 a; baT^" 1 "ISIIN, II, 69 6; Encyclopédie 
juive on russe, II, 147), sans que personne se soit jamais donné la peine de repérer sur 
une carte le site des deux villes. 

3. Ed. de Venise, 106 b; éd de Lemberg, I, 61c (cité par Michael, D^m "TIN, 
p. 507 en haut) : '"DT CND3 13PD3Ï5 Dsbtf 2*1 "H^^bn mb&MOai. 

4. V. mon ]NT^p ^12558, p. 8. 

5. Ed. Neubaucr, p. 73 : pom (zroD a-n b&wsn an b"n) DrrDD "noMi... 
nNÈatï iaa *ra wrroba narrea ■vw 'ûik nau:^ np-^nsM yn:.7o Tinbna 
T»?3mD p ^in nttbu) -172 v»a (Var. nawnbN p») mnn n^bp oï^ttai 
ûbi^a D3>au Nir Nbi rvuana id»D5 «b bais. 



NOTES ET MÉLANGES 299 



SDH LE « KITAIi \L-T\IIIMI » hL SAADIA 



Le Kitdb-al-Tarikh attribué à Saadia a été étudié à plusieurs 
reprises par M. Bâcher', qui établit sou étroite parenté avec l'ou- 
vrage de même titre publié par Neubauer [Mcd. Jeu). Chr., II, 80 
el suiv. . Il suppose que cet écrit formait une partie du Se fer ha- 
Galouï. J'ai vu il y a quelques années à Londres, chez M. Elkan 
Ad 1er, un fragment de la Gueniza dont le début concorde complè- 
temenl avec celui de l'Anonyme édité par Neubauer et qui 
est expressément attribué à Saadia. Voici ce début : rrbba û03 
b«*m "paan nbb» -ps 1373 ^pnanbN 3NnD DTnb« jErnba 
dm b^Knos ^a "ifitnna p BrnDfcna fiôn bimot» ib« y-iNbai wsob» 
[onD]b[5no]to rr^np p bttbobfit rrb* ">ora ûrrwô» rnbat ■pjaob* 

rrnnba y*: o^oa fa nb"oâ nbaton tana» n»sp«a torn?aNi 

2 . . . . IMtopK 't DiDp73 arasabN 3pdi. Le titre de l'ouvrage, dans ce 

manuscrit, es! le suivant: jHn bw n572 "■piKn.bH a^nD 

ta«opN n*ao DiopE rwo 1"^ rrwa nbfi hao Dirrab» mi iban 
n^yo 12 a -i q ■» b n n an*b« rraba t± _b i y -non a T03 tt b 8 
'073 Dîn ^rn^Db». 

Ces trois cent quatorze années ne sont pas bien claires. Dans 
Neubauer, p. 110. on lit : rt^tm 'an -i"a r,:z> Dinttb» ma ba ^bri. Il 
est certain que les deux phrases sont en rapport l'une avec l'autre. 
Dans la seconde, il s'agit de la composition de l'ouvrage en l'an 
324 de l'hégire, soit 944 3 , c'est-à-dire deux ans après la mort de 
Saadia. Peut-être notre texte signifie-t-il que Saadia a écrit sa 
Chronique dix ans avant, c'est-à-dire en 934, ce qu'un copiste aurait 
modifié plus tard. Dans ce cas, il serait pour ainsi dire certain que 
le texte de Neubauer n'est pas autre chose que la Chronique de 
Saadia, avec quelques lignes additionnelles à la fin. 

Le livre de Saadia est déjà cité en 1028 par l'auteur d'un ouvrage 
sur le calendrier sous le titre de -pnsnnbN aaro. Le fragment de 
la Gueniza où j'ai trouvé cette citation Taylor-Schechler Loan 
133) a été aimablement mis à ma disposition par M. Schechter. 

1. Revue des Éludes juives, XX11, 143; XL1X, 298-300. Cf. Stcinschneider, Arab. 
Liter., p. 03, 182, 344 : Geschichtsliteratur^ 44-45. 

2. Je n'ai pas copié la suitr. 

3. Bâcher, /. c, XXXII, 141-142. La conjecture de Neubauer, rnTonttbfi* ÏTlSribtf, 
acceptée par, Bâcher, |>. Kl, est condamnée par notre texte parallèle. 



300 REVUE DES ETUDES JUIVES 

C'est, comme le montre le 'a qui se lit dans le haut, le premier 
feuillet du second cahier du manuscrit primitif; il contient la fin 
du premier chapitre et le commencement du second. Celui-ci 
traite des cycles et fait partie, par conséquent, d'un ouvrage sur 
le calendrier. Le premier chapitre contient un ahrégé sommaire 
de l'histoire hiblique jusqu'à la destruction du Temple, depuis 
laquelle il se serait écoulé neuf cent cinquante-neuf ans. L'auteur 
écrivait en l'an 4788 de la création (1028). 

Voici ce texte, où j'ai ajouté les points diacritiques : 



tas rpbn* nab^-i ^sim rnnai r-rso mbi it-p-rn» 
no » irpTriN la îûern "p* 31 nbnpi po 'i irmriN 

rrnTJ ^D72i ">sim ï-no u"a mn iïtsen ^bm ^Bim 
■^sim no Y'" 1 ïnbi ûrrp ^b»i ^Dini rrso a"3 mb^ 
ï-nbi imptm ^b^n -»Bim Irrso Y'i mbi thn ^bwi 
^b7:i ^Bim nso n"D mbi maatt Y 5721 ■ ,D " ir1,1 ^^ C: " D 
rwo N"b ïvibi irru:&r ^bwi ■'Bim po 'a ïto« "jt^n 
^^73 Y 573 ïftewi ")*i™ 'a fnbi triN-im Y 5721 ^P" 1 
^bi on rwo n"^ Y' 1 ' 702 ^ n ^ K □" , p* , "irr i nbna «bn 
rjbna Nb*n ixa'wni iibïJWi m™ 'a rnbi ywrr 
biNb^ n^nb^ anâ ^ apan r-iso n"^ ^b?:s mp-œ 
biîn -nm» «n '0 a"n rms'râbN pob« rrin sîbnâB 
r-iw i*o ^bwa abri» riao 'a TibfcbN (?) ^bn ï-tb 
*]bn rtDB3 nmabN ^b sn*a ^î io^d ^b in "hn h> 
«»a ^binïïbb riDDT ^DinttbN ^babb hdd aonnB (iô) ni» 
^n» isssn ^mata n/ato ^btt S"t o-^an ba ibp:; 
IN ibn ->b 13>dpt ïiïb'i riïb roc pnE "-vraa ivinn 
r-na ba aapa N73 nbms natti ai^n rraïaa nn» tar 
tan riso 'y aanâ ûNpai anâi po ^"n n^N:? b-iab^ 
a"n ^ien* DNpto nsion ariîyn Nnunnn r-piona iiî«a 
^3"pnn rrin NDnio "«b» a^â "17:"» anâi bps no 
^iNinbN a n n a ■* s n^JD n 3 a n mie n p i 
c^roo ^b&t pbâ in ûbN*bN po nbnAD i^a mt» 
.•va ab rrotti» riso ns"^n E|Nb« 't rriri 
tzîNbabN ^3»nbN SiisbN 

^-PTNTlEbN ^b5> 

rr^by abans ^bi nyai "in n?3 minTûb^ i^a: in ar 

mT aNan bas iTn p pnu:^ m mTffiaba in ^bnn 

3>iS-i73bb npn *b« npi p «:b 



NOTES ET MÉLANGES 301 

Ce petit fragment ne permet de faire aucune supposition sur 
l'auteur de l'écrit. Cependant, en raison de son ancienneté, la 
publication n'en est peut-être pas tout à fait superflue. 

A. Marx. 



R. ISAAC B. ABRAHAM 1 DE NARBONNE 

Vers la fin de sa célèbre Introduction au traité d'Abot, Meïri 
mentionne comme disciple de Nabmanide et de R Yona, et en 
premier lieu, R. Isaac b. Abraham de Narbonne, auteur d'un com- 
mentaire sur Alfasi. Isaac de Lattes répète, comme d'ordinaire, 
l'indication de Meïri et désigne R. Isaac comme ^aasrt a-H. 
M. Gross [Gallia Judaica, p. 421) l'identifie avec le maître de Salo- 
nion ben Adret mentionné dans les Consultations de ce dernier (I, 
n° 1011) et avec le y'^-i souvent cité dans la Schitta sur Nedarim. 
C'est tout ce que l'on sait de cet auteur De son commentaire sur 
Alfasi toute trace est perdue depuis Isaac de Lattes 2 . 

Il ne sera donc pas sans intérêt de faire connaître brièvement un 
manuscrit qui contient une partie de ce commentaire sur Houllin. 
Ce manuscrit, offert récemment par M Mayer Sulzberger à la 
Bibliothèque du Jewish Theological Seminary de New-York, a été 
copié, vers le xv e siècle, dans l'écriture rabbinique espagnole, en 
partie sur papier et en partie sur parchemin ; il compte actuelle- 
ment 77 feuillets à 22 lignes. Il a souffert de l'humidité surtout vers 
la fin ; les cinq derniers feuillets sont fortement endommagés dans 
le haut; de plus, le texte des douze derniers feuillets a été quelque 
peu entamé par les vers. A la fin se trouve le paragraphe wba *Y'n 
Dibra û-a-)tt tarosn -"Tïïbn txpyn "T'a (b. Berachot, i. /.), dont les 
dernières lignes manquent. 

Le manuscrit commence au milieu d'une phrase du troisième 
chapitre de Houllin. Un ancien possesseur a écrit en titre msna iba 
r a pno et en marge arowm ûmaa -ia pnif s anb q""nn mabn b* s d 
narott. Peut-être a-t-il trouvé ces mots dans l'épigraphe, qui a 

1. Sur les savants de ce nom, voir Zunz, Literaturgeschichle, p. 622; Stein- 
Bchneider, //. B., XIX, 43: Gross, Gallia Judaica, 587. Le I. b. A. de Chiuon cité par 
M. Gross a copié en 1391 à Zurich un Semak (ms. du Séminaire de New-York). 

2. Guedalia ibn Yahya, Schalschélet, éd. Venise, 56 b, cite Lattes et est suivi lui- 
même par Yehiel Heilprin. 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

malheureusement disparu. Mais il est certain que ce n'est pas le 
texte original que nous avons et les mots naroE anaTom doivent 
avoir été transcrits d'une copie antérieure. 

Par contre, on ne doit pas mettre en doute l'indication d'après 
laquelle nous avons affaire au commentaire de R. Isaac b. Abraham. 
L'auteur cite (f° 38a) au nom de son maître (y"ia iran = vm imttiD) 
un passage qui se trouve dans les 'n mttnbtt de Nahmanide. Le 
savant le plus jeune qui soit mentionné est l'auteur du rvwnnn 'd. 
Nous sommes donc réellement en présence de l'ouvrage d'un 
disciple de Nahmanide et les indications de Meïri s'y appliquent 
parfaitement. L'auteur cite une fois (1° 30 b) son commentaire 
d'Alfasi sur Baba Kamma. Il montre une grande indépendance et 
exprime souvent son opinion personnelle 1 , contredisant parfois 
celle des autorités les plus considérables, Alfasi, Raschi, etc., qu'il 
cherche en général à justifier. Je relève le passage suivant, assez 
caractéristique (f° 39 b-40 a b) : ... .b"ï ^osba* "patin b? -rça n^m 
moa rmbNttJ Tiana anara V't Nfiaujtt a*na* an by nittnb w wn 
a6En:aa Tipnb ^»tD "wwd b"3Wi . . . a^pim unaim . . . t-n» "nn» 
«b n* Tibaba na* Tarn* a*bui û^b-na d*nn ^ata» s^nvinb "»a nw ^tt» 
N!p»a mini nb atiimntt awati nb aoaTntt atian nb ao^n atia* ati^na^ 
-pn» ma^u icsba* "patin naujntt-i imà nnab "n«n na* "pa^io:» "pa© 
.t^^ip a*bai pso aôa w •pTnnw'i "pmatt "patin "nai nattai . . .vnm 
b? pnbn am dip» ba^i maî tpb "ûvrb "ina* iat iab ia-> a*na* an ^onVi 
taw» d"nsoa viKttB -iï no"ti"i ...n^b^ nnaob ona a*bi ^osba* "patin. 
L'auteur cite souvent les opinions des Gueonim ; il mentionne une 
fois une consultation de R. Yehoudaï 2 et assez fréquemment les 
Scheeltot et le nvrm mabn b^n, qu'il appelle aussi minii&o mabn b*a 
ou simplement mabn hyn. Les û^amaNn bu: mpos, qu'il ne connaît 
que par ouï-dire, sont sans doute également un recueil de l'époque 
des Gueonim. Pour expliquer Aifasi, qu'il nomme Vt ^osba* "patin, 
b"i pn£i 'i ann, V't ann, ou b"T "patin, il utilise principalement les 
gloses de R. Zerahya (une fois aussi son ao^n 'o et une fois ses 
npiia mabn), quelquefois sans indiquer l'emprunt, ainsi que la 
critique de R. Ephraïm et celle de R. Abraham b. David 3 . Il 
connaît aussi les observations de Joseph bar imûv de Jaen, que 
celui-ci écrivit au nom d'Alfasi ''. Il cite souvent les savants du 

1. Il se nomme toujours aman- 

2. fr»a nnnaïj "p-no^a* nvtyiï ib-wia a-in "pati ^tfiW an marnai 
trima» a a^ttsn on nu. 

3. Il cite, f° 28 «-29 b, la consultation (?) contre Raschi contenue dans QVi D^73P, n° 3. 

4. f° 51 a : -pas nn737û b"T intuv» iD Epr n» "»"p [anan] N^?:3 pi 
ana^a n»» iw tpoa na nTnu: *>ODba* ann ia-i b* wïtid. Sur ce rabbin, 

voir Michael, Q^fin TIN, p. 482; Steinschneider, dans .7. Q. /?., XIII, 599, p. G21 . 



NOTES ET MÉLANGES 303 

nord de la France (tawisai ^sn) et leurs Tossafot (meoira b^s an* 
V't , et nommément Rascbi ', R. Samuel (b. Méir), R. Tarn (ou R. 
Jacob] ei son homonyme R- Isaac h Abraham, sans doute celui de 
Dampierre*. H mentionne fréquemment le n\zm ^DO 3 . Maïmonitte 

est généralement appelé par lui nuitt irai mil ; une fois il ajoute 
Tro^tt ta«. Enfin, il connaît R. Hananel, R. Juda b. Barzillaï ('n mrr 
V't tr»03ïi rmm ou fïibaraVM mn), Isaac b. Abba Mari ("rttxrii b^n) et 
les savants de Lunel. Dans certains cas, il n'indique pas les noms 
des auteurs des opinions qu'il reproduit; ainsi il cite V't û^nwn 
1 i b , a^Dnn \n in» (lf*ti hy) vb* a^ran (38 a), . . .anaia irrob ^mam 
TOdV» ïi» «ba rtèn «b ht anauj ^tti (45 b), tïtïi ^an» îzm (46 £). En 
fait d'explications dans la langue du pays, j'ai noté les suivantes : 
r"*ba Tiba apan, T"?ba T^onp, Np3N ïmptzj mbarr rnttiwn, -tfsaaKii tasw 
(inpass) •npaas î"*ba ïmpœ, Twaatam "ppbsïr, pnpi^uî^. 

Isaac b. Abraham fut un talmndiste considérable et indépendant, 
qui ne méritait pas de tomber dans l'oubli. 

A. Marx. 



UNE VERSION PERSANE DE U RÏRLE 

(MS. 117 DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE PARIS) 

Un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris (n° 117) con- 
tient la traduction persane des Proverbes, du Cantique des Can- 
tiques et de l'Ecclésiaste. Voici ce qu'en dit Munk, dans sa Notice 
sur Saadia Gaon et sur une version persane manuscrite d'haïe à 
la Bibliothèque royale'' : « La Bibliothèque royale de Paris est la 
seule en Europe qui possède une collection aussi complète des ver- 
sions persanes de la Bible. Personne jusqu'ici ne s'est occupé de 
ces versions. On ne connaît ni l'époque à laquelle elles remontent, 
ni les noms des traducteurs... Si toutes les versions ne sont pas du 
même auteur, elles sont du moins de la même époque, de la môme 
école. Elles remontent tout au plus au xm e siècle, car les traduc- 

1. Il dit d'une explication de Rasclji "pas ID^N '^Dn HT1 (f° 23 a). 

2. Gross, Gallia Judaica, p. 168 et suiv. 

3. Il remarque, f° 11 b : ^nJH ^b* agji bfitt b"T ann bv "ItDTVD q-nn 1Ï1Î 

■ibic -isrn nsoa ainau; n». 

i. liible de Cahen, t. IX (1838), p. 135 et 139. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tions d'Isaïe et de Jérémie sont faites d'après le commentaire de 
R. David Kimhi. Celte circonstance, combinée avec quelques dates 
jetées par hasard dans quelques-uns de ces manuscrits \ portent à 
croire que ces versions ont été faites dans la seconde moitié du 
xiii siècle. » 

Il est regrettable que Munk n'ait pas poussé plus à fond son 
étude sur l'âge de ces versions; elle l'aurait amené à déterminer 
la date, non pas de la composition, mais de la transcription de 
notre ms., qui porte, sur la première page, l'indication dun événe- 
ment de famille, raconté en un jargon judéo-persan, mêlé d'arabe, 
dont les termes suivants méritent d'être rapportés en raison des 
formules rares qu'ils contiennent, à côté de la date qui nous 
intéresse : 

'ïTVrrrro d-dn piw na rrcn lawan ^npns s-oiab nVo'T 2, j*to mûw 
nbwuaN n's'n obi* tn nsrti -inth b^D rata ^nn ma î:"" 1 s-hot nban mra 
î-i'n'prr nt ïttit iNn nm uîin rno» *maçi new o^pist "wS tn ^n ■w 
ta^iofin û^N-aa n»-nm fcàibujrj nn^y nn« j-tots pnèâ ^dn-iw b-iaw 
•—n»» in baptm y"a "pbnaT -r^as -nia psâ Devinai 

Il est aussi difficile d'arriver à une lecture certaine de ces lignes, 
écrites en cursive orientale, que de les comprendre. M. Blochet a 
eu l'obligeance de nous donner le sens des mots persans de ce 
texte. Voici, sous toutes réserves, la traduction littérale : 

Est décédée malheureusement celle dont le souvenir et les mérites sont 
rappelés en bénédictions, ma juste épouse pour l'éternité, Hannah, fille 
d'Isaac Abram Gurdehu, le jeudi de la section sabbatique iveélé schemot, 
19 jours du mois de Tébct dans les mille 894 du monde 680. Plaise a Dieu 
que sa place soit [aussi élevéej que celle des justes, et que le rocher du 
Messie soit sa part ! Vive l'Eternel, le saint béni soit-il, libérateur d'Is- 
raël... (une eulogie), par la vertu des patriarches, que sur eux soit la paix 
dans le cercle des Prophètes, premiers et derniers... (autre eulogie) ! 
L'humble Zabulon Ézéchiel, fils d'Amour, qu'il repose au Paradis. 

Dans la date que contient ce texte, à quel nombre se réfère 
l'expression « du monde »? On ne saurait raisonnablement l'attri- 
buer, ni au chiffre qui précède ce terme, ni au chiffre qui suit. Il 
ne peut pas s'agir de l'an (4)680 du monde (= 920 de l'ère vulgaire), 

1. Dans le ms. anc. fonds n° 46 [actuel 129], il y a la date 1771 des Contrats (= 1460), 
et dans le n» 224 du fonds Saint-Germain [actuel 127], il y a un calendrier allant de 
1591 de la même ère (= 1280 de l'ère chrétienne) jusqu'à 1834 (= 1523). 

2. Pour N-HU), avec nounation finale, de même que, peu après, "jNft&n est pour 
NT^in, aussi avec nounation. 



NOTES ET MELANGES 305 

encore moins de l'an 1894 du monde. Il l'anl, semble-i-il, admettre 
un lapsus chez L'auteur probablement peu insiruii de cette notice ; 
\ raisembiablement, il a voulu exprimer L'ère qui était constamment 
usitée dans son temps el dans son pa\ s, à savoir l'ère des rouirais : 
1894 — 1 r>s:>. Or, précisément en cette année le jeudi P2 janvier 
équivaut au 19 Tébet §343, car le samedi section Schemot corres- 
pond alors au v 2l Tébet. En tous cas, il n'est pas question dé Tan 
H94, puisqu'après le mol persan -inth (mille, en toutes lettres), le 
nombre qui suil commence par un C] final = 800. 

Avant l'abréviation usuelle « le Saint, béni soit-il », il y a une 
expression obscure pour laquelle M. Blochet propose l'explication 
suivante : « Alzut, sur les monnaies pelilvies, est une forme d'eu- 
logie, dont on ne connaît ni le sens, ni la forme exacte, mais qui 
signifie quelque chose comme « Qu'il vive longtemps », « Qu'il 
soit béni! ». Il est donc permis d'y voir an commencement d'in- 
vocation. 

Il y a encore trois ou quatre eulogies abrégées dont nous avouons 
n'avoir pas trouvé l'équivalence exacte. 

Enfin, à la dernière page, on trouve, écrites en caractères qui 
diffèrent de tout le volume, les lignes suivantes : 

XXS, INTH "7N3 1NN31D "patûri TN 1EN ÏVP3 tBDN \lk n3WTK3 TPIlD ">3 
^DN 1^7313 "1^3 N13 pOtt ^3 8 Wp 13ntDl3 p^O nHlû TN H3N33 

.■pi-ia Nn?3N3 ma swhs t^Nrio^a 

La succession de trois noms géographiques de la Bible, qui frappe 
à la lecture de ce passage, évoque immédiatement les Nombres, 
xxi, w 27, que l'auteur de la note, sous l'empire d'une idée cabalis- 
tique, paraphrase en ces termes : « Ceux qui font société avec les 
démons, quand le feu sortit de Hesbon, — qu'il y ait mille péchés 
sur eux, — quand les flammes sortirent de Sinon, un peuple qui 

demeurait là, les toits d'Arnon ». C'est sans doute pour avoir 

été rebuté par l'obscurité de ces lignes, que le rédacteur du Cata- 
logue des mss. hébreux les a passées sous silence. Par contre, il 
renvoie à un article consacré à cette version. 

Dans les Theologische Studien u. Kritiken, t. II (1829), Hassler a 
décrit longuement (pp. 469-480) cette môme version des « écrits 
salomoniens ». Il ajoute : a Sur la première et la dernière page, le 
ms. (légué par Renaudot au Cloître de Saint-Germain-des Prés, 
d'où il est venu, sous le n°543, à la Bibliothèque de Paris), contient 
quelques lignes écrites en un jargon judéo-persan excessivement 
difficile à comprendre Môme avec l'aide du baron Silvesire de 

T. LVIll, v 1 Iti. -2i) 



306 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Sacy, on a pu seulement, mais avec certitude, déduire de ces 
lignes qu'elles n'ont aucun rapport avec le contenu du livre, ni 
avec son auteur, ni avec la solution des questions prises ici en 
considération. » Suit la description du livre, et, à titre de spéci- 
men, la version persane du i er chapitre du Cantique des Cantiques, 
versets 1 à 8, d'abord, en caractères carrés, puis en lettres arabes, 
ensuite la traduction littérale en latin, accompagnée de notes 
philologiques. 

On voit que Munk avait cru à tort qu'avant lui personne ne s'était 
occupé de ces versions. Lorsque douze ans plus tard il rédigea 
l'inventaire sommaire du fonds où était ce ms. 1 , il ne voyait presque 
plus clair. S'il avait connu l'article précité, il eût évité à son 
successeur une grosse bévue, puisque celui-ci assigne pour date 
à notre ms. l'année 4494 des Séleucides. 

Moïse Scbwab. 



1. Le Catalogue du supplément hébreu, n° actuel 1299, ne donne que les titres des 
ouvrages, sans développement. 



BIBLIOGRAPHIE 



Porges \.) Joseph Bechor-Schor, ein nordfranzôsischer Bibeler- 
klàrer des XII. Jahrhunderts. Leipzig, (i. Fock, 1008; in-8" de 38 p. 
Schriften herausgegeben von der Gesellschaft zur Fôrderung der Wissen- 
schaft des Judentums.) 

si c'étail une gageure d'intéresser un auditoire à l'exégèse biblique de 
Jos.ph Bechor-Schor, commentateur français du xu° siècle, M. Porges a 
gagné la gageure, et sa conférence, enrichie de développements nouveaux 
et de notes érudites, retrouvera auprès des lecteurs le succès que les 
auditeurs ne lui ont pas ménagé. On y goûtera une science sûre, une 
critique perspicace et un goût averti autant que la solidité du fond, la 
clarté de l'exposition et la simplicité élégante du style. On n'appréciera 
pas moins, sans doute, la triple leçon que M. Porges, pour relever l'intérêt 
d'un sujet en apparence ingrat, a dégagé de cette étude à l'usage des 
membres de la Société pour l'avancement de la science du judaïsme, à 
savoir qu'il faut se métier, en exégèse, de l'excès d'originalité et d'ingé- 
niosité, qu'il est indispensable pour le judaïsme de constituer une apolo- 
gétique rigoureusement scientifique, qu'il est nécessaire, enfin, que les 
savants juifs (sinon les rabbins) participent à l'œuvre de la critique 
biblique. Quelque intéressantes que soient ces réflexions pratiques, qui 
prennent plus du tiers delà brochure, nous ne nous arrêterons ici qu'aux 
considérations «inactuelles». 

Sur la personne et sur la vie de Joseph, surnommé Bechor-Schor par 
allusion à Deutér., xxxm, 17, nous ne savons presque rien. C était un 
tossafiste, disciple de Jacob Tarn, lequel mourut en 1171 (document cite 
dans la 29 e consultation de Salomon Louria), et collègue de Hayyim 
(b. Hananel Cohen (Azriel Trabotto, cité dans Revue, IV, 211); il vivait donc 
dans la seconde moitié du xu° siècle. On lui attribue Literaturgesch., 
2v2-'> une élégie sur des martyrs, qui lui aurait été inspirée parla tra- 
gédie de Blois iiTi, ou parcelle de Brie-Comte-Robert (1191). Les vers 
dont il l'ail suivre, dans son commentaire du Pentateuque, ehaque section 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sabbatique respireraient la tristesse d'une époque de persécutions, inau- 
gurée par l'expulsion de Philippe-Auguste (1180). Mais ces plaintes vagues 
sont de style; elles remplissaient déjà les selihot de Guerschom et de 
Ilaschi ; du reste, les massacres de la première et de la deuxième croi- 
sades avaient assombri le ciel des Juifs de France. Il n'y a donc pas à 
faire fond sur ces allusions. 

Nous serions un peu plus avancés si nous admettions, avec plusieurs 
savants, que Joseph Bechor-Schor est identique avec Joseph b. Isaac 
d'Orléans, disciple et correspondant de Jacob Tarn (Gallia, 34; Séfer ha- 
Yaschar, éd. F. Hosenthal, p. 61 ; Buber, Introduction au Séfer ha-Orâh, 
p. 13). Cette opinion s'appuie sur des arguments assez solides, notamment 
sur le fait que des passages cités au nom de Joseph d'Orléans se retrouvent 
dans le commentaire de Bechor-Schor 1 . Cependant, M. Porges la tient 
pour fort douteuse (p. 9). Il préfère supposer avec Zunz {op. cit., p. 283) 
que le père de Joseph Bechor Schor s'appelait Salomon, parce qu'une 
composition liturgique d'un certain Joseph b. Salomon est signée mo 
"nia l'on. Or, le surnom de Bechor-Schor pouvait être porté par n'im- 
porte quel personnage dirnom de Joseph 2 , et l'autorité de Zunz ne peut 
être opposée à une hypothèse qui a été émise après lui. 

Joseph Bechor-Schor est mentionné comme tossafiste et décisionnaire. 
Ses explications bibliques sont assez souvent citées dans les compilations 
exégétiques françaises (Tossafot). Mais son commentaire du Pentateuque 
fut oublié et c'est seulement au milieu du siècle dernier que Geiger, mis 
sur la piste par Zunz, le découvrit dans le manuscrit de Munich n° 52. 
C'est sur ce manuscrit que Jellinek édita, sans grand soin, la Genèse 
et l'Exode (1856), G. Walter, Deutéronome, xxxn, 1-43 et xxxiv (Breslau, 
1890, non 1880 comme l'écrit M. P., note 2) et J. Neumann, Nombres, 
i-xv (Francfort, 1900, non 1899, comme il est dit note 3). Walter a fait 
précéder sa publication d'une bonne étude, qui contient l'essentiel de 
celle de M. Porges. 

Il est vraisemblable, dit celui-ci (p. 10), que Bechor-Schor a commenté 
la plupart des livres de la Bible. Sur quoi se fonde cette présomption 3 ? 
Le recueil de controverse anti-chrétienne de Joseph l'Official cite notre 
exégète sur les Psaumes seulement. Des six citations notées par M. Zadoc 
Kahn (Revue, III, 5), il faut écarter la première, sur Genèse, xxx, 32, dont 

1. Aux exemples produits dans Revue, LIV, 76-77, nous pouvons en ajouter un 
autre : l'explication de Deut., vi, 4, que le Or Zaroua, I, p. 7 b, n° 2, donne au nom 
de « Joseph d'Orléans dans son Commentaire du Pentateuque » se retrouve textuelle- 
ment dans le Commentaire de Bechor-Schor, ad loc. (partie inédite). 

2. Dans M. Weiss, Katalog der Bibliolhek... David Kaufmann, p. 9, il faut lire 
-HO T03 Sp"P au lieu de -ni» "VOS pniT. 

3. Le Glossaire de Paris (N° 302) cite une glose française de R. Joseph sur -|D\Utf, 
II Samuel, vi (non x), 19. M. Lambert, Festschrift Harkavy, p. 390 (tirage à part, 
p. 24), ajoute entre parenthèses « Bechor-Schor », comme si celui-ci avait commenté 
Samuel. Il s'agit plutôt de Joseph Kara, dont nous possédons un commentaire sur 
les Premiers Prophètes. 



BIBLIOGRAPHIE 309 

il a publié plus lard le texte dans la Revue de R. Brainin 31*73731 1177373, 
l\ , 23, Elle esl introduite par Les mots spot» mn ^"01"» 'il, qui se rap- 
portent plutôt, Le surnom caractéristique << Bechor-Schor » manquant, au 
«compilateur « Joseph Le Zélateur (comp. Les premiers mois de l'ouvrage 
N:p73i tpOT 1 H3ii DU33 ""PRIp 1«1 et le commentaire de M. Zadoc Kahn, 
Revue, 1, 225). L'explication de Bechor-Schor (éd. Jellinek, p. 46) est 
d'ailleurs différente. Le second passage (sur Isaïc, lu, 13) relate une 
conversion opérée par Joseph Bechor-Schor grâce à une explication ingé- 
nieuse d'un verse! exploité par la théologie chrétienne, — faut-il prendre 
L'anecdote au sérieux? (texte publié par Graetz, Geschichle, VI, 439, et 
Zadoc Kahn, dans Revue, 111, 5). Les autres citations sont sans doute des 
fragments du commentaire de Bechor-Schor sur les Psaumes 1 ; comme ce 
sont des spécimens intéressants de son exégèse, nous les publions ici 
d'après le manuscrit de Paris. 

1° Psaume 11 (N° 107 ; f° 31 a-b). 

'n '3 bai73UJ) 13->273UJ 1733 Û13. 1UÎ51 1173b "llffl 1133 HD *p . . . 

b3 ibam SanD'' by '■çb'ob m n» 11*373 "o tzD^nujbs i3'73*3"n (**"•* 
ïi*3731 dus rrmD **Bb p*n i:*i*ï t-3"*72**bi .-ni na *3p3b tD^nuibc 
wb« -dt tn .Dï-rba pmD p"i û**»iun a*am** . 2 p 1731a *pb d*-3io 

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tabi* npn 1723 pn iba it:** *■"■* pn Sx r-noo» - 3 **3b72 ^73 173 
Caitaa 1733 '■prôna '■prvpb-* c^n **3*a rwN **33 .pos3 i*t***jj im 
('n V'd n - *3**3'*) nn** 33*2 *na ibi** dn pi ('3 'sr Erbrin) nb** [3*ni] 

1CN D^lin 3*33 bllil 3\3 Y 3 "TnŒJ'l (t3 'T '3 btfl72*3) 3H3 7,313 
11"! b«31 1733 ^3 *-p731 11721573 nilb 1"£in*33 **37373 b«UJ ,yiN3 

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1311PD 1T 13 ***3 173lb 7.N3 H 3* 231 D"**iS 17331 7,31 3*7313731 mil"! 

1. Nicolas de Lyre cite « Ba. Joseph » sur Ps., u, 7 (v. Revue, XXVI, 179). On pour- 
rait sooger ;i Bechor-Schor si l'explication donnée en son nom était plus semblable à 
celle que nous a conservée Joseph le Zélateur (voir plus bas). 

2. Comme les Philistins avaient plusieurs chefs, on peut dire qu'ils formaient plu- 
sieurs peuples. 

3. L'auteur veut- il prévenir une interprétation qui ferait de "Ob73 un nom propre 
comme pis **ab5a <X Epître aux Hébreux, vu, 1-5)? 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

È-wrpa ou;n nayb pn^fita m- r^v m-pna puîb *ôn lai^i p 
rrrmaa ds^x* ipias ^3 ipu>3 anb -,73iNi nb^buj pioa paya 

.» y^^^n^ .C)3N"> p 

Ainsi le psaume 11 se rapporte à l'expédition de David contre les 
Philistins relatée dans II Samuel, v, 17 et s., et c'est à David que s'adresse 
le discours de Dieu. Comparer le commentaire de Raschi. 

C'est David aussi qui exhale ses plaintes dans le fameux psaume xxn, si 
souvent appliqué au Messie. 

2° Psaume xxii (N° 113; f u 33 a). 

■n»N "O 'rai abpatb ^tm» mi b* 'id ^-nc maa tpi^ -T-im . . 
iba>N ta-nsa Suji73i i-Dibfcn v '^b ^a .('i 'b 'n baruac) ibpob û*n 
.r-rn fiô iœdsi id? n-p ba unai T^çb y-iet " l - U3 * 1 ^ -nnnCH 
ba '■'s me -naa qov -V'nn »ibw mp73 Tittjn ■*»*> b«c in» ^731^73 
■»a ittitm: im»b ^naian qt* 3 baùn ^9 pi hti «b iuîds ti-ini inN 
^U)i73i 1:1731 p"nb na p^îmjm naib^n û*n:ia buji73i naib73n vs b 
.nnN Y' 73 "^ no^pn 173a a-naa biai^u: miN ta^aa 

3° Psaume lxviii, 8, 17 (N° 118; f° 34 6, 35a). 

•^ab nsfcd r ?D r-ibo "pTs^ca ■pyara "py ">3Bb *|ni«:a tzrnbN 
idud d^»c E]x ncan y-i» i-rm»n aa^bim tarn£73?3 "ibN>:cs viy 
1» Ca 'n d"wic) 'nai yiN i733>bDn *]r?r P"»E33 (a"i Vu m»©) 'na*i 
laib^na naiwc Dip^a^D ia"a Epi" 1 an ann cvs pi .lEnba d^ec 
D^?:u3n mioira yn^n wnn csom pi 137373 D^nnsn» yim û^73ia 
173D û^33aa o*nn "jT-unn rs73b ... ('n a"a 'a bonsaï») icwm m-p 
'm© maa tpv 'n anw aib-wa -Hp-in tmnn Ci V^p ûônn) 'roc 
.yiamn rrob isinnai "patTv 173a siïn ïrrm 'inc '^b 

La théophanie décrite dans ce psaume est l'apparition de Dieu condui- 
sant son peuple au sortir d'Egypte ; d'une manière générale, BechorSchor 
observe que la marche de Dieu est accompagnée du bouleversement des 
éléments. D'autre part, il explique "jinifin (qui est un hapax) comme *p£nn 
« courir)) : le T est superflu. 



1. « Garnissez » (Revue, III, 17). La critique de la traduction de saint Jérôme a 
déjà été citée dans Revue, III, 6. 

2. L'évèque de Saint-Malo. 

3. Nouveau témoignage en faveur de l'existence d'un commentaire des Psaumes par 
Rasclibam. V. Rosin, R. Samuel b. Meir, p. 14. 



BIBLIOGRAPHIE 311 



4° Psaume lxxxvii (N- 123; 1° 36 6-37 a). 

ïrobœb mx» "m m nia -nwtwn ba '">d ^-nu: *na>a qo"p i"irn . . . 
mbiaio ttattbjan w< lob rwftio ban i-iE&ns i^aaïi no^ ib 'wifin 
.do ib*' ht i-i^frro 13' û^m'n bsb ^mo ^co"> -ido"> *"* '^Bl .do 
-lia-» 'pn ba« ira imo nn&o nn« ba> n?a"iN Nin *p ^noamn '^ebi 
m: mm rpv> '-i anm ' 20 12:25 ton D^n^n •patt do b^biaîi 
6T|H33â« eoia -to-iba ('« î"d *biDB) or nb^ rro *nr «b "p^a Yar '^b 

,n«i3âN NUfcrb 

Bechor-Schor place ce psaume dans la bouche de David parlant à 
Salomon ; il explique le verbe ib** au figuré d'après l'expression française 
« bonne aventure lui est advenue » {Revue, III, 17). 

Le tond commun de ces explications est de rapporter les Psaumes aux 
événements de l'histoire d'Israël et notamment de la vie de David. Ce 
système, qui apparaît déjà chez Ftaschi et qui est ici développé avec rigueur, 
a été favorisé, sinon provoqué, par la polémique chrétienne. On sait la 
fortune des psaumes dans l'Église, qui y cherchait des prédictions mes- 
sianiques et des allusions à Jésus. Par réaction contre cette tendance, les 
Juifs les appliquaient aux faits du passé. Bechor-Schor suit cette méthode, 
et c'est ainsi que ses explications ont été recueillies par Joseph le Zélateur. 
Comme l'a montré M. Porges, Bechor-Schor est Un apologiste autant qu'un 
exégète et, en commentant la Bible, il se propose de défendre le judaïsme. 
Il procède ainsi dans son Commentaire du Pentateuque, où il s'efforce 
de prévenir, de réfuter ou de rétorquer les arguments que le texte biblique 
paraît fournir contre le judaïsme ou pour le christianisme. Ainsi Gen., 
1, 26 et m, 22 ne peuvent être allégués en faveur de la Trinité, ni Gen., 
xviii, 2 en faveur de l'Incarnation, ni Gen., xxiv, 2 en faveur de la nais- 
sance miraculeuse de Jésus. Dieu ne se repent pas (Gen., vi, 8) ; Jacob n'a 
trompe ni Esaii (Gen., xxv, 29) ni Laban (Gen., xxx, 33) 2 . Pour se tirer 
de ces difficultés apparentes ou réelles, il ne fallait, au moyen Age, que de 
l'esprit et nous allons voir que Bechor-Schor en avait à revendre; il a 
trouvé là l'emploi du don dont il était si abondamment pourvu qu'il 
suffit presque aie caractériser. 

L'apologie et la polémique ne font qu'un des caractères de l'exégèse de 
Bechor-Schor et ne présentent pour nous qu'un intérêt historique, en 
nous montrant comment les Juifs étaient armés défensivement et oft'en- 
sivement contre la controverse chrétienne, qui est un des chapitres les 
plus curieux de la lutte du judaïsme et du christianisme. Pour bien appré- 

1. Voir Raschi. 

2. Voir le Commentaire sur ces passages, auxquels on pourrait en ajouter bien 
d'autres. 



312, REVUE DES ETUDES JUIVES 

cier Bechor-Schor, il faut le considérer comme un tossafiste. C'est un 
tossafiste, ce gui signifie d'abord qu'il complète ses prédécesseurs, sans 
commenter le texte biblique sur nouveaux frais ; il développe, mais ne 
reprend pas l'œuvre de Raschi, de Josepb Kara, de Samuel b. Méir, soit 
qu'il les utilise ou qu'il les combatte, qu'il les nomme ou ne les nomme 
pas. Il cite une seule fois son contemporain Eliézer de Beaugency 1 et, 
parmi les étrangers, chacun une fois aussi, Menahem b. Sarouk, Hayyoudj 
et Salomon Parhon (cette dernière citation fournit un terminus a quo, 
le Dictionnaire de Parhon ayant été composé en 1161). Il doit un certain 
nombre d'explications à un autre exégète d'origine espagnole, Obadia 
(plus complètement dans les Tossafot Hadar Zekêmrw Obadia b. Samuel 
ha-Sefardi}, que Zunz (Ritus, p. 199-200) voudrait identifier avec un com- 
mentateur liturgique. Graetz (Gescliichte, VI, 172; a supposé que c'est 
grâce à cet étranger que l'exégèse biblique a fait des progrès en France, 
comme si l'école exégétique française n'avait pas suivi son développement 
interne et que cet Espagnol à peine connu ait pu avoir l'action que n'a 
pas eue Ibn Ezra. M. Forges, lui, estime que îes interprétations citées au 
nom d'Obadia ne décèlent en aucune manière l'esprit de l'exégèse espa- 
gnole de ce temps et que cet exégète, quoique né en Espagne, appartient 
en réalité à l'école française. On peut être d'un sentiment différent. 

Tossafiste, Joseph Bechor-Schor ne suit pas le texte pas à pas, comme 
Raschi dans ses courtes postilles. Il s'attache aux passages qui lui parais- 
sent insuffisamment expliqués et alors il s'étend souvent en longs déve- 
loppements. Il s'en tient généralement à ses prédécesseurs pour les 
explications grammaticales, en sorte qu'il paraît négliger la grammaire ; 
c'est ainsi que les tossafistes ne font qu'une petite place à l'élucidation 
des mots dans le Talmud parce que le commentaire de Raschi y a pourvu. 
Mais de même que les tossafistes reprennent parfois cette tâche pour leur 
compte, de même il arrive à Bechor-Schor de proposer une interprétation 
nouvelle, guidé par sa connaissance de l'hébreu et par un sentiment très 
tin de la syntaxe. Par contre, il est fort en retard pour la morphologie ; 
ainsi il explique 3m nN (Nombres, xxi, 14) comme un hitpael de 3ï"P ! 

Avant tout, il vise à l'originalité. Venant après Raschi, il veut dire autre 
chose que lui. Tossafot est synonyme de Hiddouschim. « Il me faut du 
nouveau, n'en fùt-il plus au monde. » Il a conscience de son indépen- 
dance et oppose souvent ses explications à celles du Talmud ou d'autres 
exégètes. Parfois on dirait presque qu'il escompte un effet de surprise. 
« Si tu vas à gauche, j'irai à droite », dans le discours d'Abraham à Loth 
(Gen., xiii, 9), est traduit : « Si tu vas à gauche, je serai à ta droite, je 

1. Sur Lévit. , xxn, 25. Le texte (publié par Geiger, Parschandata, part, hébr., 
p. 40) porte N3W37373 "IT^bN, que M. P. (p. 10) propose de corriger en *)T3^bN 
!, 2Êijba j E: Cette correction a déjà été faite par Rosin, /. c, p. 55, n. 2, et adoptée 
par M. Poznanski, dans "pan, II, 101-102. — Dans la note 7, M. P. observe que 
cet exégète s'appelait Eliézer et non Éléazar, et qu'il faut corriger -]T3>btt en iT^bî* 
dans le petit poème qui suit le commentaire d'isaïe. Steinschneider croit qu'il faut 
lire -|î*b»b [H. B., XIX, 2, et XX, 87). L'édition de Nutt est de 1879, non 1870. 



BIBLIOGRAPHIE 313 

t'assisterai. » Dans (ion., xv, G, rrpiz. V? nrrrm 'm l^wNm signifie : 
« Abraham eut confiance en Dieu et lui sut gré de sa bonté. » Cette 
recherche de l'inédit Ta souvenl égaré hors de la vraisemblance, pour ne 
pas dire du bon sens ; elle lui a inspiré, en revanche, plus d'une explica- 
tion pénétrante, plus d'un aperçu ingénieux. Ainsi la malédiction de Noé 
(Gen., i\, 2'i) fait allusion aux noms des trois fils : Gbanaan (1*35) sera 
humilié (*333) devant ses frères ; Sem (Dttî) porte le nom de Dieu 
(ma Tlbèt 'n *pl3) . La circoncision est le signe de la dépendance de 
l'israélite vis-à-vis de Dieu, semblable au signe que porte l'esclave (xvn, 2) ; 
\ac:n nn-osi jb., 14) signifie : « le coupable est exclu, séparé de ceux 
qui portent ce signe » ; rvn n*a est le temps de la grossesse (xvui, 10) ; 
mp^rtt D^btta (xxxu, 16) désigne les chamelles, l'hébreu n'ayant pas de 
féminin pour b»S. On pourrait multiplier les exemples, car des observa- 
tions de ce genre abondent dans Bechor-Schor. En cela encore, il est 
tossafiste. 

Il l'est enfin parce qu'il est raisonneur. Il raisonne aussi bien sur les 
récits naïfs de la Genèse que sur les lois du Lévitique. Le raisonnement 
lui tient lieu de critique. Exode, xvi, 13 raconte le même événement que 
Nombres, xi, 31 (cailles) et Exode, xvn, 1 et s. le même que Nombres, 
xx, 8 (eau du rocher), car une répétition aurait du être indiquée ; et ainsi 
Bechor-Schor découvre, à la joie de Geiger (Wissenschaflliche Zeitschrift, 
V, 41 8\ l'existence de récits parallèles dans le Pentateuque. Celui qui 
ratiocine n'est pas loin d'être un rationaliste. Bechor-Schor rationalise les 
miracles aussi bien que les prescriptions bibliques. Ce qu'on appelle 
l'arbre de la vie est en réalité l'arbre de la guérison (Genèse, i, 22). Les 
langues n'ont pas été créées à l'époque de la tour de Babel ; les hommes, 
qui comprenaient d'abord toutes les langues, n'ont compris depuis lors 
que chacun la sienne (xi, 7). Les trois hôtes d'Abraham ne sont pas des 
anges, mais des hommes (xviu, 2j. La femme de Loth n'a pas été métamor- 
phosée en statue de sel ; elle a été recouverte de sel à tel point qu'elle 
ressemblait à une statue de sel (xix, 26). Jacob n'a pas vu les anges 
monter et descendre l'échelle ; il lui a semblé en rêve que l'échelle était 
faite pour cet usage (xxvm, 12). L'histoire sainte est dégagée du merveil- 
leux inutile. Noé prend sept couples d'animaux purs et un couple d'ani- 
maux impurs, parce que les premiers seuls seront consommés dans l'arche 
(vu, 8\ Les bergers ne peuvent pas enlever la pierre du puits parce 
que ce sont des jeunes gens, tandis que Jacob est un homme adulte et 
fort (xxix, 8). 

Logicien, Bechor-Schor cherche non seulement un lien entre les 
parties d'un même récit et les articles d'un code, mais même une transi- 
tion entre les épisodes successifs. La création du monde en six jours est 
faite suivant un plan méthodique comparable à l'installation d'une 
maison Genèse, i, 3). Le Lévitique tout entier suit un cadre parfaitement 
ordonné (Commentaire sur i, 1 et xvi, 1). Les fils de Lémech s'exercent 
aux métiers parce que la terre est devenue stérile par l'effet de la malé- 
diction divine .Genèse, iv, 23) et Noé recommence à la cultiver quand la 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

postérité de Caïn a été détruite par le déluge (ix, 20). La faute de Nadab 
et d'Abihou a consisté à prendre un « feu étranger » (Lévitique, x, 1) sans 
attendre le feu céleste (ix, 24). Bechor-Schor établit ainsi des rapports 
pleins de justesse et plus d'une fois il a pu pénétrer la pensée du rédac- 
teur du Pentateuque. 

Il raisonne aussi les sentiments et les intentions ; il est un psychologue 
raisonneur, ce qui est, pour le noter en passant, un trait caractéristique 
de l'esprit français. « Il s'efforce, dit excellemment M. Porges (p. 17), 
d'expliquer psychologiquement les récits de la Bible, de rechercher les 
mobiles de toutes les actions, de découvrir les sources intérieures des 
paroles et des actes. La perspicacité du commentateur se donne ici libre 
carrière ; son interprétation psychologique est souvent fine et neuve ; 
souvent aussi, elle est arbitraire et forcée. Il méconnaît la pensée naïve 
des personnages bibliques en leur attribuant les idées et les conceptions, 
les sentiments et les calculs de son temps ou môme de sa personne. » 
Qu'on étudie l'analyse psychologique de Bechor-Schor dans les négocia- 
tions d'Abraham avec Ephron ou dans le plaidoyer de Juda devant Joseph, 
et l'on conviendra que cette tendance donne un certain charme à son 
commentaire, qu'elle anime les récits bibliques et les rend vivants. Qu'on 
lise encore l'histoire de la tentation d'Eve, ou du mariage d'Isaac, ou des 
aventures de Joseph ; que c'est ingénieux et spirituel ! Si Bechor-Schor 
avait été trouvère, quels jolis fableaux il nous aurait contés! Gomme les 
trouvères, il recourt à des images et à des comparaisons familières ; 
comme eux, il confond les usages anciens avec ceux de son temps, sans 
souci de l'anachronisme ; comme eux, il abonde en aperçus piquants et 
en vives saillies, il est plein de finesse et de malice. 

Bechor-Schor n'est pas seulement un exégète curieux et original, son 
commentaire offre plus d'une observation juste et solide ; on le lit toujours 
avec plaisir, souvent avec profit. Le bon sens, la perspicacité, le sentiment 
de la langue peuvent suppléer en partie à l'éducation philologique et 
critique, et la science moderne a de quoi glaner chez ce commentateur du 
xii° siècle. Si nous ajoutons qu'il intéresse encore la philologie romane 
par les gloses françaises qui émaillent son commentaire, nous pourrons 
conclure avec M. Porges (p. 22) : « Joseph Bechor-Schor est incontestable- 
ment un des exégètes les plus importants de l'école française, last not 
least, le dernier en date mais non en mérite des représentants de 
l'exégèse simple et naturelle (Paschtanim). A demi oublié, il mérite 
d'être rappelé au souvenir des amis de la science juive. A côté de Raschi 
et de Raschbam, il a droit à une place d'honneur parmi les exégètes du 
moyen âge. Une édition complète et critique de son commentaire du 
Pentateuque et de toutes les explications bibliques rapportées en son nom 
serait une œuvre qui mériterait toute notre reconnaissance. » 

M. Liber. 



BIBLIOGRAPHIE 315 



wpri "nso » mrn ^nsnatn aann hdo m^p ni m ynwa n^N nso 
y-iôwi D^ns?: y-iaa b*n*P ynaa naattaa -hb« munnn nwsom 
n:TCNn main -Nnp73 ^3372 TNTp Wba ""* ri;i3*3 « -nU5N. Odessa, 5669 
(1908) ; in-8° de vm + 132 + (1) pp. 

Cet opuscule attire notre attention non pas tant à cause du sujet qu'à 
cause de l'auteur, à qui Ton ne peut guère comparer, parmi les caraïtes 
contemporains, que deux auteurs hébreux 1 . Elia Kazaz était encore étu- 
diant a n'niversite de Saint-Pétersbourg, lorsqu'il fit paraître un petit 
volume de poésies hébraïques, dédiées à son maître Kasem-Beg, profes- 
seur de Langues orientales à cette Université 2 . Après l'achèvement de 
ses études, il choisit la carrière d'instituteur, enseigna dans différents 
Lycées, et fut enfin appelé à diriger l'école fondée en 1895 à Eupa- 
toria [Crimée) pour la formation d'ecclésiastiques caraïtes. Le fruit 
de son activité pédagogique fui une grammaire hébraïque détaillée 
d'après la méthode Ollendorf, qu'il écrivit pour ses coreligionnaires de 
langue tatare '. Il adapta ensuite du français deux ouvrages de vulgari- 
sation philosophique: Les Éléments de morale de Paul Janet'* et La 
Religion naturelle de Jules Simon 3 . L'année dernière, il donna sa démis- 
sion de directeur, pour raison d'âge, et fit paraître à cette occasion, comme 
Livre d'adieu adressé à ses élèves, une biographie populaire de Cicéron 6 . 
El voici maintenant le premier fascicule d'une traduction abrégée du 
livre de Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes en Palestine, 
en Egypte et en Assyrie. 

Cet ouvrage de Vigouroux se compose de quatre parties ; la dernière 
édition, qui est la sixième, a paru en 1896. Il a en tous points un carac- 

1. Je publie en ce moment, dans la ZeitscJtr. fur hebv. Biblior/r., une esquisse 
bibliographique de la littérature caraïte contemporaine. 

2. hne sstTTwXp ttodSk pnaian DDnn ^-nisb un nmn .D'nnN d^T'w 

T.NTp IHiba "n^El ITttbn. Leipzig, 1857, in-8° de (4) + 41 + (3) pp. Ce 
volume contient 18 poésies, dont 7 sont originales et les autres des traductions du 
russe, de L'allemand el du français. 

3. tktp 'n tn?: -\iy "jr^b &np73 m ^h?d -ràbb D'Hb-n bjnb -ido, 2 parties, 

Od issa, 1869, gr. in-8°. La première partie (4) + 294+ (1) pp.] contient la grammaire 
proprement dite, tandis que la seconde [152 + 160 + (2) pp.] contient une chrestomathie 
suivie d'un glossaire uébreu-tatar. La chrestomathie comprend, à. côté d'extraits de la 
Bible el des poésies de l'auteur, un chapitre du "pTCP nipbtJ de Salomon Levysohn, 
une poésie ,le Letteris et une de I\olt^ i « > . La première partie a également paru en 
russe, sous le même titre de D'Hb'Tî bmb, Eupatoria, 1896, in-8° de iv -|- 282 pp. 

4. rruDaram msvjïi nn»n n^an?: d^d ->id«-i , ûnan rrnri -ido 
,a"Wï 's Tsnxn D^nîib « noiE m*ncp » ^d by may ï-nab'a i^sin 

(«-ip» ^:iiz) T«Tp lfpb« i"3, Varsovie, 1889, in-8° de (4) + 270 + (lj pp. 

5. w*r:r; miWDm nra^-n, 'n nwacn br û"Hwa73 .Obi* bD îaïusas -ido 
tzpm^p nr«a nyann "p^o 't ^non^n oannb « m^atari mn » ^dotû 

(«npW *3373) IHVp imba *'y D^blTI, Eupatoria, 1899, in-8° de (4) H- 142 + (1) pp. 

o. c—n n^a *r»ttbnb nrn*n nnnu nns?: .pwnaifiPa tts) -nsrst 
■imba UTûb'n nero ïTBmuwiDY" -v*a xi-pn ^ab -iidn a^înb TisoobN 

T«Tp, Odessa, 1908, in-8° de 41 + (2) pp. 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tèrc apologétique (l'auteur est un prêtre catholique), et est par consé- 
quent souvent tendancieuse. D'un autre côté, la dernière édition a déjà 
vieilli en partie. C'est précisément sur le domaine des fouilles, dont il est 
question ici, que chaque jour apporte une découverte souvent surprenante. 
Qu'il suffise de mentionner le Code d'Hammourabi, les nombreuses fouilles 
entreprises ces dernières années en Palestine, c'est-à-dire, celles de 
Sellin à Tell Ta'annek, celles de Macalister à Guézer, et celles du « Deut- 
scher Pulàstina-Verein » à Tell-el-Mutesellim 1 . Enfin, l'immense littéra- 
ture sur la question « Babel et Bible » a projeté bien des lumières sur 
les rapports de la Bible et de l'Assyrie. Le seul ouvrage d'ensemble sem- 
blable à celui de l'abbé Vigouroux qui ait paru en ces derniers temps est 
celui de Jeremias*, mais qui est dominé par l'influence de la théorie 
astrale de Winckler. Par contre, des ouvrages sur les rapports de la Bible et 
de l'assyriologie ont été composés en même temps par Zimmern et 
Winckler 3 , qui adoptent un point de vue radical, et par Pinches*, qui 
s'est engagé dans une autre direction. Sur les rapports de la Bible et de 
l'Egypte il a paru un ouvrage de Vôlter ', qu'on peut appeler le Winckler 
de l'Égyptologie, car il voit dans les patriarches et dans leurs familles 
des figures de la mythologie égyptienne ; ainsi Abraham est, d'après lui, 
un dieu solaire, Jacob le dieu de la terre, Kob, Joseph Osiris, etc. 6 . En 
tout cas, des études nouvelles ne nous font pas défaut aujourd'hui et 
c'était une faute d'adapter le livre de l'abbé Vigouroux. Ajoutez que 
Kazaz n'avait même pas sous les yeux la dernière édition de cet ouvrage, 
mais, à ce qu'il semble, une autre plus ancienne. Comparez par exemple la 
traduction de la ligne 6 de la première table de la fameuse épopée babylo- 
nienne Inuma-ilish chez Kazaz (p. 8), qui est complètement fausse, avec 
celle de Vigouroux (t. I, p. 219), qui concorde presque complètement 
avec les traductions les plus récentes; ou la ligne 30 du calendrier bien 
connu des fêtes babyloniennes pour le mois d'Eloul II (IV R., 32), dans 
lequel les 7 e , 14 e , 21 e et 28 e jours de ce mois sont désignés comme 
« jours néfastes » {ûmu lemnu) d'après Kazaz (p. 10) et d'après Vigouroux 
(ib. f p. 240), dont la traduction est entièrement exacte. Notre auteur traduit 

1. Cf. Vincent, Canaan d'après l'exploration récente, Paris, 1907, mais qui ne 
connaissait pas encore les publications de Macalister {Bible sidelighls from the 
Mound of Gezer, Londres, 1906) et celles du « Deutscher Palâstina-Verein » (Tell-el- 
Mulesellim. .. I. Band. Fundbericht erstattet von Baurat Dr. G. Schumacher in Haifa, 
Leipzig, 1908). Sur les fouilles entreprises au xix e siècle qui nous intéressent ici, 
v. le grand recueil d'Hilprecht, Explorations in Bible Lands during the 19th Cen- 
tury, Philadelphie, 1903. 

2. Das alte Testament im Lichte des alten Orients, 2* éd., Leipzig, 1906. 

3. Die Keilinschriften und das alte Testament, Berlin, 1903 (une nouvelle édition 
est annoncée). 

4. The old Testament in the Light of the historical records and legends of 
Assyria and Babylonia, 2 e éd., Londres, 1903. 

5. JEgyplen und die Bibel. Die Urgeschichle lsraels im Licht der segyplischen 
Mythologie, 4 éd., Leyde, 1909. 

6. V. Wiedemann, dans la Theolog . Literaturzeilung, 1905, col. 163-164, qui 
rejette cette théorie. Cf. encore Z.D M. G., 1909, p. 246, et Alt, Israël und Aegyplen 
(Leipzig, 1909), p. 1. 



BIBLIOGRAPHIE 317 

Ici encore «chair de iumri bouillie» parta^ttn. De même aussi l'iden- 
tification, (Tailleurs plus que douteuse, d'Àmraphel et d'Hàmmourabi, 
que nous trouvons déjà chez Vigouroux (tft., p. 493) ne figure pas chez 
Kazaz, etc. Un autre défaut qu'il nous reste a signaler, c'est la transcrip- 
tion singulière des noms propres, qui sont retranscrits pour ainsi dire du 
français en hébreu et sont ainsi souvent entièrement défigurés. Tels sont 
les noms des dieux ïttpab, ittNptfb, mCDN et "noo^p (p. 8), au lieu de 
«DTlb [Ltth-mu), wnb [La-/i<(-»(it),-\W*j${A>i-sli<if)el-\WD(Ki-sh(U'),r\K^r\ 
(p. 9) au lieu de rntt&rn [ti~amat) t s^-iwbn (p. 24) pour t^nnâ-O^on 
[hasis atra) : les noms de villes pesmo (p. 25) pour pyw($%M ri-ip-pak) 
et Saba p. 52j pour 'pbja (Baalbek), le dieu égyptien Û13D (p. 56) au 
lieu de D"i:n voir les Papyrus d'Assouan, E 15), etc., etc. 

Le premier fascicule de Kazaz s'étend seulement sur la Genèse et 
correspond dans l'ouvrage de Vigouroux au t. I, p. 111-114, 205-533 et au 
t. II, p. 1 213. On peut donc se rendre compte que Kazaz a considérablement 
abrégé son texte, il a même omis des chapitres tout entiers, par exemple 
le chapitre concernant les dix patriarches d'Adam à Noé et les dix rois 
primitifs de Babylone dans Bérose (Vigouroux, I, 290-297), entre lesquels 
môme des exégètes modérés admettent une analogie et une certaine 
dépendance. Kazaz a reproduit seulement les chapitres sur la création, 
le paradis et la tentation du premier couple, le déluge, la Tour 
de Babel, sur Abraham et Joseph. Mais ici aussi, ici surtout, nous 
avons des monographies récentes, écrites justement par des théolo- 
giens catholiques, donc animées d'un esprit conservateur, mais du 
moins conformes à l'état actuel de la science. Ce sont : le livre de 
Nikel sur la Genèse et l'Assyriologie \ et celui de Heyes sur la Genèse 
et l'Egypte". Quant à l'histoire babylonienne de la création, l'édition 
la plus complète est celle de King, sur laquelle sont basées toutes les 
traductions récentes 3 , tandis que Vigouroux, encore dans sa dernière 
édition, prend pour base la traduction de Smith. Et voici quelques 
exemples pour faire ressortir les progrès accomplis : 

ma (Kazaz, p. 4; Vigouroux, I, 208) n'a rien de commun avec la 
déesse babylonienne Bau, l'épouse de Ninib ; on rapproche plutôt ma 
de Bfcou dont il est question dans la cosmogonie phénicienne (v. Zim- 
mern-Winckler, p. 509, n. 1 ; Nikel, p. 70 ss. ; cf. les prières de Goudéa 
à cette déesse dans Hogers, p. 162). — La Ojiopxoi de Bérose est expli- 
quée ici, d'après Lenormant, par Um-Uruk, « la mère de la ville 

1. Genesis und Keilschriftforschung, Fribourg-en-Br., 1903. 

2. Bibel und JEgypten. Abraham und seine Nachkommen in Mgypten. 1 Teil. 
Hen. Kapitel 12-51 inkl., Munster, 1904. V. aussi Spiegclberg, Mgxjplologische 
Randglossen zum Allen Testament, Strasbourg, 1904. 

3. The seven Tablets of Création, 2 vol., Londres, 1902. Aux 21 fragments connus 
juM|ue là King en a ajouté 28 nouveaux (v. Rogers, The Religion of Babglonia and 
Assyria especially in ils Relations to Israël, Londres, 1908, p. 103); surtout important 
est le fragment de la 6 e tablette dans laquelle il est parlé de la création de l'bomme. Du 
texl e do King s'inspire aussi la toute récente traduction française de Dhorme [Choix de 
textes religieux assyro- babyloniens, Paris, 1907; cf. R.É. J., LUI, 128 en haut.). 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'Erech » (Kazaz, p. 6 ; Vig., I, 214), explication abandonnée par tout le 
monde, la plus spécieuse étant celle de Gunkel («p-iN on) l . — Le 
fameux cachet babylonien représentant au milieu un arbre, avec deux 
ligures humaines à son côté et un serpent (v. Kaz., p. 15, une reproduc- 
tion se trouve aussi chez Vig., 1,278), n'a rien de commun, d'après la plu- 
part des savants, avec la chute du premier couple (v. Zimmern et Winck- 
ler, p. 529; Nikel, p. 127). Par contre, la légende babylonienne d'Adapa 8 
qui est rapprochée par bien de savants de l'arbre de la vie, n'est pas men- 
tionnée par Vigouroux. — De même on sait maintenant que le texte 
babylonien K. 3657, qui raconterait l'histoire de la construction d'une tour 
(Kaz., p. 36; Vig., I, 372) et qu'on a rapproché de Genèse xi, contient 
tout autre chose (v. Zimmern et Winckler, p. 396; Nikel, p. 190). — Le 
chapitre sur les coutumes et mœurs des patriarches (Kaz., p. 68-74; Vig., 1, 
505-533), devrait être à présent complètement refait d'après les travaux 
de Musil et de Jaussen, qui se complètent mutuellement*. — La pré- 
sence d'eunuques sur les monuments de l'ancienne Egypte (Kaz., p. 82; 
Vig., II, 24) ne peut être démontrée, du moins jusqu'à présent (v. Heyes, 
p. 121). Par contre, le fait que les Égyptiens connaissaient le vin depuis 
la plus haute antiquité (Kaz., 92; Vig, II, 73) pourrait être prouvé par 
plus de données (v. Heyes, p. 179 ss.). --Sur la coupe magique de Joseph 
(Kaz., p. 111 ; Vig., II, p. 152 ss.), cf. Jeremias, p. 392, et les références 
qu'on y donne. — La substitution de î-ïattn œ&n à ï"Tt37an UîNn clans 
la LXX (Kaz., 121 ; Vig., II, 190) est due à une tendance chrétienne (cf. 
R.E. J., L, 29) ; etc., etc. 

Si l'ouvrage de Kazaz est dépourvu de toute valeur intrinsèque, il 
nous intéresse du moins pour l'histoire des idées, en nous montrant 
qu'une question qui en ces derniers temps a tant émules esprits, la ques- 
tion de la dépendance de la Bible vis-à-vis de nouvelles découvertes 
archéologiques, a trouvé un écho, un peu tardif, il est vrai, dans le 
groupe caraïte qui subsiste encore à l'écart du monde moderne. Que cet 
intérêt nous serve aussi d'excuse si le présent compte rendu d'un livre 
qui en lui-même est insignifiant, a fini par être plus étendu qu'il n'eût 

peut-être fallu. 

Samuel Poznanski. 
Varsovie. 



1. Schôpfung und Chaos, p. 18. V. une explication forcée chez Jensen, Assyrich- 
babylonische Mylhen und Epen (Berlin, 1900), p. 564. 

2. Jensen, p. 92 ss. 

3. Musil, Arabia Petrsea. III. Band. Ethnologischer Reisebericht . Vienne, 1908. — 
Jaussen, Coutumes des Arabes au pays de Moab, Paris, 1908. — Cf. Goldziher, Globus, 
1908, n» 18 (p. 280-289), et Deutsche Literaturzeitung, 1908, n° 49 (col. 3117-3121). 



Le gérant : 

Israël Lévi 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Bâcher (W.). Les poésies inédites d'Israël Nadjara 241 

Ciiaviara (Nicétas et Michel D.). Une synagogue juive à Sidé de Pam- 

phylie 60 

Danon (Abr.j. Études sabbatiennes, nouveaux documents sur Sab- 

balaï Cevi et son entourage 270 

Decourdemanche iJ.-A.). Note sur les mesures hébraïques 161 

Epstein (J.-N.). L'auteur du Commentaire des Chroniques . . 189 

Hildenflnger (P. -A.). L'adresse de la commune de Strasbourg à l'As- 
semblée nationale contre les Juifs (avril 1790) 112 

Krauss (S.). La légende de la naissance de Rabbi 65 

Lirer (Maurice). La récitation du Schéma et des bénédictions (fin).. . 1 
Poznaisski [Samuel). Encore les ouvrages linguistiques de Samuel 

Hannaguid 183 

Régné (Jean). Étude sur la condition des Juifs de Narbonne du v c au 

xiv e siècle (suite) 75 et 200 

Schwab (Moïse). Sept épitaphes hébraïques de Grèce 106 

Weill (Raymond). Le séjour des Israélites au désert et le Sinai dans 
la relation primitive, l'évolution du texte biblique et la 

tradition christiano-moderne (fin) 23 

Wellescz (J.). Méir b. Baruch de Rothenbourg 226 

NOTES ET MÉLANGES. 

Dreyfus (L.). Sur un verset d'Ézéchiel. . 292 

Marx (A.). I. Sur le « Kitab al-Tarikh » de Saadia 299 

II. R. Isaac b. Abraham de Narbonne 301 

Poznanski (Samuel). Kala'at Hammad 297 

Schwab (Moïse). Une version persane de la Bible (Ms. 117 delà Biblio- 
thèque nationale de Paris) 303 

Sidersky (D.). La prétendue intercalation d'un second Eloul dans 

l'ancien calendrier hébraïque 293 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE. 

Lambert (Mayer). I. Le Cantique des Cantiques. Commentaire philo- 
logique et exégétique, par P. Jouon 154 

II. Pesiq, ein Glossenzeichen, par Hugo Fucus. . . 156 

Liber (Maurice). I. Revue bibliographique (année 1908). 129 

IL Joseph Bechor-Schor, ein nordfranzôsischer Bibelerklarer 

des XII. Jahrhunderts, par N. Porges 307 

Poznansri (Samuel). I. Catalogue of the Hebrew and Samaritan Manu- 
scripts in the British Muséum, par G. Margoliouth 157 

IL nirii vifcnatn DDnn -ido -nx? anm yna» n*jN nso 
ynN3 -iaxtt3 -hdk munnn ma^jm iD-"pn "hbd » 
lïrbN ~>"y nt»*3 « *n®« y-iNTi d^-ixto y-i&n baniDi 

naiizîan rnmn .«hp» ^aâ TNïp 315 

Weill (Julien). Chr. W. Dohm, der Gegner der Physiocratie und seine 

Thesen, par Rapaport (Mordché W.) 159 

Additions et rectifications 160 

Table des matières 319 



VERSAILLES. IMPRIMERIES CERE, 59, RUE DUPLESSIS. 



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